Carnet de voyage.

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Cuistax
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Re: Carnet de voyage.

Message par Cuistax »

Et pourquoi pas que diable.
Du moment que les r?gles habituelles (et bien connues) sont respect?es, et il n'y a pas de raison qu'elles ne le soient pas.
Vas-y, ami sudiste.
Philippe - Modérateur - 74 ans - Rixensart (BE) - BMW R1200RT 2008 (88.000 km)
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Michel_95
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Re: Carnet de voyage.

Message par Michel_95 »

Pas de probl?me pour les feuilletons, mais dans ce cas vous ouvrez une discussion par feuilleton, et ?ventuellement ici ils seront retranscris en un bloc, soit par l'auteur lui m?me, soit par un ?diteur.
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Michel_95
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Re: Carnet de voyage.

Message par Michel_95 »

La suite des aventures de Jean-Marie, toujours par lui mĂŞme.

On part pour le grand sud.


The early eighties...
Le début des années 80. Tu as une petite trentaine, déjà!

Et t'en as marre! Encore un week end pluvieux. Tu devrais avoir l'habitude. Tu es né là ou tu vis, dans l'ouest de ce beau pays de France!

Mais, tu n'es jamais vraiment content? Trente ans et presque toutes tes dents, un métier, du temps de libre, une auto pour quand il pleut et qu'il fait "froid" et une moto pour le reste des autres temps, alors???

Alors, tu voudrais quoi, l'ami, hein, tu sais au moins ce que tu voudrais?

Oui, tu le sais à peu prés, c'est encore un peu flou mais ça se dessine peu à peu.
En fin de compte, c'est fort simple! Ce que tu voudrais, c'est bouger, voir des paysages et des gens, Changer d'air comme on disait du temps de tes parents. Oui, c'est ça que tu voudrais.
Non! C'est ça que tu VEUX! Tout de suite et maintenant!

Plus facile, beaucoup plus facile Ă  dire qu'Ă  faire ,ton truc, suffit pas de le vouloir, maint'nant yaplukafaire!




Dans ton salon ou plutôt ce qui en fait office, tu as punaisé au mur une carte d'Europe qui déborde gentiment à l'est et encore plus au sud.
Alors, bien évidemment, tu te plais à rêver devant. Et plus encore, tu te mets à rêver tout haut, ça y est, tu parles tout seul garçon. Le début de la sénilité, déjà??

Sûr! Faut qu'tu mettes les voiles sinon tu vas radoter pour de bon, tout seul devant ton mur.

Plukafair, oui, mais comment? Bien beau de rêver comme ça, bouche ouverte, mais tu commences par quoi ?

Tu veux faire et refaire le monde, tu commences quand??
De suite, pardi, c'te question!

Te faut un peu d'argent, non? Tu te fais les poches: Ă  gauche ton mouchoir, Ă  droite, que dalle! Tu rigoles, tu le savais, hein, tu le savais que t'avais pas un sou vaillant.

Et à la banque? Bof, ce qu'un p'tit fonctionnaire en début de carrière peut avoir ou presque rien, c'est la même chose. Va te falloir faire avec ou plutôt faire sans.




Depuis déjà deux ans que "t'en as marre" t'as pas oublié d'agir. T'as fait des stages, payants,"trééés payants" même, un mois de salaire et le stage pendant ton mois de vacances! Si,ça existe, des fonctionnaires motivés pour faire aut'chose. Le dernier stage que t'as fait, pour sûr que tu t'en souviens!

A la fin du stage, un représentant du ministère est venu tu as eu droit à un interview comme tes petits camarades: le représentant du ministère t'a regardé, lui en costume sombre, stricte, la cinquantaine sévère, toi en T-shirt, les cheveux bien trop longs "pour la saison" et, ultime audace, des anneaux d'argent à chaque doigt. Le représentant t'a juste dit: "Vous comptez représenter la France comme ça?" Tu t'es entendu lui répondre "Autant que vous".

Au sortir de l'interview, tu as compris que tu étais rayé de la liste. Tu es allé chez le coupe-tifs, tu lui as dit: "mettez-moi ça façon cadre bien propre sur lui", le gars t'a regardé et a fait le boulot demandé tu as viré les anneaux, tu as acheté un costard foncé. Tu es revenu au stage ainsi accoutré, les aut' se sont marrés. Tu as retrouvé le représentant dans un couloir et tu lui as dit "et comme ça?" Il t'a toisé et t'a dit: "comme ça, c'est mieux mais il fallait le faire hier",et il est parti. Tu as compris la leçon L'habit fait le moine. Dorénavant,tu seras moine parmi les moines. Amen!

Mais ce stage-là ne t'avait pas tout dit. Le dernier jour, en partant, un automobiliste "oublie" les deux lignes jaunes au milieu de la quat'voies et reconnaissant tardivement son erreur, s'arrête au milieu de la route que tu prends pour quitter ce stage. Tu le vois mais tu ne peux que freiner trééés fort avant de le prendre à la jonction des portières. Tu vois encore le regard affolé du gars dans sa 4L. Tu passes par dessus la bagnole et ta 500CX s'encastre dans la caisse. Tu te relèves sans trop de mal, tu clopines vers le gars et t'as une ÉNORME envie de lui mettre un pain dans sa petite tête mais tu te retiens.

Résultats des courses: un stage qui t'as coûté la peau des..., pas de poste à la rentrée, et ta moto qui s'arrête là, à 100 000km, nickel, le cadre HS, bonne pour épave que te dit le concessionnaire dans l'après-midi, tu feras les 900kms de retour en train avec tes deux sacoches, quelques ecchymoses et le moral en vrac.

Au moment du remboursement, on te donnera la valeur "argus", c'est à dire presque rien puisque ta moto a 5 ans. Pas étonnant après, que tu n'aies pas un sou en poche! Tu racleras tous les fonds de tiroirs pour acheter un 650 mono Honda Paris-Dakar, même que c'est écrit sur le gros réservoir! Tu lui mets un porte-bagage "grand raid" de chez Bottelin et Dumoulin", une marque connue à l'époque, tes deux sacoches et basta, t'as plus un pruneau!

Bon, puisque t'as pas un radis, faut que tu te fasses des ronds! Alors, s'agirait de rentabiliser tes stages et autres formations!

Maintenant que tu es rasé, cravaté, costumé et tout et tout, faut te construire un CV béton avec une jolie photo de ton joli minois, un truc qui donne envie de te recruter.

Tu sais faire ça, toi qui es dans les papiers et tout. Vas-y, les dossiers complets, les listes des entreprises qui bossent à l'étranger, tu en fais des piles, c'est l'usine! Tu fais travailler la poste, sûr! T'envoie ta tronche de quadra bien propre sur lui dans le monde entier, aux entreprises françaises qui auraient besoin de ton joli profil professionnel: faut qu'ça rende, te faut du fric, du flouze, de l'artiche, de la galette feuilletée, de l'argent.

C'est pas que tu veux dev'nir riche, non. C'est juste pour te casser et changer d'air avec ta moto. Partir avec le soleil au-dessus et la route devant toi.




Peu à peu tu t'organises, tu as préparé tes CV, tu les as envoyés, et tu essaies de voir pour une année "sabbatique" au cas ou tout ça ne marcherait pas.

Et là, grosse embrouille! L'année "sabbatique" est un congé sans solde, cela tu le savais, pas de salaire et les impôts de l'année précédente à payer. Même si tu quittais ton appart, tu aurais tes impôts, l'assurance, etc, tout ça sans le moindre salaire pour assurer. sans même compter ta bouffe, et ton fameux voyage. Alors, tu vas ou là??

L'année "sympathique" comme tu te plais à la nommer ne l'est plus du tout! Tu vas faire comment? Tu ne serais pas en train de te foutre dans une m... noire?
Là, garçon, tu es mal. Faut que tu t'assoies, tranquille, et que tu réfléchisses. Prends-toi une bière, si, si, ça peut aider.

Ta carte au mur rigole. Elle te regarde d'un air goguenard. Elle te parle: "alors,tu viens? Tu vas ou?"

Tu as décidé de te la coincer, ta carte! Depuis le temps qu'elle te nargue, mine de rien, tu prends une punaise, un fil et une autre punaise et tu fixes la première là ou tu habites, à l'ouest, presque au bord de la mer de la Manche.

Aie! Elle réagit vivement, ta carte, elle dérouille, c'est sa fête!

Tu n'attends pas trop. A l'ouest? Pas la peine, il n'y a que de l'eau. Et puis plus loin, les states, en dehors de la carte? Trop loin!
Au nord? Nooon, moi y en a pas aimer le froid. Pays de riches pour voyages de riche. Moi y en a pas aller vers le nord.
L'est, camarade, toi pas aller vers l'est, toi ĂŞtre prudent, eux boire beaucoup vodka et toi pas aimer vodka.

Ton fil se balade sur la carte: ton esprit fonctionne vite il te faut une boucle, un circuit, des pays pas chers, ou il fera chaud et ou tu pourras survivre et voyager pas cher.

Allez! Tu pointes sur la Turquie, tu descends vers le Liban. tu tournes à droite, bonjour l'Égypte, tu continues vers la Libye et retour par la Tunisie, l'Algérie et le Maroc...
Un tour de la Méditerranée, quoi. Tu plantes ta punaise plein sud, ta carte s'apaise. Maintenant, elle sait ou tu vas l'emmener.




Ta belle moto "d'occase-toute neuve" est en bas sur le parking. Alors, toujours devant ta carte stupéfaite, tu lui lances: on part pour la Libye, on part par la Turquie, le Liban, l'Égypte et après la Libye, on revient par le Maghreb, l'Espagne et la " douce France".

On est trois à être stupéfait: ta carte qui reste bouche bée, ta moto qui n'en croit pas ses oreilles, et toi, qui vient de te lancer un bon vieux défi d'avant guerre, du genre "on les aura".
Seulement, il n'y a que toi à savoir que ce défi-là n'est qu'un pieux mensonge.
Car comment faire tout ça quand on a pas un rond en poche?
Tu es vraiment le roi des...

Maint'nant, tu n'as plus qu'Ă  assumer, Ă  t'assumer, ta grande gueule et toi.

Allez, au boulot, c'est que t'as un voyage à préparer, même que tu sais enfin ou tu vas, tu sais comment, avec ta moto mais tu sais pas avec quoi, et tu n'es pas magicien.

Des heures sup, du boulot "à la débrouille", tu vas tout faire, enfin, presque, pour faire avancer le schmilblick". Et puis tu vas faire les demandes de visas et tout et tout.
Tu reçois des papiers, tu en remplis d'autres, ce genre de voyage commence toujours par une colonie de papiers en tout genre.

Et puis tu apprends une très mauvaise nouvelle: la frontière égypto-libyenne est fermée officiellement". Tu apprends par tes contacts que certaines autorisations sont accordées au compte-goutte pour les zétrangers! Or toi, tu es un zétranger!
Tu fais fébrilement une lettre à l'ambassade de Libye en France avec tous les détails et tu attends, encore plus fébrilement "ze réponse" of ze Libyens.

Les mois passent, tu bosses comme un chien pour récupérer le max de flouze possible mais rien au courrier... Bullshit!

Il est temps que tu prennes une décision: cette année "sympathique", tu la prends ou non?
Un an c'est 12 mois! Tu pourras jamais tenir 12 mois sans salaire pour payer et le voyage et le reste.
Tu pourras toujours travailler 6 à 9 mois à la "débrouille" et voyager les 4 à 5 mois restants.
Alors tu remplis la demande et tu la gardes "sous le coude" jusqu'au dernier moment, dés fois que...

Côté courrier, ce n'est pas le franc succès, tu reçois des réponses du genre: "Votre dossier a retenu toute notre attention (tu parles!) mais nous avons le regret de..." : après tu n'as pas besoin de lire le reste, tu as compris!
Tu tiens le décompte des dossiers envoyés et des réponses reçues, pour l'instant, c'est l'échec complet.

Le problème qui reste en suspens est la frontière égypto-libyenne pour lequel tu n'as aucune réponse. Le moral tient bon mais ça ne s'annonce pas terrible changer d'air, disais-tu.

Les jours, puis les semaines passent, te voilà tout prés de l'échéance. Comme chaque jour, tu regardes le courrier: des factures (beurk), de la pub (poubelle direct), des lettres perso et... une lettre officielle!

T'en crois pas tes yeux de myope: les Libyens t'ont répondu! Le big problème, c'est que la lettre est toute en arabe! Tu ne peux lire un traitre mot de ce qui est écrit là! Et tu n'as personne qui sache lire ça sous la main!
Pendant que tu gamberges, ton café refroidit et tes tartines beurrées se demandent bien ce que tu fous!
Tu regardes le tout de plus prés, tu trouves une référence et un numéro de bigophone, tu respires un bon coup et tu composes ledit numéro.
Au bout, ça décroche et on te cause en arabe dans le texte!

Tu t'excuses platement en expliquant que tu ne parles pas l'arabe et que tu demandes si tu es bien Ă  l'ambassade de Libye, service des visas.

"Non,pas du tout" te répond la voix dans un excellent français, vous êtes au service de la coopération scientifique et culturelle de l'Algérie. Que puis-je faire pour vous?

Là, t'es sur le cul. Tu crois parler à des Libyens et tu te retrouves à causer avec un Algérien. Tu lui donnes la référence de ta lettre et tu attends, longtemps. Tu l'entends qui fouille dans des papiers, il y a des gens qui rentrent, parlent, ressortent, tout ça en arabe in ze tex et la voix reprend: "monsieur, vous avez été recruté par la commission franco-algérienne de coopération pour un poste en Algérie à prendre le 1er septembre. Acceptez-vous ce poste?"
Tu restes quelques secondes la bouche ouverte, t'as besoin d'air. Il vient de se passer qqc là. La voix s'impatiente: "allo? Monsieur? Que me répondez-vous?"

ça y est, ça vient, du fond de ta gorge le son revient et tu t'entends lui répondre que tu acceptes avec plaisir. L'autre reste froid, il fait ce boulot tous les jours et toi tu attends ça depuis... "Très bien, monsieur, nous vous envoyons un exemplaire du contrat en français pour signature."
Tu remercies chaleureusement et tu raccroches le bigo. Ton café est froid, Mais tu t'en fous, c'est du champagne qu'il te faut!

Tu es sur ton petit nuage, tu vas mettre les bouts. Plein sud comme tu l'avais dit, pas vers la Libye mais vers l'Algérie, donc le Sahara, tu pars plein sud mon gars!

Bon, tu as fait quelque peu la fĂŞte, naturellement, tu as bien le droit d'avoir un peu de chance, toi aussi, hein?

Maintenant que tu as ce contrat, tu te dis que la Libye, c'est tant pis, de toute façon "ils" ne t'ont même pas répondu, "ils" ne te répondront d'ailleurs jamais.




Il faut te trouver une voiture convenable pour emmener toutes tes petites choses et tirer ta moto. Encore de la chance, ton beauf se sépare de sa 504 Peugeot, la voiture algérienne par excellence!
C'est un des tout premiers modèles, 1968, elle n'a que 100 000km et il te la cède pour une petite somme. Te voilà au volant du symbole bourgeois de 1968, date à laquelle, toi et tes petits camarades s'entraînaient au maniement du pavé et s'amusaient à fustiger le bourgeois. Et maint'nant, tu te trimballes dans leur voiture!
Elle est en bon état, les voitures de bourgeois de l'époque, c'était de la bonne tôle et tout! Elle a encore les vitesses au volant et un volant grand comme ça! Suprême intérêt pour toi, elle a le modèle de moteur de la 404 Peugeot, l'archétype du véhicule algérien, avec un carbu et à l'essence non seulement les algériens adorent cette voiture mais en plus, ils la connaissent par cœur et il y a plein de pièces dispo là-bas, alors t'es le roi du pétrole!

Tu dégotes vite fait un moto-tract, sorte de U en métal, un tube qui te permet d'arrimer ta moto à la boule arrière comme si tu emmenais une remorque mono-roue c'est la roue avant qui est prise par le système, seule la roue arrière touche le sol.
Tu mettras un vieux pneu pour partir pour ne pas user le neuf et tu enlèveras la chaîne pour être tranquille.

Tu vends ta 2 cv "toute neuve-d'occase" et avec les sous-sous récoltés tu fais ton marché: des ressorts tarés plus durs pour la voiture, ainsi que des pneus de plus grand diamètre pour le sable, quelques pièces détachées, une galerie trouvée dans une casse, deux jerrycans de 20 litres, deux jerry pour la flotte, une pompe à eau et du tuyau pour la maison, tu fais faire par le copain d'un copain une plaque de protection sous le moteur et le châssis, elle va d'un bout à l'autre et pèse une "tonne" mais avec ça, tu peux "y aller" de bon cœur!

Deux cantines pour emmener ton matos, quelques babioles et tu es fin prêt! Un "routard" sur l'Algérie que tu lis au moins 3 fois pour le connaître par cœur, deux guides sur le Sahara qui subissent le même sort et la carte Michelin 153 que tu achètes en double au cas ou.
Cette carte est illégale en Algérie alors tu la planques bien, en deux endroits différents.
Cette carte est illégale car elle fixe les frontières avec le Maroc et il y a des problèmes avec le Maroc au sud ou la frontière n'est pas la même selon que tu vives d'un côté ou de l'autre. Toi, tu ne vas pas de ce côté, tu vas plein sud ou presque.

En effet, tu as reçu ton contrat en français dans le texte et tu vas partir sous peu pour la ville de Biskra, juste au sud des Aurés.

Les Aurès, chaîne de montagnes orientées ouest-est qui signe la fin du "nord" et qui t'ouvre la porte du sud Les vacances sont vite passées et te voilà sur le départ la Pigeot est remplie jusqu'au toit, et même au -dessus, la galerie est complète! Derrière ze gros mono, tout content d'être de la partie!

Tu vas rouler très peinard, avec les zyeux qui brillent,la banane aux lèvres, dans la carlingue, c'est le bonheur absolu, la radio braille ta zique préférée, il fait beau de chez beau et, à l'heure ou tous les autres reprennent le boulot, toi, tu descends vers le soleil pour de nouvelles zaventures! Elle est pas belle,la vie.
L'est tellement belle que tu fais durer l'plaisir!
Pas question de t'enfiler l'autor ainsi harnaché, tu te prends les nationales, tu prends le temps qu'il faut, et même un peu plus, tu t'arrêtes en choisissant tes restau, étape obligée prés de Roanne chez les "trois gros", tu te refuses rien, tu pars plein sud avec un contrat en poche, alors tu peux te faire plaisir parce que, là bas, compère, des restau "gastro" tu trouveras que dalle! Hôtel le soir avec garage pour protéger ton précieux chargement et tu pointes tranquille dans les temps à Marseille pour l'embarquement.

La grande bleue est toute bleue et 24 h après tu débarques à Alger-la-blanche, sous un beau soleil. Arrêt douanes ou il faut montrer patte blanche ainsi que tous les papiers possibles et imaginables, mais ton dossier est complet et deux heures plus tard, ta Pigeot spéciale sud et zegromono traversent de conserve Alger et sa banlieue, direction ze sud, avec la montagne et les hauts plateaux en ligne de mire. Tu traverses des banlieues dont les noms rimeront avec danger quelques années plus tard quand le climat social va tourner mal mais, pour l'heure, tu passes sans aucun souci. Tu as entre 500 et 600 km pour rejoindre Biskra, roule Raoul!




Tu as quitté les oliviers et les orangers ou les eucalyptus de la plaine de la Mitidja et tu te retrouves bientôt sur le plateau désolé qui lui succède. Tu traverseras sans t'arrêter plusieurs bourgades tristounes pour arriver à Batna, entourée des montagnes des Aurès qui te font de l'œil sous le soleil de septembre.
Enfin le défilé d'el kantara (le pont,en arabe) te fait découvrir "el foum sahara" la bouche du Sahara, c'est à dire la porte d'entrée du sud algérien c'est à el kantara que
venait Gides car il appréciait cette région. et les petits bergers aussi. Voilà, tu as passé le défilé et les 7 ponts, te voilà sur la route du sud!

Tu sens la chaleur sèche monter du sol et dans la carlingue, on est content d'être là mais on sue à grosses gouttes. Yalla, on y va!

Tu passeras Bou (le père) Saada, ville quasi endormie vers les 16h et tu files vers ta destination Biskra,a u soleil couchant.
Tu arrives la-bas à l'heure du repas et tu passeras ta première nuit dans un hôtel dispendieux mais ou il y a un parking gardé, c'est mieux pour le chargement. Ah, à propos: sur les 550 km de trajet, tu n'auras vu qu'une moto: la tienne!

Tu feras taire tes envies de "grand sud" pendant plusieurs mois ensuite. Car il s'agit de respecter les termes du contrat: tu es venu d'abord pour travailler, c'est donc ce que tu vas faire, travailler, t'installer et essayer de comprendre un peu plus cette société algérienne qui t'est jusque là totalement étrangère.

Étranger, c'est d'abord toi qui l'es, et non eux qui sont chez eux. C'est à toi de t'adapter, de t'intégrer et d'assimiler ce que tu peux faire et ce que tu ne peux et dois pas faire.

Tout cela te prendra du temps, "très beaucoup de temps" car le temps, en ces pays, est différent du notre, trééés différent! Il est élastique! Il se triture, se malaxe, se transforme et s'étire à l'infini!

Au début, on te dira "reviens demain" (radoua ,inch allah) et, occidental bien élevé dans les normes de ton pays, tu reviens le lendemain. Tu as tout faux, camarade émigré! Demain veut dire une autre fois, un autre jour, non fixe, non délimité, demain c'est pas aujourd'hui!

Quand tu captes que pour tout lieu de vie tu as une Pigeot remplie de tes affaires et au cul un zemono, tu te magnes le train de faire avancer les choses "au plus vite selon les normes en vigueur" dans ce pays, ça te prendra encore un peu plus que tu ne le pensais, le pouvoir de latence et d'inertie est "virtuellement" phénoménal. Enfin, en étant "persuasif" on arrive à ses fins mais il faut te montrer habile, fin et diplomate. Un appart pour toi seul dans ce pays ou la crise du logement est terrible, cela vaut la peine de se battre. Quand, enfin, tu toucheras les clés au fond de ta poche, tu pourras commencer à respirer. Mais cela ne se sera pas fait sans mal.

Évidemment, y a pas d'eau, ni pour boire ni pour le reste: l'eau arrive en bas, mais pas de pression, alors, on sort la trousse à outils, on branche la pompe, on creuse pour les tuyaux et on sue, on bave, on en ch... Il est loin le sud?

La petite communauté coopérante t'a bien accueilli et te donne le coup de main nécessaire à la réussite de l'entreprise.

Te voilà à pied d'œuvre pour le début de l'année scolaire, le tout sous une chaleur écrasante. Mais tu es un gars spécial, toi. Tu es un normand qui aime la chaleur! Tu commences à te sentir bien et à fonctionner à partir de 25°, tu vas bien mieux à 28° et tu continues de fonctionner jusqu'à35°, après, t'as tout donné, y a pu rien!

Donc tu ne souffres pas trop, au contraire, tu vas bien Ă  condition de boire tes 10 litres par jour, dix litres d'eau, of course!
Le problème c'est que l'eau qui coule parfois au robinet grâce à la pompe à eau que tu as installée, elle n'est pas bonne à boire: elle donne une "tourista" d'enfer. Il faut aller chercher de l'eau vraiment potable pour nos petits estogomes d'occidentaux à un puit artésien qui se trouve à 16 km de là. On y va à deux voitures et on emmène tous les jerry de la communauté, chacun sa semaine. C'est une corvée acceptée par tous pour le bien de tous.
L'autre problème est chronique: chaque week end, c'est à dire le jeudi à midi et le vendredi, nous sommes en terre musulmane, l'électricité s'arrête pour faire des zéconomies.

Heureusement tu as aussi amené le groupe électrogène pour pallier ce souci et chaque fin de semaine, tu vis au ron-ron du groupe japonais qui te sauve la mise.

Tu as encore plein de choses à faire et à trouver avant d'être véritablement opérationnel c'est donc du camping à l'intérieur de chez toi que tu fais: tu dors sur un matelas pneumatique, tu fais ta cuisine sur un camping gaz et tu laves ton linge à la main. Pendant ce temps, zemono dort chez un collègue, tu le démarres souvent rien que pour l'entendre et pour que sa batterie ne déclare pas forfait il va falloir passer par la case immatriculation: grosse galère en perspective, çà!

Il faut t'équiper: te faire un lit, une table, deux chaises, trouver une gazinière, un frigo, une machine à laver. Ce qui serait une formalité en France relève ici de la galère vraie. Pour le lit, la table, les chaises, il faut du bois! Nous sommes au sud et du bois, c'est rare néanmoins, grâce à beaucoup de patience et d'apprentissage des relations "nord-sud" tu finiras par trouver assez de matière première pour te faire un lit, deux tables, quatre chaises et un bon paquet d'étagères ça commence à prendre forme.

La gazinière et le frigo, tu les trouves chez un coopérant qui revend le matos d'un partant, te voilà avec tout le confort nécessaire, la machine à laver est introuvable, le pays vit sans eau et souvent sans électricité alors. Alors, tu trouves une laveuse, c'est son métier, elle te lavera ton linge. Cela lui fera un complément de salaire (très bas) et toi, tu auras des vêtements propres.

L'année suivante tu ramèneras une petite Calor électrique mais tu continueras à donner le maximum de linge à ta laveuse pour qu'elle conserve ce petit revenu qui lui est nécessaire.

Tu contribueras aussi au salaire du gardien des voitures et de la moto car il faut un gardien. Dans un pays ou les voitures sont rares et les Pigeot très convoitées, il peut arriver que... Et puis, cela fait vivre un gardien, donc une famille et c'est l'aspect le plus important.

Au boulot, c'est à dire en classe, c'est assez différent de tes habitudes et c'est tant mieux car tu voulais changer d'air, non?

Évidemment, il ne faut surtout pas comparer. Tes classes ont bien des fenêtres mais aucune vitre, il y a bien un tableau mais il est usé. Il y a bien un bureau mais il est cassé. Non, ne cherche pas ou tu pourrais brancher un magnétophone, il n'y a pas de prise. De toute façon, il n'y a pas de magnétophone, ni de cassettes pour mettre dedans.

Il y a bien des tables et des chaises, pour trente élèves environ mais tu as cinquante-sept élèves par classe, les derniers arrivés (les garçons) s'assiéront par terre.

Ne cherche pas de manuels: il n'y en a pas, tu devras trouver tes textes, les taper à la machine et les porter à la ronéo, une seule grosse machine pour 223 profs, tu apprendras à travailler vite et bien, et à porter le tout à l'heure pour "choper" le gars de service.
Tu apprendras aussi à vérifier le nombre d'exemplaires et à reprendre les exemplaires restés à côté sinon ils seront revendus à des élèves désireux de faire le devoir avant les autres.

Tu as, pour travailler, une arme redoutable qui t'est enviée par tous les professeurs. Tu as ce qu'ils n'ont pas et qu'ils voudraient avoir: une machine à écrire!

Tu as aussi dans ta besace une bombe A, A pour Anglais: des textes, des livres bref, de la doc que tu as amenée de France, pour eux qui n'ont rien ou presque c'est de l'or en barre, cela va t'amener quantité de coups de main donnés à quantité de profs algériens, sri-lankais, palestiniens, syriens... Et autant de possibilités de renvois d'ascenseurs bien utiles dans un pays ou le troc remplace la disponibilité de moyens de travail pédagogiques.

Ce que tu ne sais pas encore, c'est que tu étais parti pour un an ou deux, Histoire de te faire un peu de blé et te cogner le "grand sud" avec zemono, en fait, tu vas rester là-bas 5 ans! Le temps qu'il faut pour te faire à ce pays, à cette société âpre et difficile à appréhender en profondeur.

Durant ces années, question boulot, cela s'est bien passé, sauf à deux reprises. Deux évènements qui t'ont montré, à trois ans d'intervalle, que, quand tu es "roumi" l'étranger, tout se joue sur le fil du rasoir.

Le premier se passe dans la classe: tu as un beau stylo que l'on t'a offert et auquel tu tiens. Tu sors quelques instants de ta classe et quand tu reviens, ton stylo n'est plus lĂ .

57 élèves entre 16 et 20 ans te regardent que va faire le roumi?

Tu dois jouer serré et gagner si tu veux rester le seul maître à bord. Ils sont en train de te tester. Tu restes zen et tu expliques: ce stylo t'a été offert par ton père (mensonge) qui était très heureux de te voir partir en coopération pour leur pays (mensonge: il s'en fout total), tu ne voudrais pas rentrer au pays en expliquant ce qui s'est passé. 57 visages se figent: tu as marqué un point!
Tu ne veux pas savoir qui a pris ce stylo et tu ne leur demanderas pas. Tu vas sortir de classe 5 minutes, quand tu rentreras, ce stylo aura repris sa place et là, tu joues ton va-tout: si le stylo n'est pas là, ma place n'est plus parmi vous: 57 visages se crispent, deuxième point.

Tu sors de la classe et tu attends, en te disant que si le stylo n'est pas lĂ , il faudra que tu fasses tes valises.

Quand tu rentres en classe, 57 élèves sont debout, le stylo est sur la table avec un petit mot en anglais "we apologize for the mistake". Nous nous excusons pour cette erreur.

Tu ne leur en parleras plus. Tu ne leur demanderas jamais le nom de l'élève qui... Ils ne te le diront jamais.

Le second évènement est politique. Il se passe encore dans la classe avec d'autres élèves. Depuis quelques temps, les Libyens (tiens, ça te rappelle qqc) ont des soucis avec la communauté internationale qui les accusent de terrorisme La crise est patente et en réponse à certains actes dont on accuse la Libye d'être le maître d'œuvre, les Américains envoient quelques avions basés en Angleterre longer la France qui a refusé le survol aux avions US et lâcher quelques bombes sur Tripoli, la capitale du pays.

Quand tu arrives le matin dans la classe, les élèves sont assis, muets. Tu sens bien qu'ils vont te dire qqc, alors tu attends. Une voix féminine s'élève: "monsieur, nous refusons désormais d'apprendre la langue du colonialisme et de la toute-puissance américaine qui bombarde nos frères arabes".

Il te faut reprendre vite "le manche" sinon tu sens que le groupe va partir en vrille et que ta classe va exploser en vol!

Tu leur dis ceci: Je vous comprends et je ne m'explique pas ce geste, toutefois je vous demande de me comprendre, je ne suis pas ici pour vous apprendre la langue du colonialisme, si langue du colonialisme il y a eu pour votre pays, c'est la langue française, la langue que je vous apprends c'est, pour moi et pour vous, la langue mondiale de l'échange et du commerce, ce que je vous apprends c'est une chance pour vous et votre pays da participer au grand concert des nations, de plus, regardez bien ce avec quoi je suis venu vers vous. Là, tu abats ton jeu: je suis venu vers vous avec mon cartable, je suis venu pour partager, je ne suis pas venu avec un fusil".

Tu t'arrêtes et leur dis encore: vous allez réfléchir ensemble quelques instants et vous viendrez me dire ensuite votre décision.

Tu les laisses seuls et tu vas dans le couloir, ils viennent te chercher peu après: "monsieur,svp, apprenez-nous la langue du partage". Tu vois, c'est pour ça que je suis resté 5 ans là-bas: pour eux.




Et pendant tout ce temps qu'as-tu fait de zemono? En fait, la première année tu vas t'en servir assez peu, d'abord tu as des soucis avec zemono. Enfin, pas zemono mais sa plaque d'immatriculation!

Hein, koikesse? Dans ce pays, rien (de chez rien) n'est simple: ton contrat est prévu pour un véhicule et pas deux, toi,tu arrives, la gueule enfarinée avec DEUX véhicules. Tu peux t'imaginer le truc, deux véhicules pour UNE personne, dans le pays, ça frise le scandale, ici un véhicule, essentiellement une voiture, mieux une camionnette ou royal un camion, ça sert pour tréééés beaucoup de gens!

Alors deux pour un seul, les yeux sortent des "zorbites".

Ensuite, comme rien n'est simple, ton véhicule il est à moitié algérien par sa plaque: fond bleu, chiffres et lettres jaunes et un truc en arabe à la fin qui signifie "Algérie", ta carte grise doit être algérienne, écrite à la machine à écrire en arabe. Mais ton véhicule reste à moitié français car tu n'as pas le droit de le vendre en Algérie.

Alors tu réussis ton coup pour la voiture: au bout de 3 mois tu peux peindre ta plauqe et circuler "librement" dans tout le pays mais zemono, avec sa plaque pas de la bonne couleur attire les gendarmes comme le miel attire les guêpes.

Le gars des cartes grises est intraitable: une carte grise et une seule. A plusieurs reprises, les "bleus" te diront que tu roules dans l'illégalité et tu es repérable de loin vu qu'en ville , il y a un seul zemono, le tien à toi personnel.
Va te falloir trouver le moyen de moyenner car tu as besoin de ta voiture pour le quotidien et de zemono pour le sud.

Alors, tu diras pas comment tu t'y es pris mais, avec force troc, palabres, quelques renvois d'ascenseur bien placés, tu as obtenu une carte grise moto avec zemono écrit en arabe et le droit de faire le cador en ville sans te faire pincer par les bleus certes mais ça t'a pris au moins six mois!

Pendant 6 mois, peu ou pas de zemono dans les rues de Biskra city. Quand tu la sortiras enfin, ta moto déclenchera l'indifférence générale: une moto dans une ville du sud de l'Algérie ne signifie rien pour eux. Ta vieille Pigeot, si!

Même tes élèves ne comprennent pas, Ils trouvent que tu es bien riche pour avoir "tout ça"! Ils regardent une fois pour voir ce que c'est et c'est tout. Pour faire le beau devant les filles, c'est Pigeot qu'il te faut!

Zemono, tu vas le garder trois ans là-bas car chaque année c'est le dilemme! Fin juin tu rentres avec quoi? Avec la moto mais tu ne pourras rien ramener pour ton année sur place. Alors chaque année tu optes pour la voiture qui te permet d'apporter plein de choses, pour toi, de la bouffe, des habits, deux pneus, une chaîne, deux bidons d'huile, deux filtres à air, un filtre à huile, deux chambres à air, le ballon de foot des gamins du quartier, la robe de la future fiancée de Mohamed, les livres de Rachid et encore plus. Alors zemono reste "au chaud' chez des zamis sûrs.

Pourquoi tu le ramènes pas avec le u-track? A cause de sa plaque pardi, à la douane, s'ils te voient avec deux véhicules à ton nom, tu es bon pour les zennuis. même avec une carte grise à ton nom. La troisième année tu repartiras en avril avec zemono et tu reviendras en navion pour garder la Pigeot pour le retour définitif.

Pendant ces trois ans, aucun souci mécanique sur zemono qui avait 20 000km quand tu l'as acheté. Tu le revendras avec 20 000km environ de plus et quelques bonnes virées sahariennes à son actif.




Des virées, la première année, tu n'en feras que quelques-unes, d'avril à juin, tous les zautres coopérants sont en voiture donc tu vas avec eux, c'est tout bénef, ils te transportent ton matos et en plus, avec les glacières, on a de la bière fraîche.

Déjà en avril il fait beau, pas encore chaud et, s'il n'y a pas de vents de sable, c'est la meilleure période pour rouler. Tu vas à El Oued (la rivière), la ville aux mille coupoles dans son berceau de dunes dans l'oued Souf, tu vas à Gardhaîa, chez les Mozabites et tu montes au nord à Constantine. Mais tes balades préférées t'emmènent vers la montagne, vers les virolos des Aurès, paysages entièrement préservés ou tu trouves des centaines de pistes magnifiques et variées nous y montons presque chaque week end pour y trouver de la fraîcheur car Biskra devient vite une fournaise dés le mois de mai. Là-haut, il fait meilleur et les soirées autour d'un feu de bois, avec les merguez et le poulet grillé, les dates de la région de Tolga, la bière fraîche achetée à el oued, prennent vite un petit gout de paradis à condition d'éviter de marcher sur "androctonus ameureuxi" le petit scorpion de la région qui lui aussi s'est réveillé avec les chaleurs.

Tu éviteras aussi de rencontrer de trop prés le naja commun qui pourrait, avec une seule morsure, te faire regretter de partir si vite.

Tu rencontreras souvent androctonus car tu le chercheras pour ta collection personnelle. Tu ne rencontreras le naja commun que deux fois, dont une fois d'assez prés pour avoir peur, mais c'était ton jour de chance, il a eu plus peur que toi et il est parti le premier, ça tombait très bien parce que tu étais prés de pisser dans ton froc de trouille.

Les pistes des Aurés empruntent souvent le lit des oueds asséchés, c'est pratique, tu suis le cours de l'oued, il passe dans une gorge, tu le suis. Les berges sont vertes et les lauriers roses, les azalées en fleurs, les bougainvillées roses et oranges, les rhododendrons blancs, rouges, forment une guirlande multicolore et enchanteresse au milieu de l'aridité des rocs et sables stériles.

Les palmiers sauvages forment des bouquets verts Ă  haute tige et les dates sauvages te tendent les bras Ă  condition de pouvoir et savoir y monter.

Les cèdres poussent en hauteur et leur envergure majestueuse nous donne l'ombre bienvenue pour la pause déjeuner. Tu ne rencontres personne ou presque, aucune autre moto, aucun 4X4, nous sommes seuls dans cet univers préservé et nous goutons notre privilège de pouvoir parcourir ces pistes si propices à la moto.

Des bergers de moutons viennent nous rendre visite au bivouac pour boire le thé ou le café avec nous et souvent ils parlent assez de français et nous d'arabe pour nous comprendre, ils nous racontent leur vie, nous demandent la notre, on partage une cigarette et la nuit qui nous entoure.

La légèreté de zemono fait merveille dans cet environnement fait pour lui, tu le conduis sur le couple, sans aucun souci de performance, tu es là pour le simple plaisir de la découverte à moto et le plaisir de partager ça avec tes amis de balade.

C'est grâce aux bergers avec lesquels tu discutes ou partages ton repas que tu vas trouver des anciens postes de garde romains et pouvoir fouiller à ton aise dans ces endroits perdus en montagne et qui n'ont jamais retenu l'attention de quiconque.
Tu y trouveras les restes de leur vie: monnaies, tessons de terre cuite, morceaux d'amphores.

Le limes romain, c'est-à-dire le mur qui faisait "frontière" entre leur empire et les "barbares" de chaque région a existé tout autour de leur empire et particulièrement là ou le voisinage leur causait problème, tu visiteras ainsi plusieurs postes de garde dans les aurès et trouveras plusieurs pièces de monnaies et anneaux vestimentaires.

Les bergers t'indiqueront aussi les endroits ou tu pourras trouver des fossiles marins, oui,en pleine terre, maintenant désertique ou presque, bien avant les romains, c'était la mer. Fossiles de moules (géantes), huitres, coquillages, escargots de mer, oursins, tout est là, à portée de ta main, cette région est un livre d'histoire aux pages grandes ouvertes. Et entre les fossiles et les romains, tu trouveras les traces des hommes préhistoriques qui ont vécu là: des pointes de flèches, des silex taillés, des perles en coquille d'œuf d'autruche, des grattoirs, des aiguilles en os... c'est un musée archéologique à ciel ouvert.

Tu passeras tant et tant de journées penché vers le sol, à la recherche "du temps perdu" que tu oublieras un peu trop zemono, posé contre un palmier et t'attendant patiemment.




Cette première année en terre algérienne, tu ne feras pas le grand sud comme escompté. D'abord, comme tu l'as expliqué, tu as dû "moyenner" pour la plaque et que le printemps est arrivé si vite et puis fin juin tu es rentré en France pour les vacances et faire le plein de vie européenne et "occidentale".

De toute façon, tu ne peux pas faire le grand sud tout seul, tu n'en as pas le droit!
A partir de la fin du bitume (goudron, disent les arabes du coin) tu dois y aller "en convoi". c'est le terme légal et respecté car instauré par l'état algérien pour la sécurité de tous.

Un convoi, c'est un minimum de deux véhicules, plutôt trois, avec de l'eau (ma en arabe) et de l'essence en quantité suffisante pour rallier la destination projetée, l'eau est très observée et calculée en homme/litres/jour. C'est donc du sérieux et pas question de passer outre, tu n'irais pas loin.

Il te faut donc patienter encore pour trouver des coéquipiers en voiture qui te prendront ton matos, il faut que tes coéquipiers soient sérieux et assez sympa pour accepter ton matos donc pas en surcharge, c'est les vacances, la communauté coopérante met cap au nord pour deux mois, tu mets zemono au calme chez des amis sûrs et on rentre dans le pays de la bière, du vin, du fromage et ou les femmes ne sont pas voilées: quel changement!




Quant tu repars, deux mois plus tard, tu es content de retrouver la route du sud: le soleil, les oliviers, la Provence qui se pointe Ă  l'horizon, tu n'as pas l'impression de partir au boulot mais en vacances!
Dans la carlingue, il y a deux cantines pleines de bouffe, de pièces moto au cas ou, des bouquins, de la zique, des commissions pour les amis de là-bas, des cadeaux pour tes amis proches, des services à rendre ou rendus, bref, le quotidien du coopérant.

Quant tu arriveras Ă  Biskra au couchant, c'est chez toi que tu iras et le lendemain, sans attendre, tu iras chercher gromono. Il est temps que tu lui fasses faire un grand tour!

Deux nouveaux sont arrivés en septembre, ils ont chacun une Renault 4, des pneus sable sur la galerie et des jerrycans dans le coffre, tu ne tarderas pas à les rencontrer et bien vite à leur parler de ton projet favori auquel tous deux souscrivent avec enthousiasme pour le mois d'avril il leur faut passer par la case "installation",tu les aideras activement, cela te permettra de faire plus ample connaissance et de parler de temps en temps du projet. L'année s'annonce bien, le grand sud, c'est tout simple! La route est là juste derrière chez toi, il suffit de te mettre dessus et de tracer tout droit!

On planche à trois sur l'itinéraire pour avril durant les "ouacances" de Pâques, on table sur 14 jours pleins et on essaiera de "tirer" un jour ou deux si on a des problèmes ici tout le monde sait que le grand sud est là, juste, au sud et qu'on ne s'y déplace pas aussi facilement que vers le nord, les dépassements d'horaires sont légion et personne ne t'en voudra, pourvu que tu rentres!

La carte Michelin 153 est ressortie de sa planque et fait l'objet de nos soins attentifs. Donc plein sud, disais-tu?

C'est bien ça, direction Touggourt puis ouargla, ces deux petites villes sentent déjà très fort le sud: peu ou pas d'immeubles à étages, la rue principale asphaltée et le reste, du sable déjà. A ses deux endroits tu refais le plein, histoire d'avoir toujours le max in the réservoir de Ouargla, plein est direction Hassi (le puit) messaoud, un nom bien connu des français puisque c'était la région productrice de pétrole déjà pendant l'ère coloniale, à hassi messaoud, il faudra plonger plein sud à nouveau vers Bordj-omar-driss faire le plein, et plein est puis sud pour In Amenas, c'est là que nous ferons les formalités policières pour le convoi. On sera alors à moins de 50 bornes de la frontière libyenne. tu pourras éventuellement leur faire un p'tit sourire, plein d'essence et de flotte et de bouffe si on trouve et après début des choses sérieuses: bonjour la piste.

Pour les vacances de la Toussaint, pendant que tes 2 compères peaufinent leur installation tu "t'enfuies" quelques jours plein Ouest pour changer. Zemono est chargé léger, tu prends l'option "démerde", tu emmènes juste le sac de couchage. si tu trouves de quoi te loger ce sera bon sinon "bivouac derrière la dune".




A cette époque de l'année, au sud, il fait encore bon dans la journée et pas encore froid la nuit mais les scorpions et autres serpents (vipères à cornes) sont déjà en demi sommeil.

Tu passeras ta première nuit à Ghardaïa, chez les Mozabites, les habitants du M'zab. Cette ville reste à l'écart de la société contemporaine, le touriste ne peut pénétrer que dans certaines rues, avec un guide, les autres endroits lui sont interdits. Le soir, on ferme la porte de la ville avec une grosse clé, comme "chez nous" au Moyen-Age.
Le minaret de la mosquée penche légèrement vers La Mecque. Au petit matin, tu te promèneras dans la palmeraie qui borde la ville.

Direction plein sud vers El Goléa puis cap à l'ouest vers Timimoun le couchant arrive trop vite, alors, derrière la dune, tu poseras la moto, tu mangeras quelques biscuits et l'hôtel des 36 000 étoiles sera le tien. Le ciel est si pur qu'on peut y voir la Voie Lactée et passer les satellites le silence t'entoure, tu te souhaites une bonne nuit.

Ouais... Pour la bonne nuit, tu repasseras!

Sur le coup de 10 plombes alors que tu étais "fast asleep" comme disent les britiches, tu entends comme un bruit de camion derrière la dune. Non, pas "ta" dune, l'autre, celle juste à côté.
Le "camioun", il s'arrĂŞte,et tu entends des voix, plein de voix, c'est dingue comme les voix portent au Sahara, quand il n' y a aucun autre bruit alentour.
C'est qui, c'est quoi? Tu écoutes les voix . ça te prend quelques minutes pour percuter, ça sonne vraiment pas comme de l'arabe ça. Non, c'est un truc que tu connais mais différent, un truc que tu connais mais vraiment très différent, un accent un peu "country", tu vois, quasi euh, campagnard, pas de l'irlandais, de l'anglais d'Afrique du sud? bon, laisse béton, tu f'rais mieux d'dormir, t'as d'la rout' demain.

Le lendemain, même voix toujours aussi sonores. Tu te pointes au coin de la dune et tu constates "les dégâts": y a bien un camion, un maousse 6X6, avec une remorque énorme et environ une cinquantaine d'hommes et de femmes, en T-shirts et petits hauts qui font de la gym allongés sur le sable.

Pourtant hier soir, régime gâteaux secs et gourde de flotte alors??? Non, tu rêves pas, tu as une cinquantaine d'australiens qui "font" l'Afrique en big camion et qui se bodybuildent hardiment devant tes petits zyeux fatigués. Tu leur demandes un peu de café dans le meilleur angliche dont tu es capable après une mauvaise nuit. Ils te le refuseront en prétextant qu'on ne donne pas aux gens d'ici parce qu'ils demandent tout le temps!

Tu es interloqué parce qu'un café ne se refuse pas en ce pays et que c'est bien la première fois qu'on te prend pour un algérien. Tu remercies donc en arabe et leur souhaite un agréable voyage. En les quittant, tu entendras l'un d'eux dire en anglais à ses comparses "tous les mêmes,ils ne savent que demander".

Tu reprends donc ta route, pensif après cet épisode australo-algérien et pis t'as pas eu ton caoua et sans caoua ça va pas!

Alors, arrêt buffet au premier village venu: ouais, ben, village macache, y en a pas, tu vas te fader les 200 bornes restantes le ventre vide, tu voulais de la démerde, ben t'en as!

Bon, ben t'as plus faim quand t'arrives sur Timimoun, c'est "bô". Tu te diriges direct vers l'hôtel de l'oasis rouge, c'est son nom. Tu peux pas le manquer, en plein "centre" ville, il est d'architecture soudanaise et vraiment pittoresque de l'extérieur. Tu fermes les zyeux et tu les ouvres, tu te croirais à Tombouctou, d'ailleurs en allant plus au sud vers Reggane, tu verras un panneau devenu célèbre "tombouctou 1046km" ça donne presque envie d'oublier de rentrer!

Timimoun vaut la peine d'être vue et d'y séjourner car il y a beaucoup à voir et à faire dans et autour de la ville. la médina (ville arabe) est construite en "toub" (argile) au ton fauve et contraste avec le vert dur de la palmeraie alentour, Le vieux ksar (la ville fortifiée) est aussi d'architecture soudanaise et la vue sur les hautes dunes du Grand Erg est vraiment prenante. Au pied de la ville, la dépression de la sebkha te promet une bien belle balade, tu as eu bien raison de venir là!

Aujourd'hui, levé de bonne heure comme d'hab. Les algériens aussi se lèvent de bonne heure, pour profiter de la fraîcheur de la matinée à cette époque de l'année, il fait à peine 20 le matin, 25 l'après-midi et une petite 15 zaine de degrés la nuit. Idéal pour voyager à moto sans être déchiré par la chaleur ou le froid.




Aujourd'hui, tu laisse zemono tranquille, tu vas faire marcher les jambes, de toute façon tu as prévu le vieux ksar et la palmeraie l'après-midi, zemono ne te servirait à rien.

Le vieux ksar, c'est la vielle ville fortifiée pour échapper aux rezzous des pillards qui sévissaient en barouds (d'où le nom de baroudeur) avant que la colonisation française ne mettent fin à ce "folklore" là.

Le vieux ksar est arabe total: un lacis de ruelles, de venelles, de rues en formes de boyaux, avec un toit, des tunnels urbains ou il fait frais et sombre. Si tu ne connais pas le coin comme ta poche, tu te perds illico, ce que tu ne manques pas de faire au bout de 2 minutes. Personne ne s'accroche à toi ou ne te quémande qqc, on te laisse vaquer à ta guise. Tu n'as aucun appareil photo autour du cou, sur le ventre ou dans les mains, c'est en partie pour ça que tu peux circuler si facilement, tu n'es pas pris pour un touriste, pour un "roumi" oui mais pas pour un chasseur d'images.

Les musulmans ont un "problème" avec l'image de l'humain, alors tu leur laisses ce "problème" et tu regardes ce que tu peux regarder, ce que tu ne peux pas regarder c'est ce qui est humain et féminin. Alors tu ne regardes pas, elle baisse les zyeux? Tu les baisses aussi, Comme cela, pas de problème, Conduite que tu adopteras (contraint et forcé) pendant tout ton séjour: c'est long!

Parfois, tu rencontreras un regard net et insistant qui te laissera rêveur mais dont jamais tu n'as pu connaître la signification.

Le vieux ksar te conduit tout droit à la palmeraie qui le jouxte. C'est assurément une des plus belles de la Gourara, le nom donné à cette vallée.

Aux abords de la palmeraie, tu rencontreras beaucoup d'habitants peu aisés et à la peau noire ou du moins très foncée: ce sont les descendants des "Haratines" tribu noire qui a longtemps servi de "réservoir à esclaves" des nomades de la région.

La palmeraie que tu visiteras en fin d'après-midi, après une sieste bienvenue, force l'admiration et le respect pour cette population laborieuse. C'est d'abord la profusion des verts qui fascine le voyageur qui pénètre dans cette palmeraie,les arbres fruitiers, orangers au parfum enivrant, citronniers au feuillage vert dru, amandiers au teint velouté, abricotiers tout cela prospère grâce aux "séguias" petits canaux qui parcourent le sol de la palmeraie comme les veines le corps humain. Chaque séguia alimente une multitude de plus petits canaux par des "kesria", des sortes de peignes en argile qui apporte à chaque parcelle la quantité d'eau qui lui est impartie. Ainsi, chaque cultivateur a-t-il la même quantité d'eau que son voisin, tout cela fut créé il y a plusieurs centaines d'années et fonctionne démocratiquement.

Mieux encore, les séguias sont elles-mêmes alimentées par des canaux souterrains "les foggaras" percés et creusés par les ascendants et courant sous le sol sur des dizaines de kilomètres. Sur le sol, les cultures vivrières, à mi-hauteur, les arbustes et les fruits vers le haut, avec au sommet, les grappes de dattes "doigt de lumière, deglet nour" si sucrées et délicieuses.

Tu rentreras fourbu mais heureux de cette journée dans Timimoun et tu te commanderas un couscous avec viande (c'est un luxe, la viande) pour clore en beauté cette journée découverte. Au lit de bonne heure, la vie nocturne n'existe quasiment pas, et puis demain, zemono et toi, vous descendez dans la sebkha, cette grande dépression juste aux abord de la médina, piste intégrale, tout terrain, fech-fech, cailloux, dunes et fossiles à l'horizon. Voici venir la nuit.




Encore debout de très bonne heure, tu préfères pour plusieurs raisons: d'abord profiter au max de ta journée et, rouler à la fraîche est plus "facile" dans le sable car il est plus dense et plus dur que sous le soleil.

De plus, tu t'es déjà essayé dans le sable et tu es (très) loin d'être un bon.
D'ailleurs tu conduis mal les motos: tu n'es vraiment pas un pilote, mais alors pas du tout! Tu t'es formé sur le tas, ton moniteur n'en savait pas plus que toi quand tu as passé ton permis en 71, il n'avait qu'une Gnôme etRhone, un truc de l'armée française qui datait sûrement de la deuxième guerre! Pas étonnant qu'on l'ait perdue, c'te guerre si on avait du matériel comme ça!

Donc tu conduis mal et "le mou" ne te convient pas, le moto-cross: très peu pour toi. Alors que fais-tu là, en train de kicker zemono pour aller tout droit vers le sable, là-bas, juste à la sortie de la ville, dans à peine un demi-kilomètre tu seras "dedans", serais-tu un rien maso, quelque part?

Deux coups de kick plus tard, le pom-pom du mono se fait entendre. Tu fais chauffer un peu et tu te prépares à enquiller le circuit à l'envers, en commençant par le sable pour finir par le dur, tu roules à vide ou presque, dans tes antédiluviennes sacoches (elles datent de feu ta BSA 500 A 50 qui, elle_même venait de la police via les domaines) il n'y a pas grand chose: deux gourdes de flotte, deux paquets de gâteaux secs, des dattes sèches et ta trousse à outils avec ta pompe. Allez, yalla!

Pour descendre dans la sebkha? C'est tout simple, c'est tout droit, les algériens disent "direk". Timmimoun, tu sais, c'est vite traversé. Voilà, tu y es. c'est encore plus grand quand tu descends dedans. A ta gauche, pas trop loin, quelques kilo (pour kilomètres), tu as les grandes dunes du Grand Erg, mer de dunes qui n'en finit plus d'onduler jusqu'à l'horizon, Ze Dezert quoi. A ta droite, même distance, la falaise qui borde la dépression et par laquelle tu dois revenir: le dur.

Pour l'heure tu es au fond du lac! Oui, la sebkha est un ancien lac asséché depuis plusieurs centaines d'années, tu roules donc prudemment sur le fond. Tu cherches des yeux l'embranchement qui va t'emmener à gauche, sur trois kilo vers un "champ" de roses des sables que tu voudrais voir, ça y est, tu vois des traces obliquer vers la gauche, c'est par là, 3 kilo environ et il te faudra bien ouvrir les mirettes pour les repérer.

Tu n'as aucune formation de géologue donc tu t'es renseigné auprès du collègue de sciences de ton lycée pour savoir comment sont formées ces fameuses roses des sables, il t'a dit qu'elles provenaient de l'évaporation de l'eau infiltrée dans des roches chargées de certains cristaux comme le baryte, une fois l'eau évaporée se forme une cristallisation du plus bel effet et toujours différente.
Pas étonnant donc que tu retrouves ce genre de formations au fond d'un lac asséché. Seulement, les sables du Grand Erg avancent vite et ont tendance à cacher les roses en question. Les voilà, à demi cachées par le sable, elles sont jolies, émergeant du sable comme des perce-neiges en hiver. Tu en "cueilleras " deux petites que tu mettras bien à l'abri (c'est fragile) dans ta sacoche de réservoir quasi vide.

Maintenant, retourner sur tes pas (tes roues) pour retrouver la piste principale compter trois kilo et ne pas se gourer. Voilà, c'est bon, yalla direk vers le fond du lac, le sable est omniprésent et de plus en plus épais et mou, ça godille sec et tu conduis au feeling, prêt à sortir la guibolle au cas ou.

Tu forces un peu l'allure pour ne pas te tanker et alléger l'avant et tu restes toujours sur le rapport inférieur, seconde, troisième. La piste est bien marquée, les traces des 4X4 créent deux canaux parallèles et profonds. Tu en choisis un en faisant attention à n'en pas sortir sinon gamelle assurée.

La piste qui traverse le fond du lac dans sa plus grande longueur n'est pas droite, elle va au gré des dunettes qui lui barrent le chemin, y a donc du virolo imprévu, et justement, au détour d'une dunette, se présente un gros bloc de pierre en plein sur "ton" canal. Et meeerde! faut que tu sortes du canal tout de suiiite sinon c'est gamelle et tu veux pas! Vite, la seconde, tu tires sur le manche pour lever l'avant et sortir du trou, zemono obéit bien et tu décolles des deux roues en sortant de ton canal, la réception est artistique mais quasi incontrôlée, tu dérapes une fois, puis deux et tu récupères le tout sans vraiment savoir pourquoi ni comment. D'un coup t'as chaud, et là, mon gars, au moins tu sais pourquoi!

Arrêt pipi, ça fait du bien et puis gourde parce que tu as la gorge sèche, t'es qu'à la moitié du lac et déjà en vrac, Y a bien écrit "Paris-Dakar sur le bidon, mais toi, tu fais pas partie du convoi, y a pas d'hélico pour te zyeuter et pas de toubibs motorisés si tu te pètes la g... Alors, keep cool Raoul, t'es pas pressé, personne il t'attend là-bas avec un drapeau à damiers, rien à gagner et tout à perdre! Ça godille? Ben, tant pis, ça godille et c'est tout, cool on a dit, cool on reste, parce que des pierres tu vas "n'en voir d'aut" et beaucoup, alors. Regarde donc le paysage comme c'est bô! Fais gaffe à la piste aussi, hein!

Voilà ze fin of ze fond du lac, va falloir monter sur la falaise, là à droite mais ze montée elle est bien saaableuse et mooolle, tu t'arrêtes et tu vas reconnaître les lieux.

Bon, c'est bien sableux et mou au début mais ça s'améliore franchement au milieu, t'as la flemme d'aller jusqu'en haut, ça va le faire...

Tu rallumes zemono, tu retournes un peu pour prendre de l'élan et un peu de vitesse et tu abordes la montée en troisième, à bonne allure, ça surfe bien en trois, ça monte bien, tu passes le sable comme qui rigole, le dur te tend les bras, t'es le roi des sables mon gaillard, oui, mais t'as eu la flemme d'aller voir en haut, hein, et en haut, y a une vieille saignée qui te traverse ze piste sur toute sa largeur, t'as à peine le temps de voir et de comprendre le truc, de tirer comme un malade sur le guidon pour que l'avant s'allège. Ouais, ben trop tard mec, l'avant se plante dans le côté opposé de la saignée et tu passes par dessus l'guidon, bonjour m'sieurs-dames, salto avant.

Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Michel_95
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Message par Michel_95 »

Bon, t'allais pas bien vite mais tu t'es gamellé quand même, t'aurais pas eu la flemme, tu serais monté jusqu'en haut, tu l'aurais vue, c'te pu... d'saignée. Tu t'engueules tout seul, au milieu de rien, y a personne pour t'entendre alors. Le roi des sables? Le roi des c... oui, ça c'est du sûr!

En t'engueulant de la sorte, tu t'aperçois que tu marches, que t'as mal nulle part, qu'il n'y a que ton orgueil de blessé et que ça, c'est vraiment rien de chez rien et que zemono, couché sur le côté continue à tracter, la roue AR libre!

Tu te précipites, tu débrayes, tu passes au point mort, coupes ze contact et d'un seul geste tu le remets d'aplomb. Des dégâts? LE rétro qui s'est plié, le frein avant qui est tourné, tu n'as pas trop serré les cocottes, la fourche a l'air de bien "fourcher", rien d'autre à l'œil nu. Allez, un coup d'démarreur, pour voir, pom-pom-pom, zemono est de bonne compagnie quand tu déconnes, lui sait rester sérieux, au moins.

Puisque zemono est déjà en route et qu'il t'attend, tu prends pas le temps d'enlever la poussière de tes vêtements, et tu repars vers le haut de la montée, bon, en haut y a un "Y" tu par ou là? tout droit ou à droite?

A droite ça va à mi-pente pendant 10 kilo pour rejoindre celle qui va tout droit vers le top de la falaise, tu prends à droite parce que, selon ta carte du trésor, tu devrais passer à proximité immédiate de 3 anciens villages avec des vieux ksars en ruines, alors, yalla, à droite !

Tu passes en laissant Tindjillet en haut sur ta gauche et tu te diriges vers le ksar d'Oum Rad que tu peux voir pas loin Ă  main gauche, c'est le premier des anciens villages que tu rencontres.

Pourquoi ancien et ruiné? Parce que le lac s'est progressivement asséché et que les habitants du paléo et néolithique ont progressivement suivi l'abaissement des eaux chronologiquement les plus anciens sont donc ceux du haut mais tu vas les retrouver un peu plus loin sur ta gauche.

Ces villages sont fantomatiques maintenant que toute vie humaine et sociale les a quittés, on peut deviner l'activité qui régnait, la vie orientée vers le lac et les moissons de céréales sur le plateau: des anciens greniers à céréales subsistent, c'étaient des tours ou l'on protégeaient ce qu'on avait de plus précieux: les ressources céréalières et les femmes, pour les ôter des pillages des rezzous venus du sud ou de l'ouest.

Après être passé par ces villages, tu remontes sur le haut du plateau par la piste qui te ramène vers Tindjillet pour y rechercher des traces d'activité plus ancienne, c'est là sur ce plateau que les anciens semaient et récoltaient les moissons, tu vas y retrouver des silex taillés et des arbres fossilisés, preuve que la région était boisée et recevait donc des pluies suffisantes pour que la végétation et les céréales puissent pousser.

En fait, ces régions désormais désertiques et sahariennes ne l'étaient pas au paléo et néolithique, les archéologues pensent que le climat qui régnait alors était du type méditerranéen humide puis sec puis aride avant de subir la lente montée des sables. Des chasseurs, des pêcheurs et des agriculteurs ont vécu et prospéré là avant que le lac ne s'assèche et que toute vie de ce type ne disparaisse.

Tu ramasseras quelques morceaux d'arbres fossilisés que tu ramèneras avec toi car on y voit encore le bois désormais devenu pierre, mi-bois mi-pierre, ce qui reste d'une vie désormais disparue.

La piste est "dure", pas de sable sur le plateau, ça accroche bien, tu peux évoluer sur un filet de gaz en 3 sans souci et tu rejoins Timimoun dans l'après-midi en regardant la sebkha du haut de la falaise, bien beau spectacle en vérité, combien de nos semblables ont-ils contemplé le lac, les versants boisés, les champs de sarrasin, les cyprès et les ifs dans le couchant?

Bien souvent, ces régions que l'on voit maintenant désertiques, fourmillaient de vie il y a quelques milliers d'années. Ce pays est un livre ouvert sur l'histoire de l'humanité.




Le lendemain matin,tu es un peu froissé, la ze gamelle d'hier se rappelle à ton souvenir ému! Debout motard, tu as de la route devant toi aujourd'hui! Bon, oui, mais d'abord le caoua matinal, sinon t'es bon à rien.

Après, dans le secret de ta piaule au confort rustique, tu déploies ta carte au trésor, ze Michelin 153 que tu avais planquée dans tes fringues parce que pas le droit ici. Faut que tu choisisses: tu remontes plein nord par la Saoura en direction de Béchar, cette vallée trés peuplée au paléolithique regorge de fossiles et d'objets intéressants: pointes de flèches, silex, etc... qui ont entre 600 000 et 20 000 ans, c'est plus que tentant, c'est quasi irrésistible pour un chasseur de trésors que tu es devenu. L'autre choix, c'est plein sud, Adrar puis Reggane avec le projet secret de traverser par la piste, 200kilo pour rejoindre In Salah et remonter plein nord par le goudron "fi dar" (à la maison) après 850 kilo à te faire, ça va faire beaucoup, l'inconnue c'est la piste entre Reggane et In Salah, tu ne sais pas s'ils te laisseront partir tout seul et tu n'as pas le temps d'attendre un départ de convoi.

Allez, yalla, fissa (vite) tu as un petit 300 kilo pour reggane, si tu fais vite et bien tu peux y être en début d'aprem, là tu sauras si. En fait, l'attrait du grand sud est irrésistible aussi, trop irrésistible pour toi, tu veux voir, tu sais que c'est là que tu veux aller, parce que à Reggane, c'est le point de départ de la vraie grande traversée du désert, c'est la que part l'aventure, la vraie, celle que tu ne pourras pas faire seul à moto et pour cause: quant tu quittes Reggane, tu te trouves face à ze désert, le Tanezrouft, celui-là c'est un vrai, qui ne pardonne pas. Tu quittes Reggane, tu ne retrouveras la civilisation qu'à Gao, au Mali, quasi 2000 kilo plus loin ça cause hein, pas loin de 2000 kilo sans essence, et deux réserves d'eau, c'est tout, pas de bouffe, pas de village, oualou! (rien du tout) là, c'est du lourd. Pas pour toi, pas cette fois-là, tu le sais, mais, juste voir, juste sentir la vraie piste, celle du vrai désert, ce sud pour qui tant d'êtres humains ont tout donné, même et surtout leur vie.

Tu as encore 200 kilo pour Reggane avec un arrêt essence à Adrar. Let's go. Pendant la route, quasi vide, tu peux cogiter. "Cogito ergo sum" comme disait un certain, alors, pense donc puisque tu "y" es, A Reggane, si tu peux pas prendre la piste, tu seras obligé de remonter tout le trip par la même route pourvu que. Bon, inch... comme ils disent, de toute façon tu maîtrises rien, autant aller voir sur place et sentir le vent.

Adrar ne possède pas le charme de Timimoun, tu ne feras qu'y passer, faire le plein et tailler la route, toute neuve vers Reggane.

Il est midi passé quand tu arrives à Reggane barrage de police à l'entrée de la bourgade. Ça s'annonce plutôt froid, ils n'ont pas l'air de rigoler à Reggane.

On t'annonce de suite la couleur: la ville est fermée aux touristes et aux coopérants aussi d'ailleurs ville de garnison, no comment. Ici et ailleurs, tout ce qui est militaire, c'est tabou, ça se discute pas, ça s'exécute. T'as le droit de faire de l'essence, de bouffer aux abords du bled mais d'y entrer: là, maandich! (non,y a pas le droit)Tu peux faire les formalités pour le grand schuss plein sud, vers le tanezrouft, rien de prévu pour In Salah, demie bonne nouvelle. Va falloir aviser si tu veux partir plein est, discuter de l'état de la piste, du kilo réel etc...

Bon, tu fais le plein et tu t'attardes pas à la station, tu te mets un peu plus loin, y a un p'tit café ou tu peux trouver une bien maigre pitance.

Ne faut pas que tu oublies l'histoire, mon gars. Ici, les gars de ton espèce, les français quoi, ils ne sont pas trop appréciés. Avant, du temps "des françaoui" Reggane était déjà un poste militaire hyper gardé. Centre d'essai nucléaire, les français, tes compatriotes, y ont fait exploser la première bombe nucléaire française en 1960, soit deux ans seulement avant l'indépendance. Alors, les souvenirs ne sont pas des meilleurs.

Tu glandouilles pas loin du café à te demander ce que tu vas faire, vu que tu peux pas t'attarder trop dans le coin sinon tu vas dev'nir radioactif! Y a un camion (un camioun, comme ils disent) garé prés du café. Il est hyper chargé, à l'algérienne quoi, ici on se pose pas d'questions, un camioun c'est pour êt' chargé, on charge, et on charge encore. Et quand on peut plus charger, ben on en rajoute partout ou on peut, surcharge pondérale avérée pour tout ce qui roule et se déplace sur roues. Ce camioun-là, il a que deux solutions: ou bien il remonte vers Béchar ou bien il va là ou tu veux aller: In Salah, passque pour le "Rouft" chargé comme il l'est, tu lui donnes pas une journée de vie, une aprèm peut-être mais pas plus.

Alors tu t'approches, le gars est occupé dans le moteur, tu engages la converse, il comprend ce que tu dis, il dit que, non, il va pas à Béchar, qu'il va à l'est ('tain, c'est ta route) qu'il va livrer du plastic (des cuvettes, des jerry, des trucs du genre) il s'arrête ce soir après Aoulef (en plein sur ton chemin) et que le lendemain matin il roule sur In Salah. Bon, y a personne que toi, son boy-mécano-homme-à-tout-faire et lui, alors tu lui dis quoi. Toi aussi tu veux aller à In Salah, tu lui proposes de lui acheter deux jerry, un pour l'essence, l'autre pour "ma" (l'eau), tu remplis un d'essence, l'autre avec de l'eau, c'est lui qui les transporte dans le camioun et à In Salah ou un peu avant, là ou tu veux t'arrêter, tu fais le plein et tu lui donnes les deux jerry et un peu de flouz (de l'argent) avec un paquet de clopes françaises.




En entendant parler le roumi,l'œil de l'autochtone s'allume, il flaire la bonne affaire, il va vendre 2 jerry, les récupérer après, avoir un peu d'argent et des clopes françaises en plus. En contrepartie, il va transporter les deux jerry, me donner un thé le soir, le bois pour le feu que l'on partagera et éventuellement me transporter la moto et moi en cas de blème.
Tou bénef pour lui, pratique pour mézig, on scelle notre accord d'une poignée de mains. Ce qui est promis au sud est à tenir.

Le roumi ne donnera le flouz et les cigarettes qu'à l'arrivée. Tu vas acheter quelques dates et des biscuits au café et tu te prépares au départ dans la foulée.

On a à peine 3 heures de clarté devant nous pour rejoindre Aoulef, mieux vaut ne pas s'attarder. Tu t'arranges pour passer prés des flics en te collant au plus prés du camioun, côté opposé pour qu'ils ne te voient pas filer à l'est. Avec la poussière du camioun, ils n'y voient que dalle, toi non plus d'ailleurs, yalla!

Quand tu es hors de vue des bleus, tu t'écartes du camioun qui "file" à 50 kilo à l'heure avec un routier hilare au volant et un homme-à-tout-faire accroché à ce qu'il peut tant le camioun il vibre et souffre sous la charge et sous la tôle.

La tôle??? Oui,camarade voyageur, la tôle ondulée, le pire cauchemar du routard du Sahara, on dirait, oui,de la tôle ondulée, ça en a la forme, la dureté et le côté casse-gueule. Tu imagines, 300 kilo comme ça, ta moto elle souffre aussi, ça vibre de partout, tu crois que tout il va se déboulonner et s'éparpiller sur la piste. La piste, y en a pas, c'est plat comme une table, une table de 300 kilo de long et de 1000 kilo de large. Alors tu t'écartes, tu cherches un endroit moins tôlé mais, avant toi, ceux qui sont passés par là, il zont fait pareil, alors la table est tôlée de partout!

Sur ce 'tain de tôle t'as deux soluces, pas trois, la première c'est de rester en 2, 20kilo/ heure pas plus, et tu vas te faire TOUTES les zondulations de la tôle jusqu'à la fin, tu le dis de suite, c'est intenable!
L'autre soluce, celle que tous les routards prennent, c'est passer le mur du son, tu souffres l'enfer jusqu'à 70 voire 80 kilo/h et après, tu touches le nirvana, tu surfes uniquement sur le sommet de chaque ondulation. INTERDIT de ralentir car à cette allure, la tôle devient aussi glissante que du verglas!

Bizzaroïde de rouler sur du verglas sableux dans le sud algérien, une aprém de novembre, sans avoir froid avec ton p'tit blouson de grosse toile bien crade. Tu vas de glisse en long devers à gauche ou à droite, jamais vraiment droit, tu maîtrises pas vraiment le truc, tu restes léger sur le guidon, debout sur les repose-pieds, tu "contrôles" en serrant le bidon avec les guitares, 300 mètres à ta gauche, le camion un peu en arrière laisse derrière lui un panache de poussière "atomique" colossal. C'est encore loin Aoulef, j'ai mal aux mains, aux g'noux et j'avale de la poussière par kilo. J'ai faim, j'ai soif mais s'arrêter signifierait retomber dans la zone de vitesse critique, alors tu serres les dents, les fesses et tu l'endures, ton sud.

Bon,keskya, t'es pas content, lĂ ? Tu voulais pas partir peut-ĂŞtre? T'as pas fait des pieds et des mains pour voir du pays et changer d'air? Tu voulais pas aller au sud des fois?
Ben si, je voulais tout ça, ben tu l'as tout ça garçon, yapluka assumer et rouler. Plusieurs longues dérives plus tard, le camioun et zemono arrivent à Aoulef, le seul bled (village) entre Reggane city et In Salah.

Bon, c'est pas grand Aoulef, hein, y a pas ou se perdre, c'est un ancien "bordj" (un endroit fortifié) entouré de palmeraies et de jardins, c'est peinard, Aoulef, peu ou pas de bruits de voitures ou de camions, macanche (y en a pas) y a des mules, des chameaux, on s'arrête in ze centre-ville et l'attroupement auprès du camioun frise la concorde un soir d'hiver. Tu passes inaperçu, tant mieux. Si tu pouvais trouver un peu à becqueter, ce s'rait pas mal.
Ben, t'as d'la chance, t'as trouvé une (vieille) boîte de sardines à l'huile, les sardines ici on sait pas trop c'est quoi. T'as trouvé du pain et un pot de confiture d'abricots, c'est tout et ça ira, t'es pas v'nu pour grossir, hein.

Mohamed vend ses bassines, ses jerry ses trucs infâmes en plastoc horrible qui plaisent tant aux gens car ils sont légers, solides, imputrescibles et peu chers. Tu fais gaffe qu'il ne vende pas "tes jerry" et, tu attends patiemment à l'ombre que le commerce il soit fini. Tu grillerais bien une clope mais tu préfères attendre le soir et puis, ici, tu n'oublies pas que tu dois te conformer au pays.

Bon, Mohamed, c'est son nom, a fini. Il compte ses dinars, le compte est bon. On peut y aller. Encore une petite demi-heure et on se posera là ou on veut, sur le dur, pour préparer le feu indispensable pour le thé, manger et dormir à la belle, Commence à faire presque frais, à peine 20 degrés.

Une soixantaine de kilo plus tard, le camioun ralentit puis s'arrête au milieu de nul part, nous sommes au milieu du reg, la plaine du Tidikelt, le sol est nu, il n'y a aucune végétation, pas même d'herbe à chameau. Rien devant, derrière on va se poser là, "sur la table", on a pas de voisin immédiat, les plus proches sont à une petite heure de piste. On sort le bois sec du cul du camioun, on prépare le feu pour le thé, je fais sensation avec ma vieille boîte de sardines à l'huile.
Quand je l'ouvre j'ai deux paires d'yeux qui regardent dedans avec surprise et dédain! Des poissons, ils n'en ont pas vus souvent, mais des petits poissons sans tête et qui vivent dans l'huile, ça jamais! Et ils sont prêts à le jurer!

Tu leur expliques donc la chose et ils restent perplexes. Quant à manger de ça, sûrement pas, c'est bon pour les roumis, les zétrangers, c'est pas bon pour nous. Bon, t'en veux pas? Et Rachid, le jeune-à-tout-faire, il en veut pas non plus? Non, il a plutôt envie de gerber, le Rachid, des poissons dans une boîte.

Bon, elles zont l'air pas mal, ces sardines. Bon, d'accord, la boîte a l'air hors d'age mais t'as faim et sur le Tidikelt, y a RIEN à bouffer d'aut', alors sardines et biscuits et dattes séchées et thé, 4 verres chacun, tradition oblige, la première pour tézig, tu es l'invité du soir, tu ne peux la refuser donc tu refuses pas, c'est tradition, toujours très chaud et très sucré. Très bon aussi après la sèche journée.

Le thé, au Sahara, ça se boit surtout pas à toute vitesse. On boit le thé en prenant le temps qu'il faut. Et il faut du temps. Beaucoup.
Il est bouillant, tu y vas donc à toutes petites gorgées, en aspirant autant d'air que de thé, pour rafraîchir, le verre est petit, il faut faire durer. Alors, on cause. Sur le reg nu, trois bonshommes se racontent leur vie. La leur t'intéresse autant que la tienne pour eux.
Les sahariens rêvent d'ailleurs et les européens rêvent de Sahara: on est donc fait pour se rencontrer et se comprendre.

Se comprendre. Voilà qui n'est pas facile, un mot d'arabe, trois de français pour toi, trois en arabe et deux en françaoui pour eux, la converse avance lentement, la nuit tombe bien plus vite, le thermomètre dégringole dés le soleil couché, c'est l'heure pour eux de s'emmitoufler dans leur burnous et leur couvrante et toi, tout habillé tu te coules dans ton duv'. Silence absolu autour. Au dessus, les 36 000 étoiles du plus bel hôtel du monde, la voie lactée en direct, et les centaines de petits satellites qui traversent le ciel étoilé à pleine vitesse, Tes deux compagnons murmurent leur prière du soir et toi, tu t'endors comme un bienheureux.

Tu te réveilleras une ou deux fois cette nuit-là, juste pour écouter le silence, pas de vent, pas le moindre bruit alentour. Ah si, un des deux compères ronfle! Tu t'imagines seul, au milieu de nulle part, dans le silence absolu, sûrement très angoissant le désert, c'est cruel, ça te décape un mec vite fait, jusqu'à l'os, jusqu'à l'angoisse, la solitude absolue existe et tu es bien content d'entendre ce ronflement, tu peux comprendre le sort cruel réservé à ceux qui se sont perdus dans ces immensités et qui y sont réstés, morts seuls, au milieu de rien. Ouais, difficile, le désert, faut avoir envie d'y aller, comme les marins en mer.

Mine de rien,commence à faire bien frais la nuit, va pas falloir traîner et rejoindre ta cabane sous peu, tu as ton boulot à reprendre bientôt.

Petit matin, juste avant l'aube, ils se sont levés, se sont éloignés, et ont fait leur prière tu as préparé le feu en attendant cérémonie du thé, bienvenue dans le froid du matin, les trois hommes restent silencieux, ils savent que ce thé pris ensembles est certainement le dernier, ils savent qu'une fois arrivés à destination, le camioun et la moto iront chacun de leur côté et que les hommes ne se reverront plus. Chacun scrute l'autre, pour se le garder en mémoire et dans le cœur.

Avant de partir tu leur expliques que tu t'arrĂŞteras lĂ  ou il y a les zarbres et qu'ils pourront continuer seuls sur In Salh qui sera alors Ă  une heure de piste.

Ils te regardent ahuris "les arbres"? Oui les arbres, et tu cites l'endroit. Deux hommes te regardent et se disent que tu es gentil mais que tu es fou. Étincelle d'intelligence du roumi: tu fouilles dans ta sacoche de réservoir et tu leur montres un morceau d'arbre fossilisé, leurs zyeux s'éclairent, ils sont rassurés, le roumi là, il est pas fou, il est con c'est tout! Il prend des pierres pour des zarbres!

Tu veux leur expliquer qu'avant, les pierres c'étaient des zarbres, mais non ce sont des pierres. Bon le roumi veut s'arrêter aux pierres, le camioun s'arrêtera aussi aux pierres, on refera le plein du mono à ce moment là et on donnera ce qui a été conclu, tout ça ce sera l'aprém car on a la matinée de route devant nous avec des passages "mous" et des passages "tôle", Deux coups de kick pour rien et le troisième est le bon, zemono s'ébroue le camioun hoquète puis démarre, aucune trace de notre passage, les braises sont recouvertes de sable et de pierres. le désert reprend sa place.

L'enfer jusqu'à 75 kilo/h puis la glisse sur le sommet des crêtes comme hier, fait frais le matin un petit 15 degrés, tu as froid, ce soir il faudra t'acheter un journal tu le plieras sous ton pull pour faire barrière au froid car demain, tu devras partir très tôt.

Pas de halte pour toi ou pour eux le midi. De toute façon, tu n'as plus rien à manger et eux non plus, au vu du maigre repas qu'ils zont ingurgité hier au soir. Alors, tu fais taire ta faim naissante aux zalentour de midi, t'as des réserves, tu peux te passer d'un repas, non?

Vers les 14h, le camioun te fait signe, les pierres semblent-ils te dire. Oui tu les vois, là bas sur ta gauche, tu obliques dans le sable un peu mou, une grande dérive t'amène vers elles, tu ralentis, tu t'arrêtes.

Le camioun t'a suivi et s'arrête auprès de toi, le camionneur, l'œil narquois te dit "les pierres" pour te montrer qu'il avait raison. Tu lui réponds "les zarbres" et les deux du camioun éclatent de rire. Ils zont voyagé avec un roumi allumé qui mange des poissons en boite et qui persistent à prendre des pierres pour des zarbres. Allez, on fait le plein du réservoir de la moto, il en reste plein, ils pourront le revendre à In Salah, tu leur donnes le peu d'argent qui a été conclu avec un "pourboire" et les clopes. Ils n'attendent pas, ils ouvrent de suite le paquet et s'en grillent une chacun, Personne pour les voir, sauf, peut-être le Puissant mais ici, au Tidikelt, il est absent ce matin-là, difficile d'être partout. On se sert la main, chaleureusement et le camioun, il s'en va vers In Salah, te laissant à tes zarbres qu'ils persistent à prendre pour ce qu'elles sont devenues: des pierres.

Tu te diriges vers les arbres fossiles, ils sont lĂ  depuis 20 000 ans, toi depuis 20 minutes.

Oui, ici ou tu marches, sur le Tidikelt absolument nu, pas une herbe, le sol sableux parsemé de petits cailloux, le reg, il y avait une forêt. Avec de grands arbres, tu en vois qui gisent, brisés à côté de toi, ils font un mètre de diamètre.

Ils sont encore nombreux à témoigner de l'existence de cette antique forêt, des animaux qui devaient y vivre, des hommes qui devaient les y chasser, ce pays, toujours et encore ce grand livre ouvert sur l'histoire de la terre et des hommes qui y ont vécu. Le Sahara a été longtemps une terre ou poussaient les arbres, les céréales, ou couraient gazelles et félins, une Provence humide, une savane arborée, une brousse, des hommes y ont vécu, pasteurs, chasseurs, agriculteurs. Vos traces sont partout, pour mieux nous dire "nous étions là".

Il faut pourtant que toi aussi tu partes. Tu as encore une heure de piste pour In Salah, un coup de kick, moteur chaud, le pom-pom rassurant du 650 se fait entendre, le casque, les gants, ce soir tu dormiras au chaud parmi les zhommes mais tu n'oublieras pas "ta" forĂŞt de 20 000ans au milieu de nulle part.

In Salah ou Aïn Salah,la source de Salah,le sourcier, se présente une heure après avoir quitté la forêt pétrifiée. Cernée de dunes, elle est, pour celui qui descend vers le sud, la première oasis typiquement saharienne Faites d'argile,les maisons sont cernées par les sables qui pénètrent partout, même en ville la couleur des maisons traditionnelles et celles des sables se superposent en un camieu saharien du plus bel effet au soleil couchant, tu arrives par une porte de style soudanais qui rappelle Timimoun. Tu passes par hasard devant un hôtel qui fleure bon le temps d'avant, celui des aventures sahariennes d'avant la colonisation ou presque, allez ce sera là pour ce soir.

Ben quant on veut vivre des zaventures du début de la colonisation, on a le (manque de) confort qui va de pair: les cafards qui font la compet sous l'évier, la douche qui a oublié d'avoir de l'eau et tu en passes. Évidemment, il y avait l'hôtel Altour là-bas sur la route transsaharienne ElGoléà-Ain Salah que tu prendras demain pour rentrer au bercail mais tu as voulu te la jouer "pur et dur" alors tu as ce que tu as voulu et ce que tu mérites.

Évidemment, tu aurais pu avoir la clim', la piscine, la nappe propre, les draps aussi, et comme voisins de table, de gentils touristes bien propres sur eux sortant de la Range climatisée elle aussi, pour boire une bière climatisée et fumer leur cigarillo sous le patio en discourant des bienfaits de la décolonisation!

Ouais, tu aurais pu mais t'as pas voulu! T'es pas v'nu là pour avoir froid dans une chambre sans âme, boire des bières avec des... T'es venu là pour être et vivre et voyager et travailler dans ce pays et tu entends profiter de ses agréments et de ses désagréments tout autant.

Les hôtels Altour créés dans les zannées 70 par l'architecte français Pouillon, parsèment le pays pour le confort des touristes de luxe qui viennent se faire "peur" en flirtant avec le Sahara au fond de leur 4X4 dont ils n'ouvrent la porte qu'une fois arrivés dans l'Altour suivants. Et disent après, de retour à Paris, qu'ils zont FAIT le Sahara. Tu n'es pas de ceux-là.
Tu n'es pas de ceux-là mais tu ne fais pas partie des zautres non plus, tu es quelque part entre les deux, volontiers apatride, athée dans un pays ou la religion est d'état, motard là ou tous aspirent à avoir une voiture, célibataire là ou vivre sans être marié relève du rêve fou, sans enfant là ou, dans l'année suivant le mariage, on se doit d'avoir le premier né d'une longue lignée.

Si tu n'es ni des uns ni des zautres, tu es un transfuge, un marginal, tu n'appartiens alors à aucune famille constituée et tu l'assumes autant que faire se peut, avec des jours sans.





Demain,tu quitteras Ain Salah, sa palmeraie, ses maisons d'argile, ville comme endormie qui fut, loin avant l'arrivée des françaoui, le premier centre d'esclavage du pays.

Tu pars tôt, à l'aurore. Tu as mis le journal "al Watan" (le Temps) plié en deux sur ta poitrine pour t'éviter le froid piquant du petit matin. Les algériens l'appellent le "ça-va-bien" car il est censé rapporter tout ce qui va bien dans le pays. Alors, si "ça-va-bien" pour eux, ça ira bien pour le froid du motard en route vers son bled, là haut à 800 kilo vers le nord!

Le plein avant de te faire les 400 kilo qui te séparent d'El Goléa et lets'go north!

Tout de suite à la sortie d'In Salah, le désert te cueille dans sa nudité absolue.

Tu vas traverser le Tademait dans sa largeur. En langue arabe,cela signifie "nu comme la paume de la main", les algériens ont le sens exact de la description: le sol est nu, ils ont choisi l'endroit du corps humain qui ne recèle aucune pilosité. 400 kilo de nudité géographique, tu peux le dire, c'est désolé et désolant.

Il fait pas bien chaud. Tu roules seul ou presque dans cette immensité sans repaire pour accrocher ton regard. Cette route sur laquelle ton mono égrenne son pom-pom rassurant, elle n'existe que depuis 4 ans. Avant, c'était la piste, jalonnée de bornes pour que les voyageurs ne s'y perdent pas. Et ils s'y perdaient, un léger vent de sable et adieu la borne salvatrice. On raconte l'histoire d'un bus qui, dans les zannées 30, s'est perdu corps et biens. On a retrouvé le bus un mois et demi plus tard mais pas les 32 voyageurs et le conducteur.

Tu as un peu froid, le ça-va-bien n'est pas top, alors pour avoir plus chaud, tu penses au même endroit l'été. C'est la fournaise: Ain Salah et la route qui y mène sont écrasés de chaleur sèche, un des zendroits les plus chauds du globe à ce qu'on dit, 45 voire 50 c'est du lourd, proche de l'insupportable s'il faut y voyager.

Ce soir, tu veux dormir à Ghardaia, alors tu as la bagatelle de 650 kilo à t'envoyer avant le soir. Pause essence et bouffe à ElGoléa, sans avoir le temps de visiter et en route pour Ghardaia, ou tu iras direct à l'hôtel de la palmeraie. La moto se comporte à merveille, elle ne demande que sa ration d'essence et c'est tout, il n'y a pas eu trop de poussière ni de vent de sable,ce n'est pas la saison,alors tout se passe bien, tu n'as pas regraissé la chaîne pour ne pas que le sable s'amalgame dessus, donc rien à faire, l'huile est OK, ça roule à un rythme peinard pour ne rien user. Nuit calme dans l'hôtel de la palmeraie, le couchant sur Ghardaia,beige et ocre est grandiose.

Demain, encore 300 kilo, et c'est Biskra-city, tu aperçois ton logement, ça y est, ça sent l'écurie, tu es vanné mais heureux!!! Après demain, recommence le boulot.

A la Noël,tu resteras tranquille tes deux compères de voyage rentreront en France chercher les derniers trucs qui leur manquent, les pièces détachées et de la bouffe lyophilisée. Pour toi tu la joueras repos. En Algérie, en décembre il fait froid, il neige dans les Aurès et vers le sud, il peut faire 25 degrés le jour mais moins 5 la nuit, alors tu restes "fi dar", à la maison quoi. Allez, prochaine sortie, le grand sud, On se prépare pour la grande aventure.

Bon, tout le monde il a mis son chèche, les dames leur plus belle saharienne et les m'sious leur sarouel du dimanche?

Alors, on va yalla, on va y aller, (enfin, crie la foule fatiguée d'avoir si longtemps attendu!), on va VERS LE GRAND SUD!





Les trois mois avant le "trip in the deep south" seront mis à profit pour aller en voiture à trois, pour économiser, chercher des boites de conserve. Ca peut paraitre idiot de dire ça mais le recherche de nourriture est déjà un souci quotidien en ce pays, alors chercher et trouver de la nourriture pour le voyageur reste un dilemme réel, il y a peu de conserves en Algérie, des sardines si on en trouve, et c'est rare au sud, de la confiture, des abricots au sirop et du concentré de tomates, c'est tout, Il nous faut donc aller au nord pour essayer de trouver quelques boîtes ici ou là pour compléter nos vivres.

Plusieurs aller-retour seront nécessaires pour trouver une dizaine de boites, rien de folichon en plus.

On emmènera aussi des dattes séchées, puisque la saison des dates c'est octobre, des figues si on en trouve et des oranges, Avec la nourriture lyophilisée rapportée par les deux partenaires, on devrait se suffire à nous-mêmes, au moins une dizaine de jours. Pour les autres jours, nous serons sur le bitume, (goudron, qu'ils disent) et là, on peut trouver une gargote et manger un p'tit qqc. Au sud, faut pas êt' difficile, au nord non plus d'ailleurs.

On chargera pas les voitures ni la moto avant le grand départ because des jerrycans pleins d'essence c'est trés recherché par ici alors.

Le grand jour arrive, on se lève aux zaurores et on charge les deux 4L, en commençant par les galeries: deux roues complètes, et du léger, tentes et duvets, dans les voitures: les jerrycans d'eau d'un côté, l'essence de l'autre, au milieu la bouffe, la popote, les fringues et mes petites zaffaires perso.

Sur la moto, mon duvet, un petit jerry d'eau dans une sacoche, un petit jerry d'essence dans l'autre, une chaîne avec son attache rapide dans la voiture et quelques outils et pièces, chambres à air, filtre à huile, un bidon d'huile et pis c'est tout. Dans la sacoche de réservoir, une combine de pluie,on sait jamais! et une trousse de premier secours.

VoilĂ ,tout le monde il est prĂŞt, les pleins faits, il fait jour, on y va.

C'est pas dur, pas besoin de GPS, la route passe devant chez toi, faut juste pas te gourer de sens.

Notre programme est simple: rouler tranquille sur le goudron, de façon à ne rien user, ne rien casser avant d'arriver sur la piste. La moto devant, les deux voitures derrière, on se suit et s'attend aux bifurcations, mais en fait, y en a pas pour le moment, alors.

Deuxième chose: on s'arrête pour faire le plein à chaque arrivée des villes sur notre programme pour arriver sur la piste sans avoir entamé les réserves d'essence, d'eau et de vivres.

Le sud, pour nous, c'est la route de Ghardaia mais on bifurque à Ouargla pour aller vers les puits de pétrole d'Hassi Messaoud, on bivouaquera là pour refaire tous les pleins au matin.

Ensuite cap au sud en direction de Bordj Omar Driss,là c'est déjà ze désert, mais on a encore le goudron, parfois caché par de grosses "langues" de sable qui viennent s'étaler sur la route, le trafic est très faible, on pourrait presque compter les voitures et les camions, compter les motos serait facile, une fois que tu as compté zemono, tu peux t'arrêter, t'es tranquille pour la journée.

Du sable, du sable et du sable de chaque côté de la route, en dunes plus ou moins grandes, plates ou pointues, tu as le choix car tu traverses le Grand Erg Oriental, rien que ça, un grand champ de dunes aussi grand que la France, la Belgique et la Hollande réunies. Comme le dit Martin, un des deux partenaires de voyage: la plage est grande mais la mer retire loin! Bien trouvé camarade, c'est exactement çà! Deuxième nuit "in the sands" pas très loin de Bordj pour les pleins.

Départ le lendemain matin après les pleins d'essence et d'eau potable, le temps est doux le matin,20 degrés environ,25 l'aprèm, une bonne quinzaine la nuit, idéal pour voyager, pas de vents de sable à prévoir, nous sommes fin mars, les vents sont plutôt en Avril. Nous continuons notre route plein est vers le village d'Aoulef puis à nouveau plein sud vers In Amenas que nous atteignons en début d'après-midi, plein d'essence et d'eau puis on se range devant la police pour les formalités de convoi pour la suite. La police, sympathique mais efficace vérifie les papiers des véhicules, les cartes de résident, puis regarde attentivement les roues, les réserves d'eau et d'essence, les vivres, on lit et signe quantités de papiers zofficiels et on écoute sagement les recommandations du chef nous sommes ce jour l'unique convoi en partance pour l'oasis de Djanet dans le Tassili N'Ajjer qui est un des buts de notre voyage Entre In Amenas et Djanet il y a environ 670 bornes donc 650 de piste, les 25 restants sont du goudron à la sortie d'In Amenas. La police nous donne 4 jours pour faire la piste, après, sans nouvelles de notre arrivée à Djanet ou il est obligatoire de déclarer son arrivée, ils déclencheraient les recherches.

C'est la même déclaration faite à tous voyageurs vers le sud, qu'il soit du pays ou étranger. C'est bien et c'est normal. Le pays s'occupe de la vie des gens qui sillonnent le Sahara et il n'aime pas du tout ,et cela se comprend aisément, que des touristes laissent leur peau au beau milieu de rien.

A In Amenas, tu es à 40 kilo de la frontière libyenne. Quant tu penses que ta lettre a dû aller directement à la poubelle, tu as un p'tit sourire sarcastique, tu n'es peut-être pas en Libye certes, mais tu fais mieux et tu descends au sud, alors, en pensée un bras d'ho... pour ceux qui t'ont mis à la poubelle.

Avant de partir de Biskra, des zamis nous zont prêté deux ou trois choses pour nous sauver la mise en cas d'ensablement féroce: deux plaques de désensablement et deux pelles à sable une plaque par voiture pour ne pas alourdir et une pelle idem.

On part donc vers Illizi ou on nous a dit que nous trouverions "peut-être" de l'essence, ce qui nous stresse un peu car sinon il va nous falloir faire très attention, il ne faut pas oublier que sur la piste c'est au mieux 25% de consommation et au pire c'est 50%, ça compte.

Les 25 kilo sont vite avalés et on se retrouve sur la piste, très sableuse et vallonnée qui mène vers Illizi l'ordre change, la moto d'abord qui cherche le "bon" passage et les voitures ensuite qui prennent la trace.

Si la moto se plante, les voitures attendent sur le dur qu'on dégage la moto et qu'on trouve un autre passage. La piste est large, tu passes ou tu veux, à l'œil sinon à l'instinct!

Illizi c'est la première bourgade que nous atteindrons après 270 kilo environ, on a été chanceux, pas d'ensablement et pas de pelletage, on s'est quasiment pas arrêté,un peu angoissé par le problème de l'essence. C'est la première chose qu'on fait en déboulant dans la bourgade d'Illizi, on file sur la station. Que du bonheur, il y a de l'essence et de l'eau! On fait le plein de tout et on décide de camper auprès pour refaire le plein d'eau au matin. Demain, il n'y aura plus "rien" entre Illizi et Djanet, 400 kilomètres au sud est.

Départ aux zaurores, cela devient une habitude. Après quelques kilo, le premier ensablement de la première voiture nous arrête, la moto est bien passée mais Martin a planté "la blanche" dans le premier cordon de dunes bien denses. On s'en tirera en pelletant et en dégonflant un peu. Attention les gars, on fait que partir là!

Bon, ça se durcit au figuré et au propre! La piste se rétrécit singulièrement et le sable disparait au profit de la pierre, la rocaille et le sol: de la tôle "maison" apparait aussitôt, l'enfer sur 80 kilo, la moto vibre de partout et j'ai bien du mal à ne pas lâcher le guidon, les suspensions n'en peuvent plus d'aller et venir à un rythme d'enfer, les voitures souffrent terrible aussi, elles rebondissent sur la tôle et Martin et Tom serrent les fesses et croient que leurs voitures vont se désagréger "suivant le pointillé". Maintenir les 70 kilo fatidiques est très difficile voir dangereux, la piste est étroite et on ne peut choisir une autre trajectoire que celle imposée par la piste défoncée.

Les arrêts sont fréquents pour récupérer nos forces et voir si on a rien perdu en route.

Bientôt on arrive en vue de la première vraie difficulté du parcours, la montée sur le Fadnoun. il faudra ainsi monter jusqu'à 1405 mètres, en laissant au passage le canyon de l'oued Tadjerado, la piste attaque la montagne ocre et nue, c'est grandiose cette montée vers le col, aucune végétation, la piste s'accroche au versant de la montagne comme la liane au tronc de l'arbre qu'elle entend coloniser.

Tu attaques la longue montée en trois, sur le couple, ça monte sec et longtemps mais ça passe, le trafic est nul les poids lourds prennent une autre piste, qui évite le tassili, là-bas vers le sud. Depuis le matin, nous n'avons vu personne. Les virages sont facilement négociables et la bleue et la blanche me filent le train, juste derrière.

On montera de concert comme ça tous les trois jusqu'au col d'Adaren d'abord puis encore une montée pour atteindre le col d'Izreaouine, la petite troupe s'arrêtera au sommet pour admirer le paysage, nous sommes seuls au monde et, ou que nos yeux se portent, ce ne sont que montagnes, vallées perdues, gorges, canyons.

Nous resterons longtemps à regarder cette atmosphère prenante et manger un sandwich vite fait. L'après midi nous roulerons tranquille sur le tassili et bientôt le soleil baissera. On posera les voitures et la moto là ou on se trouve, juste à côté de la piste, on mangera chaud et puisqu'on a pas de bois pour le feu, on se coulera vite dans nos duvets pour offrir à nos yeux émerveillés le spectacle miraculeux d'une myriade d'étoiles dans un ciel d'une pureté inégalée. Nous sommes seuls sur le plateau, silence absolu si ce n'est nos trois voix mêlées qui se taisent bientôt tant la beauté du lieu et de l'instant nous coupera la parole.




VoilĂ  la descente du Fadnoun qui s'annonce: quel spectacle! Nous surplombons tout le sud avec Ă  notre gauche le tassili N' Ajjer qui pique Ă  l'est et la plaine de l'Admer que nous devrons suivre pour rejoindre Djanet.

Mais on n'en a pas encore fini avec la piste! Nous descendons doucement le plateau car il ne nous faudra pas rater en bas la piste qui tourne Ă  gauche vers Djanet sinon tu t'enfiles vers Tamanrasset "direct" et comme tu n'as ni assez d'essence, eau et vivres pour le faire, tu n'as pas le droit Ă  l'erreur.

Les virages sont nombreux et serrés, il faut assurer avec le pied pour parer à tout dérapage intempestif et garder le cap en projetant le regard bien en avant pour anticiper les pièges nombreux: saignées, trous, cailloux, etc... Les deux voitures te suivent à distance respectable et descendent sur le frein moteur. Sur la piste, un targui et son chameau, tu t'arrêtes à sa hauteur et le salue en arabe dans le texte. Il te regarde et te salue d'un geste, tu sors ton arabe de dictionnaire et lui demande de te confirmer la piste de Zaouentalaz, le fort français qui gardait la piste à l'embranchement pour Tam.

Il sourit goguenard. Et te répond enfin dans son meilleur français: jeune homme, ici nous ne disons pas Zaouentalaz, nous nommons ce fort que vos ancêtres ont bati "Gardel" du nom qu'il avait quand vous étiez là. Oui, vous êtes bien sur la piste de Gardel, je vous souhaite bon voyage.

Et il part, au rythme chaloupé de son chameau. Il laisse un motard médusé qui croyait que les targui parlaient peu le français et qui vient de se faire remettre à sa (petite) place par un homme sur son chameau qui parle sa langue natale au moins aussi bien que lui.

Si on veut dormir à "Gardel" ce soir, on a encore pas mal de kilo devant. La piste est trompeuse, on croit être descendu dans la plaine, erreur, la piste est caillouteuse, dure et nécessite toute notre attention. Elle reste montagneuse et il y a encore un col, le col de Tin Teradjeli à 1200 m à passer avant de descendre vers "Gardel", le relief est zarbi, des blocs erratiques aux formes étranges parsèment le paysage, on se croirait traverser les ruines d'une cité perdue. La moto saute de bosse en bosse, les voitures de même, c'est du Paris-Dakar sans les performances et sans les mécanos le soir au bivouac! Mentalement on serre les dents et les fesses pour que ça passe sans que ça casse.

A gauche se présente une piste vers Ihréhir ou on pourrait aller dormir, mais la piste est renommée très difficile voire impraticable pour des voitures "normales", on passe donc et on redescend le col en fin d'après midi. 'tain "Gardel,c'est encore loin? Non, c'est là, on aperçoit le bordj, on pourra faire de l'eau mais rien d'autre, c'est déjà ça, l'eau c'est la vie, non?

Alors, on va établir notre camp du soir au bord de l'oued asséché, il y a quelques tamaris, on entend même un oiseau chanter! La soirée est plus douce que sur la plateau, on doit être nettement plus bas en altitude. Demain, si Dieu le veut (Inch Allah), si les dieux de la piste, du sable, de la tôle, et de la mécanique le veulent, nous devrions voir Djanet et son oasis.




Allez, c'est reparti pour une journée de piste, la nuit fut douce, on est bien au sud maintenant. On longe le tassili à gauche et nous voici partis le long de la plaine de l'erg Admer.

Le problème c'est que ça devient vite sableux, mou et profond, derrière moi, je vois la bleue qui hésite, ralentit et se plante gentiment en se posant sur sa caisse. La blanche essaye de trouver un autre passage et se rate dans le mou. Bon, s'arrêter sur le dur, venir vers eux et sortir les plaques, les pelles, dégonfler. On va faire ça une bonne partie de la matinée :exténuant!
On souffre, les voitures souffrent, chauffent, consomment, on sue abondamment, on boit de mĂŞme, c'est du sportif.

Avec ça, on avance pas, on progresse, on se plante copieux tous les dix bornes, puis tous les cinq,'tain, Djanet, tu nous en fais voir de belles.

On devient zombies, on dégonfle à mort, on conserve une vitesse maxi et ça finit par passer, dés que ça redurçit, faut regonfler, on se donne la main.

La moto, peu chargée passe mieux, c'est fatiguant tout pareil parce que faut "se donner" pour passer sans se planter mais avec un peu de vitesse et en allégeant bien l'avant, tu arrives à ne pas te planter copieux, tu t'arrêteras trois fois par manque de vitesse et fatigue mais rien de difficile, te suffira de pencher le mono d'un côté pour ressortir la roue AR.

L'aprèm arrive qu'on en est encore à jouer au sable avec nos pelles et nos plaques, quels gamins on fait! Suffit de leur donner un (grand) bac à sable, un seau et des pelles et les v'là qui s'amusent comme des p'tits fous qu"ils sont. Y en a même un qui a un casque sur la tête.

A force de pelleter et de plaquer, eh ben, figurez-vous que, nam (oui) on arrive sur Djanet. Sur le coup de 5 heures, Djanet voit arriver trois zombies qui veulent se faire passer pour des baroudeurs.

Z'ont de la chance, les zombs', ils passent par la station et il y a mĂŞme de l'essence: le plein de tout, viiite!

On n'en peut plus, l'était grand temps qu'on arrive,on passe chez les fl... euh, les gendarmes pour la cérémonie de remise des prix. Ils sont gentils, ils nous servent un thé bien chaud, dieu que c'est bon. Ils nous zindiquent ou crécher, le camping ou supposé tel est tout prés du marché.

Ca fait tout drôle de voir des gens, des rues même ensablées, des maisons, des trucs et des machins, du bruit.

Faut pas que tu croies que Djanet, c'est grand, c'est un gros bourg de 5000 habitants, mais c'est bô, Djanet la nuit. Nan, tu déconnes là, t'as une grosse fatigue. les gars, on va au camping. L'est bien l'camping, y'a même une douche commune avec de l'eau. On a même failli s'endormir dessous. On s'écroule dés 7 heures du soir en ayant avalé une assiette de qqc de chaud, tu sais même pas quoi, tu manges les zyeux fermés.




Au matin, tu te réveilles vers les 7 heures, c'est quoi tout ce bruit? Aaah oui, c'est vrai, hier soir on est arrivés. Deux autres têtes zombiesques sortent des duv', on se regarde et on éclate de rire, pas besoin de se lever aux zaurores, on est tarrivés! Alors, lequel des zombs a refermé les zyeux le prem'? Difficile à dire, tout ce que tu sais, c'est que tu n'étais parmi les derniers.

Réveil numéro 2 vers les 8 heures: toujours du bruit, au moins, au désert, y en avait pas de bruit! Là,on est réveillé pour de bon, on se propulse lentement vers la douche,'tain elle est froiiide.

Réveil numéro 3: café, caoua, coffee, bref, tu veux un café sinon rien. On se prépare un méga caoua des tropiques avec tartines zet confitures, on vide les pots. Repus, on se propulse encore plus lentement vers les duv', elle est pas dure la vie?

Programme du jour: cool, zen, sieste and co. En fait, vers les 10 heures on se décide à aller au marché, faire le plein de bouffe, de légumes et de fruits. Le marché (le souk), l'est pas loin, on y est en deux minutes, Djanet, c'est p'tit.

Y a plein de légumes cultivés dans la palmeraie, des zoranges, des figues (miam) bref, c'est l'abondance pour les vrais-faux baroudeurs que nous sommes, on fait les provisions et on rentre manger au camping.

Bon, c'est bien tout ça mais on n'est pas v'nu à Djanet pour faire le marché, c'est qu'on a un projet, nous z'autres.

Not' projet, c'est de poser les voitures et la moto ou elles sont et, de partir!

Hein oui mais zou? On va monter sur le plateau, là, juste à côté, oui, sur le tassili n'ajjer. On n'est v'nu pour ça, ici, à Djanet, monter et voir les peintures rupestres, le tassili n'ajjer c'est le plus grand musée à ciel ouvert du monde, rien que ça! Ont vécu là plusieurs groupes humains depuis trééés longtemps, vécu, guerroyé, cultivé, adoré les dieux, évolué, et tous ont laissé leurs traces, à des époques différentes, des styles différents, le tassili n'ajjer, c'est la caverne d'ali baba pour les zamateurs d'art rupestre, elles sont là haut les peintures, il faut aller les chercher, les découvrir.

Alors, on va sortir le grand jeu, celui du vrai-vrai baroudeur! Tu expliques: pour aller à Djanet, il y a, voyons, quatre façons.

La première, on en parle vite pour l'oublier, c'est d 'arriver par la Libye, par la piste de Ghat, comme tu le sais, c'est très rarement le cas, un chameau passe.

La seconde: c'est d'arriver par le sud, par la piste de Tam (tamannrasset pour les zintimes) c'est celle que nous prendrons pour continuer vers le sud, après.

La troisième c'est celle que tu n'aimes pas, l'aéroport. Deux zheures d'avion de Paris sur seine. Ils débarquent ainsi, au cœur du Sahara, déjà habillés façon baroud, avec le sarouel tout neuf, la chemise ouverte et l'indispensable chèche raide de neuf. Ils zont payé pour le voyage et le séjour sur le plateau à Paris, le prix fort et ne veulent pas perdre une minute, vite à l'hôtel, chauffeur!

La quatrième et dernière: c'est la piste que Tom, Martin et toi avez prise pour venir.

Tu ne veux pas payer le prix fort pour aller sur le plateau, et tu ne veux surtout pas monter sur le plateau "avec eux". Alors, tu as ton plan.

Tu vas à l'agence vers les deux heures, là ou il fait le plus chaud, à cette heure là "ils" font la sieste. Tu y vas avec tes zhabits de piste, bien crade, bien poussiéreux, tu prends la tomo et tu la plantes bien en vue pour que le gars de l'agence voit bien que tu viens "du nord".

Le gars de l'agence est un touareg, va falloir jouer serré, les targui sont tout sauf stupides! Tu vas jouer carte sur table: on ne trompe pas un touareg, il sait.

Tu lui dis d'ou tu viens, avec qui tu es, ce que tu veux faire, ou tu vas aller aprés et tu lui dis que tu ne veux pas aller avec ceux de l'aéroport. Un sourire léger passe sur son visage, il comprend. Il comprend aussi que tu ne veux pas payer le même prix, que tu t'occupes de faire le paquetage, d'acheter la bouffe, que tu as les jerry pour l'eau. Il comprend, un autre sourire. Il ne te dit rien mais sa main se dirige vers la théière, on va pouvoir discuter.

Le touareg est un fin négociateur. La partie s'annonce rude mais diplomatique, il veut bien nous faire partir tous les trois mais le prix reste trop élevé. On discutera longtemps, le temps ici ce n'est pas de l'argent. Alors, trois mules, une pour le couchage et les fringues, l'autre l'eau et la troisième, la bouffe, un guide et, trois nuits là-haut, pour un prix "coopérant", cela s'est arrangé à bon compte, départ aux zaurores (encore) dés le lendemain avec trois jours intensifs de marche en tous sens sur le plateau.

On va laisser les deux 4L et zemono à la garde de l'homme du camping et le guide touareg viendra nous cueillir demain à 5 heures du mat pour nous amener au pied du plateau, direction le sentier qui mène au canyon vers Tamrit et Séfar.

On devra être prêts, avec nos sacs, l'eau, la bouffe et les duvets en trois paquets différents, sur le dos, chacun son sac avec le nécessaire pour la journée.

On va compléter les vivres au marché en trouvant plusieurs boites de sardines, des dattes, du pain, de la confiture, des zoranges, du riz, des pâtes et des biscuits, on garde le lyophilisé pour le reste du voyage. On prépare le tout le soir à la lueur du réverbère et on s'endort en pensant qu'on va en voir, de belles choses.

Au (petit) matin, ce sont les jeunes qui réveilleront le "vieux" de son sommeil de bienheureux. Ils t'appellent le vieux car tu es plus vieux qu'eux! Eux ils sont là pour effectuer un service militaire non armé de deux années scolaires, ils ont 23 et 24 ans, soit dix ans de moins que toi. Bon, allez, café au réverbère et à cinq heures, le 4X4 brinquebalant arrive, c'est notre "taxi" pour une quinzaine de kilo plein est. On met tous les paquets dans la benne et nous avec, vite le chèche pour ne pas avaler trop de poussière on traverse la palmeraie dans l'obscurité et le soleil se lève quand nous retrouvons les mules au départ du sentier.

Nous aiderons le guide touareg à installer le barda sur le bat des mules qui ne prennent pas le même sentier, on les retrouvera chaque soir, au bivouac. Voilà, c'est parti, il faut grimper, c'est long et ça monte sérieux mais quelle récompense, à mesure qu'on s'élève, le soleil suit sa pente ascendante et nous découvrons Djanet au loin dans son écrin de verdure encadrée de tous les jaunes, beiges, ocres des terres arides avoisinantes. Spectacle qui se mérite et qui mérite l'effort de la montée exténuante pour les routards-pistards que nous sommes, on rêve d'arriver en haut mais chaque détour du sentier nous découvre encore de la distance, en plus c'est le vertige pour toi quand tu regardes trop le vide à ton côté. Le touareg monte allègrement sans effort apparent et s'amuse de voir ces coopérants suer sang et eau, on monte doucement mais on monte.

On arrivera sur le tassili à la mi-journée pour se retrouver dans un décor hallucinant!

On se croirait déambuler dans les ruines d'une antique cité, or il n'en est rien! Les roches ont des formes si bizarres qu'on les croirait formées par l'homme, nous suivons notre guide qui marche d'un pas alerte et les vrais-faux baroudeurs que nous formons s'appliquent à prendre le train du touareg qui marche, lui, dans "son jardin".

On rencontre enfin ce pour quoi nous sommes venus là: sous des abris sous roche, nos premières peintures rupestres!

C'est un choc! Jusqu'à ce moment, tu n'avais vu que des traces sur le sol, des objets ou des débris d'objets qui t'indiquaient que oui, on avait vécu là il y a plusieurs dizaines de milliers d'années mais là, oui là, dans ses abris rocheux, ils sont venus, ont peint leurs vies, les animaux qu'ils gardaient, qu'ils chassaient, les chars qu'ils conduisaient, les dieux qu'ils adoraient, un grand livre ouvert pour que nous puissions lire à notre tour ce que fut leur vie.

Tu n'es aucunement spécialiste, juste béotien qui veut voir ces traces de tous ceux qui nous ont précédés et tu ouvres bien grand les zyeux et écoute avec application les propos éclairés de notre guide. Toute la fatigue de la montée est oubliée, la petite troupe marche dans un autre temps.

Le soir venu, on a retrouvé les mules avec notre barda. Le guide nous a réservé une surprise à sa façon, on dormira dans un abri sous-roche orné de peintures rupestres du néolithique! A-t-on vu meilleure chambre à coucher?

Bien entendu, on fera la tambouille à l'extérieur, on va lui faire une surprise, on va ouvrir une boîte de sardines!

Depuis que j'ai fait l'expérience de la sardine avec Mohamed et Rachid, je veux voir ce que ça donne avec un touareg. Pour faire bon poids, on fera aussi des pâtes. Faut savoir qu'en ce pays, tout ce qui est fait avec des céréales est "habité".

Ça veut dire quoi,"habité"? Ben ça veut dire qu'il y a du monde dedans, tiens, des p'tites bêtes, pas féroces mais elles vivent dans les céréales, des charançons. On a perdu l'habitude en France d'avoir des céréales charançonnées, là-bas non, on a gardé les vieilles zhabitudes. Alors, tu as deux solutions. Non, trois. On va commencer par la dernière: quand tu vois les charançons surnager dans l'eau de cuisson, tu pousses de hauts cris et tu balances le tout au loin en disant que tu ne mangeras pas ça! Exact, tu mangeras pas parce que tu viens de balancer ton unique repas. Solution à éviter de préférence.

Seconde solution: écoper! Hein, tu dis quoi? Écoper, avec une cuillère, les charançons qui prennent ta gamelle pour une piscine d'eau chaude. Il faut de la patience et tu mangeras moins de protéines, c'est la soluce du dimanche (enfin, du vendredi, là-bas).


Première solution, tu t'en fous, de toute façon, les charançons ils sont cuits et, vérification faite, les charançons cuits à l'eau n'ont pas de goût, alors, Tom qui est un réaliste convaincu (si ce n'est convaincant) dit qu'on doit manger aussi des protéines, alors ce sera pâtes complètes. Le touareg s'en moque, des charançons, il n'a peut-être jamais vu de pâtes qui ne soient pas zhabitées, alors, ce sera pareil pour le riz du lendemain et franchement, tu te vois examiner un demi kilo de riz grain par grain?

Pour la boîte de sardines, cela se passera sans problème aucun, le touareg connaît, il a vu et il en mange quand on en lui donne. Ce touareg est grand, comme la plupart d'entre eux, sa prestance et sa démarche contrastent avec nos pas pesants d'apprentis marcheurs, il porte son costume avec élégance et son chèche impeccablement ajusté, ses bijoux d'argent captent nos regards et nous le regardons souvent évoluer avec envie, nous aimerions bien avoir l'allure de cet homme-là nous zautres européens ne savons pas porter de bijoux sans paraître ce que nous devenons ainsi parés: des sapins de noel. Eux ont la classe innée, celle qui ne s'apprend pas, ni dans les salons, ni dans les sables, ils l'ont en eux et c'est merveilleux que de les voir à pieds ou sur leur chameaux garder à tout moment cette "touch of class" qui font d'eux la noblesse du désert.

C'est ainsi que nous passerons deux autres journées avec lui, il nous mènera de site en site à travers ce dédale minéral qui nous laissera des souvenirs pour la vie, cet endroit du tassili est devenu un parc archéologique et l'on ne peut y pénétrer sans guide et uniquement à pied, tant mieux, il y règne ainsi le silence nécéssaire pour apprécier l'endroit et la marche lui apporte ce goût des choses qui se méritent.
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Michel_95
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Message par Michel_95 »

Nous verrons des peintures rupestres des différentes zépoques, des plus anciennes aux plus récentes et dans nos têtes danseront les figurines peintes, les zanimaux bondissants. La période du bovidé, du cheval et enfin du dromadaire. Toutes ces époques se suivent sans se ressembler vraiment, on y est même venu en char à deux roues tirés par un ou deux chevaux. Cela remet à sa place notre petit voyage à deux ou quatre roues. Il y a 3000 ans environ, on pouvait rallier la mer méditerranée avec un char, deux chevaux et des outres d'eau. Il est considéré que le climat désertique sec actuel s'est mis en place il y a 2000 ans. La seconde et troisième nuit se feront encore sous des abris rocheux avec comme ciel de lit des peintures rupestres entre 20 et 10 000 ans. Au petit matin, il nous faudra redescendre du plateau, retrouver le 4X4 brinquebalant et notre campement prés du marché.

Une bonne douche, un repos réparateur pour nos jambes marquées par l'effort et le marché pour refaire le plein de vivres car il nous faut continuer notre périple sans trop tarder si nous voulons arriver "dans les temps" à Biskra city.

On partira donc le lendemain matin après être passés chez la police pour déclarer notre départ du lieu et notre destination finale.





Le réveil, il est dur. Les membres zinféfieurs sont plutôt ankylosés par la marche des trois derniers jours, et dire qu'il faut à nouveau "pister" aujourd'hui,demain et un autre jour, si tout va bien.

Nous voilà donc au bureau de la police, formalités identiques de celles d'In Aménas, mais "ils" nous connaissent déjà, donc ils savent que tout est en ordre, ça va plus vite, salutations et yalla, la blanche, la bleue et zemono s'en vont par ou ils sont arrivés.

Ca veut dire les mêmes réjouissances qu'à l'aller? La (non) car on a prévu l'coup, on a dégonflé assez (attention, pas trop et pas trop peu) et les voitures prennent assez de vitesse pour surfer sans se planter, enfin, sans "trop" se planter, on paiera notre tribut à la déesse de la piste deux petites fois ce matin-là. On va rejoindre "gardel" dans l'aprém et on s'arrêtera à nouveau sur le bord de l'oued aussi asséché que quelques jours avant et comme ça fait 2 000 ans que le climat est désertique sec, on se dit que ça pourra encore tenir une nuit de plus. Dans le nord il faudrait pas jouer à ça, les orages peuvent êtres aussi subis que dangereux et les oueds se gonflent alors et peuvent emporter facile une moto ou une voiture.

A partir de "Gardel" si on reprenait le même itinéraire qu'à l'aller, il nous faudrait remonter sur le Fadnoun. Nous, on veut tencore aller plein sud, vers le Hoggar et vers Tam pour voir l'Assekrem, la perle du Hoggar et l'ermitage du père de Foucauld. Alors l'embranchement est là, à 50 mètres qui nous attend.

C'est reparti, au matin, après le plein d'eau au puits. Une bonne portion de sable mou pour débuter, cap plein sud. On roule bien, c'est le matin tôt, le sable est plus dense mais ça ne s'arrange pas, le sable devient bientôt pulvérulent, et je m'enfonce dans une plaque de sable blanc semblable à de la farine ou de la poussière de plâtre, c'est du fech-fech, l'autre ennemi du routard avec la tôle ondulée. Le fech-fech, c'est terrible, si tu te tankes dedans, c'est galère pour t'en sortir.

Tu laisses zemono tanké tout droit et tu fais des (grands) gestes désespérés à la bleue qui te suit pour qu'elle prenne plus large. Avec la poussière Tom ne te voit pas et rentre en vrac dans la plaque. Heureusement, Martin un peu en retrait a le temps de percuter et s'arrête "avant".

Bilan des courses: zemono jusqu'à mi-roues et la bleue posée sur la caisse. Et meeeerde!

La plaque n'est pas bien grande, une trentaine de mètres, mais elle a suffi à nous mettre dans la... On se regarde tous les trois, puis on regarde la tomo et la caisse tankée grave et on se marre, de toute façon, vaut mieux en rire d'abord et en ch... après.

Pour la moto, c'est pas trop compliqué, on applique la méthode habituelle: on la couche sur le côté, on sort l'AR, on rebouche en dessous, on démarre et on passe la seconde, et on "court" à côté de la moto pour la sortir du fech-fech.

Mieux vaut ne pas rester derrière si tu veux pas être repeint gratis au fech-fech qualité pro, premier choix.

Pour la bleue, heureusement qu'on est trois. Pelleter, deux pelles pour trois. Plaquer, deux plaques pour trois, on se relaie, on fait quatre mètres et on recommence. Pour les vingt mètres qui restent, tu peux compter.

Bref, pour faire vingt mètres, compte une plombe, et, euh, au fait, y reste combien de kilo pour Tam? Ben. Environ 400 bornes, pourquoi?

On va dégonfler encore, au max, tant pis si on crève, plus facile de changer une roue que de se dépêtrer d'une plaque de fech.

Et puis garder de la vitesse, ouvrir GRAND les mirettes et éviter tout ce qui ressemble de prés ou de très loin à du fech-fech.

La moto devant, en éclaireur ouvre la piste et s'écarte dés que ça sent le fech et les bleu-blanc te suivent comme ton ombre, à 30 mètres derrière, les pôvres se prennent toute la poussière mais au moins, ils ne se plantent plus.

On va éviter ainsi la plupart des plaques de "fech" et ne se planter que deux-trois fois dans le sable mou les 4L marchent bien mais la puissance reste modeste et les roues sont trop petites pour le sable, la Pigeot 404 ou 504 bien que beaucoup plus lourde est plus puissante et peut supporter des pneus sable de plus grand diamètre, par contre quand elle est tankée, faut te la sortir. Évidemment l'idéal serait le 4X4 léger et puissant mais ça, c'est hors budget pour toi ou tes acolytes, le buggy aussi nous plairait sévère, il y a le côté individuel de la moto, la légèreté et la puissance d'une moto et la facilité de la voiture, par contre le côté pratique est proche de celui d'une moto: voisin de zéro.

De toute façon, on est là, on roule à notre rythme en essayant de passer "au moins pire" et de progresser, la piste reste bien visible et on longe tantôt un djebel tantôt un autre, ils portent tous un nom, que tu as oublié pour la plupart mais qui servent de guide et de repère aux targui qui prennent cette piste.

Le soir venu, tactique habituelle: on laisse les véhicules dans le sens de la marche et on s'installe au milieu de rien, pas de bois pour le feu, on mange chaud, pas de douche, on garde jalousement l'eau pour boire. Au menu: biscuits charançonnés, boîte de "singe" dattes, et thé chaud, la nuit noire nous enveloppe,trois gus ronflent dans l'immensité.

Le petit groupe repart de bon matin,la piste bien balisée serpente entre le Teffedest au nord et le Hoggar au sud, nous contournons le djebel Telertheba qui est un ancien volcan de plus de 2000 mètres et traversons plusieurs lits d'oued tous totalement à sec, la piste reste sableuse mais on ne voit plus de fech-fech, tant mieux!

La tombée du jour nous trouvera pas très loin d'Ideles, village touraeg ou l'on ira s'approvisionner en eau le lendemain matin. Nous bivouaquons au bord de la piste sans avoir vu de véhicules depuis notre départ de Djanet.Au repas du soir: lyophilisé pour changer des "charançonnades" zhabituelles, dattes séchées,thé brûlant et causette un fois glissés dans les duv', Tom et Martin,bien que non motards voudraient bien essayer le mono!

Je suis hésitant au début car ils n'ont aucune expérience de la chose et commencer par la piste ne me semble pas la meilleure façon de s'y mettre. Comme ils zont l'air déçus j'accepte de les faire rouler une fois la piste facile retrouvée car je ne veux pas risquer une chute bête qui pourrait provoquer une blessure ce qui dans ces régions,devient vite très préoccupante, nous verrons donc ça à Tam une fois "arrivés".

Réveillés tôt (les mauvaises zhabitudes du routard de fond) on s'apprête à prendre le thé (sans lever le p'tit doigt) quand on a de la visite, la première depuis notre départ!

Alors c'est qui? Un motard? Noon, il ne voyagerait pas seul, il lui faudrait, tout comme toi des voitures-rémora avec de l'eau, de l'essence, de la bouffe.

Alors c'est qui? Des fondus du Sahara en 4X4 à trente plaques le bout, air climatisé en option, bar-lounge et apéro au frais et cave à cigare dans le coffre? Ben non, on est pas à l'Altour ici, c'est trop loin.

Alors c'est qui? Un touareg sur son chameau, il avance calmement, silencieusement, et se dirige vers nous! Il fait baraquer son chameau qui grogne parce qu'il est pas content, il doit sentir l'eau du puit d'Ideles à quelques kilo au nord ouest, ces bestioles peuvent sentir l'eau ou le pâturage sans même les voir, Sacrées bestioles les chameaux quand même, elles sont arrivées en dernier, elles ont été devancées par les bovidés, puis les chevaux et se sont imposées il y a 2000 ans à peine lorsque le coin est devenu trop sec et désertique pour le cheval.

Le chameau bouffe tout y compris l'acacia qui a pourtant des zépines de 8 centimètres de long.
Et quand il marche sur une de ces épines, il ne pleure pas et ne va pas aux zurgences, il frappe son pied pour que l'épine rentre totalement et ne le gêne plus.

Voilà l'animal posé, le touareg marche vers nous, on est baba, il est splendide! Vêtu de bleu avec un chèche noir, il a la classe, il nous salue, nous le saluons. Il n'attend pas notre invitation, il s'assied avec nous et attend qu'on lui serve le thé de bienvenue.

Oui, c'est ainsi, au Sahara, Voyage-t-on là-bas que la tradition veut que le voyageur, quelqu'il soit, est votre invité si vous préparez le thé ou le repas, le voyageur viendra à vous et il sera l'hôte de votre campement, vous lui offrirez le thé, le repas et un espace sous votre tente touareg comme il le fera pour vous en pareil cas. Nous sucrons donc le thé comme ils l'aiment: beaucoup, nous le chauffons comme ils aiment à le boire: brûlant, et lui présentons nos charançonnades zhabituelles et les dattes qu'il mangera sans se soucier des zhabitants éventuels.

Sachant que les targui parlent et l'arabe et le tamahaq (se prononce tamacheck), tu t'essayes à l'arabe, il te répond en tamahaq puis traduis le tout en français première classe à l'étonnement de tes deux compères pas encore habitués à voir et entendre des gens si loin de leur pays parler le français mieux que nous.

Nous apprenons qu'il va à Ideles voir son cousin et nous indique comment trouver le puit et l'adresse du bijoutier car il nous a vu regarder (admirer plutôt) ses bijoux d'argent qu'il porte avec la classe familière aux hommes de ce peuple. Il s'en va bientôt comme il est venu, silencieusement et nous nous magnons le... parce qu'on a de l'eau "à faire" et de la piste aussi!

On part peu après mais c'est nettement moins silencieux comme départ.
On prend la bifurcation Ă  droite vers Ideles que l'on atteint quelques kilo plus tard.
Ideles, c'est un petit village de zéribas, ces habitations targui de la région: elles sont circulaires, faites de pierres à la base et sur quelques rangs puis de boue séchées et coiffées de palmes les historiens les ont souvent comparées à des maisons gauloises!

Pas difficile de chercher le puit: on suit les gens qui ont des seaux, des guerbas, ces outres targui en peau de chèvre. Au puit, tous s'activent dans la bonne humeur et les hommes et les chameaux s'abreuvent et font le plein d'une eau bonne en plein désert.

A Idelés, on peut aussi prendre une piste plein est qui t'amène à In Amguel sur la grande route nord-sud qui va d'Alger à Tam et te conduira si tu y tiens vraiment, plein (mais zalors tout plein) sud vers le Niger et Agadez et plus bas zencore vers la frique noire!

Mais nous, c'est pour l'eau qu'on est là, alors on fait la queue aprés un chameau qui pète tous les cinq secondes.

Il y a aussi un artisan qui fait de beaux bijoux touareg en argent massif mais un européen muni de ces bijoux ressemble plutôt à un mafiosi raté qu'à un touareg de passage. Il faut la classe touareg pour porter ça, la démarche, l'habit et le chèche, le chamal et la façon de s'en servir.

Ce qu'on peut faire nous zaut', c'est de jouer au baroudeur saharien, un zonblou crasseux, des bottes crasseuses, un t-shirt qu'a vu des jours meilleurs, bref, un coopérant qui s'assume comme il peut, sans eau pour la douche ou même la toilette.
Parce que, pour faire la toilette ou la douche touareg, faut de l'expérience, te faut une cuvette assez large pour que tes deux pieds tiennent dedans et trois litres d'eau pas plus. Tu te fous à poil et tu dois te laver de haut en bas avec la même eau sans en perdre une goutte, tu dois finir par les pieds. Ouoais, mais on a oublié la cuvette, alors...

Bon, on est crade, ça c'est du sûr mais on est crade tous les trois, alors... Et puis, hein, faut pas croire que le tomard il est plus crade que les deux zaut', toi t'es poussiéreux mais eux aussi car ils n'ont pas de clim dans leur 4L pourraves, alors ils ouvrent les vitres à donf et toute la poussière rentre en tourbillon in ze bagnole, résultat des courses: trois gonzes plus très propres du tout sur eux. Rideau! Bon on a fait de l'eau (ma, en arabe) alors retour sur ze piste à nous, on doit surtout pas prendre tout droit quand on revient d'Idelès sur la grande piste sinon tu t'enfiles sur une piste qui va plein sud sur rien et tu te perdras pour de bon.

Donc on fait gaffe et on retrouve notre "grande" piste jusqu'à Hirhafok, autre village de zéribas avec un puit qu'on passera sans s'y arrêter pour s'enfoncer plein sud cette fois vers le Hoggar que nous voyons droit devant avec à notre droite comme point de repère le sommet de l'Assekrem à 2900 mètres environ la tôle ondulée réapparait et se rappelle à notre bon souvenir.
La tôle est dure, de fréquence haute,elle te fait trembloter de partout,mâchoires comprises, la fourche et les zamorto souffrent le martyre, tes guiboles et tes bras zaussi, tu peux même pas regarder le paysage tellement te moto bouge dans tous les sens, une vraie séance de moto-cross alors que tu détestes ça.

Meerde, un trou! Tu l'esquives d'un coup de hanches mais tu ne peux même pas lâcher ce'tain de guidon pour faire signe aux zaut' tellement ça bouge. Pourvu que Tom et Martin puissent le voir et l'éviter sinon c'est l'amorto qui va péter les plombs.
Ouf, Martin l'a vu et fait une embardée pour l'éviter dernier carat, Tom l'a vu faire et s'est méfié, il arrive gentil et passe bien au large, l'expérience commence à rentrer et tout le monde est sain et sauf.

Les deux 4 L souffrent aussi dur, leurs petites roues vont et viennent à un rythme de ouf et les zamorto en prennent plein les dents! Nul doute qu'elles auront bien "vieilli" au retour de la "balade" plein sud. Faudra sûrement les reconditionner avant qu'elles n'explosent en vol!

Avant cinq plombes, on arrive vannés à l'embranchement qui mène "chez Foucauld", yalla, à droite toute, ce soir on veut voir le coucher de soleil sur le basalte de l'Assekrem!
Ca, pas de doute, faut que ce soit la datte sur le gâteau, on veut du grandiose, de la carte postale grandeur nature, du "j'y suis zallé, j'ai vu et j'ai (pas) vaincu".

Alors, on se tape ze dernière portion de piste avé la caillasse et tout, c'est dur, ça rebondit de partout, t'as le derche en compote mais tu le veux ton morceau de basalte, tu le veux le soleil qui rougeoie le basalte juste au coucher du soleil, t'en as tellement rêvé.

Voilà, on y est, il était temps, le soleil va partir à l'horizon mais, juste avant, il envoie ses dernières salves qui frappent les orgues basaltiques de l'Assekrem de plein fouet, on est crevés-morts mais là, c'est trois gus qui se taisent total et qui regardent ce qu'ils voulaient tellement voir. Ils s'en souviendront toute leur vie, ils pourront le raconter plus tard à leur femme, leurs enfants.

Le soleil, il est parti, les couleurs et la magie avec. Restent le froid et la fatigue qui s'abattent sur nous d'un coup on grignote deux, trois charançonnades et on s'écroule dans nos duvets et on s'endort d'un coup, beaucoup: c'est trop!

Demain midi, faudra être à Tam, en temps et en heure pour dire coucou à la police, on aura peut-être un thé!

Tu l'savais ben toi, que l'ermitage de Foucauld (le père de), il était en altitude et que la nuit il y fait froid. Ouais. On s'est caillé sévère! Surtout les djeuns, car ils zavaient des duv' plutôt légers, le tien est plus chaud, tu es juste bien, mais le basalte c'est beau à voir au couchant mais, quand tu l'as "dans le dos" toute la nuit c'est euh, moins jouissif!

Le réveil, devinez quoi, à l'aurore pour voir le levant, on se demande si c'est pas encore plus BO qu'hier au soir. On ferait bien comme le père de... On resterait bien là, à regarder le couchant, puis le levant, puis le... Mais il nous faudrait quelques bières fraîches, un bon cigare volontiers, quelques nourritures et des touarègues au féminin!

Bref, on est en train de commencer à recoloniser ce cher et beau pays, n'importe quoi! Faut vite partir sinon on va encore dire des conneries. On sort des duv', ça caille! Bon, un thé bouillant, on plie tout et yalla direction Tam par le massif de l'Atakor pour finir en beauté!

On retrouve notre piste du jour d'avant et avec la caillasse, les trous, un peu de tôle, bref le quotidien du raider de fond que nous sommes devenus, sans cesse en mouvement. Nous croisons des petits villages et surtout des gueltas, ces petites retenues d'eau dans les rochers qui permettent aux habitants de survivre et à irriguer leurs plantations vivrières, dans certaines de ces gueltas on peut même trouver des poissons, peu nombreux certes mais qui sont les derniers représentants de leur espèce en ce milieu désertique.

La piste est rocailleuse, la montagne omniprésente, et avancer nous demande beaucoup d'attention. M'enfin, dans l'après-midi, au débouché de la montagne, on peut voir dans le lointain se dessiner la ville de Tamanrasset.

Peu après l'aéroport les roues touchent le goudron, quelle sensation merveilleuse de soudain pouvoir rouler presque sans bruit, sans heurt, sans caillou ni sable, on avait presque oublié! Sous le casque c'est la banane! Derrière les deux pare brises empoussiérés c'est l'enthousiasme, on chante, on crie, si on en avait on boirait bien le champ!

En attendant direct à la police, déclarations d'usage, mais pas de thé. Bon, nous v'là en règle, on cherche et trouve le "camping" ou il y a deux Land italiennes qui reviennent du Niger et nous, ça fait pauvre. On se précipite aux douches, ouais, ben y a pas d'eau, ce soir peut-être. Bon, on est sales, sales on va rester. Si on se payait à manger, une gargote, un peu de "singe", du chaud? On n'ose même pas rêver à une bière fraîche.
Pour ça, il faudrait aller dans le "grand hôtel à touristes friqués" là bas, mais non, on n'ira pas, ça se finira dans une gargote sur la place du marché, un peu de felfel (des haricots), un peu de chameau bien dur et beaucoup de thé brûlant et trééés sucré.

On est contents mais fatigués et crades. Personne ne s'en soucie, nous non plus! On rentrera un peu tard au camping, pas d'autres clients, aller-retour aux douches: l'eau a oublié de revenir. Au pieu tout l'monde, demain y a pas relâche, on repart vers le nord, par la grande route siouplait, celle qu'est en rouge tout du long sur ta 153 qui te mène jusqu'à Alger si tu veux. A nous l'goudron!

Levé le prem'! Tu te diriges "doucement" vers la douche, tu reviens de suite: macanche ma y a pas d'eau. On puise dans les réserves pour le thé, biscuits. On plie sans se presser, pas de piste aujourd'hui, la 153 te l'a dit, alors.

Toujours cool, on se pointe au marché faire les dernières provisions en vue du retour: fruits, conserves. Et on se dirige vers la station sonel que'que chose, parce qu'ici, tout commence et finit par l'état son c'est société nationale. Ben, l'est pas dure à repérer la sonel, y a une queue looongue devant, non seulement y a pas d'eau, mais il n'y a pas d'essence non plus. Cool, zen, de toute façon, tu veux faire quoi d'autre? On n'a plus assez d'essence pour remonter et plus assez de flotte, donc rester scotché là c'est la moins mauvaise solution.

On va faire comme tous nos p'tits camarades, on va s'assoir et discuter autour d'un thé, puis deux, puis trois puis, le camioun il arrive!

Finalement on aura nos pleins vers midi, pour l'eau on nous dit qu'on en trouvera à In Amguel sur la route, alors yalla, cette fois c'est plein nord après avoir traversé Tam, ce qui n'est pas bien difficile.






Tam-Biskra city, ça nous fait 1000 bornes, mille kilo de goudron, il nous faut deux jours, les zhommes sont fatigués, les voitures zaussi.

Ta 153 te le dit diplomatiquement, entre Tam que nous venons de quitter et In Amguel ou nous devrions trouver de l'eau le "revêtement" est détérioré et "la réfection est en cours". Ouais. Au Sahara, l'ami, faut savoir lire entre les dunes.
Nous n'avons pas fait 15 kilo que l'on comprend de suite la langue diplomatique: la route s'est tirée!!!

Hein? L'a fumé quoi le motard? L'a rien fumé du tout, pas de moquette à l'horizon et pas de route non plus! Rien qu'il vous dit! On s'est perdu ou quoi? On s'est trompé de direction, manqué un embranchement?

Oualou (rien du tout)! La route est partie plus loin Ă  gauche, tu peux en voir des morceaux lĂ , plus loin, un peu dans tous les sens.
Mais elle n'est pas partie en bon ordre, la route, elle s'est découpée suivant le pointillé, par morceaux inégaux, laissant des trous béants et profonds, parfois de plusieurs mètres, un vrai piège à motard ou caisseux, un piège mortel.

Alors nous ferons tous les trois comme tous les autres: ouvrir tout grand les mirettes et naviguer à vue, entre les blocs erratiques, en suivant les traces de tes prédécesseurs et en essayant de ne pas se tuer en tombant dans un trou de plusieurs mètres.

Le Sahara c'est comme l'océan. c'est lui qui décide, il veut bouger, il bouge! Qu'il ait une route sur son dos ou non, il s'en fout, il l'emmène avec lui et la dépose en miettes plus loin.

Cette route faite peu d'années plus tôt, beau ruban d'asphalte neuf, avait permis à un journaleux de MJ de rallier Alger à Tam à plus de 200km/h avec une Yam 110 XS, article dans motobo à l'appui. Elle est maintenant au royaume des routes qui ne sont plus.

Navigation à vue jusqu'à In Amguel ou nous trouvons de l'eau mais il est tard, on dormira juste après le bled (village) car la "route" nous a passablement détruit le peu de récup qu'on s'était fait à Tam: repas vite fait, et bivouac dés le soleil couché. La réfection en cours est encore à venir.

Non seulement on est réveillés tôt mais on est fatigués, énervés par ce qu'on a mal dormi! En effet, il y a au moins trois véhicules qui sont passés cette nuit pas très loin et qui nous ont donc réveillés! Et quand tu dis trois, c'est peut-être bien quatre! On se croirait au bord de l'autoroute du soleil un 31 Juillet au soir. C'est un scandaaale! Appelez -moi le gérant!

C'est qu'on est plus zhabitués nous zaut', il nous faut un p'tit stage de réadaptation à un trafic même faible. Déjà qu'on a "failli" se réhabituer au goudron et faut faire avec les véhicules de nuit, mais que fait la poliiiice?

Bon, alors ze thé, ze pain presque encore frais d'hier après-midi, il est habité, comme d'hab, la confiture d'abricot, c'est la même depuis toujours, pas la peine que tu demandes une autre "race", tu demandes de la confiture, si y en a on t'en donne, si on t'en donne c'est celle-là, tu m'as compris?

Ze moto, ze kick, toujours ze kick le matin, pour dégommer à l'ancienne, ça sert plus za rien mais ça rassure, puis contact, le vert s'allume, tu décompresses, tu montes sur le kick et tu "jarrettes" un bon coup, histoire de lui faire faire un tour complet pour qu'il fasse pas d'histoire: tu détestes t'énerver sur un moteur qui veut pas le matin, même après le p'tit dèj, faut que ça allume!

Bon, c'est magique! Dans la nuit, on a remis la route à sa place! Elle est là ou elle doit être, sage et tout, pas neuve mais pas trop cassée, avec des langues de sable dessus de temps en temps juste pour faire joli, exotique, saharien quoi.

Pour un peu, on s'ennuierait! C'est pas tout droit, mais presque, un camioun surchargée ou une voiture surchargée tous les 40 minutes, c'est trop!

Et des tomos, t'en as vu des tomos? Tu penses bien camarade, que si des motos étaient passées, t'en aurais causé, au moins une page entière dessus et comme t'es payé à la ligne, ça t'aurait payé le couscous du midi. Mais oualou, t'en as pas vu d'autre que zemono qui ronronne juste en dessous, tout content de retrouver une route qui ressemble à son nom, ça roule tranquille, derrière t'as deux rémoras, un bleu et un blanc avec dedans deux potes cheveux au vent, toutes vitres baissées, y fait chaud, et zique à donf dans les carlingues: je vais ramener à Biskra city deux jeunes du contingent quasi sourds.

En arrivant dans les gorges d'Arak, au sud d'In Salah, on a trente degrés, fait chaud sous l'casque, un Arai jet que tu conserveras 15 zans. En plus, le Sahara a redécidé de s'amuser un peu avec la route: dans les gorges, il y a de la végétation et des zarbres, c'est marrant, la végétation, c'est vert, faut se refaire les zyeux.

La route joue à nouveau à cache-cache avec le sable, un coup elle est là, après elle n'y est plus, fatiguant, c'est pas d'la route, c'est pas d'la piste, c'est un mélange subtil des deux avec des vraies morceaux de route et de piste dedans, comme te dira une pub plus tard: bon appétit les gars.

Après, c'est la route qui gagne, fallait bien une moralité à la chose, non? Voilà In Salah au loin. Tu connais déjà mais Tom et Martin pas zencore, ils veulent donc s'arrêter et voir: normal ! Tu vas jouer les guides et leur faire faire la totale: ze médina, ze palmeraie, ze foggaras, le restau avec couscous-chamal, ze dattes et ze thé et compagnie. Noon, pas compagnie. Le Sahara, c'est un truc de moine, enfin de célibataire, pour la compagnie, pas la peine de fantasmer, que dalle à raconter, on est pas là pour ça, sinon on se serait trompé!

Après, eh ben après, tu connais déjà la route camarade puisque je te l'ai déjà racontée. Voilà, nous sommes partis à trois, on est revenu pareils, avec les deux voitures et la moto un peu plus fatigués qu'avant, beaucoup plus sales et bronzés et tellement plus contents de revenir et encore plus "d'y être allés".

Les deux voitures auront fait le raid sans zavaries majeurs, elles seront rentrées bien fatiguées mais roulantes et, une fois reconditionnées, tiendront le temps qui restera à Tom et Mart' à faire en Algérie.

La moto nécessitera un bon nettoyage général, un filtre à air neuf, un resserrage des rayons, un changement de chaîne, la révision habituelle du moteur, vidange et basta!

Tu la ramèneras en France et tu la vendras quelques temps plus tard, le cœur serré de vendre ta compagne de voyage. Tom et Mart feront leur temps comme coopérant-militaires et s'en iront à leur tour vivre leur vie en France, toi tu resteras encore quelques temps en ce pays que tu appris à aimer avec le temps puis tu le quitteras à ton tour pour d'autres zaventures.





FIN
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Jean-marie50
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Re: Carnet de voyage.

Message par Jean-marie50 »

Alors là,j'annonce RESPECT ! Je n'avais pas encore mis le mot "fin" sur mon "last message" que Michel 95 avait déjà tout mis en oeuvre pour remettre tout ce bavardage en un seul et unique morceau (de bravoure !) :bravo Michel 95,voilà qui est fort et efficace :félicitations !

Nous avons là un bel example d'efficacité éditoriale,travail de l'ombre et travail de nuit en sus..y a pas,là,tu as fait tréééés foooort! Tu n'oublies pas mon invitation personnelle,hein..
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Re: Carnet de voyage.

Message par Michel_95 »

No problemo Jean Marie, si d'aventure je passe par la Normandie, je ne manquerai pas de venir te saluer :-):cool:.
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pito
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Re: Carnet de voyage.

Message par pito »

MĂŞme si tu vas en Bretagne car Jean Marie est limite anglo normand breton et j'ajouterai : d'importation. En tout cas bravo Ă  vous 2.
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Jean-marie50
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Re: Carnet de voyage.

Message par Jean-marie50 »

Merci à tous et toutes pour vos messages:je suis zallé voir chez le concessionnaire mais..il n'y a pas de casque XXXXX L ,alors je vais me garder la tête de tous les jours,celle du Goncourt 3009..

Ah oui,je vous prépare une belle nhistoire pour la rentrée..D'ici là ,à vous de jouer,hein,vous n'oubliez pas :c'est VOTRE espace !
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Papaours
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Re: Carnet de voyage.

Message par Papaours »

Je propose effectivement que l'on fonctionne par feuilleton. Ensuite, une fois terminé, le récit pourrait être transcrit dans un article, ainsi cela serait plus facile.
Michel à fait là un sacré boulot d'éditeur, un article permettrait une mise en page plus facile, plus visuelle.

Thierry, 61 ans, KTM1290 Super Adv 2019
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