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Re: Carnet de voyage.
Publié : 24 déc. 2009, 22:43
par Michel_95
Je voulais faire un article pour la retranscription de "la balade avec...", hélas une limite de texte m'en empêche, du coup la retranscription se fera encore sur le forum, ici même.
Re: Carnet de voyage.
Publié : 24 déc. 2009, 22:58
par Michel_95
La balade avec de vrais morceaux de moto dedans!
Ça pourrait commencer comme ça. Ce matin, Georges a sorti ses fauteuils en osier! Pour toi, c'est un signe! Signe que Georges sait qu'il va faire beau aujourd'hui mais aussi demain et encore les jours suivants!
Bon signe donc. Le Georges, c'est ta grenouille à toi. Sûr que le Georges, il ne les sortirait point, ses osiers, s'il n' était sûr du temps qu'il va faire!
Tu as donc cru Georges "sur parole" et de bon matin, tu es allé LA chercher, au garage, ta BELLE BLEUE.
Vous êtes partis, tous deux, pour une longue balade dominicale dont vous zavez le secret. Tu les zappelles tes journées "kaléidoscopes" parce que tu vois tellement de choses dans cette journée que tu rentres la caboche pleine d'images et que tu t'endors d'un coup, heureux qui comme Ulysse .
C'est bien ce que vous zavez fait ensemble tout ce dimanche,le George avait, une fois de plus, entièrement raison: il a fait beau tout le jour, ce qui, pour un dimanche de Mars normand tient du miracle météo, merci le Georges.
Pour le remercier de sa bonne action, tu es venu échouer ta Belle Bleue tout prés des osiers dudit Georges et tu es allé t'affaler dans ton osier favori, la tronche bien à l'ombre et le reste du corps au soleil, histoire de recharger les batteries.
Of course, tu as commandé d'un geste ta bière favorite à l'époque, une Guinness bien noire, avec ce qu'il faut juste de mousse crémeuse au sommet. Tu y as écrit du doigt "BB" pour Belle Bleue, le surnom secret de ta moto, parce que tu l'as choisie Bleue comme la mer. Ses initiales resteront inscrites dans la mousse jusqu'à la dernière gorgée, tu le sais.
Mais ta bière est là, sur la table, elle s'échauffe doucement et tu n'y touches même pas! Késako ?
Il y a que, depuis que tu t'es assis dans ton osier préféré, tu as sorti de ta poche une revue, à la couverture rouge, toujours de la même couleur et la photo de cette couverture toujours dans un cercle: le petit livre rouge du motard de l'époque: Moto Revue.
Pas de panique pourtant! Généralement, cette revue avait tout pour t'ennuyer ferme: des tas d'articles sur telle ou telle sportive à la mode, de la technique à n'en plus finir et des reportages sur toutes les compètes des plus locales jusqu'aux GP... Rien là-dedans ne t'intéressait. Rien... Sauf cet article-là dans ce numéro là.
Mais... Ca aurait pu aussi commencer comme ceci: Ben alors, kess tu fous? Ca fait deux plombes que t'es scotché là, dans cet osier pourrave, à ne même pas siroter ta Guinness chaude et tu n'as pas levé un œil sur moi! Pire, tu ne m'as pas adressé la parole depuis qu'on est tarrivé dans ce rade d'enfer! Alors, c'est ça, hein, dis-le que tu m'aimes plus! Tu es avachi là et tu n'as d'yeux que pour elles, toutes plus belles les zunes que les zautres! Tu vas me vendre, m'abandonner pour une nautre? Je le savais bien, qu'on pouvait pas te faire confiance!
Pourtant, nous deux, aujourd'hui encore, on s'est pas bien baladé? Je t'ai emmené là où tu as voulu, pas de panne, pas de coup en douce, la compagne modèle j'ai été! Même que tu me parlais, des mots tendres tu me disais. Tu me parlais du plaisir que tu éprouvais, à te promener avec moi sur les routes. Et maintenant que môssieur est satisfait, plus rien. Plus d'attentions, plus de mots doux. Tous les mêmes, tiens. Quand ils zont obtenu ce qu'ils voulaient, ils zoublient jusqu'à notre existence et ils regardent déjà notre remplaçante, tu me déçois.
Bref, pour tézig ça commençait bien. Mais pour elle, le pétage de plomb était proche, il te fallait faire kek' chose.
Lucky guy! Tu viens juste de terminer ta lecture, tu poses MR sur ze table, tu rallumes ton cigare trop tôt éteint, une gorgée de Guinnes tiède et enfin, tu lèves les zyeux vers Belle Bleue. L'instant est magique. Tu vas le lui dire. Écoutes, Belle Bleue, voualà ce que NOUS zallons faire cet été.
Nous? Tu as bien dit "nous"? Alors, tu m'gardes, hein dis, tu m'gardes? C'est bien vrai, hein, on repart ensembles pour de nouvelles zaventures?
Toi, of course, tu n'as rien vu, ni entendu et encore moins deviné. Tu viens de sortir d'un rêve éveillé et tu veux le lui faire partager.
Dans l'égoïsme de tes 24 berges, eh oui, ce que tu racontes là, c'est du cru 1977, du déjà vieux , du 32 zans d'âge, y a prescription mais tu peux consommer sans "moderaçion", à c't'époque, on pouvait tirer sur la chopine ou sur la moquette sans gros bobos, eh ben, à 24 ans et encore toutes tes dents, tu pensais qu'à ÇA.
Ça? C'était pas les filles (ou alors, de temps zen temps), non, tu ne pensais qu'à la Route! Celle qui t'emmènerait de chez toi jusqu'au bout du monde: suffisait de La suivre!
Et l'article de MR, il s'adressait à toi. A toi seulement? Noon, à toi mais zaussi à tous ceux et celles qui partageaient ta passion: la Route à moto, le voyage en bécane, le raid moto, ze truc, ze totale.
La Route, elle te branchait, toi et tes potes d'aventure que si elle était longue, dure et qu'elle tournait un max, qu'elle montait puis descendait, pour recommencer encore et encore.
Et dans ce MR là, on te proposait rien moins que ça! Ta dope, ton fix, ta dose, en vente libre et à volonté, tout ça pour trois francs six sous, organisé par Honda, siouplaît, mais on pouvait v'nir avec une aut' marque de moto à condition que ce soit un kat'temps. Tu sais ce que te proposait Honda, c'était técrit sur l'article: "Les Alpes par les cimes et les sentiers perdus" , 3500kms d'aventure et d'émerveillement. Ouais garçon, c'était técrit tel quel, y avait pluka, vite l'été, bordel!
Ça s'appellerait "Transalp" Et tu en serais, sûr! Tu parles Charles, des chiffres, t'en veux, n'en v'là: 3 semaines de grand pied, 66 cols à te faire, 3500kms à te farcir, 1000 kms de sentiers douaniers (vive les douaniers, y nous font des chemins pour qu'on y roule dessus) plus de 5000 virages à 90 % et plus, la route la plus haute d' Europe? Bon. Tu m'as compris, c'est ton trip de l'année, t'en peux déjà plus d'attendre, c'est par où qu'on part?
Well, man, c'est pas l'tout d'rêver, faut encore préparer Belle Bleue. Ça tombe bien, voualà les ouacances de printemps qu'arrivent et tu t'es fait un p'tit plan d'enfer: tu vas zaller t'équiper in England in ze text! Yaisse, les zaccessoires et tenues moto sont very moins chers chez Élisabeth. La différence te paiera le voyage, t'es pas bête toi mon poteau, quand tu t' mets za réfléchir! Sitôt cogité sitôt fait, tu te retrouves un vendredi souar sur le Channel avec BB dans la soute. L'autre BB (Brigitte) c'est pas dans la soute que tu l'aurais mise.
Arrivé chez Élisabeth, tu vas in London et tu t'achètes le Cromwell qui va bien, une paire de Climax à pans coupés, un ensemble veste-pantalon Barbour au cas où il pleuvrait c't'eté, pas de bobottes tu en as déjà. Mais BB se retrouve, elle, avec une paire de chaussures neuves, des K81 , le nec plus ultra de l'époque, et, fin du fin, tu te dégottes un réservoir alu de 24 bons litres qui fait ressembler BB à une Norton!
Of course, t'as plus un sou, et plus rien pour grailler le midi et encore moins pour la bière du soir mais tu t'es fait plaizir et, le soir, en roulant vers le ferry bouate, tu cherches une vitrine pour te mirer: waowww!!! Quelle frime, on dirait un motard, un pur de vrai!
Belle Bleue donc, celle qui te faisait la gueule en ce dimanche de Mars, c'est une moto! Facile à deviner mais faut être un peu plus précis, tu es sur un site de motos et de motards, alors expliques! C'était donc une Honda CB 360 G. Bleue ciel, Beeellle!
Une moto toute simple, qui à sa sortie, était passée quasi inaperçue. L'essayeur en chef du moment chez MJ, Moto Journal, le collègue et néanmoins concurrent de MR, l'avait gentiment " cassée en deux mots: "moto électrique". Il n'en fallait pas moins pour que la gente motarde se détourne de ce brave twin sans autre ambition que celle de rouler tranquille sans em... son propriétaire. A cette époque pas si lointaine, le motardus vulgus voulait encore et toujours de la puissance, des chevaux, de la vitesse et plus encore. Il faut donc que tu racontes comment t'en étais tombé amoureux!
Well, faut encore retourner 5 ans en arrière, quasiment de la préhistoire... 1972, donc et comme tes p'tits camarades, tu es trop tenté par la "katpat", 750 cc, quatre cylindres, quatre pots, un bruit d'enfer, une gueule pas possib', un bruit de drag, ouais, t'en veux une! Mais le sou pour l'avoir raide de neuve, sûr, tu l'as pas! Tu fais les fonds de tiroirs, de poches, de tout et tu te payes une occaz. Mais une occaz gréée "sport": double disque AV, guidons bracelet racing, direct sur les tubes de fourche, selle dosseret etc. Du lourd, dis-tu! Avec toi dessus, c'est Joe Bar team tous les jours, dimanches et fêtes! Ouais. Sauf que t'as pas le look: sur la tronche, c'est un casque de mob (mal) repeint, sur le nez, des lunettes plastoc avec des verres en vrai rhodoïd, sur le corps un blouson en vrai-faux cuir, un ciré noir quoi, piqué à un pote de ta rue. Sur tes cuisses (trop) maigres, un jean qu'avait vu des jours difficiles, sur tes mains des gants de cuir, ceux de ta mère vu que tu t'étais trompé de taille pour son anniv', aux pieds une vieille paire de grolles surmontées des guêtres (si, tu le jures) de ton grand-père maréchal-ferrant au Cadre Noir de Saumur! Yaisse, ze touch of class! T'avais la tomo qu'allait bien mais ton look mon gars, l'était naze de chez nul!
Ah ça, pour la frime ou pour emballer ze minette, tu pouvais passer et repasser! Alors, question tomo, fallait que ça cause! Quinze jours après l'achat du bestiaux, tu décides de "la mettre à donf", tourner ce 'tain de poignée quart de tour d'un coup, passer le mur du con, les fatidiques 200 bornes à l'heure...
Alors? Alors tu vas sur la nationale Avranches-Pontorson, qui, à l'époque est une modeste route à 2 voies, qui avait l'indéniable "qualité" d'être à peu prés droite sur 20 bornes et assez tranquille. Bien assez pour décoller et passer le mur du c... Tu fais l'aller peinard, 160, pour voir si, des fois, des bleus ne seraient pas sur ton chemin à cueillir des pâquerettes ou des fraises des bois... Non, y a personne. Au panneau Pontorson, tu fais demi-tour et gaaaaazzzz!
Tu bloques ze poignée comme indiqué, tu montes les rapports au régime maxi et le katpat gronde dessous. T'as le pif collé entre ze big compteur et ze big compte-tours, tu frôles la zone rouge et tu t'approches des 200, 'tain, ça file, non, ça défile de la mort. T'es le roi de la route et des gépé réunis, tu les zenfumes tous, t'es pret pour ze gépé des pissotières de Montrouge et de Navarre. Bordel, y a un truc qui sort là-bas, c'est du gros, orange, avec une remor... un trac ..Viiite, t'écrases le doub'disc, tu mets l'arrière, t'essaies de contrôler ze bécane, ze tracteur se rapproche à vitesse V, il faut que tu t'arrêtes. IL LE FAUT!
Tu serres le levier droit, tu serres les dents, et tu serres les fesses. Tu vas t'arrêter, ça oui, mais à quelques deux tout petits mètres du tracteur et de sa remorque! Tu vas klaxonner comme un fou et l'autre enfoiré, là, sur son tracteur il ne t'entend même pas et n'a pas regardé un poil dans ta direction. T'as compris la leçon. Tu trembles de tous tes membres (noon, pas çui-là, les zaut') Tu repars sur un filet de gaz, oublié le mur du con et le reste avec, tu reviens à Avranches, ton port d'attache, tu passes devant chez toi sans même t'arrêter et tu te diriges direct chez Marcel, ton concessionnaire tu béquilles et tu lui dis: "Marcel, je me suis fait une chaleur d'enfer, faut que tu me reprennes ce truc de la mort, je veux pu monter dessus!"
Marcel est concessionnaire et loin d'être idiot: il sait qu'un bon client, c'est pas un client mort et que de toute façon, il va me revendre une autre moto, alors il opine et rentre le katpat dans l'atelier. Dans le magasin, il me dit "Mais tu vas reprendre quoi?"
Dans la vitrine, y a deux Honda CB 360G qui attendent depuis quelques semaines: une orange et une bleue ciel, beeeelle. "Celle-là", que tu luis dis, en la désignant du bras. Marcel, je viens la chercher demain!
C'est ainsi, oui, qu'est née ton histoire d'amour avec une moto "électrique" et que BB et toi, vous vous zapprêtez à partir pour la Transalp 77.
Quelques jours après ton voyage chez Élisabeth pour t'équiper à vil prix (kess que tu causes bien mon gars) tu passes chez Marcel, le cons.. pas con, pour la vidange de BB et là, in ze magazin, tu tombes sur un dépliant de Honda qui invite tous les fondus du raid, de la montagne et des sentiers roulants à la Transalp! Tu le voles illico et tu te précipites chez le Georges où tu t'affales comme d'hab dans ton osier favori. Ça se confirme donc, après l'article paru dans MR, voici venir ze papper of inscription. Honda est l'organisateur en chef, c'est ouvert à tous, quatre temps only, Honda dit que c'est pour l'environnement, et toi tu penses que, comme ça, il écarte Suzuk, Kawa et Yam avec leur deux temps qui fument. On paye très peu, on en a beaucoup plus, bien plus que pour son argent (ah, l'heureux temps que voilà), Honda s'est plié en quatre comme son dépliant!
Quadrichromie, siouplaît, avec des photos tout plein, du texte cousu main, une carte d'itinéraire, une d'Europe pour le regroupement des zétrangers, deux groupes prévus, le premier le 4 Juillet, l'autre en Aout. On partira de Graz dans le Sud Osterreich, pour rejoindre Monaco , après un périple de 3 semaines, traversé l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie par les Dolomites, la Suisse et les alpes françaises.
On nous promet du soleil mais zaussi de la brume, de la pluie voire de la neige... Aucune nobligation, aucune contrainte ou presque: l'hébergement est laissé libre (campinge pour mézig, please), il n'y aura que les contrôles de passage à faire pour que l'organisation sache si on est là ou pas. Au dos de la dernière page, Honda se fend d'une page de pub pour ses motos, en nous proposant de choisir une de ces quatre motos pour faire la Transalp. Ben voyons, y a pluka trouver le financement. Remarques, y en a pour toutes les bourses (comme on dit) alors, petite bourse? une XL 125 fera ton affaire, moyenne bourse? Hop, une 550 F1, et très grosse bourse, le gros lot, une 1000 Gold Wing. Comme ta bourse est plate, tu prendras BB pour partir, rideau! En bas, il y a un bon à découper et à renvoyer pour l'inscription, tu le fais de suite, premier envoyé, premier servi! Hop, une nenveloppe, un timbre, directo ze poste et bonjour les grandes, trééés grandes zalpes!
Yapluka attendre. Bordel, c'est long le printemps, t' es prêt, toi depuis des lustres! Alors, t' as le temps de cogiter. Là, te vient comme une idée (si si). Et si tu partais pas tout seul, hein mon gars, t'en penses quoi de ton idée?
Passque, des filles seules, y en aura ptêt' mais des gars seuls, y en aura pour sûr, alors autant partir avec une bonne copine à toi pour "causer"! Évidemment, tu as déjà ta p'tite idée sur qui tu vas emmener! Seulement, voualà, les filles sont, pour toi à c't'époque, des zêtres vraiment zétranges! Tu les comprends pas toujours très bien et réciproquement! Elle va s'appeler Ève, elle a le même age que toi (ou à peu prés), vous vous connaissez bien, vous zêtes zallés au lycée ensembles et elle a l'énorme avantage d' être motarde, ça aide! D'abord, faudrait p'têt que tu lui proposes gentiment, voire euh, diplomatiquement. Elle pourrait v'nir avec toi, qui sait.
Faut qu'tu cogites sérieux man, passqu'elle a une 125 cc Honda S3, un p'tit mono tout simple d'une quinzaine de chevaux pleins de bonne volonté. Justement, de la bonne volonté, il lui en faudra des kilo, euh, des tonnes à Ève pour se coltiner les Zalpes en 125, toutes ces bornes, ces cols, passque l'Ève en question, eh ben, elle a encore jamais voyagé à moto, jamais fait de camping, bref tu vas, la gueule enfarinée, proposer la totale à une jeune fille qui ne se doute même pas du tiers, du quart, du millième de la galère dans laquelle son amitié va l'entraîner. C'est bô, la jeunesse.
Comme elle habite maint'nant en région parisienne (allez, Montreuil), tu profites (c'est pas bien çà) qu'elle vienne vouar ses parents en province, tout prés de chez toi, pour l'inviter à dîner. Of course, vous zallez causer moto tous les deux et tu lui fais part de ton projet perso pour l'été. Elle a l'œil qui s'allume, bon signe çà! Continue sur ta lancée garçon, fais ça à l'instinct, comme tu l'sens, c'est comm'çà que tu s'ras le plus mieux convaincant! Tu lui parles donc de la montagne (Ferrat), des p'tites fleurs, du ciel bleu et tout des joies du voyage à moto. Tu dois être très con...vainquant car c'est elle, à ta grande surprise, qui te propose de partir avec toi!
Te voualà réduit à essayer de lui dire que, peut-être, en 125, ça va être loin, ça va être long , ça va être dur... Rien n'y fait: plusse tu lui dis qu'elle ne sera pas capab', plusse elle veut y aller. Qui croyait prendre se retrouve pris comme un rat: te voualà fait camarade, tu l'as voulue, eh ben tu l'as! Quant à savoir si tu "l'auras"... La question reste posée.
La fine mouche a donc quelques bonnes semaines pour se préparer, acheter l'équipement de camping qui va bien et tout. Vous correspondrez pour mettre au point votre début de voyage pour rejoindre le sud de l' Autriche et le reste à l'avenant. Aléa jacta est, comme ils disaient!
C'est comme ça que, au tout début juillet 77, tu sors BB du garage au petit matin et que tu pars direction Paris sur Seine, pour récupérer Ève au passage et continuer votre route commune vers Strasbourg.
Elle est là, qui t'attend, à l'heure en plus. Un café vite fait et on est prêt à partir. Non! Elle veut d'abord te montrer ses achats de camping: tu peux pas décemment lui refuser çà! Alors elle te montre sa (petite) tente sans double-toit, ça promet! Elle te montre son (mignon) duvet sans...duvet, tout léger-léger: tu en as froid d'avance. Évidemment, tout ça tient peu de place et elle n'est pas peu fière de son chargement "spécial 125" mais tu n'oses pas lui parler des maxi caillantes que tu vois s'amonceler devant elle. Bon, tu dis rien et, contact, on enquille la route vers l'est, pour voir si des fois, y aurait du nouveau. Tu roules cool devant, elle te suit facile, un petit 90-100 gentil, il ferait presque beau mais zau loin, ça m'a l'air plus, euh, gris.
On a pas roulé depuis une heure que le bleu s'est transformé en bleu-gris, puis en gris-bleu, puis en gris-gris (grigri), puis en gris, et les premières gouttes s'écrasent sur les climax du maître.
On s'arrête pour s'équiper, combine Plastex bariolée pour la demoizelle, pantalon de Barbour pour toi qui roules déjà avec la veste sur le dos. On repart sous la flotte qui tombe de plus en plus drue. Ce qu'on ne sait pas, et c'est tant mieux, c'est que ce n'est que le début . Continuons le combat! A midi, on s'arrête pour grailler, il flotte toujours, on est mouillés dehors mais zencore secs dedans. Bouffe vite fait sous un abri-bus et on continue... Le soir nous trouvera à Strasbourg où nous camperons sous la flotte, avec les trains qui passent chaque heure de la nuit. Ève est crevée, normal, manque d'habitude de la route, pi en 125, on fatigue plusse! Tu l'aides à monter sa guitoune, c'est sa première fois (la tente, pour le reste, ai pas demandé). De toute façon, tout le monde il est mouillé, tout le monde il est fatigué et tout le monde il espère que demain, il fera beau.
Quand tu t'éveilles au petit matin, la première chose que tu entends, c'est le doux bruit des gouttes sur la tente... Meeerde, il pleut. En fait, il a plu toute la nuit! Il nous faudra donc plier les tentes trempées et repartir passablement dépités par l'environnement plutôt ,euh... humide!
Ève tient le coup, le petit mono aussi mais on s'économise un max, on avale des kilomètres de flotte germanique, on jette même pas de coup d'œil ici ou là, on essaye de ne pas se dire qu'on en est qu'au début et que ça va s'améliorer bientôt. Ouais, ben justement, ça s'améliore pas notre affaire, mais zalors pas du tout. On se passe la forêt noire in ze rain, Stuttgart und Munchen idem: on est plus que des robots roulants, les gants pèsent un kilo chacun, dans les bottes, les panards apprennent à nager. C'est pas la Bérézina mais ça s'en rapproche. Deuxième nuit sous la flotte après deux jours de drache ininterrompue: ça casse le moral et Ève accuse le coup et toi aussi. Des zenvies de changer et de couper au sud nous zenvahissent la tronche de plus zen plus souvent: mauvais signe çà.
On passe finalement en Autriche, même combat: flotte uber alles, comme ils disent! Nous, ben, on en a ras le truc, de la flotte, on en peut pu, faut que ça s'arrête sinon on va le péter le plomb! Vienne et la pluie: the show must go on, on passe, Richtung (direkssionn) Graz, sud-Ostereich, on aborde la montagne in the rain, on passe une, puis deux vallées, et d'un seul coup, on le prend en pleine tronche! Osanna! Il est là! On l'a retrouvé, ze sun, tout jaune, quasi violent, il nous sèche le barbour et la combarde en 15 minutes chrono, pour les gants et les bobottes, faudra que tu comptes bien 2, 3 jours.
Et, au détour d'un virage, des motos et des motards (pardi) avec les mêmes autocollants que nous : ils zy vont aussi! Ils se sont arrêtés, devines donc pour quoi? Pour se sécher tiens. Alors, on fait de même, les motards sont grégaires, c'est bien connu. On décharge les tentes, les duvets, tout ce qui a pu mouiller et que l'on veut voir sécher au plus vite des fois que. On discute de la suite et fin de l'itinéraire de regroupement et c'est donc à plusieurs que nous verrons arriver Graz non sans un certain soulagement (mein Gott) et le tout sous un soleil d'enfer qui nous chauffe la couenne sous le barbour, faut savoir souffrir quand t'es motard! Comme quoi, fallait pas désespérer.
Ben. On est pas tout seuls, y en a qui zont eu la même idée! Le camping est rempli de tomos, des BM, deux ou trois zanglaises conduites par des zanglais, quelques zitaliennes (Guzzi) et une hénaurme majorité de japonaizes, des Honda surtout because l'organisation, de tous les modèles et cylindrées de l'époque, mais aussi une flopée de 500 XT yam, des Suzuk, quelques rares Kawa. Des 125 aussi et Ève est ravie (va falloir que tu surveilles ça de près) et une seule autre 360 G orange dont je fraternise avec le couple de proprios. Un side Honda 750-Précision complète l'éventail des 55 équipages au départ fixé au surlendemain.
Le lendemain de notre arrivée, fait toujours super beau! A croire qu'on a pas voyagé sous la flotte depuis qu'on est parti ou presque! Aussi, tous se précipitent pour faire sécher tout ce qui peut l'être dés que le soleil est levé, on assiste à un salon de la bobotte moto, du gant moto, du duvet de montagne ou de supermarché, du blouson noir et de couleur et même des dessous féminins en tout genre! Preuve qu'on bien été nombreux (et nombreuses) à rouler mouillés!
Chacun en profite aussi pour nettoyer un peu sa moto avant le départ du jour suivant Justement, en nettoyant succinctement BB, tu constates que ton Té inférieur de fourche est cassé! Meeerde! Tu regardes une deuxième fois, yesse, il est bel et bien cassé, juste après les deux goujons de serrage. C'est vrai que tu as tout vérifié avant de partir, tu as dû sûrement trop serrer, comme d'hab'! T'es un gros malin toi, tu veux toujours trop serrer ce genre de trucs, tes axes de roues, bref t'es dedans, ton ciel s'assombrit soudain, tu vois la Transalp se tirer sans tézig et ta copine partir toute seule et tout et tout! Shit! En plus, c'est de ta faute, une faute de débutant, alors que depuis le départ, tu te la joues vieux motard (que jamais), Tu te traites (silencieusement) de tous les noms et tu en connais quelques zuns. Et tu justifies ton décollage immédiat vers la ville par un besoin urgent de téléphoner.
En fait, tu te précipites chez le concessionnaire Honda pour voir si... Première bonne nouvelle : la Honda 360 G est importée in Ostereich (ce sont des gens biens, les autrichiens), deuxième bonne nouvelle: ils zont la pièce en stock (y sont super, les zaut), troisième bonne nouvelle: ils peuvent te le faire de suite (là, t'es sur le cul depuis 10 minutes chrono) et quatrième bonne nouvelle: ça va même pas te coûter cher. Alors, tu leur laisses BB pendant une heure et tu vas "téléphoner" au bar du coin où tu te fais une kolossal bier autrichienne qui te remonte le moral qu'est entretemps revenu au bo fixe! Depuis, tu voues aux zautrichiens un culte du "thé de fourche" que tu bois une fois l'an en lieu et place de la bière, à la mémoire de ce jour béni!
Quand tu reviens, les zautrichiens ont fait le boulot, t'as un Té de fourche tout bô, tout neuf, ni vu ni connu, tu peux te la rejouer au vieux de 24 ans qu'a tout vu et tout vécu. Et tu sais maint'nant que les Té de fourche ça se serre gentiment et pas comme un sourd!
Tu r'viens au camping comme si de rien n'était et tu tapes la discute avec tes voisins de tente, histoire de vouar avec qui on va pouvoir rouler de conserve les jours suivants.
T'as le choix, passque les motards continuent d'arriver et que le camping est réservé pour tous ces voyous à deux ou trois roues. A côté de toi, il y a les zoranges, surnom amical que tu donnes au couple sur l'autre 360. A côté d'eux, il y a Cégété et deux tentes plus loin y a un aut' gars qu'on a appelé direct "Papier Maïs".
Pourquoi on l'a appelé comme ça? Attends, tu vas comprendre. Papier Maïs est un vieux gars, ça se voit de suite. C'est pas une critique, noon, juste une constatation. Il porte un blouson en nylon rouge, un pull vert flashy, un pantalon bleu roi et des bottes jaunes. Sans nul doute, personne d'affectionné ne s'est penché sur son épaule pour lui dire que les goûts zet les couleurs...
Sur la tête, Papier Maïs porte un jet de mob sans visière ni lunettes et, coincée entre les lèvres, une, oui, Gitane maïs.
C'est bien sûr cette clope là qui lui vaut illico son surnom. Tu connais pas la gitane maïs? Ben tu rates kek'chose, frérot! La gitane maïs, c'est un truc d'homme, enfin de certains zhommes. c'est spécial sais-tu, la maïs. D'abord, ça s'allume mal, le papier maïs est d'un brun jaunâtre qui tire sur le marron franc voire le carbonisé et il se consume mal. Donc la gitane s'éteint plus souvent que tu ne le voudrais. L'avantage, c'est que tu peux te la conserver collée entre les lèvres le temps que tu veux. Si tu y tiens vraiment, elle peut même restée collée, ce qui te permettra de causer sans la perdre. Tu pourras te la rallumer périodiquement sans qu'elle s'en détache d'ailleurs. Tu comprends mieux, maint'nant, pourquoi René (c'est son vrai prénom) il est resté vieux garçon?
Papier Maïs roule à moto sans trop savoir pourquoi, il va au boulot avec et sort le dimanche aussi avec. Il est pas passionné, il va pas aux courses, ne sait rien des zautres marques et modèles: sa moto, c'est une Honda 125 XL et pis c'est tout. Papier Maïs, il est venu à la Transalp par hasard il a vu le papier chez Honda, s'est inscrit "pour voir" et s'est tapé le trip sous la flotte, comme les copains, sans broncher, tout seul. Papier Maïs rigole tout l' temps, il a pas d'bagnole, et il s'en fout. D'ailleurs, il l'a pas, le permis caisse. Papier Maïs est pur et dur mais il ne le sait pas. Et pi c'est tout! C'est décidé, le Papier Maïs, il va rouler avé nous! D'ailleurs, Ève, ta copine, elle est contente qu'il y ait une aut' 125 avec vous zaut'.
Cégété, c'est aut' chose. C'est aussi un vieux gars professionnel mais c'est passque sa moman elle fait trop bien la cuisine. Alors le Mo (Maurice) il est resté à la maison à la mort du père. Mo, il a une BMW, 750, une série 6, bleue de chez belle, nickel de chez chrome, équipée Babin et tout. Le Mo, il est pur et dur et il le sait! Il a bien eu le permis caisse, y a longtemps et une ou deux caisses à roulettes, dont une belle et rare française: une Facel Véga. Mais Mo, c'est la tomo qu'il aime et BM uber alles. Pourtant, pour aller au turbin, le Mo a acheté un "cub" Honda, un petit vélomoteur japonais qui lui dure depuis 20 ans. Il dit que ça marche bien, que c'est solide mais qu'il n'achètera jamais de moto japonaise BM, pourtant c'est "schleu" et les schleus, le Mo, ben il les zaime pas, vu qu'ils sont v'nus faire du tourisme de masse dans les zannées quarante et que ça se fait pas de rester chez les gens comme ça, sans zy être invités. Et puis le Mo, il est politiquement engagé, on va pas tarder à le savoir que le Mo, il milite à la Cégété, bordel, et que bordel, la lutte des classes. Tu connais la suite.
Bon alors, bordel, le Mo alias Cégété, est engagé dans la troupe, ça nous fera de bonnes discutes le soir au coin du feu!
Yves, le proprio de l'autre Honda CB 360 G orange, est un motard accompli, il a un trés bon coup de guidon, fait ce qu'il veut de sa moto, la bichonne, la transforme et l'améliore. Il a les moyens techniques à l'atelier où il travaille et le savoir-faire dans sa tête. Raisonnable mais passionné, discret mais passionnant, il sait se faire écouter et respecter de tous. Danielle, sa compagne, allie avec bonheur la gouaille de sa banlieue de Sevran et la bonne humeur de ce petit bout de femme pleine d'énergie! Les zoranges vont rouler avec nous!
Évidemment, ça fait une petite troupe hétéro...clite, à la gauloise, avec des p'tits, des gros, des 125, deux 360, et une 750! Comme quoi, on refait le monde avec nos différences et nos ressemblances! Cégété, avec ses 56 berges bien tassées, jouera le rôle du père, Papier Maïs celui du pépère, les zoranges, Ève et toi seront les petits nenfants. Vive la grande famille motarde!
Le reste de la journée se passe à regarder les motos, les motards et les motardes du groupe: y a des belges et comme y zont le sens de l'humour, y en a un avec une jaune moto, elle va s'appeler la friteuse, une fois!
Y a deux zallemands avec, ya, des BM nickels, naturlich. Deux ritals itou, mais avec des Gouzzzi , y sont que deux mais à les entendre causer, on dirait qu'ils sont quinze. Etre rital, c'est ignorer la solitude!
Serait pas étonnant qu'à cette heure-là, les zangliches prennent le tea. Ben non, tout fout l'camp, mon brave mister, y zen sont à la bière, euh, aux bières, vu le nombre de cadavres gisant sur le sol prés de la britiche guitoune.
Tout va bien dans le meilleur des mondes motard, adtaleur y aura le briefing, on nous donnera le rodbouk, les motocollants et aprés y aura un grand raout commun avec à boire et tout, et pi d'main, coup de kick ou de démarreur et ya basta, on la commencera pour de vrai, bordel, la Transalp, et pi c'est tout!
Le souar, donc, à la veillée ou presque, a lieu le festin tant attendu! Et on a rien perdu en attendant! Honda avait fort bien fait les chozes, à manger plus que pour tout l'monde et à boire itou!
On a tous fraternisé autour d'un verre, euh, de plusieurs, euh de beaucoup de frères et les gentils zorganisateurs ont eu quelques difficultés à se faire entendre puis à se faire comprendre, bref, l'ambiance était chauuuuuude. Les zorganisateurs c'est comme les moustiquaires, euh, les mousquetaires, trois qui sont et, pi bordel, t'as encore un peu bu et 'tain, mais ou qu'elle est ma tente? C'est quand qu'on part? La nuit a été courte, les verres nombreux, les frères nombreux, les zexplications ténébreuses, coucouche panier.
L'idée de la Transalp avait germé dans la cervelle de Philippe Jambert, qui sévissait alors dans les pages du petit livre rouge des motards (vous me suivez là?). Avec ses potes, il avait reconnu l'itinéraire pendant l'été précédent en Honda 550 F1. Philippe Jambert était, pour ceux qui s'en souviennent, un motard respecté de tous pour sa compétence Pour l'anecdote, il s'était inscrit au Paris-Dakar avec une BMW R 65 de série (oui, tu as bien lu, une bécane de route stock , comme la tienne) et il avait tenu plusieurs étapes avant de jeter l'éponge dans les sables du Sahara, c'est te dire s'il en voulait, le garçon !Quelques années plus tard, Philippe Jambert est décédé d'un cancer.
Son collègue à MR, Christian Delhaye, a, lui aussi, reconnu l'itinéraire au guidon d'une Honda 250 XL, le petit trail de la marque qui a donné le goût du voyage au long cours à toute une génération de motards avec la 500 XT Yamaha. Le troisième "moustiquaire" c'était Marcel Robin, alors président du club Honda, il était venu reconnaitre avec son épouse, leurs bagages, le tout sur une GL 1000, le quatre cylindres GT de l'époque, protégés par un carénage Stratos aux lignes futuristes qui lui donnait l'air d'un avion furtif avant l'heure! Si Marcel était passé avec son avion de chasse, alors nous zaut', avec nos zavions de guerre de la dernière, on devait passer les doigts dans l'nez.
Ils nous zont donc brifé dans une ambiance chaude de chez torride, la bière autrichienne coulant à flots, et tu n'as gardé que peu de souv'nirs du reste de la soirée car tu as dû t'écrouler durant les prolongations.
Ma têêêête... Pourquoi tout ce bruit, là, dehors? Et pi pourquoi tu dors dans une tente avec les pieds dehors? Ah oui, ça y est, ma têêête, la transtruc, t'as encore trop bu, ça devient une nhabitude, faudrait voir à arrêter, tiens, tu commences demain. Tu risques un œil dehors, puis deux, y a du monde qui s'active, qui plie ze guitoune, c'est le grand jour, y parait qu'on part aujourd'hui! Bordel, branle bas de combat, tu te lèves d'un bond, t'oublies que t'es dans une tente et tu te prends le mat central in ze tronche, ma têêête, ça fait beaucoup. Tu t'accordes un stop and go de 10 minutes.
Faut te lever, plier, essayer de remettre les bobottes qui, entretemps, ont trop séché et sont dev'nues dures comme du bois d'arbre. Elle est dure la vie c'matin.
Vers les 10 plombes du mat', tout l'monde il est enfin prêt au décollage, alors, ça yé, tout le monde il s'en va? Noon, y a quelqu'un qui braille un nom au micro, un con qu'a oublié de payer son camping et y z'ont son passeport, alors si le con y veut bien aller le payer, son truc, y pourra pt'êt se le récupérer son passeport. Ouais, ben le nom, on dirait le tien et ze pass, c'est taussi le tien et le con, ben ouais, c'est toi. Sous les zapplaudissements nourris des motards en délire tu retardes la bande de 15 minutes et ceux qui n'attendent plus que toi pour causer avec la montagne te font une haie d'honneur quand tu rejoins le groupe. Kickes un coup, t'es tout pâle!
La première étape de cette Transalp 77 n'est pas qu'une simple mise en jambes: Elle nous mènera de Graz, notre point de rencontre, jusqu'à Althoffen, toujours chez nos zamis zautrichiens, au bout de 352 km et sept cols à franchir. De quoi savoir de suite si tu ne t'es pas trompé de film ! Pour corser le truc, il y a 3 spéciales sur le parcours, ce sont des portions non asphaltées qui représentent plus de difficultés pour les routières surtout si la pluie s'en mêle.
Il n'y a cependant aucun critère de vitesse, ou de moyenne à tenir, ce n'est surtout pas un rallye, une course, rien que du voyage à moto!
Mais il fait beau et tout le petit monde à deux et trois roues s'égaye dans la campagne environnante... S'égaye, c'est bien le lot... Bien peu d'entre nous sait lire correctement un road book, si bien fait soit-il. Pour beaucoup, c'est même le baptême de la venture!
Donc, on peut voir et entendre du motard un peu partout et dans tous les sens! Il nous zarrivera ainsi de croiser plusieurs "familles" toutes zaussi persuadées que nous, d'être dans la bonne direction! Folklorique, cette première étape! Baragouinant un peu l'allemand, tu arrives à aiguiller notre petite famille dans le "bon" sens et, bien malgré toi, tu es élu "guide du jour". Notre itinéraire nous zemmène sur des routes puis des chemins de campagne de plus zen plus zetroits. Tu te demandes même si le guide du jour ne s'est pas planté grave.
L'air ahuri du fermier du coin voyant ainsi débouler une "famille" de motards français lui demandant avec trois mots et quatre gestes le chemin pour, celui où il n'a encore jamais vu de motards passer, ça le laisse songeur et nous aussi! Mais, en suivant à la lettre le road bouk, on arrive au col d'Eisernez avec ses 21 % de pente, pas de doute, on est sur la bonne route. Mais c'est pas fini, on a bien compté et recompté, y a encore quatre cols à se faire avant la tombante et l'après-midi est bien avancé. Faut donc se manier le ... si on veut pas finir à la bougie. Dans la foulée, on passe un aut' col et on rejoint le Pyhrn Pass avec ses petits 945 mètres mais dont la montée ET la descente sont en complète réfection, alors c'est terre, trous, bosses, et gravillons pour tout l' monde. Les trails vont s' marrer mais, nous zaut' ben, on déguste. On arrive en bas, dans le désordre mais chacun sur sa moto. On sourit mais crispés, on les za bien serrées, les fesses!
Encore deux cols, on est fourbus, c'est kankonarrive? Deux cols, de la route, on branche l'automatique, tout le monde il suit le guide qui, lui, ne suit personne et, par miracle, ne se trompe pas et on arrive crevés mais contents, à moins que ce ne soit l'inverse, à Althoffen sans zavoir rencontrés d'autres familles en route! C'est par où la douche, tu voudrais dormir. Ce soir là, les familles arriveront jusqu'à très tard, le camping va résonner des bruits d'échappement jusqu'à pas d'heure. Le réveil sera dur demain, va y avoir du manque à l'appel du matin, allez, on fait dormir les zyeux, ça se fait tout seul tellement on est fatigués.
Comme prévu, le lend'main matin, le réveil est dur pour tout l' monde. Cette seconde étape est cependant plus courte: 200km et ne nous fait passer que deux cols, mais il y a trois spéciales sur le parcours et le road bouque est formel, le parcours entre Oberboden et Dobriach sera trééés difficile. Mo, qui n'apprécie pas trop les spéciales dit que c'est normal, " Ben, oui, avec des noms pareils, qu'on peut même pas prononcer comment que tu veux que ce soit facile?". Tu dois avouer qu'il n'a pas tort le Mo, on va encore amuser le paysan local, tu le sens, va y avoir de la pagaille dans l'coin et tu n'as pas apporté ta boussole. Ne songes pas à ton Gépéhess, ça n'existe pas zencore c't engin-là. Alors, on va pas êt' pris deux fois, c'est qu'on est des zintelligents, nous zaut', on nétudie bien ze rode bouck avant de partir, on fait pas comme les GP men qui se tirent ze bourre in ze camping et on ze road!
Justanément, ze rode-machin, là, il nous dit qu'à Arriach, il faut, tu cites: "Essayer de prendre le chemin muletier qui se trouve à 200 mètres avant la route". Bon, faudra zyeuter, les mecs, sinon paumance direct! Et ze rode bouque, il ajoute, tu récites: "Si vous vous perdez dans la forêt, roulez toujours vers l'ouest, sur 3 à 4 kilomètres, puis piquez au sud pour retrouver Arriach". Ben tiens! Yapluka! Sûr que depuis c't'époque, y a des motards perdus qui hantent la forêt et qu'on retrouvera 32 zans plus tard comme on na retrouvé des soldats nippons après la deuxième dernière. Hé, les gars, pouvez arrêter de rouler là, ze Transalp, elle est finie y a longtemps! Ya prescription!
Alors, on part coolos, en zyeutant un max passque au bout de 20 bornes, y faut longer la rivière Wimitz par le chemin et pas par la route. On le trouve facile, normal on nest des zintelektuels et Cégété y dit rien, y suit mais y pense pas moins qu'on nest trop allé à les cole et que ça nous za monté à la tête. Arrivés en bon ordre à Arriach, on chouffe le muletier sentier qui doit nous mener à Arriach! Hein? Ben ouais, c'est une boucle in ze forest, té! Dans la famille, y en a un qu'est plus zintelligent que les zintelligents, il n'enlève pas sa gitane mais pour nous dire, l'œil narquois "ben, o, file direk, pi c'est tout! Ya, mais ya un contrôle de passage in ze forêt, ach so ya? Alors, on y va par le ch'min, et pi c'est tout! La famille se met en marche, en file indienne vers la forêt du loup.
Le muletier sentier est là, sous nos zyeux, la preuve? Des traces de peuneus, mon cher watsonne, de motos qui plus est! Alors, on ajoute nos traces et on plonge in ze forêt en suivant le vague chemin qui n'en devient plus zun, mais deux puis trois puis pleins. Yes, ze guide is paumed! On narrête la famille et on esgourde: la forêt est remplie de tomos dans tous les sens! On croise des familles, des zisolés, des perdus, des qui cherchent les perdus, marrade générale, mon capitaine! Help! On va rouler au pif, au bruit, et on tombe sur le contrôle tout à fait par hasard! après une errance feuillue on va retrouver l'orée de la forêt, repérer Arriach et notre route. Sûr que si un local s'était promené dans la forêt du loup ce jour-là, il serait mort de rire!
Le parcours noté très difficile ne le sera finalement pas trop et on passera notre deuxième et dernier col le Passo di Pramollo en fin d'aprèm avec un second contrôle de pas sage au sommet et nous arriverons à Pontebba, dans les Dolomites italiennes pas trop tard, mais le ciel s'est obscurci et laisse présager des lendemains humides. Allez, on plante la guitoune, on louche du côté d'Ève qui te semble accompagnée par trop de bonnes volontés masculines pour que tout cela soit vraiment honnête. Wait and see.
Pas besoin d'attendre longtemps. Quand tu pointes le nez dehors le lendemain matin, tu peux entendre la pluie sur les dolomites. Pas de chance pour les transalpins car cette troisième étape s'avère des plus copieuses: 244 km et huit cols au menu, de quoi vous donner une bonne indigestion. On plonge avec angoisse dans la bible quotidienne, le road book, et là on y lit: Attention, la spéciale Pontebba-Paluzza est extrêmement difficile et pratiquement impossible pour des machines de tourisme. Itinéraire de remplacement: Pontebba-Tolmezzo-Paluzza. Bon, les mecs, conseil de guerre, kissé ki vient? Cégété déclare forfait et veut prendre l'itinéraire de remplacement direct, il nous quitte donc pour la journée en nous souhaitant bonne chance et bon courage! Ca promet, garçon! La famille raccourcie se met en route directionne la rivière Pontebanna, ça se corse de suite dans les Dolomites!
Dés les premiers lacets, on comprend l'ampleur de la méga galère qui nous zattend: une grimpette, sur une piste vers le Passo del Canson di Lanza, une méga montée en lacets non asphaltés avec 40 % de pente, tu peux le lire sur le panneau d'avertissement placé bien en vue au bord de la piste. T'en as souvent vu des pourcentages comme ça? Nous non. On grimpe en première, en s'aidant des pieds parce qu'il pleut en plus, que c'est donc humide et que la pluie de la nuit a apporté plein de pierres, de branches et de trucs sur le parcours. Même à basse vitesse, il y a des chutes, des versements d'hommes et de machines, c'est dur, trop dur, les passagers descendent, on pousse, on tire en se disant que ce sera mieux là -haut. 'tain, on en a tous bien ch... On est tout un gros paquet de motos à grimper comme des limaces, chaque lacet gagné est un petit exploit commun. En arrivant presque "là-haut" dans un lacet, on se retrouve tous, petits et grands, face à un mur! Un énaurme éboulis nous barre le chemin, NOTRE CHEMIN, consternation générale, un ras-le-bol parcourt la troupe rassemblée devant ze mur, on pourra jamais passer çà! Il doit bien faire entre quatre et cinq mètres! On grimpe, on escalade le mur, derrière c'est cassé, le chemin s'est fait la malle sur une quinzaine de mètres. C'est bel et bien foutu, camarades!
On s'est donc crevé le c.. pour rien, par contre le plus dur est à venir, faut faire faire demi-tour à toute la clique, l'un après l'autre et redescendre les 40 % dans l'autre sens! L'enfer, nous zavons vécu l'enfer! On est tombé, on a relevé, on est retombé, Pontebba, si tu veux savoir, c'était notre Bérézina. Personne n'est passé, il a fallu rebrousser chemin et prendre l'itinéraire de remplacement sous la flotte. Du coup, on s'est pas arrêté pour becqueter l'midi, on s'est tapé 6 cols, les zuns après les zaut' et on est arrivé tréés tard à Falcade, on est même pas allé à la soirée d'animation folklorique prévue, passque l'animation de la journée, elle était folklorique, des tas de boue motorisés, avec des bleus zet des bosses, des traces de gamelle sur les gens et sur les bécanes. Panne de moral générale. C'est par où qu'on dort?
Ce soir-là, dans les rangs de la grande famille des Transalpins de Juillet 77, c'est pas la grande forme, beaucoup ont décidé de laisser béton et partiront le lendemain sous des cieux plus cléments. Pouvait-on en vouloir aux zorganisateurs? Tu feras une normande réponse: oui et non! Oui, parce qu'ils auraient du envoyer un ouvreur pour voir si l'itinéraire était praticable ou non surtout après les pluies de la nuit et non, car c'est la montagne qui dicte sa loi et qu'il faut faire avec. La leçon portera cependant, un ouvreur fera l'intégralité de l'itinéraire un jour avant nous et reportera à l'organisation l'état des lieux. Cette solution, acceptée par tous, nous sauvera la mise plusieurs fois avant la fin du périple et prouvera donc son utilité.
Les deux 125 de notre famille, Papier Maïs et Ève, auront eux aussi leur part de gamelle générale mais Ève te surprend chaque jour, elle tombe toujours plus vite que son ombre mais se relève de même et repart sans se plaindre, le sourire aux lèvres, c'est de la graine de vraie motarde!
Mais... Tu n'as pas tout dit. Depuis votre arrivée, Ève fait l'objet de bien (trop) de convoitises. Tu parles, l'Ève, elle est plutôt du genre bien roulée. Des cheveux mi-longs, entre le roux et le blond. De jolis zyeux verts, un sourire avenant, une ligne trééés "design" et deux gros poumons!
Alors, "évidemment" les garçons tournent autour! Ils ne savent pas si c'est TA copine ou juste UNE copine et tu ne fais rien pour les zaider et tu t'es promis de la ramener telle qu'elle est partie et que, si en route, elle devenait TA copine, ben tu serais pas mécontent, quoi. Même t'en serais très content d'ailleurs!
Le lendemain, réveil tôt comme d'hab, vive les ouacances! Non, pas de ouacances pour les galériens de la Transalp, au menu 375 km et 9 cols, tous dans les dolomites mais y pleut pu! Bon , tu connais les russes montagnes? Eh ben, c'est dans les dolomites qu'elles sont! Si, tu peux m'croire,c'est simple, tu montes, tu descends, tu remontes, tu redescends. Toute la sainte journée on fait, défait et refait ça!
T'as plutôt intérêt à aimer sinon t'es mal! Parfois tu passes, et toute la famille avec, deux cols coup sur coup, sans même t'en apercevoir! Le plus bas, c'est le Passo Gobbera avec 988 m, le plus élevé ("çui-là il est mal élevé" dira le Mo qui se paye une belle équerre dans un méchant droit mal indiqué) c'est le Giogio di Bala avec ses 2612 mètres. Bref, tu sais quoi? Ben, ce jour là, on s'est envoyé en l'air du matin au soir, voilà!
On s'est arrêtés le midi en bas pour s'engouffrer des spags, la serveuse (charmante) a eu un peu peur en voyant débouler la famille mais, quand elle a vu les deux femmes Ève et Danièle, elle s'est sentie plus rassurée! Elle a dû trouver zarbi que les francesses ils ne prennent que des zentrées et des sorties mais, que voulez-vous, que peut-on manger de mieux que des spags et un tiramisu? Tiens, à propos, tiramisu, tu sais c'que ça veut dire en rital? Ben, ça veut dire " Emmène-moi au ciel". Alors, tu vois, hein, on t'l'avait dit, qu'on sait envoyé en l'air toute la journée, le midi aussi! Des journées comme ça, t'en reprendrais bien toute une grosse part!
Pas de spéciale à se goinfrer, personne ne critique, Pontebba est encore tout frais dans les zesprits, dans les côtes de quelques zuns et sur pas mal de machines. Alors on s'repose et la dernière descente parcourue, on arrive à destination, contents mais fourbus, à moins que ce ne soit le contraire! Allez, direczione il campingji et una birra bien fraîche pour tout l'monde!
Justa avant la deuxième bière (mais si, tu sais bien, tu commences par une bière et puis y en a toujours un qui propose gentiment de remettre ça) y a Bebert-le side qu'arrive avec madame en duo, le side vide! On s'étonne et on va aux nouvelles: le side en a pris un bon coup à Pontebba et le tirant du haut a lâché. Bébert-le side (non, pas le Cid) a l'habitude. Son panier, c'est un Précision des années passées (passées depuis loongtemps, quoi). Madame Bébert, l'épouse d'icelui (hein, tu m'suis, là?) est, disons, euh, assez, euh, tu vois. Hein, tu vois pas? Bon, forte, quoi, alors ça tire sur le side et Bébert, tu peux m' croire, c'est pas un manchot. Alors, Pontebba, la montagne, les ch'mins mul'tiers et tout, ben, le panier, il a voulu tirer sa révérence!
Le couple "leside", c'est un peu comme Laurel et Hardy, tu vois, y en a un qu'est tout grand et maigre et l'autre plutôt petite et grosse, comme t'es zintelligent, tu peux deviner. Bébert, outre qu'il est sidecariste chevronné, c'est aussi un as de la soudure, il sait ou, quoi, comment et pourquoi. On va le regarder faire chez le mécano du village, Bébert, il a pas besoin de causer schleu ou rital, trois gestes et deux mots lui suffisent, les deux gars sont du même milieu et se comprennent, c'est l'internationale de la mécanique!
Bébert chausse les lunettes (ça se chausse, des lunettes?) et il allume le chalumeau, Il chauffe là où il faut, le temps qu'il faut et comme y faut, résultat des courses, le tirant ne se tire plus, madame Bébert peut réintégrer le side tout vieux tout beau et l'équipage "leside" est prêt à repartir comme en cinquante! Attends, tu sais pas tout, le même scénar va se reproduire tous les 2-3 jours et à la fin du périple, le side aura plus de soudures que de métal franc. Mais il tiendra toute la Transalp. Bébert, t'es un pro du chalumeau.
De son côté, Ève se fait draguer à droite comme à gauche et tu ne sais plus où donner de la voix ça va êt' dur de conserver ton leadership dans les 3 semaines qui restent. Dés que le p'tit mono tombe, et il tombe souvent, le bougre! Il y a toute une bande qui se précipite pour relever la tomo et la d'moiselle, surtout la d'moiselle d'ailleurs! Va te falloir veiller au grain et si tu laisses faire, le renard n'est pas loin!
Le lendemain, c'est reparti dés l'aube, à l'heure où blanchit la campagne. Ouais, c'est bô, mais cherche pas, c'est du Victor. Ouais, le Victor, y faisait pas la Transalp, passque la campagne, elle est toute verte!
Well, ze rode bouque là, il dit quoi? Il dit 130 petits kilomètres mais 4 cols quand même, histoire de pas perdre la main. C'est du lourd, les cols au menu du jour: tous à plus de 2000, ça cause! Et c'est là que le Victor, il m' a scotché passque la "campagne" là haut, ben, ouais, l'était toute blanche. De la neige sur les sommets et sur les pentes, on va attaquer cool.
De la neige sur les rochers du haut, on se passe les deux premiers cols un peu frisquets dans le p'tit matin et pour les deux zaut' on verra dans l'après-midi après la pause déjeuner. Au menu, charcutailles italiennes, fromages et "envoie-moi-au-ciel". la Transalp, c'est pas l'endroit pour maigrir! Le chef cuistot c'est le Mo. Cégété, la bouffe ça l'connait. Il est même prêt à louper une spéciale s'il y a un bon resto sur la route. A 56 berges, Mo considère qu'il a fait plus de la moitié de sa route, bordel, et que, les vacances, c'est taussi fait pour (bien) manger, se taper la cloche, bordel, et tout! Parfois on le suit, parfois non. Tu vas comprendre maint'nant pourquoi le Mo, il aimait tant la bonne cuisine Faut que tu racontes.
Une fois la Transalp finie, tu resteras en contact avec la famille "lamoto" et surtout avec MO. Cégété et toi vous ferez de bons coups de motos zensembles, deux fois au Maroc puis Mo viendra redécouvrir la Normandie et dormir à la maison, tu lui feras donc à manger mais tu n'es pas fin cuisinier. Mo aura l'intelligence de n'en rien dire, de toute façon, tu le sais déjà. Quelques temps plus tard, c'est toi qui ira voir Mo dans son fief de la bonne et vieille ville de Sens dans l'Yonne. Justement vieille sa ville et le Mo, il habite une vieille maison dans le vieux quartier de la vieille ville (tu m'suis là) et pour rentrer sa Beumeu dans son "garage" qui n'est, en fait, qu'une pièce aménagée en garage, il faut emprunter (et le rendre, té) un long couloir étroit, tellement étroit que sa BM passait pas! Alors, le Mo s'est fâché, il a pris le burin et il a attaqué le tuffeau pour que ça passe! Ta CX passera bien juste au niveau des sacoches.
Dans la vieille maison de Mo, il y a la très vieille moman de Mo. Très vieille peut-être mais très gentille assurément, les amis de Mo sont aussi ses enfants! Elle va donc te dorloter, te cajoler et t'aimer comme elle aime son Maurice depuis toujours. Elle va te faire ce soir là un poulet à la bourguignonne à tomber par terre. Jusque là, tu n'avais rien mangé d'aussi bon. Plus de 30 ans après et après avoir bourlingué dans pas mal de pays que la terre porte, tu te souviens toujours du poulet de la moman de Mo. Le Chassagne Montrachet qui l'accompagnait était aussi de la partie et la soirée consacrée à raconter à Moman nos voyages à moto au sud marocain et en Algérie. Deux ans plus tard, Moman s'en allait elle aussi en voyage. Resté seul, Mo a pris sa retraite et s'est acheté un side pour ses vieux jours. Un side Dniepr, cela va sans dire, hein Cégété. Mais zavec un moteur BMW dernière mouture, passque bordel, faut pas déconner, hein Mo. Même que, pendant un temps, il a été président de l'amicale Dniepr de la région. Mo, c'était un pur de dur. Bourru peut-être mais, caché dessous, y avait un cœur en or.
Quant il a bien fallu aller faire dormir les zyeux, tu t'es rendu compte que la vieille maison de Mo, elle était aussi petite et que tu allais dormir dans la même chambre que Mo. Dans la même chambre MAIS aussi dans le même lit, oui.
Un peu étroit même, le lit, à l'ancienne, quoi. Que pensez-vous qu'il arriva? Rien. Rien qu'un scoop quasi mondial, voire intergalactique:la gauche-syndicale ET l'extrême gauche pouvait dormir dans le même pieu sans plus de soucis de savoir lequel ronflerait le premier ou le plus fort. Était-ce la gauche syndicale qui dormait à gauche ou bien l'extrême gauche qui a dormi, cette nuit-là, à l'extrême droite? Nul ne l'a su, car c'était le "grand soir" et le Chassagne aidant, ce fut la paix des braves.
Maintenant, à l'heure où tu lis ces lignes, Maurice n'est plus avec nous mais quand tu passes dans l'Yonne, tu fais le détour jusqu'à Sens en souvenir de lui, de Moman-Maurice, du poulet à la du Chassagne et du "grand soir", bordel, on les aura!
Re: Carnet de voyage.
Publié : 24 déc. 2009, 23:40
par Michel_95
C'est au sortir du restau (attention, tu causes riche, là) que la famille au grand complet sent comme un refroidissement dans l'air. Il est peut-être 14h00 et l'air est frais d'un coup.
On regarde fébrilement ze rode truc et on a encore deux 2000 à se taper avant la tente du soir coup d'œil à l'horizon: les massifs sont noyés dans les nuages alors qu'avant notre repas y faisait beau-clair et tiède. La famille poursuit son chemin en fermant les zécoutilles et direction l'Umbrail Pass et ses 2502 mètres. Très vite, c'est la brume, de plus zen plus dense, vitesse réduite. Plus zon monte et plusse il caille! Mo, l'ancien, ouvre la route avec sa prudence traditionnelle, suivi par les deux 125, tu suis Ève au cas où il lui prendrait l'envie de tomber et les zoranges ferment la marche.
On s'arrête à nouveau pour fermer tous les boutons, on sort les cagoules coton, on se calfeutre car on a froid!
C'est reparti pour l'ascension et les premiers flocons dansent bientôt devant nos zyeux zébahis. Scheize, il neige! Arrêt d'urgence cette fois, au bord de rien, les motos en file indienne et on vote pour prendre une décision, c'est Papier Maïs qui a la phrase de fin: "On est là pour y aller, alors on y va et pi c'est tout!" Marrade générale et la famille en délire se remet en route et se hisse doucement vers le haut à travers les tourbillons de flocons bien épais et qui collent sur les visières et les lunettes mais pas zencore sur la route. On passera le col tout doux sans s'arrêter, des fois que la neige collerait et on redescendra l'autre versant dans le gris et la ouate quand soudain, au détour d'un virage et d'un autre versant, plus rien, la neige s'en est allée et retour du soleil! On en croit pas nos zyeux, route sèche et bourre générale jusqu'en bas, histoire de déserrer les fesses et boire un bon chocolat chaud pour nous réchauffer les mimines et pi c'est tout!
Le dernier col du jour se passera sans blème, temps sec, nuages gentillets en haut, on préfère ça. Descente finale vers not' chuiche destination, Zerneiz, on va pouvoir bouffer du chocolat et boire une chopine, aprés le régime rital, le régime chuiche, tu vas pas maigrir encore cette semaine-là. Encore une grosse étape, morgen fruh, avant la journée d'repos, on est des galériens d'la route! Bon, çayé, on nest tarrivé, ze caming, ze bouffe, ze chocolate and ze chopine et grododo car nous, y en a êt fatigués, patron. Pour Ève, c'est tencore pas pour aujourd'hui mais tu gardes le moral, patience mon gars, patience, ça va bien finir pas t'arriver!
Bon. La nuit aussi a été calme mais frisquette, comme toutes celles qui ont précédé d'ailleurs, la montagne, c'est ça aussi! Beau temps dans la journée mais caillante générale dés le soir venu. Chaque matin, Ève se lève en grelottant et en pensant à son p'tit duvet léger-léger tu compatis. Tu lui proposerais bien (fin renard) une place dans ta tente sinon dans ton duvet mais tu n'es pas trop sûr de la réponse alors tu te tiens tranquille.
Évidemment le froid la met de mauvaise humeur, alors c'est pas la peine de tenter le coup. jusqu'au café que tu ne tardes pas à faire pour arrondir les zangles. Admiration et respect pour ce petit bout de femme qui te suit et qui tient bon sur son petit S3, le moulbif turbine toute la journée et Ève s'accroche à la barre. Pour un baptême du voyage à moto, mamzelle est servie!
Servi aussi, le café, chaud. Vous zêtes tous les deux, en tête à tête. Et si tu tentais le coup?
Faut te la jouer fine, garçon! Laisse-la boire quelques gorgées, qu'elle se réchauffe! Voilà le premier sourire, c'est bon, c'est chaud. Vazy, maint'nant! Ziiiip! La tente la plus proche vient d's'ouvrir, tu n'as pas zencore dit le premier mot! Apparaît la tronche hilare de Papier Maïs, une maïs au bec qui lance "quelle caillante, j'aurai bien besoin d'une bonne petite poupoule pour me réchauffer sous la tente!" Ève éclate de rire et toi, tu es refait! Voilà ce que c'est que de vivre en famille, le renard se replie sur lui-même et attend son heure. Qui rira bien.
Bon ce matin encore, départ très tôt, juste après le caoua, on commence à avoir le rythme mais on commence aussi et surtout à ressentir une bonne vieille fatigue physique. Aujourd'hui, au vu du road book, ça va encore êt' du copieux: 287 kilomètres et 7 cols, le plus "bas" le Maloja Pass et ses 1815 mètres et le plusse haut, le Passo del Bernina avec ses 2323 mètres. On va encore jouer aux russes montagnes en Chuiche et en Ritalie. Passque on narrête pas de passer de l'un à l'autre ou mieux de passer du secteur germanophone au secteur ritalophone du pays du chocolat.
Pas de "Spézial" ce jour-là, pas grave, yapluka! Ça commence fort, par un tunnel à péage où il faut débourser 3 francs suisses par tomo, la Chuiche, c'est cher! On bouffe léger-léger, on reste sur not' faim, on oublie la chopine du souar (snif) et on crock un choco (lat) sur deux. Par contre, ce qui est pas cher, en Chuiche, ch'est les cols, on en a 7 pour le prix d'un , ch'est donn! Alors on les zenfile, comme des perles, les zuns après les zaut'!
Les deux premiers cols du jour passent sans soucis, beau temps mais le troisième, le Bernina ne l'entend pas de cette oreille! Il se présente à nous sous une brume persistante et collante. On s'arrête à mi-pente pour "ressouder" la famille, nettoyer les zécrans de casque et autres lunettes et on s'aperçoit qu'on entend les clochettes des vaches dans les zalpages alentours mais qu'on ne les voit pas à cause du brouillard toujours plus dense! Bientôt on ne se voit quasi plus les zuns les autres, on continue de grimper en file indienne. Aujourd'hui, ce sont les zoranges qui mènent la famille; Yves, le pilote, est un motard complet, non seulement il possède, et de loin, le meilleur coup de guidon de la troupe, mais il a aussi le savoir-faire technique, le discours précis et le goût prononcé de la venture.
Danielle, sa compagne, toujours de bonne humeur amuse la petite troupe avec ses plaisanteries bien gauloises. Yves veille au grain, jette de fréquents coups d'œil en arrière pour voir si la famille suit: c'est du bon boulot!
Ève est suivie de très prêt par Mo qui la couve comme la fille qu'il aurait aimé avoir, je suis Papier Maïs comme son ombre et tout le monde se hisse cool jusqu'en haut en suivant la trajo de celui ou celle qui précède! Yves n'a pas intérêt à se jeter sinon on va tous au tas!
On passera ainsi le Bernina en file indienne sans même le voir ni s'arrêter passqu'on voit rien. On replongera illico dans la purée de pois de la descente sans se rendre compte des ravins vertigineux qui bordent la route! Pas plus mal pour celles et ceux qui souffrent du vertige, tu en es d'ailleurs! Ce n'est qu'une fois arrivés dans la vallée ou presque que le brouillard s'estompe et qu'on peut à nouveau y voir plus clair.
Le col suivant, le Maloja Pass est moins zélevé, 1815 mètres, et midi approchant, le ciel s'éclaircit et on retrouve un soleil bien agréable qui réchauffe nos carcasses un peu froides. Descente du Maloja en file indienne avec un objectif commun: miam miam puisqu'on est repassé, le temps d'un col et d'une vallée, in Ritalia. A nous donc les spaghetti,les zanti-pasto, le tiramisu.
Arrêt buffet à la première terrasse agréable à l'œil et au porte-monnaie! On a été précédé et il y a déjà du transalpin partout où on mange et boit! On retrouve la grande famille de la bécane et du voyage, ça discute ferme, ça rigole, ça mime guidonnages et autres louvoiements, bref ça cause moto, montagne, paysages, cols, passages diiificiles. L'heure tourne mais on resterait encore des zheures à discuter. La journée n'est pas finie, il faut remonter en selle et suivre le rodde bouque: encore 3 cols histoire de garder la forme et puis arrêt dodo!
On repart vers la Chuiche, vers le Slpugen Pass, en admirant au passage la très spectaculaire cascade de Pianazzo, puis c'est l'tour du San Bernardino Pass, redescente côté rital. A force de monter, tourner, virer d'un bord à l'autre, on passe les frontières plusieurs fois dans la journée et on sait même pu dans quel fichu pays on roule!
On a des francs chuiches dans la poche droite et des lires dans l'autre droite, à moins que ce ne soit l'opposé! On commence à fatiguer, c'est par où la sortie? Le Lukmanier Pass et ses 1096 mètres clôturent la journée encore bien remplie. Et pourtant, on a tous le sourire aux lèvres! Devine donc, ami, ce qui nous met en joie?
C'est que le lendemain c'est jeudi 15 aout donc, pour nous zaut',c'est journée de REPOS! Enfin presque, faudra tout d'même "plier" pour faire 33 kilomètres, monter et passer l'Oberalp Pass et ses 2044 mètres, ne serait-ce que pour garder le rythme! M'enfin, demain matin, la famille "Lamoto" pourra, pour la première fois depuis le jour du départ, faire la grasse matinée. D'ailleurs, une animation folklorique est prévue ce souar; préparez les chopines, on va s'animer, sûr!
On va d'autant s'animer que la précédente animation folklotruc, ben, on l'avait shuntée because Pontebba et panne subséquente de moral. Alors, on na bien l'intention de s'rattrapper! On va chopiner grave tout au long de la soirante, on va guincher jusqu'à plus d'heure, qui en cuir, qui en bobotte motard, qui en zonblou de plastoque rouge et maïs calée au coin des lèvres. Bref, ce fut long mais booon passque t'as même réussi à danser avec Ève une ou deux fois et tu te dis que oui, ça devrait l'faire, accroches toi garçon, c'est tézig le renard!
Évidemment, il faut bien finir par aller au duvet. Tu lui proposerai bien une tente pour deux mais la famille est là, au grand complet, qui vous colle aux basques. Pas moyen de causer intime. Bon, ce sera pas zencore pour cette nuit! Damned, encore raté! De toute façon, tu as du mal à garder un œil ouvert, alors les deux. A peine enfoui dans le duvet, tu plonges dans les bras de Morphée. Sauf que plus tard, quand t'as appris à lire, ben tu as lu que Morphée était du sexe masculin. Maint'nant, quand tu t'endors, tu n'y penses plus!
Le lendemain matin, c'est aussi difficile d'ouvrir les deux zyeux en même temps. Pi tu réalises que c'est la journée d'repos, alors on peut rester enfoui in ze plumes encore un peu.
Ben non, pas duvet bien chaud. La nuit a été froide et tu entends Ève se lever. Vite, lui préparer un caffe con lecche vite fait sinon ton leadership tu peux te le mettre dans la sacoche! Elle est debout, frigorifiée. Tu lui donnes illico presto ton zonblou que tu installes sur ses épaules. Tu as droit à un sourire entre deux frissons, tu restes tout chose. Allez, caffé, sinon c'est râpé. Et comme le restant dé la familia n'est pas levé tu peux lui parler! Alors c'est parti: "Ève, Pour les prochaines nuits froides qui s'annoncent". Tu le sens bien là, ton plan d'enfer. Elle va te dire oui et ce sera tout simple. Tu te retournes pour continuer. Et tu te retrouves face à Mo, puis à Maïs suivis des zoranges. Et meeeerde!!!
La familia est là, au complet! Mo, le père frotte activement le dos d'Ève, sa protégée, qui a l'air de trouver ça fort agréable et toi, ben, tu finis de préparer le caoua pour tout l'monde.
Ce jour-là, c'est du luxe, petit dèj peinard, en famille, en prenant tout son temps et même plus. On pliera les gaules juste avant midi, tentes sèches, pour faire les 33 bornes sans spéciale et arriver à destination à Andermatt pour déjeuner! On plante, on se chauffe au soleil de l'après-midi, on discute, on regarde les menus des jours suivants sur l'road book, bref, on s'repose!
Les trails quatre temps, qui sont les vrais rois de la Transalp, s'en donnent à cœur joie: au bout du camping, il y a un début de montagne à vaches, comme on dit, que nos routières ne peuvent pas grimper, mais les trailistes le peuvent et les 250 XL et autres 500 Yam XT s'amusent à monter le plus haut possib'. Bientôt s'organise une "montée impossible" et toute la clique s'assied pour regarder les trailistes s'amuser.
Aucun doute la-dessus: les trails vont où nos routières s'arrêtent. La soluce? Une routière avec des gènes de trail ou inversement. Je crois que les gens de BMW ont dû faire le même constat (amiable) car peu aprés sont nées les GS, Ténérés chez Yam etc. Motos qui ont emmené toute une génération de motards devenus voyageurs au long cours vers des zhorizons de plus zen plus lointains.
La soirante arrive vite dans ces conditions et le dîner (pas de cons) dure aussi longtemps que le p'tit dèj. Comme toute la famille est réunie, tu ne peux rien tenter ce soir encore. Demain, je l'aurai demain!
Demain, c'est aujourd'hui! Debout les braves, on nen nest qu'à la moitié, de la Transalp, s'agirait de se le bouger le c.., passqu' y en a encore un paquet à se goinfrer! Le menu du jour n'est pas trop copieux, on va recommencer en douceur: Andermatt-Interlaken, 173 km, 5 cols avec une "Spezial", bref, du déjà-vu, encore de la montagne. Mais on nest v'nu pour ça, non?
Encore du lourd, les 5 cocols sont à plus de 2000, on rigole pas, chez les Chuiches, ça cause!
Fait encore frais c'matin, les tentes sont humides quand on plie, une petite brume a envahi la vallée et on est glacé. On part prendre le p'tit-dèj au chaud mais on roule plus longtemps que prévu car on trouve rien d'ouvert à cette heure matinale. Cayé, n'en v'là un de courageux, bonjour, on a vu d'la lumière, alors on s'est garé! Le gars lève un œil, puis l'autre et te répond en allemand in ze dialogue. Ach so, c'est vrai, on nest ten Chuiche germanophone ici, faudrait voir à brancher le traducteur motomatique. Pas grave, mein Herr, six grands cafés zau lait et autant de beignets zau chocolat, voilà de quoi recommencer la journée sous de meilleurs zauspices.
Une fois réchauffés et repus, on repart en file indienne, direkzion le saint Gothard, oui, on fait dans les classiques, genre tournée des grands cols, tu mets le nom devant et tu ajoutes pass ou passo aprés, genre Nufenen pass, Furka pass, Susten pass, voilà la collec du jour, pas mal non? Tous ces "pass" là sont des grands classiques des cols suisses: routes zimpec, paysages splendides et grandioses, roulage facile, épingles bien larges, on sent l'efficacité et le pragmatisme, ce sont de grandes routes empruntées par un gros trafic, faites pour être utilisées été comme hiver; c'est facile mais ça reste bien jouissif et on y prend du bon temps sans en baver.
La spézial, appelée Mont Eiger, est en fait un cul de sac, on y monte donc et descend par la même piste en terre, on circule dans la forêt de sapins, ça sent bon "la montagne", ça grimpe sec mais régulier, en seconde, les virages sont larges, suffit de garder le panard prêt "au cas où". En haut, le panorama est splendide, par temps clair. Et devines, oui, y fait beau, alors on zyeute et on redescend! Comme la descente c'est pareil que tout à l'heure, on se la fait "schuss", pour rigoler. On croise les familles montantes, bonjour! On croise les zisolés, salut! On raccroche Jojo, ze belge et sa friteuse jaune, une CB 400 four. Et son seigneur et maître ne veut pas se laisser passer, kestion d'honneur! Il se la joue un peu large dans le grand gauche qui suit et sort devant la famille ébahie!
Arrêt sur la B.A.U et on va à la recherche du chevalier et de la monture. L'est pas loin, le chevalier, il gesticule, en belge in ze text, que son cheval n'a pas voulu rester groupir!
Pas grave, on va l'aider à remonter le cheval et dépoussiérer le chevalier qui s'en tire sans zaucune égratignure, il n'y a que l'honneur qui est un peu malmené. Pas graave, ya de la chopine dans l'air ce souar, va pas s'en tirer comme ça, not' belge poto. Ola, tavernier! De la cervoise pour toute la famille, c'est Brussels qui régale!
La seconde partie de la journée nous emmènera vers Interlaken où nous ferons étape pour la nuit. Mine de rien, on se rapproche doucement mais sûrement de la suisse francophone et de la Gaule tout pareillement! Encore une étape et on pourra recauser en gaulois dans le texte. En regardant de plus prés le road machin, tu vois aussi qu'on va se rapprocher des zalpes de Haute-Provence et que dans 3 ou 4 jours, il fera beau et chaud, non seulement sous les casques et sur les motos mais zaussi dans les tentes.
Alors ton plan d'enfer (Rocheraud) faut l'appliquer vite et bien sinon t'es marron pour de bon! Vite, renard mon vieux, faut te coincer ze poulette avant l'été sinon tu vas rentrer bredouille!
Le lendemain 18 aout, l'étape n'est pas bien longue, 178 km et 3 p'tits cols avec un seul à 2000! Pff, trop facile. Ouais, sauf que le rode truc nous zindique qu'il y a de la spéciale ce jour: 35 km entre "La Lecherette" et "Corbeyrier". Ça s'appelle poétiquement "les cimes du lac". Tout l' monde est partant pour, alors on va s'la faire en famille.
C'est parti d'assez bon matin, car qui dit "spéziale" dit méfiance des troupes motorisées transalpines! On se fait donc les deux premiers cols in ze foulée, histoire de prendre le temps qu'il faudra pour la spéciale qui compte une montée et descente de col dans les 35 bornes. Depuis qu'il y a un ouvreur qui parcourt l'étape une journée avant la troupe, on est plus rassuré de ne pas se trouver face à un mur comme à Pontebba mais la montagne commande et il n'est jamais certain de trouver le lendemain le même terrain que le jour précédent; il suffit d'un gros zorage pour tout remettre en question. Mais ce matin-là, fait bô et on entame "les cimes du lac" avé le moral bien haut.
Ça monte bien, on passe de trois en seconde, on sort le pied qui faut dans les zépingles pour assurer et on monte cool, avec deux autres familles et quelques zisolés récoltés en chemin. La montagne, par les pistes,c'est calmos, pas de voitures, la vogue des 4x4 n'est pas encore la mode, alors on profite.
La piste serpente entre les sapins, elle est assez large et on monte, monte encore jusqu'aux 2000 attendus au col d'Aï (ouille) puis la redescente, toujours cool, vers Corbeyrier.
La descente est souvent moins facile que la montée car on prend de la vitesse par la pente et les virages arrivent plus viiite, le tout sur de la terre et des graviers roulants. Trop roulants pour la poulette qui tangue devant toi et qui s'en prend encore une sous tes zyeux. Mais tu veilles au grain et tu ramasses ze poulette, reconnaissante, avant la meute!
Nous zarriverons à Aigle en fin d'aprèm, fatigués mais contents de notre bucolique et motarde journée. Encore une demie étape et rebonjour ze Gaule!
Ève plante sa tente tout tout prêt de la tienne et semble se rapprocher de plusse en plusse de toi, tu es aux zanges et tu souris bêtement comme un chiot à qui on présente un nonosse plus gros que lui. Manquerait plus que tu aboies et que tu baves aussi!
Petit renard, il faudrait que tu penses à manger la poulette bien viiite! Oui, mais comment donc faire avec toute cette familia sans cesse autour? C'est pire qu'un poulailler, ce campement! T'as beau mettre ta tente au plus prés pour dire "pas touche à la poulette blanche", il y a toujours un membre de la famille qui lui cause ou, pire, un aventurier qui vient tenter sa chance. Et si tu montrais les crocs? Ach so, z'est diificile manger petite poulette avec beaucoup perzonnes autour!
Demain, petite étape, 195 km et deux cols (de cygne), le plus zélevé, le col de la Colombières fait 1900m; demain, si touti va bene, on dort à Boussy, Gaule et on ny mange des crêpes! Allez, y en a fatigué et pas mangé petite poulette qui s'est couchée tôt, fatiguée a-t-elle dit, fatigue diplomatk, peut-être. Gute Nacht donc aussi, tu épuises ton stock d'allemand in ze text avant de repasser chez Victor, Jean ou Marcel (Proust).
Allez, debout tout l'monde, on est vendredi je crois, et il est 7 heures! Demie étape chuiche donc réserve de chocolat avec les francs chuiches qui nous restent et ce soir, pinard, sauciflard et crêpes à volonté en Gauuuule!
Du coup, ça bouge dans tous les sens dans le campement! Les ceusses qui n'appréciaient pas trop le parler schleu et autres ritalies sont contents de retrouver un langage qu'ils comprennent direct, les zautres sont ravis de retrouver le fromage, le pinard et la bouffe moins chers qu'en Chuiche! Chauvins, les franssouais, pensez donc!
A peine une demie heure après le départ, on passe la frontière pour se retrouver cheu nous zaut', concert de klaxon pour le retour au pays. Les quelques motards belges, allemands, ou britiches qui nous zaccompagnent font comme nous, sans trop savoir pourquoi on fait la fête ainsi! Les cols du Colombier (1235 m) et de la Colombières (1900 m) sont avalés dans le début de l'après-midi et on arrive tout frais à Boussy, France, pour une soirée crêpes (merci Téfal) précédée d'une projection de films (publicitaires ..moto) et la possibilité de tourner sur le circuit de speedway du lieu!
A vos marques, prêts, partez! Ça a commencé très vite après l'arrivée en ordre pourtant dispersé: les trails ont voulu montrer qui étaient les plus forts, les routards n'ont pas voulu laisser béton, alors on y est tous allés, qui en 125, qui en BM, Norton, Guzzi. On a bouffé de la poussière, on en a même mordu. Mais on s'est tous pris un méga pied d'enfer à se passer, se repasser, le pied dehors et la banane sous le casque!
Bon, faut l'dire, les plus forts c'étaient les trails. Et de trééés loin, ils nous faisaient des ronds autour! La vraie bécane polyvalente de la Transalp et du reste, c'était et c'est toujours le trail. Bon, assez tourné, avec toute cette poussière, on a la gorge tréés sèche, donc on a tréés soif et justement, ils zont fait l'erreur de nous mettre beaucoup à boire! Vous nous connaissez, on est des gens bien nélevés, on mange et on boit TOUT ce qu'on nous donne. Sans rechigner, on s'est farci, merci Téfal, toutes les crêpes de la création et tout le liquide présent sur la, euh, les tables. Aprés ça, la fatigue nous zest tombé d'ssus comme la misère su'l'pauv' monde et on nest tallé s'coucher passqu'on pouvait pu, booonne nuit!
Le samedi, nous décollons de bonne heure, euh, presque, passque la nuit a été bonne mais plutôt courte et les crêpes plus le liquide, euh, surtout le liquide a fini par peser sur l'estomac, euh, le foie, à moins que ce ne soit sur les deux.
Bon. Ce jour, 222 bornes, 3 cols au menu, en finissant par le mont Cenis aprés les Saisies et l'Iserand, des noms bien connus de tous les zamateurs de belles routes bien viroleuses. On passe par Annecy, arrêt sympa même si le tourisme de masse ne nous zencourage pas à paresser au soleil d'une terrasse, les prix sont prohibitifs et nous zavons soif de hauteurs. Beaufort passée,le Cormet de Roselend nous redonne des couleurs et l'Iserand ou le Cenis achève de convaincre même les plus blasés! On va même rester au Cenis car, une fois là-haut, on prend le chemin à droite après le lac pour y découvrir notre havre pour la nuit.
Il faut que tu en profites parce que c'est une des dernières nuits froides du parcours, après on va débouler dans la Haute Provence et adieu ton plan d'enfer. Ouais, ben pas d' bol, la fille de la côte est malade, elle plante sa tente et va se coucher sans manger et n'a envie de voir personne. Tu n'insistes pas, ce serait pire!
Ouais, froide mais étoilée la nuit. En haut du col, la nuit venue, c'est le calme absolu. Tu peux entendre les ronfleurs à 15 pas et toi, tu "dors" à 3 mètres de la fille de la côte mais une toile de nylon t'en sépare. Ainsi va la nuit!
De toute façon, le lendemain, mieux vaut être frais (on l'est) et dispos parce que sont inscrits 9 cols au menu avec une spéciale dite de l' Assietta où se bousculent 3 cols les zuns parés les zaut'. A peine levés, tu vérifies qu'Ève va mieux, c'est bon, elle s'est levée, caffé con lecche et direction le col de la Finestre et à partir de ce col, on repasse côté rital avec l'Assietta et ses 2472 m, suivi du Costa Piana (2507 m) et du Basset, qui porte mal son nom puisqu'il pèse 2424 m. Tout ça sur des pistes en terre, heureusement sèches et roulantes, le peu de distance entre chaque col rend la chose plus aisée qu'on le pensait, en fait, on redescend à peine entre chaque, c'est une succession de cols très rapprochés.
Tout cela n'empêchera pas Ève de s'en prendre deux dans la matinée, décidément, elle tombe plus vite que son ombre, la mam'zelle, tu aimerais bien qu'elle tombe aussi vite dans tes bras. Mais elle préfère la poussière de la piste, va comprendre!
On redescend sur Sestrières pour filer vers Briançon, arrêt buffet, café clopes et discutes aprés être passés par le mont Genèvre. Faut pas tarder, y en a encore, patron! Allez, on se bouge vers l'Izoard, ciel bleu, temps frais, l'idéal quoi. Ève tient bon mais tu sens qu'elle fatigue à tenir le rythme des plus grosses motos alors tu restes sagement derrière sa moto pour qu'elle sente ta présence en cas de fatigue, elle peut compter sur toi.
L'Izoard franchi, arrêt café pour le panorama puis descente vers le soleil, on sent la chaleur qui nous vient droit devant, c'est bon pour le moral, ça te donne envie de rouler encore jusqu'au couchant. On longe le lac de Serres-Ponçon sans le traverser et on finit la journée bien chargée par le col de Maures, heureusement facile et on met les freins à Digne pour la nuit. Pas la peine de nous demander si on est fatigués, oui, on l'est mais de la fatigue saine, physique, la fatigue d'une bonne journée de route en montagne, avec le soleil et la chaleur en prime. C'est notre premier soir en T-shirt et on reste les zyeux dans le vague à regarder les zétoiles sans plus penser à aut'choze. La "cigarette" qui passe et repasse nous donne comme une idée d'aller dormir.
Çayé! On nest ten Provence, té! Les sourires sous les casques en disent plus long que bien des discours. L'étape du jour est calme, 159 bornes et aucun col: une promenade de sant! On roule cool dans zune végétation déjà méditerranéenne et quand on s'arrête ce sont les cigales qui nous offrent le concert de bienvenue! Dans l'aprèm, on arrive à moitié cuits au circuit du Castellet et chacun soigne ses coups de soleil et se prépare pour demain.
Oui, demain, pour ceux qui aiment, c'est la cerise sur le gâteau: on a circuit libre de 8 à 11 heures (du mat' té) Des occaz du genre, ça se refuse pas, même si t'es pas un nénervé de la poignée.
Tu peux imaginer le spectacle: une cinquantaine de motos de route, des trails, un side, des 125 tous sur la ligne de départ, certains en duo, d'autres avec les sacoches, les bagages et les tentes, prêts à en découdre dans la plus mauvaise foi possib', c'est du Joe Bar Tim des meilleures cuvées!
Au signe du départ, la troupe s'ébranle dans le plus parfait désordre, les grosses cylindrées prennent vite les devants et à la première courbe, les hiérarchies sont nettes. Le grip du Ricard est immense: 7 fois plus zimportant qu'une route habituelle! Tu te surprends donc à prendre des zangles d'enfer pendant qu'on te passe et repasse avec plus d'angle encore! Bandes de rascals! La ligne droite du mistral met tout l'monde d'accord: les grosses nous zoublient d'un petit geste du poignet droit!
Dans les zenfilades au bout, c'est du grand n'importe quoi! On a aucun repère pour trajecter propre alors on fait au jugé. De toute façon, on a si peu de puissance que ça passe, malpropre ou pas. Évidemment les 125 se sont larguer grave, alors tu attends "ta" petite poulette de la côte! Au bout de quelques tours, tu penses à tes pneus qui s'usent vite avec un tel grip et tu t'arrêtes avec Ève pour regarder tourner les fondus. Tu en profites pour passer deux heures avec elle, à se chauffer au soleil provençal. Tu essayes de marquer de gros points et le soleil pourrait faire le reste!
Pour une fois, la famille est disséminée et rendez-vous a été pris pour le repas du soir. Tut'apprêtes à passer le restant de la journée avec elle! L'est pas beeelle la vie?
Surtout qu'en plus, ya juste 251 km en tout et un tout p'tit col, celui de Gratteloup à 224 mètres, ce doit être le plus bas de notre périple! Ce serait bien le diable si, dans la chaude après-midi provençale, tu ne découvrais pas, "par hasard" un petit coin sympa pour faire une sieste. Petit bonhomme, c'est ton jour, "ils" ne sont pas là, tu as bien le droit, toi aussi, d'avoir un peu de chance. A toi de jouer!
Tu te places devant, histoire de la guider sur la route et vous vous dirigez cool vers Grimaud et La Palud, terme de la journée. Tu cherches un coin pour la sieste, tu lambines un chouià mais la demoiselle te rattrape et te dit qu'elle veut faire des zemplettes féminines. Vous vous dirigez donc vers Grimaud et, dans la ville, quand tu jettes un coup d'œil dans le rétro, plus de fille de la côte! Arrêt d'urgence: attente au bord de la route, 5 puis 10 minutes qui te paraissent une éternité. Tu fais demi-tour et tu la cherches. En vain! Pas de 125 S3 à l'horizon, t'es tout seul et tu viens de paumer ta poulette que tu voyais déjà mangée un fois puis deux.
l'est bien bonne celle-là, c'est le jour J, le moment M et ya plus personne! Tu fais le quartier à moto, à pieds. Tu attends, tu cherches et tu tombes sur le restant de la famille qui vient d'arriver en ville! On te demande où est Ève et tu es bien obligé de dire que tu l'as paumée en route!
Inutile de dire tous les trucs qui te tombent dessus: "on peut pas le laisser 5 minutes avec sa demoiselle, il est même pas capab de se la garder tout seul". Marade générale au dépens de qui tu sais et tu payes la tournée générale en espérant te faire oublier sur ce coup là. Au moment où toute la famille (ou presque) s'assoit pour boire le coup, arrive celle que tu cherchais quelques minutes plus tôt! Les sarcasmes reprennent de plus belle et tu te fais petit petit dans ton petit coin. La demoiselle de la côte s'est arrêtée sans prévenir au premier magasin venu et elle a au bras un sac avec de la fringue propre et neuve.
Ton aprèm d'enfer est toute "pourrite" et tu es d'humeur maussade jusqu'au soir et tu laisses la demoiselle de côté pour le restant de la journée. Le ridicule ne tue pas, tu n'es pas mort, tu es seulement un peu perdu dans tes pensées, ne restent que trois jours pour savoir ce que tu veux, après mon gars, tu pourras plier les gaules.
Nous naviguerons le lendemain entre Provence et Alpes de Haute-Provence en passant par le col de Toutes Aures, 1118 m, et se faufiler par les gorges de Daluis qui nous font écarquiller les yeux de tant de beauté sauvage. Le col de la Cayolle, 2327 m, vient nous rappeller, si besoin était, que dans la Haute Provence les reliefs savent rester imposants! La nuit se fera à Barcelonnette. N'ayant pas zencore bien digéré ton occasion ratée de la veille, tu ne tentes rien pour n'avoir rien! Pourtant tu découvres avec ravissement la raison de ta déconvenue précédente: la fille de la côte s'est acheté un splendide corsage blanc! Pour faire de la moto, c'est peut-être, euh, léger-léger, ce petit truc presque transparent au soleil provençal. Les nanas ont parfois des zidées qui te dépassent!
Les deux dernières zétapes promettent du costaud, il faut finir en beauté, non? D'ailleurs, toi aussi, tu espères bien finir en beauté et tu t'y prépares, l'air de rien.
Faut se lever tôt le lendemain car, à peine Jausiers passée, on va s'attaquer au col le plus haut de notre périple et aussi le col le plus zélevé en col routier d'Europe: le col de Restefond avec la cime de la Bonette juste à côté; Ça va grimper sec sur plus de 25 km. Les nouvelles de l'ouvreur sont bonnes "ça passes", pas de neige, cela arrive même au cœur de l'été à ses altitudes et surtout pas de pluie donc pas de coulées de terre, fréquentes sur la dernière portion du parcours, là où tout n'est que terre ou minéral, la végétation ayant abandonné la partie un peu avant.
De suite après Jausiers, ça commence sérieux, avec de la forte pente. La famille est au complet, en file indienne, comme d'hab; On a placé les deux 125 en tête, pour ne pas les perdre de vue, tu suis avec Yves et le Mo ferme la marche avec son BM. De virages en épingles serrées, on s'agrippe au flanc de la montagne, passant d'un versant à l'autre en suivant le fil complexe de la route qui doit mener ce petit monde à deux roues jusqu'au sommet qui nous parait bien éloigné encore.
Tel des fourmis motorisées, le petit groupe s'accroche à son prédécesseur et on commence au delà des 2500 m à sentir les moteurs peiner dans cette longue et lente ascension mécanique, les 125 devant ont bien de la peine à finir la montée et on les zentend rétrograder pour essayer de relancer mais sans grand succès; à ses hauteurs les moteurs commencent à chercher de l'air. Voilà enfin la dernière portion: plus d'arbres, des touffes éparses de bruyère et le rocher ou la terre nue. Étrange impression que celle d'arriver dans un monde qui ne nous est pas familier et où nous ne sommes que tolérés par la nature.
Arrêt au sommet du Restefond, pour grimper encore plus haut, à pieds cette fois, vers la cime de la Bonette à 2860 mètres, dans le ciel bleu-rosé du matin. La vue est splendide: d'où que l'on se tourne ce ne sont que sommets enneigés ou nus, la nature telle qu'en elle-même, ni hostile ni accueillante, juste indifférente à l'homme qui vit plus bas, dans les vallées qui le nourrissent et l'acceptent. On restera longtemps, là-haut, groupés mais silencieux devant le spectacle de la montagne que nous zétions tous venus chercher en participant à la Transalp. Nous y étions et les mots nous manquaient.
Il a bien fallu redescendre de notre nuage et retrouver les motos, leur bruit habituel nous semblant, pour une fois, incongru dans le silence minéral qui nous zentourait. Bientôt repris par notre mouvement habituel, notre petite colonne entreprend la descente vers saint Etienne de Tinée mais on bifurque pourtant assez vite, vers les 2000, pour s'engager vers la Ritalie en passant par Isola et le col de la Lombarde. Nous revoici de l'autre côté, on va pouvoir se refaire de la pasta, du tiramisu. On s'arrêtera pour la nuit à Limone, sur la route du col de Tende que nous devons rejoindre le lendemain matin à l'aube car il faut être à Monaco pour la cérémonie de remises des médailles dans l'après-midi.
Le soir venu, juste après zavoir monté les guitounes, le ciel s'est soudain obscurci et nous zavons "essuyé" un bel orage qui nous za rappelé qu'en montagne, rien n'est jamais acquis et on s'est résolu en parlant de tente à tente, entre deux coups de tonnerre et trois zéclairs, d'attendre le OK des zouvreurs avant de se faire les trois spéciales (oui, trois) la cerise sur le gâteau de la dernière étape.
Le lever est programmé pour cinq heures du mat', soit encore de nuit, c'est les zanciens, Mo et Maïs, qui sont chargés de réveiller les nenfants. A l'heure dite, les "vieux" réveillent les jeunes et tout le monde plie les tentes encore humides de l'orage du soir. On attend le OK de l'ouvreur qui arrive à 6 heures: c'est bon, ça passe.
Nous voilà donc tous partis de très bon matin avec, en ligne de mire, le col de Tende en suivant de prés le rode bouk qui se révèle nécessaire pour ne pas se paumer grave dans les spéciales du jour. Déjà il nous faut veiller à ne pas s'engouffrer dans le tunnel mais obliquer à 50 m avant dans le chemin douanier qui monte en lacets vers le fort de la Margerie et Casterine. On trouve le douanier sentier et on monte. Les 125 devant, les deux 360 et la beumeu, ça monte et ça tourne, en lacets bien raides, terre et cailloux roulants, ravines, la totale.
Plusieurs familles sont là, groupes, isolés sont là, c'est la grande transhumance des transalpins! On passe des hameaux où les gens étonnés d'entendre des bruits de motos, ouvrent leurs volets ou leurs portes pour nous voir passer et nous saluer! Ces hameaux sont-ils encore français ou italiens, on ne le sait pas ou plus! D'un versant à l'autre, on change de pays, on doit passer la frontière toutes les 30 minutes! Nous sommes toujours sur la route des cimes, un sentier douanier et militaire et cette région du col de Tende a fait l'objet de bien des tractations lors de la fin de la deuxième dernière! Avant la guerre, cette partie du territoire était italienne, elle est devenue terre française ensuite et nous naviguons à l'estime entre ces deux pays, on pourrait presque avoir une roue dans chaque!
L'orage n'a pas dû tomber par là, la piste est sèche et on peut rouler doucement sans risquer de glissouiller à cause de la boue. Le spectacle est saisissant: nous roulons longtemps sur la piste des cimes on peut distinguer la route asphaltée loin en contrebas. Nous passons par le col Sanson, puis la cime de la Marta pour arriver à Monaco par Ventimiglia puis Menton.
Au détour d'un virage, c'est le choc de la rencontre avec la Méditerranée, d'un bleu roi rayonnant au soleil de la Côte d'Azur et le choc aussi du retour à la civilisation avec une circulation d'enfer jusqu'au complexe sportif de Fontvielle où aura lieu la cérémonie de remise des médailles aux participants de la Transalp. Cela fait un peu anciens combattants (ou combattus) mais il n'en est rien; on est entre motards et c'est la fête pour toutes et tous.
Cérémonie bon enfant donc, où l'on discutera de tout ce qui a fait le charme de la Transalp de ce mois de juillet 77; on s'échangera les zadresses, les promesses de se revoir sur un autre parcours, on esquissera des projets communs de balades, de rencontres et de voyages futurs, à moto bien sûr! Déjà certains repartent vers leur horizon habituel, les ouacances sont finies, il faut songer à retrouver le chemin de la maison et du labeur quotidien. Au revoir, signes de la main, coups de klaxon, tout le folklore motard de l'époque.
Tu as convenu avec Ève que vous rentreriez tous les deux puisque vous zêtes partis tous les deux. C'est bien ce moment que tu attends, plus ou moins sagement, pour te retrouver seul avec elle, sur la route du retour, sans la perdre de vue une seconde fois, petite poulette, tu ne devrais pas "ou plus" m'échapper!
Vous partez donc vous aussi, en remontant par les nationales, on ne va pas s'infliger de l'autor en 125, surtout après tous les virolos et cols qu'on a pu s'engranger en 3 semaines. La moindre route normale nous paraît déjà trop facile et trop droite. Il va falloir se réhabituer.
On va rouler ainsi jusqu'au soir et on va s'arrêter pour la nuit au petit camping du petit village de la petite route qui va bien. Là, tu vois bien que la poulette est cuite et qu'elle n'en peut plus; tu lui proposes donc de ne monter qu'une tente et elle est d'accord! Ben voualà, c'était tout simple, pourquoi donc avoir attendu si longtemps?
Sitôt dit, sitôt fait, la tente est montée, les zaffaires installées. On devrait être bien, là, avoir chaud et tout, un peu à l'étroit mais ça devrait être propice au rapprochement physique des corps. Allez hop, on mange vite fait, douche et dodo, enfin, pas vraiment, on va causer un peu, non?
La voici couchée, te voilà couché, tréés prééés l'un de l'autre, si préés que vous n'avez qu'un geste à faire pour que vos mains se touchent. Garçon, petit renard, tu lui dis maintenant tout ce que tu as sur et dans le cœur. Tu te retournes donc vers elle et tu ouvres la bouche.
C'est le moment qu'elle choisit, elle aussi, pour se tourner vers toi et c'est elle qui parle la première: "je voudrais te dire qqc, je n'ai pas réussi à t'en parler pendant tout notre périple, je le regrette et je voudrais te dire".
Hosanna! Elle va te le dire, à toi, toi qui n'attends que ça depuis 3 semaines que tu es prés d'elle et c'est Elle qui va te le dire. Tu restes bouche bée et tu fermes les zyeux.
Elle continue: "Je voudrais te dire que j'ai rencontré, peu avant la Transalp, un garçon avec lequel j'ai décidé de vivre en rentrant de notre voyage. Il s'appelle Jean-François, il a notre age et je voudrais te le présenter demain à notre arrivée".
Là, tu as ouvert les zyeux, sur Elle et puis sur toi, tu t'es regardé puis tu l'as regardée, sans comprendre, pendant quelques secondes, que ton film venait de s'arrêter, on y avait écrit, en lettres simples, le mot "fin" et ton écran venait de s'éteindre. Tu as fermé la bouche. Tes mots étaient soudain inutiles. Elle a continué: "je voulais te dire aussi que je te considère comme le grand frère que je n'ai jamais eu et que j'ai été heureuse de passer mes dernières vacances de jeune fille avec mon frère". Sur ces mots, elle s'est tournée pour s'endormir.
La Transalp, la balade avec pleins d'amis motards, pleins de souvenirs de montagnes, de rigolades et d'amitié. Tu es parti avec une copine, que tu pensais pouvoir voir devenir ton amie, ta compagne et tu reviens avec une frangine! Le grand frère s'est tu, puisque grand frère tu étais devenu, bien malgré toi. Tu as remisé ton costume de renard, de toute façon, il ne t'allait pas! Et avant d'essayer de dormir, tu lui as souhaité "bonne nuit, petite sœur".
Inutile, elle dormait déjà.
FIN
Re: Carnet de voyage.
Publié : 25 déc. 2009, 00:30
par Michel_95
Re: Carnet de voyage.
Publié : 25 déc. 2009, 07:03
par Jean-marie50
Michel ! Tu es éditeur en chef ! Quel beau cadeau de Noèl pour tout le site que de pouvoir lire le texte dans toute sa ...longueur :quel boulot tu as fait là ! Travaiiler plusse pour la gloire , c'est bien ce que le petit nicolas avait dit ?? Alors , en route pour la gloire !
Tu vas pouvoir te reposer un peu : je vais laisser la place à celles et ceux qui veulent bien nous raconter une nhistoire ..
Et merci encore , pour tout le taf que tu t'es envoyé pour le site !
Re: Carnet de voyage.
Publié : 07 mars 2010, 14:58
par Jean-marie50
Depuis '' carnets de voyage '' il y a eu quelques nuits d'insomnie , signe de vieillesse précoce , je présume ..Cela m'a donné l'occasion de me me mettre au '' christian '' ( clavier ) et de vous préparer pour l"hiver prochain , une nhistoire qui se passe dans un continent '' où les gens sont noirs et où il fait chaud '' .A suivre donc ''plus tard '' sur votre radio favorite !
Re: Carnet de voyage.
Publié : 28 oct. 2010, 15:27
par Michel_95
Et voici encore une fabuleuse histoire de Jean marie, toujours de lui même.
La diagonale du fou.
1.LES TASSES, C'EST POUR LES GRANDS...
Vous zavez quoi, 25 ans à vous deux?? Et vous savez déjà que l'attente du plaisir, ben c'est déjà aussi une (bonne) partie du plaisir...
En ce début d'année 65, vous zattendez tous les deux qu'elle arrive! Souvent vous zêtes là bien navant l'heure, au moins 20 bonnes minutes! Pour le plaisir d'attendre, le chiffon à la main!
Vous savez aussi que vous zallez l'entendre bien navant qu'elle narrive, vos deux cœurs vont battre à l'unisson, frémissant au plaisir de l'arrivée de la tasse de Jojo!
Il y a 45 ans, les normes de bruit n'existaient pas zencore et les radars non plus! Faut dire que le trafic n'était pas hénaurme: ainsi Patoche et toi, vous pouviez zattendre la tasse de Jojo assis sur la bordure du trottoir, vos déjà longues guiboles sur la route vide de bagnoles.
Nous, c'était qu'on nétait des gens modestes, vois-tu. De bons et braves zouvriers, travailleurs et tou, que le patron payait(mal) à la s'maine et qui rapportaient l'enveloppe à l'épouse qui gérait l'argent du foyer. Des fois, le père il avait l'droit d'aller au café, le sam'di après la paye (donc chez ta grand-mère qui le tenait, le rade) et boire une bière ou un verre de (mauvais) pinard. Si le père il travaillait beaucoup, il pouvait se payer une mob mais une voiture sûrement pas.
C'est pourquoi, Jojo, du haut de ses 16 ans, faisait figure de héros. Surtout à cause de sa tasse: un Flandria à vitesses avec une plaque et des numéros dessus, comme les grosses!
Jojo, il venait pas nous voir, nous et nos douze ans chacun, non. Il venait pour voir son pote Pierrot, un an de moins que lui mais qui avait chez lui, planqué sous son lit, une pile de magazines. Pierrot était aussi ton voisin immédiat et vous zétiez tous copains. Une fois arrivé, le Jojo et le Pierrot, ils s'installaient prés du couloir de chez Pierrot, poste stratégique qui leur permettait de voir si la mère d'icelui n'arrivait pas à l'improviste pour savoir s'ils ne faisaient pas de conneries.
Ce qu'ils faisaient: ils "lisaient". Enfin, non. Ils lisaient pas. Ils regardaient des zimages. Dans un magazine qui s'appelait "Lui, le magazine de l'homme moderne". Nous aussi, on voulait être des zhommes modernes et lire le magazine mais le Pierrot et le Jojo, ils voulaient pas. Ils disaient qu'on nétait des p'tits et qu'on navait pas l'âge.
Un soir, un magazine est tombé des genoux du Pierrot et là, on a vu qu'il 'y avait beaucoup d'images et rien nà lire. On s'est même d'mandé, Patoche et toi si les grands savaient lire. On na vu aussi que sur les zimages, ben y avait des filles, même qu'elles zavaient oublié de mettre leur culotte!!! Mais nous, on s'en foutait grave des filles, avec ou sans culotte!!!
Le Flandria de Jojo, on se s'rait prosterné d'vant si on navait su ce que ce mot-là voulait dire! Même dans nos rêves les plus fous, on se voyait pas assis d'ssus! On navait l'droit de le nettoyer, en commençant par les jantes; Fallait que ça brille! Les rayons, l'un aprés l'autre.
Mais on navait pas le droit de toucher au berlingot, chaud-bouillant les soirs d'été passque le Jojo, pour impressionner son (p'tit) monde, il arrivait à donf, à fond de quatre, 75 à l'heure, en pleine folie, le pot pétaradait la mort-qui-tue!
N'empêche, en 65 (non, pas en 1865) à douze ans et d'mi, un Flandria comme ça, t'aurais donné ta soeur pour l'avoir! Mais ta frangine, elle voulait pas "sortir" avec le Jojo: tu te d'mandais bien pourquoi vu que Jojo, il était juste auprés, elle avait même pas besoin de sortir, elle pouvait le voir de la fenêtre!
On touchait donc pas au moteur, on se contentait de le regarder encore et encore; le cylindre gros comme "ça" et la boite de vitesses et le gros carbu et le pot qui pétaradait. On regardait la selle en vrai peau de panthère de skai-vinyle bleu clair; on regardait la drôle d'antenne au cul de la selle avec une vraie queue de tigre en peluche orange et noire. Plusse encore, on nadmirait le compteur de vitesse gradué jusqu'à 120! Et le selecteur de vitesse au pied. Parfois, quand on navait bien fait not'boulot, que la tasse de Jojo brillait comme neuve, le Jo, il nous laissait monter d'ssus!
Alors, les mains sur le guidon, allongés comme Jojo sur le réservoir des sens, on mimait le bruit du ratagaz et on s'y croyait de la mort. Jusqu'à ce que le Jo mette fin à not'trip de l'enfer en néteignant sa gauloise bleue du bout de sa Santiag' et en nous faisant signe de la tête de dégager de la selle!
Alors, on le regardait religieusement mettre son pisse-feu en route, le bruit d'enfer qui s'ensuivait et Jojo repartait comme il était v'nu, à donf chaque vitesse, sans casque comme d'hab' et on savourait d'avance la prochaine fois de Jojo-la-tasse. Pierrot rangeait sa collec' de Lui, le magazine de... Des fois, il nous laissait zyeuter les filles sans... Et on se tordait de rire, le chiffon à la main!
2. La Bleue.
Deux ans, c'est vite passé: un peu de ouacances, beaucoup d'école, quelques Jojo-la-tasse et vous voilà, Patoche et toi, avec vos 14 ans tout neufs! Presque le droit de lire le magazine de... Mais, à 14 ans pour vous deux, c'est surtout l'droit de monter sur un cyclo et de partir avec! Surtout si on en a un! Jojo-la-tasse est parti voir si le kaki lui va bien au teint, alors on na pu de pisse-feu à briquer. Patoche a réussi à convaincre ses vieux de le laisser acheter une mob d'occase avec les sous-sous de sa communion! Ta grand-mère te laissera jamais en nach'ter une et pi t'as pas fait de communion, fils de mécréant!
Alors, tu proposes en secret la botte à Patoche! Tu lui rachètes 50% des parts! Evidemment ni tes parents ni ta grand-mère ne sont convoqués pour le contrat du siècle! C'est Patoche qui va assurer la bleue.
Bon, maint'nant que la bleue est tienne, on va la rendre un peu plusse, un peu moins... Tu commences par virer la selle en vrai skaï horrible et tu te fabriques une selle doosseret "maison", manque plus que les numéros de course! Le guidon suit le même chemin et il est remplacé par les bracelets qui vont bien. Quant aux pédales, c'est l'horreur! Pédaler, c'est déchoir! Tu vires illico ze pédales et tu installes des repose-panards sur le bras oscillant. C'est clair, tes panards vont osciller itou mais c'est ça ou rien.
Te v'la proprio d'une bleue de compète, t'as plus qu'à sortir les zenfumer tous. Tu vas être le roi du mélange, le Grand Prix des pissotières d'Avranches, c'est pour tézig!
Première sortie, alors que t'as doublé une grise en face de Louison-le-ventru, quincailler de son état et oublié une nautre bleue avant le carrefour(sans majuscule, c'était juste un carrefour), t'entends une brêle qui se rapproche! Coup d'oeil attentif au rétro, c'est une tasse à vitesses! Tu t'appliques pour le grand gauche et le gus te fait l'inter juste en face de chez mémé-la-boulange alors que t'es taquet depuis des lustres!
Dans le long bout droit du boul'vard, le gars t'enrhume grave et il t'oublie total dans la montée qui suit.
Ton moulbif régulait à plein, pu rien nà faire qu'accepter la défaite. Soit, mais fallait qu'ça change, plukestion de se laisser humilier comme ça! Fallait t'occuper du berlingot dés les premières zéconomies engrangées!Le pot d'abord, on a fait au jugé, un truc qui fait du bruit, ça doit aller plus vite?
Ben non, ça n'allait pas plus vite, ça allait plussemoins vite ,avé le bruit en plusse. Fallait voir aussi du côté des transferts et du carbu. Ouais, pour les transferts, c'était coton vu que le cylindre, il était chromé dur. Le carbu et le gicleur par contre, ça pouvait l'faire et ça l'a fait! Carbu plusse gicleur qui va bien plusse pot d'enfer égale une bleue-de-compète-de-la-mort! Ca, c'était des maths que tu comprenais!
Dans les sorties suivantes, ça allait bien plusse vite qu'avant mais pas zassez pour concurrencer les vraies tasses,les cinquante immatriculés,les Flandria, Malag', Zundapp, ils t'oubliaient tous grave. Mais tu pouvais presque suivre les zautres, les Flandria à pédales et les cyclo du genre. Mais tu manquais encore de style et d'efficacité; bref, il fallait travailler ton cours si tu voulais leur faire l'inter ou pire, l'exter et les zhumilier à ton tour!
C'est ainsi que tu es zallé "étudier" les trajectoires en faisant tous les virolos du coin, au moins ceux qui avaient une visiblité parfaite et où tu pouvais utiliser toute la route, du point de corde jusqu'au "vibreur" extèrieur!
Tu t'y croyais, tu y étais déjà. A force de les faire et refaire, tu as gagné en éfficacité, en style et en confiance en toi. Te restait le grand droit sur la route du bas. Un droite bien vachard avé un virage qui se refermait sur la fin; bonne visibilité, un truc qui devait se prendre à donf, suffisait de le vouloir. Tu t'es appliqué, tu arrives à donf, en limande-sole et au taquet.
T'as quatorze ans et tu pèses rien, même tout mouillé, ton compteur est bloqué au max depuis longtemps, tu abordes le virolo bien à l'exter comme tu as vu les pilotes de tasses le faire dans Moto-Revue, la bible des fondus de tomos que tu lis avidement chaque samedi!
Te vouala sur le vibreur, maint'nant plonger au point de corde sans couper! C'est peu dire mais tu y mets du coeur et du zèle: ce virolo, tu le veux, il te le faut! Ton g'nou droit tutoie le goudron et la fourche fait ce qu'elle peut, c'est à dire pas grand chose et le reste suit à grand peine!
Cayé! T'es plein angle, ça le fait, un pilote est né! Oui mais non, c'est l'instant que choisit le ligné avant Hutchinson pour te dire qu'au delà de cette limite ton ticket n'est plus valable. Tu perds illico presto l'avant et dans le demie seconde qui suit tu n'as que le temps de comprendre que tout le reste suit le même chemin!
Tu glisses plein gauche vers l'exter du virage en néspérant trés fort qu'il n'y ait pas de bagnole qui arrive en face sinon... Ta bleue glisse de son côté, chacun sa vie, chacun son chemin, tu connais la chanson!
Ta glissade dure un peu puis tu finis ta course dans le fossé d'en face. Quand tu te relèves, ton bras droit n'a pas l'air d'accord, ça te fait un mal de chien. Tu vas voir ta bleue et les dégâts qui vont tavec. Des rayures un peu partout, le pot est naze, ta selle mono itou, rien d'irrémédiable. Tu regagnes la ville et l'hosto avec le bras "dans le sac", pas facile de tenir une mob avé la main gauche! Aprés la radio, on t'indique que ton bras n'est pas cassé mais seulement un peu fêlé. comme toi te dira l'infirmière qui te pose un plâtre pour la forme!
Evidemment, de retour chez mère-grand, c'est le sport qui t'a valu ce plâtre mais heureusement que ta mémé, elle ne s'est pas aperçue que tu ne fais pas de sport le sam'di aprés-midi!
Tu as eu chaud et ce p'tit incident de parcours te fait suspendre là la carrière de futur champion du "cyclo-qui-cause". Tu choisis l'option "route" et la dignité qui allait tavec! Au moins, quand un Malag, un Zundapp ou une Flandria te passait, tu pouvais garder la tête haute: routard tu étais!
Puisque tu avais viré de bord et ta cuti, il fallait aussi que tu te prouves que tu étais un routard pur de vrai, comme chez tes modèles, les purs et durs à moto!
C'est ainsi qu'un sam'di, à midi, à la sortie du collège, tu allais cueillir le Moto-Revue tout frais tout chaud de chez le libraire quand tu es tombé sur...
3.LA DIAGONALE DU FOU
A l'époque du renouveau de la moto, vers les zannées 68-70 donc, Moto-Verrue était la seule revue exclusivement moto et chaque numéro était lu et relu et presque appris par coeur! Ce sam'di-là est un jour faste tu y découvres ce que les routards, les fadas du bitume, les fondus du macadam avaient inventé pour prouver aux zautres et à eux-mêmes qu'ils faisaient "de la route".
D'habitude, les routards se retrouvaient dans les concentres. Les zoficielles, dûment répertoriées, celles d'hiver dont les fameux Eléphants au Nürbürgring, la première semaine de Janvier, sous la neige et les frimas du massif de l'Eiffel, en Forêt Noire et celles d'été, dont les Chamois à Val d'Isère et bien sûr quantités d'autres, de la plus p'tite à la plus grande, de la plus sympa à la plus naze.
En réaction à celles de la fédé s'était créé un mouvement pirate qui s'auto-organisait et qui rassemblait de plus en plusse d'adeptes.
Les routards, eux, avaient d'autres projets: faire le plus de route possible en un temps imparti et le prouver aux zautres. C'est ainsi que dans l'imagination fertile de quelques-zun était née "La Diagonale du Fou".
Kessadire? Pas difficile, tu prends une carte Mich.. euh routière de la doulce France, tu prends zaussi une règle graduée, un crayon et tu traces sur ta routière les diagonales qui vont bien: Dunkerque-Menton, Brest-Strasbourg et tutti quanti. C'était à celui qui avait la plus longue diagonale. Aprés yavaitpluka!
Pluka la faire, celle que tu avais choisie! En prenant les routes au plus prés et en t'arrêtant dans les stations ou les postes pour faire tamponner ton nitinéraire avec le lieu et l'heure de passage. Tu gagnais quoi? Bein, rien, juste le droit d'être connu et reconnu dans la petite famille des routards zinvétérés. Les motards les faisaient puis indiquaient leur score et la discute s'engageait.
Tu m'as compris: fou tu étais, diagonale tu ferais! Mais t'avais pas d'moto, juste une bleue, pas de compète mais de route. Il te fallait donc une diagonale à ton néchelle: simple! Tu ferais Avranches-Strasbourg, rien de moins mais rien de plusse! Restait à tout organiser, moment M, le jour J et surtout, surtout, comment faire passer à l'as une nabsence de plusieurs jours pendant les ouacances d'été!
Cogites, mec, cogites passqu'il faut que tu trouves la bonne soluce pour faire avaler "ça" à mémé! D'abord,bien bosser au collège, ram'ner un bull'tin d'enfer, avé des notes à deux chiffres et une moyenne le plus prés possib' de "20 à l'heure". C'était dans tes cordes, tu pouvais te rapprocher de cette vision paradisiaque pour une mémé qui savait écrire, lire et (bien) compter. Aprés, elle pourrait rien te refuser, sur le coup bienheureux de la surprise!
C'est bien de l'dire, fallait encore le faire! T'as pas eu 20-à-l'heure mais c'était pas mal même en ortograffe!
La bonne surprise passée, tu attaques à donf: "Mémé, j'ai mon copain Françis, qui m'a invité une semaine chez lui à Alençon, tu voudrais bien me laisser partir une petite semaine chez lui, je te téléphonerai tous les jours!"
Gros mensonge sauf que le Françis, il habitait bien Alençon et était d'accord pour un week-end. Tu prendrais le train et tout. Comme la gare était loin et que ta grand-mère ne pouvait quitter son rade, tu partirais seul:yopla boum, in ze pocket, my friend!
Quelques jours avant le départ, tu t'organises en (grand) secret: mémé est agée certes mais elle a encore l'oeil! Tu piques une fourchette et une cuillère et tu embarques ton nopinel. Ca te servira pour la bouffe on ze road! A 14 ans, on n'est pas encore gourmet mais déjà gourmand: tu connais déjà tes menus: sardines en bouate -pense donc à piquer aussi un nouvre-bouate -fromages, fruits et gâteaux divers et variés!
Tu marchandes chez Louison-le-Ventru, le quincailler (oui, celui-là même devant chez qui tu as doublé ta première "grise") 4 mètres de bâche en plastoc bleue qui te serviront de guitoune pour la nuit, tu y fais mettre des oeillets à chaque coin, une fois la bleue posée sur sa béquille pour la nuit, tu installeras la bâche aux deux zextrêmités pour le haut et deux piquets (des clous de charpente en fait) pour le bas et le "retour de bâche" plié en dessous pour faire tapis de sol. Evidemment, c'est ouvert côté tête et côté panards mais t'as pas de tente et pas d'sous pour en nach'ter.
Tu emmènes un duvet qu'on te prête, un bout de savon et une serviette. Pour faire plusse vrai, tu partiras de chez "mémé" avé la valise. jusqu'au garage et elle t'attendra sagement là jusqu'au retour du routard!
Tu as aussi pensé (si) presqu'à tout: tu vas aller sur toutes sortes de route et tu risques de rencontrer les bleus, enfin les cognes, euh, la police quoi! Alors tu choisis de reconditionner la bleue en version bleue honnête; tu lui remets sa selle, son pot d'origine, son guidon, ses horribles pédales, de quoi passer total inaperçu avec une "street legal foul power".
Tu récupères le porte-bagages et les sacoches pour y mettre ton bordel et yapluka! Tu y mets zaussi la Michelin qui va bien, le plein de mélange et t'es fin prêt pour la Diagonale du Fou!
Tu n'iras pas dans les stations ou les postes pour demander le cachet car vu ton age, tu pourrais avoir des questions auxquelles répondre serait difficile. Tu te feras ta diagonale du pôvre, rien que pour toi, en négoiste.
Les deux derniers jours sont looongs, loooongs: tu pourrais presque les mesurer!
Voualà le D-Day, tu pars prendre le train, mémé te donne les sous-sous pour le voyage et tu promets "petit salopard" d'être bien sage.
Au garage, tu planques ze valoche pour qu'on te la chourave pas et tu mets le ciré noir de Pierrot, les bottes de Patoche et tu "kickes" pour Alençon!
Y fait beau, on est en juillet, pas de trafic, Alençon c'est pas trop loin, même en bleue de route, ya, quoi, 80 bornes. Prends ton temps, t'es parti pour Strasbourg!
Deux plombes plus tard, t'arrives chez Francis pour le déjeuner: tu téléphones chez Mère-Grand, oui tu es bien narrivé, oui t'es content et oui y fait bô et les parents de Francis il veulent bien pour la s'maine et tout.
Bon tu passes la journée avec Francis et tu te couches tôt le soir. Officiellement, tu rentres chez toi le lendemain: faudra pas que tu oublies de téléphoner à grand-mère et aux parents pour que tout l'monde soit rassuré!
Lend'main, y fait beau, au revoir Francis et ses parents et direction plein est! Tu mets gaz pour rejoindre Paris pas trop tard de façon à pouvoir passer ce truc où tu n'es jamais zallé en mob le mieux possib' sans te paumer grave et le passer avant la nuit noire!
Tu chouffes bien ta carte et tu arrives à Paris en milieu d'aprés-midi, t'as pas vu de keufs, la bleue roule nickel et toi tu trouves jouissif de te trimballer comm'ça sans zavoir à rentrer à la niche le soir!
Quand tu passes à St Cloud, tu longes la Seine, grands moments de sensations pour le p'tit provincial que tu es. Mais vite, faut te sortir de ce magma immobilier, tu sais que tu dois aller "tout droit" vers l'est alors tu roules au pif, ça dure, 'tain, c'est grand, la traversée de Paris en bleue, à 14 ans!
Beaucoup de feux rouges et verts plus tard, de sens interdits à contre sens, tu te retrouves de l'aut'côté de la grande-ville, tout content d'avoir réussi ton coup, même et surtout si tu ne sais pas du tout comment tu as fait!
Manque de bol, t'es un peu trop vers le sud-est, tu roules vers Troyes alors que tu devais prendre vers Chalons-en-Champagne; pas graaave, tu reprendras un peu vers la gauche demain, passque là tu es crevé, fatiguante à la longue, the bleue.
Tu achètes un peu à bouffer, tu vas à la poste, tu téléphones comme promis. Oui, bien narrivé, oui content et tout. Tu sors du bled et tu cherches un bout de champ où tu poses ta mob, tu mets la bâche, tu manges vite fait et dodo in ze duvet. Quatorze ans, c'est l'âge où tu n'as peur ni pour les zautres, ni pour toi. Pas un ninstant tu ne penses à un accident, à une maladie. Tu veux faire comme les grands, tu veux être grand et tu penses d'abord à toi avant de penser aux autres. Mais ta mère est en vacances en Suède et ton père à Paris depuis que tu as 6 ans, alors les zautres... Seule ta grand-mère qui assure ton néducation est présente dans ta vie et tu te promets de faire moins le con "aprés".
Tu as, tu le sens, les zyeux nettement plus grands que ton nenvie de rouler: aujourd'hui tu as roulé toute la journée et quand tu regardes la carte, tu as la nette impression de n'avoir pas avancé!
Pourtant, ta bleue a fait tout ce qu'elle a pu! Elle t'a fait aller d'Alençon jusqu'à ton champ du soir, le tout aux zalentours de 45 à l'heure, pas si mal pour un p'tit moulbif d'à peine 50cc dont le piston n'est pas plus gros qu'une tasse à café! Il n'a pas déclaré forfait, t'a traîné tes zaffaires et toi sans faiblir, des zheures durant et pour finir, c'est toi qui t'es senti fatigué avant lui! Sur ces pensées, tu t'endors d'un coup!
Le lend'main matin, tu te réveilles à l'aube, tu as eu froid aux petons et à la tête! Normal, ta "tente" est ouverte aux quatre vents, heureusement qu'il n'a pas plu!
Tu repars avec un moral neuf et tu rejoins la route de Châlons. Le paysage est plat et morne: tu as l'impression d'être arrété! Il faut que tu prennes un chocolat et que tu trouves du mélange. Tu arrives dans un village où tu peux ach'ter un pain au chocolat et tu attends les 8 heures que le café de la place ouvre. Tu mets ta mob plus loin, pour que des questions ne se posent pas. Tu te réchauffes avec le chocolat et tu ne t'attardes pas. Pareil à la station, le plein et tu es parti. Maintenant que tu es parti, faut te la faire, cette diagonale du fou! Elle porte bien son nom et fou tu dois l'être un peu pour te retrouver là, tout seul, en bleue sur la route de Chalons!
Tu vas encore rouler ainsi toute la sainte journée jusqu'à ton champ du soir, rebelote, téléphone à Mémé et puis bouffe sur le pouce. Demain, si tout va bien, tu pourrais atteindre Strasbourg mais faudra que tu roules pareil, jusqu'au soir pour ça! Tu es fatigué, tu ne trouves plus ça amusant du tout. Si on te proposait de rentrer là, tout de suite, ben, tu le ferais. T'es pas un peu trop jeune pour ce genre de choses? Vivement que tu viellisses un peu, que tu aies le droit d'avoir une moto, une vraie et alors tu les feras, les diagonales! La bâche est montée, le duvet prêt, yapluka dormir!
Dernier jour pour arriver à Strasbourg, c'est à la soirante que tu arrives à destination, presque à la nuit tombée, heureusement début juillet on y voit bien jusqu'à pas d'heure pasque le p'tit phare de la bleue, c'est juste pour dire qu'il est là, surtout quand tu coupes, le volant magnétique suit et l'éclairage passe de faiblard à quasi nul. Tu camperas dans un nouveau champ inconnu, pas de camping officiel, pas de question à entendre et de réponses vaseuses à entreprendre.
Tu ne resteras pas à Strasbourg: pas le temps, tu as bouffé, tout ton temps de l'aller et quand tu penses au retour le découragement te prend aux tripes! Dés le lend'main à l'aube, tu mets la meule dans l'aut'sens et tu repars sans conviction par où tu es v'nu! Le plaisir de rouler t'a quitté comme il était arrivé, tu ne changes même pas de route de peur de faire des kilomètres en trop!
Tu fais à nouveau escale dans un champ de fortune et tu angoisses à la pensée que tu as laissé passer l'heure et que tu n'as pas téléphoné ce soir-là! Tant pis, c'est fait, les portables n'existent pas, tu te précipiteras dans une poste dés que tu en trouveras une d'ouverte au matin.
Les nuits sont froides sous la bâche et tu te pelotonnes dans ton mince duvet avec ton pull sur le dos et le blouson en ciré par dessus le duvet!
Le lend'main, il faut que tu retraverses Paris sur Seine dans l'aut' sens et que tu ailles jusqu'à Alençon pour rester une nuit chez Francis; ça va êt' dur, tu l'sais mais tu l'as voulue, ta diagonale du fou et tu te rends compte que t'as voulu jouer dans la cour des grands sans faire le poids ni la taille. Il faut dormir maint'nant.
Le jour se lève à peine que le zombie de 14 ans plie la bâche encore toute humide de la rosée de la nuit. Direction Paris que tu traverses vers les midi mais on est en juillet et la circulation ne pose pas trop de blèmes et tu arrives tant bien que mal à retrouver ta direction! Tu téléphones et tu te fais zengueuler par Mère-Grand pour ne pas l'avoir fait hier au soir! Tu prétextes une soirée passée dehors qui passe tant bien que mal! Attention garçon, tu n'as plus l'droit à une autre erreur d'appréciation!
Te v'là sorti de Paname et de sa banlieue et tu files droit vers Alençon comme la beille vers son pot de miel! Tu écoutes le berlingot que tu pousses à fond pour ne pas arriver trop tard et tu pointes peu avant 20 heures à la maison de Francis dont les parents appelés chez un membre de la famille ne rentreront que le lend'main. Tu peux donc bigophoner à te mamie pour lui annoncer " fièrement" que tu rentres le lendemain par le "train de 18 heures"! Ca te laisse l'temps de feignasser au plume et de dire au revoir à Francis (qui fait comme si) et à ses parents.
Tu en profites pour ach'ter des cartes postales et les zenvoyer et des chocolats pour ta grand-mère: ils sont estampillés d'Alençon, ça devrait te sauver la mise! Francis te rencarde vite fait sur les particularités de la ville, le nom de sa cathédrale bref, il faut que tu saches dire trois mots sur cette ville sinon tu vas faire naître le doute!
Te voilà reparti vers l'ouest, tu es un peu fatigué et surtout tu te d'mandes si tu n'as pas commis d'erreur,ce qui te mettrait "au trou" pour perpètes et peut-être plusse! La selle en vrai plastique de chez nous te donne mal au derche à force de passer des zheures dessus et tu passes des kilomètres à rouler "debout" sur les pédales: à quatorze ans, le ridicule ne tue pas!
V'là Domfront et son donjon, on s'approche,encore un neffort et tu arrives, enfin,au garage. Tu te défringues, tu remets les trucs de ta valise que tu froisses avant et quand c'est l'heure "du train", tu reviens de la gare. Ta grand-mère t'accueille gentiment, bisous, chocolats, oui c'était "bien".
T'es un peu ecoeuré de la route, tu fais pas de bleue pendant 15 jours, t'es en cure de désintoxication: tu songes même à raccrocher, en nattendant de grandir pour acheter une vraie moto,avé des vitesses, une vraie selle et un moteur en dessous qui te ferait aller bien plusse vite qu'une mob, fût-elle bleue!
Tu traverses une crise de croissance, quoi! C'est à c'moment là que le Patoche, il se rappelle à ton bon souv'nir! Heureusement que t'es à jour de ton remboursement passqu'il vient te montrer ce qu'il a juste ach'té!
4.LA COUR DES GRANDS... OU PRESQUE!
Ce qu'il a ach'té? Tu devin'ras jamais! Une Honda! Oui, certes, diras-tu, le nonoeil blazé mais laquelle? Ben, c'est une que sûr tu connaîs pas: un SS 90! Une tasse, une vraie, avec une plaque, des numéros dessus, un compteur et compte-tours intégré, une boite cinq, des clignotants qui clignotent, une selle biplace, une vraie petite moto avec un moteur quat'temps, un arbre à cames en tête et un cylindre presque horizontal: une merveille! Tu n'en as jamais vu d'autres depuis et pourtant t'en as vu des motos. Mais ce modèle-là, de ces zannées-là, jamais! A combien d'exemplaires elle a été vendue en France tu ne sais pas mais, tu vois, on naurait dû la garder, ce serait maint'nant un collector qui vaudrait une fortune!
Patoche en est tombé raide amoureux et toi avec! Ni l'un ni l'autre n'a le permis (une licence) pour le conduire mais rien que de le voir, l'admirer, on est déjà content!
Evidemment, aprés un truc comme ça, le Flandria de Jojo est aux zoubliettes et ta bleue te paraît...bleue, tu vois le blème. Le SS90 , c'est la blonde trop bien de partout, celle que tous les garçons regardent, celle qui, celle que, celle dont toutes les zautres filles sont instantanément jalouses!
Objectif n°1: apprendre à le conduire! On passe des journées à jouer avec dans la cour d'un pote où on peut passer la deux voire la trois sans sortir de chez lui. Patoche obtient facile de ses parents le droit de passer sa licence mais toi, niet! Pas graave, tu attendras! Patoche obtient sa licence et nous v'là partis sur les routes du monde, euh, de France, euh, de la région pour commencer!
Ce p'tit moulin turbine de la mort, il monte jusqu'à 10 000 tours comme qui rigole, nous zemmène Patoche et toi, vers presque 100 à l'heure! C'est l'euphorie dans la bande, on double les bleues, les grises, les zoranges, les 50 à plaques et vitesses, même en duo!
On fait nos premières zarmes de motards dans la folie de nos 16 ans tout juste disponibles! Une fois, on croise deux Suzuk T 20 et une Triumph Trident qui se tirent une bourre à la Joe Bar Team et devine quoi? Les gus trouvent le temps de nous faire le signe motard, main levée! On est tellement sidérés qu'on leur répond trop tard: on est des motards!
Patoche se servira de son SS90 pour aller et venir de son napprentissage chaque fin de s'maine et tu retrouves ta bleue, qui n'avance pas ou plus passque tu as connu aut'chose et là, la pauv'bleue ne fait plus du tout le poids!
La larme à l'oeil, tu décides de la revendre et de garder l'artiche pour passer le permis moto, le vrai, le A.
Reste à convaincre mère-grand qui, pour le coup, demandera à ta mère qui, pour le coup, demandera à son mari, alias ton beau-père farouchement poujadiste et anti-moto invertébré!
Te reste un nargument de poids, tes bons résultats scolaires! Va te falloir recommencer à être un bon nélève, à écouter en classe, faire ce que le prof dit et veut, engranger les bonnes notes et les bons bull'tins sinon t'es mort! Tu revends donc ta bleue à nonyme, tu résilies l'assurance, ni vu ni pris, retour à la case départ, l'expèrience en plusse!
Chaque ouikend, Patoche "descend" sauf l'hiver. Un jour de printemps, il t'emmène voir l'ancien proprio du 90. C'est un fils de bourge. Oui, dans la ville où tu crèches, y a aussi des bourges, qui font des zenfants et qui payent à leurs zenfants des jouets à moteur pour que les fils de bourges s'ennuient pas le samedi aprés-midi et le dimanche aprés la messe. Ce fils de bourges là est trés bourge: façon nouvelle vague provinciale, blouson en daim et lunettes d'écailles, siouplaît.
Ce salopard a revendu son 90 pour se faire acheter une Yamaha YAS1, une pure merveille de 2 temps de l'époque! Aussi bien finie que le Honda, c'est un twin hyper vitaminé, tu tournes la poignée et les tours s'envolent dans un bruit de turbine inconnu de nos zoreilles! Il t'emmène faire un bon tour et tu découvres avec ravissement ce que les nippons, petits bonszhommes en gants blancs et sourires crispés, savent faire de mieux: un bijou de technologie qui cause! Le 90 ne peut pas suivre, c'est sûr! En plusse, c'est un piège à filles colossal et ce salopard de bourge s'en sert surtout pour ça!
Un de ses zamis, bourge lui aussi, a un nautre modèle: un 125 Suzuki "Flying Leopard": on dirait un cyclo qu'a voulu grandir trop vite sans le demander à ses parents! Un twin deux temps aussi, presque horizontal, bien poussé avec un bruit plus rauque que le Yam et qui pousse autant mais qui est encore plus pointu! A donf, sinon t'as rien! Ya des jours où tu s'rais bien dev'nu fils de bourges! Dans une nautre vie, peut-être!
Aprés des séances comme ça, tu tournes piqué grave à la meule: t'en veux une sinon tu la voles! Pour ne pas tomber dans l'addiction, tu bosses comme un damné à l'école pour pouvoir obtenir le droit de passer ton permis moto. A la fin de l'année scolaire, le bilan est bon, voire plusse! Bon,ben, c'est maint'nant que ça se joue, guichets fermés! Ca a été long et laborieux mais la récompense est là: tu vas ce jour t'inscrire à l'auto-école pour passer.
5.TON PERMIS MOTO!
En 71, tu as tes 16 ans révolus(tionnés), la tomo commence à envahir la France et des tas de jeunes types comme tézig foncent dans le tas pour décrocher leur permis de rouler avec deux roues et un gros moulbif entre. Comme d'hab, dans ce bô pays qu'est le nôtre, l'administration ou les services n'ont rien vu poindre de la demande et ton moniteur te montre fièrement la "moto" sur laquelle tu es censé apprendre "l'art et la manière".
Cette moto-là est kaki, ce qui est normal pour une moto militaire! C'est, te dit-il un Gnôme et Rhône qu'il a racheté aux domaines: Ce qu'il oublie de te dire c'est que la belle doit friser les quarante balais. Tu lui dis que depuis "ça",la moto a évolué et que tu éspérais apprendre sur une moto moderne! Là, tu le froisses et le m'sieur s'énerve: c'est celle-là ou rien! Bon, elle démarre mal, pas étonnant qu'on l'ait perdue, la deuxième dèrnière si on avait du matos comme ça! A comparer aux BM des "schleus", y avait pas photo! On aurait dû rien déclarer, comme à la douane! Quand tu penses que les bidasses chantaient "A Berlin!", il aurait d'abord fallu les démarrer, les motos! A la place, ce sont les BM qui sont venues jusqu'à Paris et même ailleurs!
Il t'apprendra donc les rudiments, que tu connaissais déjà, pour les zavoir appris sur un SS90 bien plus moderne et facile. Deux ou trois leçons plus tard, tu te retrouves devant l'inspecteur qui te demande de passer trois vitesses, de faire demi-tour, un huit en levant la main droite ou gauche (mais sans dire "je l'jure") et mettre l'antiquité sur sa béquille "centrale" alors qu'elle n'en avait point! Le code passé, il te tend un paier rose et tu remercies.
Te v'l capab' de piloter une 750 Honda qui est apparue à nos zyeux ébahis deux ans auparavant. En fait, tu ne sais pas conduire en ville, tu n'as pas l'habitude de cette moto-là et l'embrayage comme le frein demandent une pogne de bûcheron canadien. Quand tu rentres au bercail, le papier rose en poche, tu mets gaz; devant toi, y a le moniteur dans une voiture-école avec un napprenti caisseux qui prend peur à un carrefour et pile! Tu arrives derrière un peu trop vite, le frein est trop dur et ne freine pas et tu lui rentres dans le fion!
Bilan des courses: la fourche ne fourchera plus! Le moniteur achètera enfin une moto moderne, c'est sur celle-là que Patoche passera le sien deux mois plus tard!
Vous voici tous deux avec le A en poche et déjà les yeux de Patoche se tournent vers...
6.BLACK LADY...
Les 125 japonaises modernes n'ont pas zencore envahi le paysage moto provincial; elles sont bien trop chères pour nous et les autres cylindrées 250, 350 sont du domaine du rêve évéillé. Alors, que nous reste-t-il?
Les zoccase pardi! Pas de 125 d'occases chez nous, elles ne sont que trés peu répandues et coûtent un noeil! Aucune moyenne cylindrée à l'horizon, d'ailleurs il n'ya pas encore de concession-motos à Avranches-city. Il y a par contre, un concessionnaire "Motocabane" qui vend des bleues, des grises et quelques zoranges Son prénom c'est Totor,enfin euh, Victor et il a une nexcellente formation de mécano moto à l'ancienne! Il a été formé sur les zanglaises d'avant et quand on ramène not'fraise et qu'on lui d'mande une vielle anglaise, Totor répond présent!
Il va se tourner vers les enchères où il va trouver des lots de vieilles zanglaises (noon, pas les dames avec les blondes aux lèvres), des pétoires qui n'en peuvent plus et les reconditionner avant de nous les refourguer; c'est ainsi qu'est née la "britiche connection d'Avranches-city". La nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans toute la sous-région et tous les malades de la bécane-sans-le-sou foncent vers le rade de Victor!
Le Victor travaille dur et fort, il refait les moulins qui sont quasi HS, les motos ont de la bouteille! Elles zont 10 voire 15 ans de service dans la police, les douanes ou les zadministrations alors. Elles sont démodées grave, selle mono en cuir, petit porte-bagages administratif, sacoches en cuir noir avec écusson de la gendarme-rit siouplaît. Il les " modernise" en mettant une selle biplace et vire tout ce qui ne plaît pas aux djeuns que nous sommes à l'époque; le prix est infèrieur à celui d'une 125 nippone raide de neuve.
Patoche bave deavant, toi aussi. Y a une BSA 500, A50 ex-douanes qui nous fait de l'oeil! Elle est grosse, noire, administrative mais souriante. Patoche compte ses sous, toi aussi. Patoche en a la moitié, toi aussi. Patoche te regarde et tu regardes Patoche... Noon, vous nallez pas vous zembrasser! Vous zallez conclure le même contrat que pour la bleue!
Oui, chacun sa part, lui la semaine et l'assurance et toi le ouikend avec ou sans lui. Evidemment ta mère-grand et tes parents ne savent rien du contrat scellé par une bière (ou deux) au bar du coin qui deviendra sous peu le rade de rencart du club des fondus de la bécane.
Cette 500 BSA (pour Birmingham Small Arms) nous fait entrer direct dans le vrai petit monde de la tomo: on fait enfin partie du club! Bon, faut pas qu'une 350 Honda, Yamaha ou Suzuki se pointe parce que notre grosse 500 ne supporte pas la comparaison; la moto est défraîchie, elle est hors d'âge, pas de cligno, une finition des zannées 50, un compteur intégré au capotage de phare, un frein avant pour freiner deux, trois fois. Un frein arrière inexistant, un éclairage en 6 volts,ça sent les fifties à plein nez anglais!
Le bruit est bô, envoutant. Le souffle des twins brittons des années 50-60 est prenant: y a du couple et assez de puissance pour nous zimpressionner quand les nippones ne sont pas là!
Non, le problème, c'est la fiabilité. On va découvrir vite que la BSA nous fait souvent faux bond pour des problèmes électriques à répétition et on est jamais sûr de partir, ou de rentrer de week end.
Elle est comme ça, Black Lady. Si elle consent à démarrer, ça roule! Si elle veut pas, tu peux toujours t'escrimer sur le kick macache bono! Elle te file de ses vieux retours de kick qu'on la démarre avec circonspection! Parfois elle s'arrête sur la route, plus de contact, faut bidouiller pour repartir, à l'ancienne quoi. On part toujours avec les clés, un bout de fil, du scotch électrique.
C'est comme ça pour nous et c'est comme ça pour les zautres aussi!
Le groupe compte une petite dizaine d’anglaises, des 500 mono, trois 650 A 10, deux A50 et deux Royal Enfield; on est dev’nu anglophiles par manque de moyens financiers. Quand on part le samedi ou le dimanche, y en a toujours un ou deux qui tombent en rade, jamais les mêmes mais on fait pas une sortie sans mécaniquer sur le bord de la route. On devient des spécialistes du bord de route! On névite de rentrer tard ou la nuit passque là, misère! Les phares en 6 volts n’éclairent que les garde-boues avant et c’est l’enfer!
Souvent les diodes Zener nous lâche le jour où il faut pas, le seul week-end de soleil du mois. Bref, oui, on fait de la moto, parfois, de la mécanique souvent et de la balade, rarement!
Mais l’ambiance est bonne, c’est le renouveau de la moto mais quand on voit d’autres motards et d’autres motos, ce sont les japonaises qui remportent tous les suffrages. On fait déjà dans le décalé avec nos vieilles machines, des collectors déjà!
Les gars de la clique (non, pas de filles, sorry) aiment malgré tout leur anglaise: ils la bichonnent, la nettoient et la modernisent quand ils zont un peud’ fric de côté: on fait chromer les deux garde-boues et le capotage de phare: classe! on fait repeindre le réservoir et les caches latéraux en tôle en vert anglais: great! Nan, ce qui va pas sur ces tomos, c’est tout le circuit électrique. Le moteur a été refait ou à peu près mais le circuit date de...
Malgré tout Patoche et toi vous décidez de partir en vacances en Bretagne. Certes mais tes parents? Aussi étonnant que cela puisse te paraître ils t’accordent la permission pour une semaine; t’es sur le cul, pourvu qu’ça dure! On nous prête une tente qui pèse un âne mort, deux duvets en piteux état et une vielle gamelle. On part un beau jour de juillet, on a eu un peu de mal à tout caser. On a d’la chance, Black Lady tourne bien; on arrive à Paimpol et on se fait Bréhat et la côte de granit rose avant qu’elle ne devienne noire!
Y fait bô et Black Lady ne fait aucun caprice de lady anglaise sur le retour. Manque de bol, on est quand même en Bretagne, hein, donc le lend’main aisni que tous les lend’mains de la semaine, donc 6 au total, ben, yaisse, y flotte!
Vous connaissez la pluie bretonne? Non? Vous devriez essayer, c’est une expérience à faire, une fois au moins, dans votre vie de motard!
On sait quand elle commence. Mais on sait jamais quand elle finit! Coluche, grand motard devant la Bretagne l’avait bien compris: "En Bretagne, il ne pleut que deux fois par an: deux fois six mois". Et le perfide ajoutait "entre les deux, y a dix minutes de brouillard"! Il avait tort et raison! Ces six jours-là, le Coluche, il avait raison! On s’est fait tremper grave: la tente, les duvets, les fringues...
Et Black Lady n’était pas bretonne mais grande-bretonne: une fois elle démarre une fois non. Une fois elle s’arrête en route, une fois non. Tu faisais des rêves de motos jaunes, aux zyeux bridés qui démarraient au quart de poil, qui t’emmenaient ET te ramenaient au bercail, la banane aux lèvres. On est finalement rentrés un peu dépités de notre bretonne expérience et tu as mis un certain temps avant d’accepter mentalement de reprendre la route vers l’ouest du pecos!
Entretemps, les gars du coin s’étaient rassemblés et avaient formés un mot-club, pirate, of course et notre point de ralliement était un rade en centre ville où on navait l'habitude d’aller écluser (oui, déjà) moult pressions et de discuter motos jusqu’à pas d’heure le vendredi soir. On garait les zanglaises juste devant pour voir les kromes briller au soleil ou sous la pluie normande!
Les banquettes de moleskine rouge nous voyaient souvent nous zattabler autour d’un café les jours de dèche ou d’une mousse les jours fastes.
On discutait de la prochaine sortie, des soucis mécaniques des uns, du coût de telle ou telle amélioration sur nos motos. Un soir, Ago lance... Mais attends, tu connais pas Ago?
7. AGO
Si, souviens-toi, Giacomo Agostini, le champion italien sur sa MV Agusta? Cayé, tu le remets? L’idole des foules motardes de cette époque! Et puis beau gosse avec ça!
Ben, Ago, il vivait à Avranches! Si, juré! L’était pas italien, Ago, il était... ben, on savait pas. Ce qu’on savait, nous, c’est que son nom, c’était Ago; c’était técrit sur son zonblou de cuir noir. Le zonblou d’Ago n’avait pas d’âge et Ago non plus! Il avait toujours été là, avec une tignasse longue comme un jour sans moto et bien crade. Ago ne travaillait pas, ne causait pas, ne draguait pas, il sirotait sa mousse l’oeil glauque, assis toujours à la même place! Tu pouvais v’nir à n’importe quelle heure, Ago était là, il faisait l’ouverture ET la fermeture!
Ago n’avait pas d’moto! Ago n’avait pas d’permis non plus! Et pourtant Ago était monté sur toutes les bécanes des gars du coin! Ago était passager professionnel! Ago n’avait pas peur: il montait avec n’importe qui, n’importe quand et n’importe où! Ago a maintes et maintes fois risqué sa vie pour rien, un virage mal négocié, une manoeuvre très risquée, Ago acceptait tout et ne se plaignait jamais; professionnel jusqu’au bout des zongles, noirs de cambouis et de graisse, of course!
Ago ne causait pas ou peu: il écoutait, l’oeil perdu. Pourtant la moquette n’était pas zencore à la mode!
Quand venait le moment de partir en balade, Ago sortait avec nous, le Cromwell à la main et attendait que l’un d’entre nous lui fasse signe! Jamais Ago n’est resté au bord du trottoir!
Ago faisait partie des meubles, euh du club; si tu venais au club, tu voyais Ago, il te voyait, te disait bonjour mais tu ne le connaissais pas. Tu ne savais rien de sa vie en dehors du club. Avait-il des parents, des zamis? Hormis son zonblou hors d’âge, son Cromwell aux couleurs d’Ago (le vrai) usé par le temps, son jean crasseux et ses bottes râpées-foutues, on savait rien de lui! Un jour, Ago est pas v’nu! C’était bien la première fois pour tout l’monde (euh, la toute petite dizaine qu’on était, en fait) qu’on buvait la mousse sans Ago! On s’est dit qu’il était peut-être malade et c’est là qu’on s’est aperçu qu’on savait même pas où il créchait, l’Ago-de-chez-nous!
Le lend’main non plus! Là, on s’est dit que c’était grave et alors qu’on discutait pour essayer de savoir comment faire, le barman nous a tendu une petite lettre , entourée de noir. On s’est regardés les uns les autres et l’un de nous a ouvert l’enveloppe. Une écriture maladroite, la mère d’Ago nous avait écrit! Ago avait donc une mère? Son François était mort, d’une tumeur au cerveau, deux jours auparavant.
C’est ainsi qu’on a su son prénom, qu’il avait des parents et qu’il pouvait aussi être malade. Sa tumeur au cerveau était sa compagne depuis trop longtemps; un jour, il partirait, il le savait mais ne le disait pas. Jamais il n’en parlait. Seuls ses parents et lui savaient. On a appris ça quand on est rentrés du cimetière où on l’a tous accompagné.
Sa mère nous a invités à la maison pour voir sa chambre. Elle était tapissée de posters d’Agostini, le vrai. Son idole, son maître à piloter. Si notre Ago-François n’avait pas de permis, c’est qu’il n’avait pas le droit de le passer, vu son problème au cerveau. Tout cela, Ago-François ne nous l’a jamais dit! Il avait laissé une petite lettre pour nous, quelques mots: "Salut les potes, je vous aimais".
On est retournés au bar du club ce soir-là et personne n’a bu de café ou de mousse; le barman nous a rien demandé, certains avaient bien du mal à empêcher l’eau de sortir des zyeux.
Pour ne pas être trop tristes, on a commencé à parler d’Ago comme s’il allait pas tarder à arriver et on s’est tous souvenu d’un évènement qui avait eu lieu quelques mois avant son "départ". Car, oui...
8.AGO BALANCE TOUT!
Un soir, Ago a parlé! Si, alors on a tous ésgourdé pour le coup! Il a dit "Et si on allait boire un caoua à la Bastoche"?
Sa phrase, prononcée dans le plus grand silence, nous est tombée d’ssus, comme l’aigle sur sa proie! On est restés cons: La Bastoche , le symbole du renouveau motard des années 70, si on y allait aussi, nous zaut’, de notre lointaine province?
Y en a un qu’a dit: "OK, c’est parti"! On s’est tous levés, il était 5 plombes de l’après-midi, un après-midi d’octobre. On a mis les casques, on a kické les motos ont démarré! Et on s’est cassé direction La Bastoche! A cette époque, point d’autoroute pour rejoindre Paris; de toute façon, nos zanglaises n’auraient pas aimé: y aurait eu de la bielle ou du vilbrequin sur le goudron! On est parti plein est: la route que tu avais prise en mob pour ta diagonale du fou! Tout en roulant, tu en avais les larmes aux zyeux! La route était alors une modeste départementale et les caisseux, étonnés de voir débouler un groupe de six motos, se tenaient bien frileusement à droite! On filait bien droit sur la route, en file indienne et on doublait tout ce qui bougeait! Déjà le soir tombait et on savait qu’avec nos "6-volts" ce serait galère pour arriver là-bas et plusse encore pour revenir mais c’était la fièvre de la Bastille et on s’en foutait grave! On s’est arrêté pour "faire" de l’essence et prendre un café car le fond de l’air se faisait frisquet. A nouveau, les six anglaises ont bien voulu démarrer toutes ensembles et direction Paris sur Seine!
Bien que motard depuis toujours, aucun d’entre nous n’était zallé à la Bastille pour tourner sur la place comme les parisiens ou les banlieusards de l’époque. Personne non plus ne savait exactement comment s’y rendre mais on se disait qu’on demand’rait à un…motard de nous recarder sur le chemin!
Ce qui fut fait et les six provinciaux ont suivi sagement le parigot (tête de moto) qui nous za guidé gentiment jusqu’à la Mecque, euh, la Bastoche.
Six zanglaises qui déboulent sur la Bastoche sur le coup de 22 heures, avec toutes les lumières de la ville et les phares des motos qui dansent autour de la place, c’est un délire qu’on prend en pleine tronche et on est tous trop heureux d’y être! On fait trois p’tits tours pour montrer qu’on vient de loin et le groupe se pose auprès d’un troquet dont le trottoir regorge de motos et de motards (le soir). C’est plein de japonaise et nos zanglaises, bien que plutôt décalées, sont regardées avec admiration: on se prend un vieux coup de frime qui fait plaisir dans la tronche! Ce sera café pour tout l’monde, évidemment Ago est là, béat qui nous dira qu’il était bien content d’être là! Cette phrase nous reviendra à l’esprit "après" et on comprendra alors ce qu’il essayait de nous dire.
Encore des tours et des tours, on s’enivre de couleurs, de bruits et de lumières puis, un geste de la main, il faut bien rentrer!
A la sortie de la grand-ville, l’obscurité nous happe et chacun suit le petit lumignon du feu rouge de celui qui le précède. On changera souvent de position pour être à tour de rôle en premier pour ne pas se tuer les zyeux à force de chercher la route dans le faible pinceau du 6-volts! Retour à Avranches à pas d’heure, le regard détruit mais la banane sous le casque pour tous!
9. TOUT A UNE FIN.
Tout a une fin, c’est le dicton…Pour Ago, la fin du film tu la connais déjà. Pour le club, il vieillira vite et mal, les uns partiront d’un côté, les zautres du leur; la petite clique se délitera dans l’âge adulte, le boulot et les traites de fin de mois. Patoche se prend une bonne pelle avec Black Lady et sa copine lui fait promettre de raccrocher et il vend la moto sans que tu puisses lui racheter ses parts. Tu récupères que les sacoches que tu garderas au moins 20 ans sur tes motos suivantes, Black Lady n’a pas du tout aimé être ainsi bousculée et en chutant elle a pris feu et Patoche l'a revendue en épave. Et puis, les japonaises sont arrivées en province profonde.
Et là, c'est une nautre histoire...
FIN