Carnet de voyage.
Re: Carnet de voyage.
Je voulais faire un article pour la retranscription de "la balade avec...", hĂ©las une limite de texte m'en empĂȘche, du coup la retranscription se fera encore sur le forum, ici mĂȘme.
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
Re: Carnet de voyage.
La balade avec de vrais morceaux de moto dedans!
Ăa pourrait commencer comme ça. Ce matin, Georges a sorti ses fauteuils en osier! Pour toi, c'est un signe! Signe que Georges sait qu'il va faire beau aujourd'hui mais aussi demain et encore les jours suivants!
Bon signe donc. Le Georges, c'est ta grenouille à toi. Sûr que le Georges, il ne les sortirait point, ses osiers, s'il n' était sûr du temps qu'il va faire!
Tu as donc cru Georges "sur parole" et de bon matin, tu es allé LA chercher, au garage, ta BELLE BLEUE.
Vous ĂȘtes partis, tous deux, pour une longue balade dominicale dont vous zavez le secret. Tu les zappelles tes journĂ©es "kalĂ©idoscopes" parce que tu vois tellement de choses dans cette journĂ©e que tu rentres la caboche pleine d'images et que tu t'endors d'un coup, heureux qui comme Ulysse .
C'est bien ce que vous zavez fait ensemble tout ce dimanche,le George avait, une fois de plus, entiÚrement raison: il a fait beau tout le jour, ce qui, pour un dimanche de Mars normand tient du miracle météo, merci le Georges.
Pour le remercier de sa bonne action, tu es venu échouer ta Belle Bleue tout prés des osiers dudit Georges et tu es allé t'affaler dans ton osier favori, la tronche bien à l'ombre et le reste du corps au soleil, histoire de recharger les batteries.
Of course, tu as commandé d'un geste ta biÚre favorite à l'époque, une Guinness bien noire, avec ce qu'il faut juste de mousse crémeuse au sommet. Tu y as écrit du doigt "BB" pour Belle Bleue, le surnom secret de ta moto, parce que tu l'as choisie Bleue comme la mer. Ses initiales resteront inscrites dans la mousse jusqu'à la derniÚre gorgée, tu le sais.
Mais ta biĂšre est lĂ , sur la table, elle s'Ă©chauffe doucement et tu n'y touches mĂȘme pas! KĂ©sako ?
Il y a que, depuis que tu t'es assis dans ton osier prĂ©fĂ©rĂ©, tu as sorti de ta poche une revue, Ă la couverture rouge, toujours de la mĂȘme couleur et la photo de cette couverture toujours dans un cercle: le petit livre rouge du motard de l'Ă©poque: Moto Revue.
Pas de panique pourtant! Généralement, cette revue avait tout pour t'ennuyer ferme: des tas d'articles sur telle ou telle sportive à la mode, de la technique à n'en plus finir et des reportages sur toutes les compÚtes des plus locales jusqu'aux GP... Rien là -dedans ne t'intéressait. Rien... Sauf cet article-là dans ce numéro là .
Mais... Ca aurait pu aussi commencer comme ceci: Ben alors, kess tu fous? Ca fait deux plombes que t'es scotchĂ© lĂ , dans cet osier pourrave, Ă ne mĂȘme pas siroter ta Guinness chaude et tu n'as pas levĂ© un Ćil sur moi! Pire, tu ne m'as pas adressĂ© la parole depuis qu'on est tarrivĂ© dans ce rade d'enfer! Alors, c'est ça, hein, dis-le que tu m'aimes plus! Tu es avachi lĂ et tu n'as d'yeux que pour elles, toutes plus belles les zunes que les zautres! Tu vas me vendre, m'abandonner pour une nautre? Je le savais bien, qu'on pouvait pas te faire confiance!
Pourtant, nous deux, aujourd'hui encore, on s'est pas bien baladĂ©? Je t'ai emmenĂ© lĂ oĂč tu as voulu, pas de panne, pas de coup en douce, la compagne modĂšle j'ai Ă©tĂ©! MĂȘme que tu me parlais, des mots tendres tu me disais. Tu me parlais du plaisir que tu Ă©prouvais, Ă te promener avec moi sur les routes. Et maintenant que mĂŽssieur est satisfait, plus rien. Plus d'attentions, plus de mots doux. Tous les mĂȘmes, tiens. Quand ils zont obtenu ce qu'ils voulaient, ils zoublient jusqu'Ă notre existence et ils regardent dĂ©jĂ notre remplaçante, tu me déçois.
Bref, pour tézig ça commençait bien. Mais pour elle, le pétage de plomb était proche, il te fallait faire kek' chose.
Lucky guy! Tu viens juste de terminer ta lecture, tu poses MR sur ze table, tu rallumes ton cigare trop tĂŽt Ă©teint, une gorgĂ©e de Guinnes tiĂšde et enfin, tu lĂšves les zyeux vers Belle Bleue. L'instant est magique. Tu vas le lui dire. Ăcoutes, Belle Bleue, voualĂ ce que NOUS zallons faire cet Ă©tĂ©.
Nous? Tu as bien dit "nous"? Alors, tu m'gardes, hein dis, tu m'gardes? C'est bien vrai, hein, on repart ensembles pour de nouvelles zaventures?
Toi, of course, tu n'as rien vu, ni entendu et encore moins devinĂ©. Tu viens de sortir d'un rĂȘve Ă©veillĂ© et tu veux le lui faire partager.
Dans l'Ă©goĂŻsme de tes 24 berges, eh oui, ce que tu racontes lĂ , c'est du cru 1977, du dĂ©jĂ vieux , du 32 zans d'Ăąge, y a prescription mais tu peux consommer sans "moderaçion", Ă c't'Ă©poque, on pouvait tirer sur la chopine ou sur la moquette sans gros bobos, eh ben, Ă 24 ans et encore toutes tes dents, tu pensais qu'Ă ĂA.
Ăa? C'Ă©tait pas les filles (ou alors, de temps zen temps), non, tu ne pensais qu'Ă la Route! Celle qui t'emmĂšnerait de chez toi jusqu'au bout du monde: suffisait de La suivre!
Et l'article de MR, il s'adressait à toi. A toi seulement? Noon, à toi mais zaussi à tous ceux et celles qui partageaient ta passion: la Route à moto, le voyage en bécane, le raid moto, ze truc, ze totale.
La Route, elle te branchait, toi et tes potes d'aventure que si elle était longue, dure et qu'elle tournait un max, qu'elle montait puis descendait, pour recommencer encore et encore.
Et dans ce MR là , on te proposait rien moins que ça! Ta dope, ton fix, ta dose, en vente libre et à volonté, tout ça pour trois francs six sous, organisé par Honda, siouplaßt, mais on pouvait v'nir avec une aut' marque de moto à condition que ce soit un kat'temps. Tu sais ce que te proposait Honda, c'était técrit sur l'article: "Les Alpes par les cimes et les sentiers perdus" , 3500kms d'aventure et d'émerveillement. Ouais garçon, c'était técrit tel quel, y avait pluka, vite l'été, bordel!
Ăa s'appellerait "Transalp" Et tu en serais, sĂ»r! Tu parles Charles, des chiffres, t'en veux, n'en v'lĂ : 3 semaines de grand pied, 66 cols Ă te faire, 3500kms Ă te farcir, 1000 kms de sentiers douaniers (vive les douaniers, y nous font des chemins pour qu'on y roule dessus) plus de 5000 virages Ă 90 % et plus, la route la plus haute d' Europe? Bon. Tu m'as compris, c'est ton trip de l'annĂ©e, t'en peux dĂ©jĂ plus d'attendre, c'est par oĂč qu'on part?
Well, man, c'est pas l'tout d'rĂȘver, faut encore prĂ©parer Belle Bleue. Ăa tombe bien, voualĂ les ouacances de printemps qu'arrivent et tu t'es fait un p'tit plan d'enfer: tu vas zaller t'Ă©quiper in England in ze text! Yaisse, les zaccessoires et tenues moto sont very moins chers chez Ălisabeth. La diffĂ©rence te paiera le voyage, t'es pas bĂȘte toi mon poteau, quand tu t' mets za rĂ©flĂ©chir! SitĂŽt cogitĂ© sitĂŽt fait, tu te retrouves un vendredi souar sur le Channel avec BB dans la soute. L'autre BB (Brigitte) c'est pas dans la soute que tu l'aurais mise.
ArrivĂ© chez Ălisabeth, tu vas in London et tu t'achĂštes le Cromwell qui va bien, une paire de Climax Ă pans coupĂ©s, un ensemble veste-pantalon Barbour au cas oĂč il pleuvrait c't'etĂ©, pas de bobottes tu en as dĂ©jĂ . Mais BB se retrouve, elle, avec une paire de chaussures neuves, des K81 , le nec plus ultra de l'Ă©poque, et, fin du fin, tu te dĂ©gottes un rĂ©servoir alu de 24 bons litres qui fait ressembler BB Ă une Norton!
Of course, t'as plus un sou, et plus rien pour grailler le midi et encore moins pour la biĂšre du soir mais tu t'es fait plaizir et, le soir, en roulant vers le ferry bouate, tu cherches une vitrine pour te mirer: waowww!!! Quelle frime, on dirait un motard, un pur de vrai!
Belle Bleue donc, celle qui te faisait la gueule en ce dimanche de Mars, c'est une moto! Facile Ă deviner mais faut ĂȘtre un peu plus prĂ©cis, tu es sur un site de motos et de motards, alors expliques! C'Ă©tait donc une Honda CB 360 G. Bleue ciel, Beeellle!
Une moto toute simple, qui à sa sortie, était passée quasi inaperçue. L'essayeur en chef du moment chez MJ, Moto Journal, le collÚgue et néanmoins concurrent de MR, l'avait gentiment " cassée en deux mots: "moto électrique". Il n'en fallait pas moins pour que la gente motarde se détourne de ce brave twin sans autre ambition que celle de rouler tranquille sans em... son propriétaire. A cette époque pas si lointaine, le motardus vulgus voulait encore et toujours de la puissance, des chevaux, de la vitesse et plus encore. Il faut donc que tu racontes comment t'en étais tombé amoureux!
Well, faut encore retourner 5 ans en arriĂšre, quasiment de la prĂ©histoire... 1972, donc et comme tes p'tits camarades, tu es trop tentĂ© par la "katpat", 750 cc, quatre cylindres, quatre pots, un bruit d'enfer, une gueule pas possib', un bruit de drag, ouais, t'en veux une! Mais le sou pour l'avoir raide de neuve, sĂ»r, tu l'as pas! Tu fais les fonds de tiroirs, de poches, de tout et tu te payes une occaz. Mais une occaz gréée "sport": double disque AV, guidons bracelet racing, direct sur les tubes de fourche, selle dosseret etc. Du lourd, dis-tu! Avec toi dessus, c'est Joe Bar team tous les jours, dimanches et fĂȘtes! Ouais. Sauf que t'as pas le look: sur la tronche, c'est un casque de mob (mal) repeint, sur le nez, des lunettes plastoc avec des verres en vrai rhodoĂŻd, sur le corps un blouson en vrai-faux cuir, un cirĂ© noir quoi, piquĂ© Ă un pote de ta rue. Sur tes cuisses (trop) maigres, un jean qu'avait vu des jours difficiles, sur tes mains des gants de cuir, ceux de ta mĂšre vu que tu t'Ă©tais trompĂ© de taille pour son anniv', aux pieds une vieille paire de grolles surmontĂ©es des guĂȘtres (si, tu le jures) de ton grand-pĂšre marĂ©chal-ferrant au Cadre Noir de Saumur! Yaisse, ze touch of class! T'avais la tomo qu'allait bien mais ton look mon gars, l'Ă©tait naze de chez nul!
Ah ça, pour la frime ou pour emballer ze minette, tu pouvais passer et repasser! Alors, question tomo, fallait que ça cause! Quinze jours aprÚs l'achat du bestiaux, tu décides de "la mettre à donf", tourner ce 'tain de poignée quart de tour d'un coup, passer le mur du con, les fatidiques 200 bornes à l'heure...
Alors? Alors tu vas sur la nationale Avranches-Pontorson, qui, Ă l'Ă©poque est une modeste route Ă 2 voies, qui avait l'indĂ©niable "qualitĂ©" d'ĂȘtre Ă peu prĂ©s droite sur 20 bornes et assez tranquille. Bien assez pour dĂ©coller et passer le mur du c... Tu fais l'aller peinard, 160, pour voir si, des fois, des bleus ne seraient pas sur ton chemin Ă cueillir des pĂąquerettes ou des fraises des bois... Non, y a personne. Au panneau Pontorson, tu fais demi-tour et gaaaaazzzz!
Tu bloques ze poignĂ©e comme indiquĂ©, tu montes les rapports au rĂ©gime maxi et le katpat gronde dessous. T'as le pif collĂ© entre ze big compteur et ze big compte-tours, tu frĂŽles la zone rouge et tu t'approches des 200, 'tain, ça file, non, ça dĂ©file de la mort. T'es le roi de la route et des gĂ©pĂ© rĂ©unis, tu les zenfumes tous, t'es pret pour ze gĂ©pĂ© des pissotiĂšres de Montrouge et de Navarre. Bordel, y a un truc qui sort lĂ -bas, c'est du gros, orange, avec une remor... un trac ..Viiite, t'Ă©crases le doub'disc, tu mets l'arriĂšre, t'essaies de contrĂŽler ze bĂ©cane, ze tracteur se rapproche Ă vitesse V, il faut que tu t'arrĂȘtes. IL LE FAUT!
Tu serres le levier droit, tu serres les dents, et tu serres les fesses. Tu vas t'arrĂȘter, ça oui, mais Ă quelques deux tout petits mĂštres du tracteur et de sa remorque! Tu vas klaxonner comme un fou et l'autre enfoirĂ©, lĂ , sur son tracteur il ne t'entend mĂȘme pas et n'a pas regardĂ© un poil dans ta direction. T'as compris la leçon. Tu trembles de tous tes membres (noon, pas çui-lĂ , les zaut') Tu repars sur un filet de gaz, oubliĂ© le mur du con et le reste avec, tu reviens Ă Avranches, ton port d'attache, tu passes devant chez toi sans mĂȘme t'arrĂȘter et tu te diriges direct chez Marcel, ton concessionnaire tu bĂ©quilles et tu lui dis: "Marcel, je me suis fait une chaleur d'enfer, faut que tu me reprennes ce truc de la mort, je veux pu monter dessus!"
Marcel est concessionnaire et loin d'ĂȘtre idiot: il sait qu'un bon client, c'est pas un client mort et que de toute façon, il va me revendre une autre moto, alors il opine et rentre le katpat dans l'atelier. Dans le magasin, il me dit "Mais tu vas reprendre quoi?"
Dans la vitrine, y a deux Honda CB 360G qui attendent depuis quelques semaines: une orange et une bleue ciel, beeeelle. "Celle-là ", que tu luis dis, en la désignant du bras. Marcel, je viens la chercher demain!
C'est ainsi, oui, qu'est nĂ©e ton histoire d'amour avec une moto "Ă©lectrique" et que BB et toi, vous vous zapprĂȘtez Ă partir pour la Transalp 77.
Quelques jours aprĂšs ton voyage chez Ălisabeth pour t'Ă©quiper Ă vil prix (kess que tu causes bien mon gars) tu passes chez Marcel, le cons.. pas con, pour la vidange de BB et lĂ , in ze magazin, tu tombes sur un dĂ©pliant de Honda qui invite tous les fondus du raid, de la montagne et des sentiers roulants Ă la Transalp! Tu le voles illico et tu te prĂ©cipites chez le Georges oĂč tu t'affales comme d'hab dans ton osier favori. Ăa se confirme donc, aprĂšs l'article paru dans MR, voici venir ze papper of inscription. Honda est l'organisateur en chef, c'est ouvert Ă tous, quatre temps only, Honda dit que c'est pour l'environnement, et toi tu penses que, comme ça, il Ă©carte Suzuk, Kawa et Yam avec leur deux temps qui fument. On paye trĂšs peu, on en a beaucoup plus, bien plus que pour son argent (ah, l'heureux temps que voilĂ ), Honda s'est pliĂ© en quatre comme son dĂ©pliant!
Quadrichromie, siouplaßt, avec des photos tout plein, du texte cousu main, une carte d'itinéraire, une d'Europe pour le regroupement des zétrangers, deux groupes prévus, le premier le 4 Juillet, l'autre en Aout. On partira de Graz dans le Sud Osterreich, pour rejoindre Monaco , aprÚs un périple de 3 semaines, traversé l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie par les Dolomites, la Suisse et les alpes françaises.
On nous promet du soleil mais zaussi de la brume, de la pluie voire de la neige... Aucune nobligation, aucune contrainte ou presque: l'hébergement est laissé libre (campinge pour mézig, please), il n'y aura que les contrÎles de passage à faire pour que l'organisation sache si on est là ou pas. Au dos de la derniÚre page, Honda se fend d'une page de pub pour ses motos, en nous proposant de choisir une de ces quatre motos pour faire la Transalp. Ben voyons, y a pluka trouver le financement. Remarques, y en a pour toutes les bourses (comme on dit) alors, petite bourse? une XL 125 fera ton affaire, moyenne bourse? Hop, une 550 F1, et trÚs grosse bourse, le gros lot, une 1000 Gold Wing. Comme ta bourse est plate, tu prendras BB pour partir, rideau! En bas, il y a un bon à découper et à renvoyer pour l'inscription, tu le fais de suite, premier envoyé, premier servi! Hop, une nenveloppe, un timbre, directo ze poste et bonjour les grandes, trééés grandes zalpes!
Yapluka attendre. Bordel, c'est long le printemps, t' es prĂȘt, toi depuis des lustres! Alors, t' as le temps de cogiter. LĂ , te vient comme une idĂ©e (si si). Et si tu partais pas tout seul, hein mon gars, t'en penses quoi de ton idĂ©e?
Passque, des filles seules, y en aura ptĂȘt' mais des gars seuls, y en aura pour sĂ»r, alors autant partir avec une bonne copine Ă toi pour "causer"! Ăvidemment, tu as dĂ©jĂ ta p'tite idĂ©e sur qui tu vas emmener! Seulement, voualĂ , les filles sont, pour toi Ă c't'Ă©poque, des zĂȘtres vraiment zĂ©tranges! Tu les comprends pas toujours trĂšs bien et rĂ©ciproquement! Elle va s'appeler Ăve, elle a le mĂȘme age que toi (ou Ă peu prĂ©s), vous vous connaissez bien, vous zĂȘtes zallĂ©s au lycĂ©e ensembles et elle a l'Ă©norme avantage d' ĂȘtre motarde, ça aide! D'abord, faudrait p'tĂȘt que tu lui proposes gentiment, voire euh, diplomatiquement. Elle pourrait v'nir avec toi, qui sait.
Faut qu'tu cogites sĂ©rieux man, passqu'elle a une 125 cc Honda S3, un p'tit mono tout simple d'une quinzaine de chevaux pleins de bonne volontĂ©. Justement, de la bonne volontĂ©, il lui en faudra des kilo, euh, des tonnes Ă Ăve pour se coltiner les Zalpes en 125, toutes ces bornes, ces cols, passque l'Ăve en question, eh ben, elle a encore jamais voyagĂ© Ă moto, jamais fait de camping, bref tu vas, la gueule enfarinĂ©e, proposer la totale Ă une jeune fille qui ne se doute mĂȘme pas du tiers, du quart, du milliĂšme de la galĂšre dans laquelle son amitiĂ© va l'entraĂźner. C'est bĂŽ, la jeunesse.
Comme elle habite maint'nant en rĂ©gion parisienne (allez, Montreuil), tu profites (c'est pas bien çà ) qu'elle vienne vouar ses parents en province, tout prĂ©s de chez toi, pour l'inviter Ă dĂźner. Of course, vous zallez causer moto tous les deux et tu lui fais part de ton projet perso pour l'Ă©tĂ©. Elle a l'Ćil qui s'allume, bon signe çà ! Continue sur ta lancĂ©e garçon, fais ça Ă l'instinct, comme tu l'sens, c'est comm'çà que tu s'ras le plus mieux convaincant! Tu lui parles donc de la montagne (Ferrat), des p'tites fleurs, du ciel bleu et tout des joies du voyage Ă moto. Tu dois ĂȘtre trĂšs con...vainquant car c'est elle, Ă ta grande surprise, qui te propose de partir avec toi!
Te voualĂ rĂ©duit Ă essayer de lui dire que, peut-ĂȘtre, en 125, ça va ĂȘtre loin, ça va ĂȘtre long , ça va ĂȘtre dur... Rien n'y fait: plusse tu lui dis qu'elle ne sera pas capab', plusse elle veut y aller. Qui croyait prendre se retrouve pris comme un rat: te voualĂ fait camarade, tu l'as voulue, eh ben tu l'as! Quant Ă savoir si tu "l'auras"... La question reste posĂ©e.
La fine mouche a donc quelques bonnes semaines pour se préparer, acheter l'équipement de camping qui va bien et tout. Vous correspondrez pour mettre au point votre début de voyage pour rejoindre le sud de l' Autriche et le reste à l'avenant. Aléa jacta est, comme ils disaient!
C'est comme ça que, au tout dĂ©but juillet 77, tu sors BB du garage au petit matin et que tu pars direction Paris sur Seine, pour rĂ©cupĂ©rer Ăve au passage et continuer votre route commune vers Strasbourg.
Elle est lĂ , qui t'attend, Ă l'heure en plus. Un cafĂ© vite fait et on est prĂȘt Ă partir. Non! Elle veut d'abord te montrer ses achats de camping: tu peux pas dĂ©cemment lui refuser çà ! Alors elle te montre sa (petite) tente sans double-toit, ça promet! Elle te montre son (mignon) duvet sans...duvet, tout lĂ©ger-lĂ©ger: tu en as froid d'avance. Ăvidemment, tout ça tient peu de place et elle n'est pas peu fiĂšre de son chargement "spĂ©cial 125" mais tu n'oses pas lui parler des maxi caillantes que tu vois s'amonceler devant elle. Bon, tu dis rien et, contact, on enquille la route vers l'est, pour voir si des fois, y aurait du nouveau. Tu roules cool devant, elle te suit facile, un petit 90-100 gentil, il ferait presque beau mais zau loin, ça m'a l'air plus, euh, gris.
On a pas roulé depuis une heure que le bleu s'est transformé en bleu-gris, puis en gris-bleu, puis en gris-gris (grigri), puis en gris, et les premiÚres gouttes s'écrasent sur les climax du maßtre.
On s'arrĂȘte pour s'Ă©quiper, combine Plastex bariolĂ©e pour la demoizelle, pantalon de Barbour pour toi qui roules dĂ©jĂ avec la veste sur le dos. On repart sous la flotte qui tombe de plus en plus drue. Ce qu'on ne sait pas, et c'est tant mieux, c'est que ce n'est que le dĂ©but . Continuons le combat! A midi, on s'arrĂȘte pour grailler, il flotte toujours, on est mouillĂ©s dehors mais zencore secs dedans. Bouffe vite fait sous un abri-bus et on continue... Le soir nous trouvera Ă Strasbourg oĂč nous camperons sous la flotte, avec les trains qui passent chaque heure de la nuit. Ăve est crevĂ©e, normal, manque d'habitude de la route, pi en 125, on fatigue plusse! Tu l'aides Ă monter sa guitoune, c'est sa premiĂšre fois (la tente, pour le reste, ai pas demandĂ©). De toute façon, tout le monde il est mouillĂ©, tout le monde il est fatiguĂ© et tout le monde il espĂšre que demain, il fera beau.
Quand tu t'éveilles au petit matin, la premiÚre chose que tu entends, c'est le doux bruit des gouttes sur la tente... Meeerde, il pleut. En fait, il a plu toute la nuit! Il nous faudra donc plier les tentes trempées et repartir passablement dépités par l'environnement plutÎt ,euh... humide!
Ăve tient le coup, le petit mono aussi mais on s'Ă©conomise un max, on avale des kilomĂštres de flotte germanique, on jette mĂȘme pas de coup d'Ćil ici ou lĂ , on essaye de ne pas se dire qu'on en est qu'au dĂ©but et que ça va s'amĂ©liorer bientĂŽt. Ouais, ben justement, ça s'amĂ©liore pas notre affaire, mais zalors pas du tout. On se passe la forĂȘt noire in ze rain, Stuttgart und Munchen idem: on est plus que des robots roulants, les gants pĂšsent un kilo chacun, dans les bottes, les panards apprennent Ă nager. C'est pas la BĂ©rĂ©zina mais ça s'en rapproche. DeuxiĂšme nuit sous la flotte aprĂšs deux jours de drache ininterrompue: ça casse le moral et Ăve accuse le coup et toi aussi. Des zenvies de changer et de couper au sud nous zenvahissent la tronche de plus zen plus souvent: mauvais signe çà .
On passe finalement en Autriche, mĂȘme combat: flotte uber alles, comme ils disent! Nous, ben, on en a ras le truc, de la flotte, on en peut pu, faut que ça s'arrĂȘte sinon on va le pĂ©ter le plomb! Vienne et la pluie: the show must go on, on passe, Richtung (direkssionn) Graz, sud-Ostereich, on aborde la montagne in the rain, on passe une, puis deux vallĂ©es, et d'un seul coup, on le prend en pleine tronche! Osanna! Il est lĂ ! On l'a retrouvĂ©, ze sun, tout jaune, quasi violent, il nous sĂšche le barbour et la combarde en 15 minutes chrono, pour les gants et les bobottes, faudra que tu comptes bien 2, 3 jours.
Et, au dĂ©tour d'un virage, des motos et des motards (pardi) avec les mĂȘmes autocollants que nous : ils zy vont aussi! Ils se sont arrĂȘtĂ©s, devines donc pour quoi? Pour se sĂ©cher tiens. Alors, on fait de mĂȘme, les motards sont grĂ©gaires, c'est bien connu. On dĂ©charge les tentes, les duvets, tout ce qui a pu mouiller et que l'on veut voir sĂ©cher au plus vite des fois que. On discute de la suite et fin de l'itinĂ©raire de regroupement et c'est donc Ă plusieurs que nous verrons arriver Graz non sans un certain soulagement (mein Gott) et le tout sous un soleil d'enfer qui nous chauffe la couenne sous le barbour, faut savoir souffrir quand t'es motard! Comme quoi, fallait pas dĂ©sespĂ©rer.
Ben. On est pas tout seuls, y en a qui zont eu la mĂȘme idĂ©e! Le camping est rempli de tomos, des BM, deux ou trois zanglaises conduites par des zanglais, quelques zitaliennes (Guzzi) et une hĂ©naurme majoritĂ© de japonaizes, des Honda surtout because l'organisation, de tous les modĂšles et cylindrĂ©es de l'Ă©poque, mais aussi une flopĂ©e de 500 XT yam, des Suzuk, quelques rares Kawa. Des 125 aussi et Ăve est ravie (va falloir que tu surveilles ça de prĂšs) et une seule autre 360 G orange dont je fraternise avec le couple de proprios. Un side Honda 750-PrĂ©cision complĂšte l'Ă©ventail des 55 Ă©quipages au dĂ©part fixĂ© au surlendemain.
Le lendemain de notre arrivĂ©e, fait toujours super beau! A croire qu'on a pas voyagĂ© sous la flotte depuis qu'on est parti ou presque! Aussi, tous se prĂ©cipitent pour faire sĂ©cher tout ce qui peut l'ĂȘtre dĂ©s que le soleil est levĂ©, on assiste Ă un salon de la bobotte moto, du gant moto, du duvet de montagne ou de supermarchĂ©, du blouson noir et de couleur et mĂȘme des dessous fĂ©minins en tout genre! Preuve qu'on bien Ă©tĂ© nombreux (et nombreuses) Ă rouler mouillĂ©s!
Chacun en profite aussi pour nettoyer un peu sa moto avant le départ du jour suivant Justement, en nettoyant succinctement BB, tu constates que ton Té inférieur de fourche est cassé! Meeerde! Tu regardes une deuxiÚme fois, yesse, il est bel et bien cassé, juste aprÚs les deux goujons de serrage. C'est vrai que tu as tout vérifié avant de partir, tu as dû sûrement trop serrer, comme d'hab'! T'es un gros malin toi, tu veux toujours trop serrer ce genre de trucs, tes axes de roues, bref t'es dedans, ton ciel s'assombrit soudain, tu vois la Transalp se tirer sans tézig et ta copine partir toute seule et tout et tout! Shit! En plus, c'est de ta faute, une faute de débutant, alors que depuis le départ, tu te la joues vieux motard (que jamais), Tu te traites (silencieusement) de tous les noms et tu en connais quelques zuns. Et tu justifies ton décollage immédiat vers la ville par un besoin urgent de téléphoner.
En fait, tu te prĂ©cipites chez le concessionnaire Honda pour voir si... PremiĂšre bonne nouvelle : la Honda 360 G est importĂ©e in Ostereich (ce sont des gens biens, les autrichiens), deuxiĂšme bonne nouvelle: ils zont la piĂšce en stock (y sont super, les zaut), troisiĂšme bonne nouvelle: ils peuvent te le faire de suite (lĂ , t'es sur le cul depuis 10 minutes chrono) et quatriĂšme bonne nouvelle: ça va mĂȘme pas te coĂ»ter cher. Alors, tu leur laisses BB pendant une heure et tu vas "tĂ©lĂ©phoner" au bar du coin oĂč tu te fais une kolossal bier autrichienne qui te remonte le moral qu'est entretemps revenu au bo fixe! Depuis, tu voues aux zautrichiens un culte du "thĂ© de fourche" que tu bois une fois l'an en lieu et place de la biĂšre, Ă la mĂ©moire de ce jour bĂ©ni!
Quand tu reviens, les zautrichiens ont fait le boulot, t'as un Té de fourche tout bÎ, tout neuf, ni vu ni connu, tu peux te la rejouer au vieux de 24 ans qu'a tout vu et tout vécu. Et tu sais maint'nant que les Té de fourche ça se serre gentiment et pas comme un sourd!
Tu r'viens au camping comme si de rien n'était et tu tapes la discute avec tes voisins de tente, histoire de vouar avec qui on va pouvoir rouler de conserve les jours suivants.
T'as le choix, passque les motards continuent d'arriver et que le camping est réservé pour tous ces voyous à deux ou trois roues. A cÎté de toi, il y a les zoranges, surnom amical que tu donnes au couple sur l'autre 360. A cÎté d'eux, il y a Cégété et deux tentes plus loin y a un aut' gars qu'on a appelé direct "Papier Maïs".
Pourquoi on l'a appelé comme ça? Attends, tu vas comprendre. Papier Maïs est un vieux gars, ça se voit de suite. C'est pas une critique, noon, juste une constatation. Il porte un blouson en nylon rouge, un pull vert flashy, un pantalon bleu roi et des bottes jaunes. Sans nul doute, personne d'affectionné ne s'est penché sur son épaule pour lui dire que les goûts zet les couleurs...
Sur la tĂȘte, Papier MaĂŻs porte un jet de mob sans visiĂšre ni lunettes et, coincĂ©e entre les lĂšvres, une, oui, Gitane maĂŻs.
C'est bien sĂ»r cette clope lĂ qui lui vaut illico son surnom. Tu connais pas la gitane maĂŻs? Ben tu rates kek'chose, frĂ©rot! La gitane maĂŻs, c'est un truc d'homme, enfin de certains zhommes. c'est spĂ©cial sais-tu, la maĂŻs. D'abord, ça s'allume mal, le papier maĂŻs est d'un brun jaunĂątre qui tire sur le marron franc voire le carbonisĂ© et il se consume mal. Donc la gitane s'Ă©teint plus souvent que tu ne le voudrais. L'avantage, c'est que tu peux te la conserver collĂ©e entre les lĂšvres le temps que tu veux. Si tu y tiens vraiment, elle peut mĂȘme restĂ©e collĂ©e, ce qui te permettra de causer sans la perdre. Tu pourras te la rallumer pĂ©riodiquement sans qu'elle s'en dĂ©tache d'ailleurs. Tu comprends mieux, maint'nant, pourquoi RenĂ© (c'est son vrai prĂ©nom) il est restĂ© vieux garçon?
Papier MaĂŻs roule Ă moto sans trop savoir pourquoi, il va au boulot avec et sort le dimanche aussi avec. Il est pas passionnĂ©, il va pas aux courses, ne sait rien des zautres marques et modĂšles: sa moto, c'est une Honda 125 XL et pis c'est tout. Papier MaĂŻs, il est venu Ă la Transalp par hasard il a vu le papier chez Honda, s'est inscrit "pour voir" et s'est tapĂ© le trip sous la flotte, comme les copains, sans broncher, tout seul. Papier MaĂŻs rigole tout l' temps, il a pas d'bagnole, et il s'en fout. D'ailleurs, il l'a pas, le permis caisse. Papier MaĂŻs est pur et dur mais il ne le sait pas. Et pi c'est tout! C'est dĂ©cidĂ©, le Papier MaĂŻs, il va rouler avĂ© nous! D'ailleurs, Ăve, ta copine, elle est contente qu'il y ait une aut' 125 avec vous zaut'.
CĂ©gĂ©tĂ©, c'est aut' chose. C'est aussi un vieux gars professionnel mais c'est passque sa moman elle fait trop bien la cuisine. Alors le Mo (Maurice) il est restĂ© Ă la maison Ă la mort du pĂšre. Mo, il a une BMW, 750, une sĂ©rie 6, bleue de chez belle, nickel de chez chrome, Ă©quipĂ©e Babin et tout. Le Mo, il est pur et dur et il le sait! Il a bien eu le permis caisse, y a longtemps et une ou deux caisses Ă roulettes, dont une belle et rare française: une Facel VĂ©ga. Mais Mo, c'est la tomo qu'il aime et BM uber alles. Pourtant, pour aller au turbin, le Mo a achetĂ© un "cub" Honda, un petit vĂ©lomoteur japonais qui lui dure depuis 20 ans. Il dit que ça marche bien, que c'est solide mais qu'il n'achĂštera jamais de moto japonaise BM, pourtant c'est "schleu" et les schleus, le Mo, ben il les zaime pas, vu qu'ils sont v'nus faire du tourisme de masse dans les zannĂ©es quarante et que ça se fait pas de rester chez les gens comme ça, sans zy ĂȘtre invitĂ©s. Et puis le Mo, il est politiquement engagĂ©, on va pas tarder Ă le savoir que le Mo, il milite Ă la CĂ©gĂ©tĂ©, bordel, et que bordel, la lutte des classes. Tu connais la suite.
Bon alors, bordel, le Mo alias Cégété, est engagé dans la troupe, ça nous fera de bonnes discutes le soir au coin du feu!
Yves, le proprio de l'autre Honda CB 360 G orange, est un motard accompli, il a un trĂ©s bon coup de guidon, fait ce qu'il veut de sa moto, la bichonne, la transforme et l'amĂ©liore. Il a les moyens techniques Ă l'atelier oĂč il travaille et le savoir-faire dans sa tĂȘte. Raisonnable mais passionnĂ©, discret mais passionnant, il sait se faire Ă©couter et respecter de tous. Danielle, sa compagne, allie avec bonheur la gouaille de sa banlieue de Sevran et la bonne humeur de ce petit bout de femme pleine d'Ă©nergie! Les zoranges vont rouler avec nous!
Ăvidemment, ça fait une petite troupe hĂ©tĂ©ro...clite, Ă la gauloise, avec des p'tits, des gros, des 125, deux 360, et une 750! Comme quoi, on refait le monde avec nos diffĂ©rences et nos ressemblances! CĂ©gĂ©tĂ©, avec ses 56 berges bien tassĂ©es, jouera le rĂŽle du pĂšre, Papier MaĂŻs celui du pĂ©pĂšre, les zoranges, Ăve et toi seront les petits nenfants. Vive la grande famille motarde!
Le reste de la journée se passe à regarder les motos, les motards et les motardes du groupe: y a des belges et comme y zont le sens de l'humour, y en a un avec une jaune moto, elle va s'appeler la friteuse, une fois!
Y a deux zallemands avec, ya, des BM nickels, naturlich. Deux ritals itou, mais avec des Gouzzzi , y sont que deux mais Ă les entendre causer, on dirait qu'ils sont quinze. Etre rital, c'est ignorer la solitude!
Serait pas étonnant qu'à cette heure-là , les zangliches prennent le tea. Ben non, tout fout l'camp, mon brave mister, y zen sont à la biÚre, euh, aux biÚres, vu le nombre de cadavres gisant sur le sol prés de la britiche guitoune.
Tout va bien dans le meilleur des mondes motard, adtaleur y aura le briefing, on nous donnera le rodbouk, les motocollants et aprés y aura un grand raout commun avec à boire et tout, et pi d'main, coup de kick ou de démarreur et ya basta, on la commencera pour de vrai, bordel, la Transalp, et pi c'est tout!
Le souar, donc, à la veillée ou presque, a lieu le festin tant attendu! Et on a rien perdu en attendant! Honda avait fort bien fait les chozes, à manger plus que pour tout l'monde et à boire itou!
On a tous fraternisé autour d'un verre, euh, de plusieurs, euh de beaucoup de frÚres et les gentils zorganisateurs ont eu quelques difficultés à se faire entendre puis à se faire comprendre, bref, l'ambiance était chauuuuuude. Les zorganisateurs c'est comme les moustiquaires, euh, les mousquetaires, trois qui sont et, pi bordel, t'as encore un peu bu et 'tain, mais ou qu'elle est ma tente? C'est quand qu'on part? La nuit a été courte, les verres nombreux, les frÚres nombreux, les zexplications ténébreuses, coucouche panier.
L'idée de la Transalp avait germé dans la cervelle de Philippe Jambert, qui sévissait alors dans les pages du petit livre rouge des motards (vous me suivez là ?). Avec ses potes, il avait reconnu l'itinéraire pendant l'été précédent en Honda 550 F1. Philippe Jambert était, pour ceux qui s'en souviennent, un motard respecté de tous pour sa compétence Pour l'anecdote, il s'était inscrit au Paris-Dakar avec une BMW R 65 de série (oui, tu as bien lu, une bécane de route stock , comme la tienne) et il avait tenu plusieurs étapes avant de jeter l'éponge dans les sables du Sahara, c'est te dire s'il en voulait, le garçon !Quelques années plus tard, Philippe Jambert est décédé d'un cancer.
Son collÚgue à MR, Christian Delhaye, a, lui aussi, reconnu l'itinéraire au guidon d'une Honda 250 XL, le petit trail de la marque qui a donné le goût du voyage au long cours à toute une génération de motards avec la 500 XT Yamaha. Le troisiÚme "moustiquaire" c'était Marcel Robin, alors président du club Honda, il était venu reconnaitre avec son épouse, leurs bagages, le tout sur une GL 1000, le quatre cylindres GT de l'époque, protégés par un carénage Stratos aux lignes futuristes qui lui donnait l'air d'un avion furtif avant l'heure! Si Marcel était passé avec son avion de chasse, alors nous zaut', avec nos zavions de guerre de la derniÚre, on devait passer les doigts dans l'nez.
Ils nous zont donc brifé dans une ambiance chaude de chez torride, la biÚre autrichienne coulant à flots, et tu n'as gardé que peu de souv'nirs du reste de la soirée car tu as dû t'écrouler durant les prolongations.
Ma tĂȘĂȘĂȘĂȘte... Pourquoi tout ce bruit, lĂ , dehors? Et pi pourquoi tu dors dans une tente avec les pieds dehors? Ah oui, ça y est, ma tĂȘĂȘĂȘte, la transtruc, t'as encore trop bu, ça devient une nhabitude, faudrait voir Ă arrĂȘter, tiens, tu commences demain. Tu risques un Ćil dehors, puis deux, y a du monde qui s'active, qui plie ze guitoune, c'est le grand jour, y parait qu'on part aujourd'hui! Bordel, branle bas de combat, tu te lĂšves d'un bond, t'oublies que t'es dans une tente et tu te prends le mat central in ze tronche, ma tĂȘĂȘĂȘte, ça fait beaucoup. Tu t'accordes un stop and go de 10 minutes.
Faut te lever, plier, essayer de remettre les bobottes qui, entretemps, ont trop séché et sont dev'nues dures comme du bois d'arbre. Elle est dure la vie c'matin.
Vers les 10 plombes du mat', tout l'monde il est enfin prĂȘt au dĂ©collage, alors, ça yĂ©, tout le monde il s'en va? Noon, y a quelqu'un qui braille un nom au micro, un con qu'a oubliĂ© de payer son camping et y z'ont son passeport, alors si le con y veut bien aller le payer, son truc, y pourra pt'ĂȘt se le rĂ©cupĂ©rer son passeport. Ouais, ben le nom, on dirait le tien et ze pass, c'est taussi le tien et le con, ben ouais, c'est toi. Sous les zapplaudissements nourris des motards en dĂ©lire tu retardes la bande de 15 minutes et ceux qui n'attendent plus que toi pour causer avec la montagne te font une haie d'honneur quand tu rejoins le groupe. Kickes un coup, t'es tout pĂąle!
La premiĂšre Ă©tape de cette Transalp 77 n'est pas qu'une simple mise en jambes: Elle nous mĂšnera de Graz, notre point de rencontre, jusqu'Ă Althoffen, toujours chez nos zamis zautrichiens, au bout de 352 km et sept cols Ă franchir. De quoi savoir de suite si tu ne t'es pas trompĂ© de film ! Pour corser le truc, il y a 3 spĂ©ciales sur le parcours, ce sont des portions non asphaltĂ©es qui reprĂ©sentent plus de difficultĂ©s pour les routiĂšres surtout si la pluie s'en mĂȘle.
Il n'y a cependant aucun critĂšre de vitesse, ou de moyenne Ă tenir, ce n'est surtout pas un rallye, une course, rien que du voyage Ă moto!
Mais il fait beau et tout le petit monde Ă deux et trois roues s'Ă©gaye dans la campagne environnante... S'Ă©gaye, c'est bien le lot... Bien peu d'entre nous sait lire correctement un road book, si bien fait soit-il. Pour beaucoup, c'est mĂȘme le baptĂȘme de la venture!
Donc, on peut voir et entendre du motard un peu partout et dans tous les sens! Il nous zarrivera ainsi de croiser plusieurs "familles" toutes zaussi persuadĂ©es que nous, d'ĂȘtre dans la bonne direction! Folklorique, cette premiĂšre Ă©tape! Baragouinant un peu l'allemand, tu arrives Ă aiguiller notre petite famille dans le "bon" sens et, bien malgrĂ© toi, tu es Ă©lu "guide du jour". Notre itinĂ©raire nous zemmĂšne sur des routes puis des chemins de campagne de plus zen plus zetroits. Tu te demandes mĂȘme si le guide du jour ne s'est pas plantĂ© grave.
L'air ahuri du fermier du coin voyant ainsi dĂ©bouler une "famille" de motards français lui demandant avec trois mots et quatre gestes le chemin pour, celui oĂč il n'a encore jamais vu de motards passer, ça le laisse songeur et nous aussi! Mais, en suivant Ă la lettre le road bouk, on arrive au col d'Eisernez avec ses 21 % de pente, pas de doute, on est sur la bonne route. Mais c'est pas fini, on a bien comptĂ© et recomptĂ©, y a encore quatre cols Ă se faire avant la tombante et l'aprĂšs-midi est bien avancĂ©. Faut donc se manier le ... si on veut pas finir Ă la bougie. Dans la foulĂ©e, on passe un aut' col et on rejoint le Pyhrn Pass avec ses petits 945 mĂštres mais dont la montĂ©e ET la descente sont en complĂšte rĂ©fection, alors c'est terre, trous, bosses, et gravillons pour tout l' monde. Les trails vont s' marrer mais, nous zaut' ben, on dĂ©guste. On arrive en bas, dans le dĂ©sordre mais chacun sur sa moto. On sourit mais crispĂ©s, on les za bien serrĂ©es, les fesses!
Encore deux cols, on est fourbus, c'est kankonarrive? Deux cols, de la route, on branche l'automatique, tout le monde il suit le guide qui, lui, ne suit personne et, par miracle, ne se trompe pas et on arrive crevĂ©s mais contents, Ă moins que ce ne soit l'inverse, Ă Althoffen sans zavoir rencontrĂ©s d'autres familles en route! C'est par oĂč la douche, tu voudrais dormir. Ce soir lĂ , les familles arriveront jusqu'Ă trĂšs tard, le camping va rĂ©sonner des bruits d'Ă©chappement jusqu'Ă pas d'heure. Le rĂ©veil sera dur demain, va y avoir du manque Ă l'appel du matin, allez, on fait dormir les zyeux, ça se fait tout seul tellement on est fatiguĂ©s.
Comme prĂ©vu, le lend'main matin, le rĂ©veil est dur pour tout l' monde. Cette seconde Ă©tape est cependant plus courte: 200km et ne nous fait passer que deux cols, mais il y a trois spĂ©ciales sur le parcours et le road bouque est formel, le parcours entre Oberboden et Dobriach sera trééés difficile. Mo, qui n'apprĂ©cie pas trop les spĂ©ciales dit que c'est normal, " Ben, oui, avec des noms pareils, qu'on peut mĂȘme pas prononcer comment que tu veux que ce soit facile?". Tu dois avouer qu'il n'a pas tort le Mo, on va encore amuser le paysan local, tu le sens, va y avoir de la pagaille dans l'coin et tu n'as pas apportĂ© ta boussole. Ne songes pas Ă ton GĂ©pĂ©hess, ça n'existe pas zencore c't engin-lĂ . Alors, on va pas ĂȘt' pris deux fois, c'est qu'on est des zintelligents, nous zaut', on nĂ©tudie bien ze rode bouck avant de partir, on fait pas comme les GP men qui se tirent ze bourre in ze camping et on ze road!
JustanĂ©ment, ze rode-machin, lĂ , il nous dit qu'Ă Arriach, il faut, tu cites: "Essayer de prendre le chemin muletier qui se trouve Ă 200 mĂštres avant la route". Bon, faudra zyeuter, les mecs, sinon paumance direct! Et ze rode bouque, il ajoute, tu rĂ©cites: "Si vous vous perdez dans la forĂȘt, roulez toujours vers l'ouest, sur 3 Ă 4 kilomĂštres, puis piquez au sud pour retrouver Arriach". Ben tiens! Yapluka! SĂ»r que depuis c't'Ă©poque, y a des motards perdus qui hantent la forĂȘt et qu'on retrouvera 32 zans plus tard comme on na retrouvĂ© des soldats nippons aprĂšs la deuxiĂšme derniĂšre. HĂ©, les gars, pouvez arrĂȘter de rouler lĂ , ze Transalp, elle est finie y a longtemps! Ya prescription!
Alors, on part coolos, en zyeutant un max passque au bout de 20 bornes, y faut longer la riviĂšre Wimitz par le chemin et pas par la route. On le trouve facile, normal on nest des zintelektuels et CĂ©gĂ©tĂ© y dit rien, y suit mais y pense pas moins qu'on nest trop allĂ© Ă les cole et que ça nous za montĂ© Ă la tĂȘte. ArrivĂ©s en bon ordre Ă Arriach, on chouffe le muletier sentier qui doit nous mener Ă Arriach! Hein? Ben ouais, c'est une boucle in ze forest, tĂ©! Dans la famille, y en a un qu'est plus zintelligent que les zintelligents, il n'enlĂšve pas sa gitane mais pour nous dire, l'Ćil narquois "ben, o, file direk, pi c'est tout! Ya, mais ya un contrĂŽle de passage in ze forĂȘt, ach so ya? Alors, on y va par le ch'min, et pi c'est tout! La famille se met en marche, en file indienne vers la forĂȘt du loup.
Le muletier sentier est lĂ , sous nos zyeux, la preuve? Des traces de peuneus, mon cher watsonne, de motos qui plus est! Alors, on ajoute nos traces et on plonge in ze forĂȘt en suivant le vague chemin qui n'en devient plus zun, mais deux puis trois puis pleins. Yes, ze guide is paumed! On narrĂȘte la famille et on esgourde: la forĂȘt est remplie de tomos dans tous les sens! On croise des familles, des zisolĂ©s, des perdus, des qui cherchent les perdus, marrade gĂ©nĂ©rale, mon capitaine! Help! On va rouler au pif, au bruit, et on tombe sur le contrĂŽle tout Ă fait par hasard! aprĂšs une errance feuillue on va retrouver l'orĂ©e de la forĂȘt, repĂ©rer Arriach et notre route. SĂ»r que si un local s'Ă©tait promenĂ© dans la forĂȘt du loup ce jour-lĂ , il serait mort de rire!
Le parcours notĂ© trĂšs difficile ne le sera finalement pas trop et on passera notre deuxiĂšme et dernier col le Passo di Pramollo en fin d'aprĂšm avec un second contrĂŽle de pas sage au sommet et nous arriverons Ă Pontebba, dans les Dolomites italiennes pas trop tard, mais le ciel s'est obscurci et laisse prĂ©sager des lendemains humides. Allez, on plante la guitoune, on louche du cĂŽtĂ© d'Ăve qui te semble accompagnĂ©e par trop de bonnes volontĂ©s masculines pour que tout cela soit vraiment honnĂȘte. Wait and see.
Pas besoin d'attendre longtemps. Quand tu pointes le nez dehors le lendemain matin, tu peux entendre la pluie sur les dolomites. Pas de chance pour les transalpins car cette troisiĂšme Ă©tape s'avĂšre des plus copieuses: 244 km et huit cols au menu, de quoi vous donner une bonne indigestion. On plonge avec angoisse dans la bible quotidienne, le road book, et lĂ on y lit: Attention, la spĂ©ciale Pontebba-Paluzza est extrĂȘmement difficile et pratiquement impossible pour des machines de tourisme. ItinĂ©raire de remplacement: Pontebba-Tolmezzo-Paluzza. Bon, les mecs, conseil de guerre, kissĂ© ki vient? CĂ©gĂ©tĂ© dĂ©clare forfait et veut prendre l'itinĂ©raire de remplacement direct, il nous quitte donc pour la journĂ©e en nous souhaitant bonne chance et bon courage! Ca promet, garçon! La famille raccourcie se met en route directionne la riviĂšre Pontebanna, ça se corse de suite dans les Dolomites!
DĂ©s les premiers lacets, on comprend l'ampleur de la mĂ©ga galĂšre qui nous zattend: une grimpette, sur une piste vers le Passo del Canson di Lanza, une mĂ©ga montĂ©e en lacets non asphaltĂ©s avec 40 % de pente, tu peux le lire sur le panneau d'avertissement placĂ© bien en vue au bord de la piste. T'en as souvent vu des pourcentages comme ça? Nous non. On grimpe en premiĂšre, en s'aidant des pieds parce qu'il pleut en plus, que c'est donc humide et que la pluie de la nuit a apportĂ© plein de pierres, de branches et de trucs sur le parcours. MĂȘme Ă basse vitesse, il y a des chutes, des versements d'hommes et de machines, c'est dur, trop dur, les passagers descendent, on pousse, on tire en se disant que ce sera mieux lĂ -haut. 'tain, on en a tous bien ch... On est tout un gros paquet de motos Ă grimper comme des limaces, chaque lacet gagnĂ© est un petit exploit commun. En arrivant presque "lĂ -haut" dans un lacet, on se retrouve tous, petits et grands, face Ă un mur! Un Ă©naurme Ă©boulis nous barre le chemin, NOTRE CHEMIN, consternation gĂ©nĂ©rale, un ras-le-bol parcourt la troupe rassemblĂ©e devant ze mur, on pourra jamais passer çà ! Il doit bien faire entre quatre et cinq mĂštres! On grimpe, on escalade le mur, derriĂšre c'est cassĂ©, le chemin s'est fait la malle sur une quinzaine de mĂštres. C'est bel et bien foutu, camarades!
On s'est donc crevĂ© le c.. pour rien, par contre le plus dur est Ă venir, faut faire faire demi-tour Ă toute la clique, l'un aprĂšs l'autre et redescendre les 40 % dans l'autre sens! L'enfer, nous zavons vĂ©cu l'enfer! On est tombĂ©, on a relevĂ©, on est retombĂ©, Pontebba, si tu veux savoir, c'Ă©tait notre BĂ©rĂ©zina. Personne n'est passĂ©, il a fallu rebrousser chemin et prendre l'itinĂ©raire de remplacement sous la flotte. Du coup, on s'est pas arrĂȘtĂ© pour becqueter l'midi, on s'est tapĂ© 6 cols, les zuns aprĂšs les zaut' et on est arrivĂ© tréés tard Ă Falcade, on est mĂȘme pas allĂ© Ă la soirĂ©e d'animation folklorique prĂ©vue, passque l'animation de la journĂ©e, elle Ă©tait folklorique, des tas de boue motorisĂ©s, avec des bleus zet des bosses, des traces de gamelle sur les gens et sur les bĂ©canes. Panne de moral gĂ©nĂ©rale. C'est par oĂč qu'on dort?
Ce soir-là , dans les rangs de la grande famille des Transalpins de Juillet 77, c'est pas la grande forme, beaucoup ont décidé de laisser béton et partiront le lendemain sous des cieux plus cléments. Pouvait-on en vouloir aux zorganisateurs? Tu feras une normande réponse: oui et non! Oui, parce qu'ils auraient du envoyer un ouvreur pour voir si l'itinéraire était praticable ou non surtout aprÚs les pluies de la nuit et non, car c'est la montagne qui dicte sa loi et qu'il faut faire avec. La leçon portera cependant, un ouvreur fera l'intégralité de l'itinéraire un jour avant nous et reportera à l'organisation l'état des lieux. Cette solution, acceptée par tous, nous sauvera la mise plusieurs fois avant la fin du périple et prouvera donc son utilité.
Les deux 125 de notre famille, Papier MaĂŻs et Ăve, auront eux aussi leur part de gamelle gĂ©nĂ©rale mais Ăve te surprend chaque jour, elle tombe toujours plus vite que son ombre mais se relĂšve de mĂȘme et repart sans se plaindre, le sourire aux lĂšvres, c'est de la graine de vraie motarde!
Mais... Tu n'as pas tout dit. Depuis votre arrivĂ©e, Ăve fait l'objet de bien (trop) de convoitises. Tu parles, l'Ăve, elle est plutĂŽt du genre bien roulĂ©e. Des cheveux mi-longs, entre le roux et le blond. De jolis zyeux verts, un sourire avenant, une ligne trééés "design" et deux gros poumons!
Alors, "Ă©videmment" les garçons tournent autour! Ils ne savent pas si c'est TA copine ou juste UNE copine et tu ne fais rien pour les zaider et tu t'es promis de la ramener telle qu'elle est partie et que, si en route, elle devenait TA copine, ben tu serais pas mĂ©content, quoi. MĂȘme t'en serais trĂšs content d'ailleurs!
Le lendemain, réveil tÎt comme d'hab, vive les ouacances! Non, pas de ouacances pour les galériens de la Transalp, au menu 375 km et 9 cols, tous dans les dolomites mais y pleut pu! Bon , tu connais les russes montagnes? Eh ben, c'est dans les dolomites qu'elles sont! Si, tu peux m'croire,c'est simple, tu montes, tu descends, tu remontes, tu redescends. Toute la sainte journée on fait, défait et refait ça!
T'as plutĂŽt intĂ©rĂȘt Ă aimer sinon t'es mal! Parfois tu passes, et toute la famille avec, deux cols coup sur coup, sans mĂȘme t'en apercevoir! Le plus bas, c'est le Passo Gobbera avec 988 m, le plus Ă©levĂ© ("çui-lĂ il est mal Ă©levĂ©" dira le Mo qui se paye une belle Ă©querre dans un mĂ©chant droit mal indiquĂ©) c'est le Giogio di Bala avec ses 2612 mĂštres. Bref, tu sais quoi? Ben, ce jour lĂ , on s'est envoyĂ© en l'air du matin au soir, voilĂ !
On s'est arrĂȘtĂ©s le midi en bas pour s'engouffrer des spags, la serveuse (charmante) a eu un peu peur en voyant dĂ©bouler la famille mais, quand elle a vu les deux femmes Ăve et DaniĂšle, elle s'est sentie plus rassurĂ©e! Elle a dĂ» trouver zarbi que les francesses ils ne prennent que des zentrĂ©es et des sorties mais, que voulez-vous, que peut-on manger de mieux que des spags et un tiramisu? Tiens, Ă propos, tiramisu, tu sais c'que ça veut dire en rital? Ben, ça veut dire " EmmĂšne-moi au ciel". Alors, tu vois, hein, on t'l'avait dit, qu'on sait envoyĂ© en l'air toute la journĂ©e, le midi aussi! Des journĂ©es comme ça, t'en reprendrais bien toute une grosse part!
Pas de spéciale à se goinfrer, personne ne critique, Pontebba est encore tout frais dans les zesprits, dans les cÎtes de quelques zuns et sur pas mal de machines. Alors on s'repose et la derniÚre descente parcourue, on arrive à destination, contents mais fourbus, à moins que ce ne soit le contraire! Allez, direczione il campingji et una birra bien fraßche pour tout l'monde!
Justa avant la deuxiÚme biÚre (mais si, tu sais bien, tu commences par une biÚre et puis y en a toujours un qui propose gentiment de remettre ça) y a Bebert-le side qu'arrive avec madame en duo, le side vide! On s'étonne et on va aux nouvelles: le side en a pris un bon coup à Pontebba et le tirant du haut a lùché. Bébert-le side (non, pas le Cid) a l'habitude. Son panier, c'est un Précision des années passées (passées depuis loongtemps, quoi). Madame Bébert, l'épouse d'icelui (hein, tu m'suis, là ?) est, disons, euh, assez, euh, tu vois. Hein, tu vois pas? Bon, forte, quoi, alors ça tire sur le side et Bébert, tu peux m' croire, c'est pas un manchot. Alors, Pontebba, la montagne, les ch'mins mul'tiers et tout, ben, le panier, il a voulu tirer sa révérence!
Le couple "leside", c'est un peu comme Laurel et Hardy, tu vois, y en a un qu'est tout grand et maigre et l'autre plutĂŽt petite et grosse, comme t'es zintelligent, tu peux deviner. BĂ©bert, outre qu'il est sidecariste chevronnĂ©, c'est aussi un as de la soudure, il sait ou, quoi, comment et pourquoi. On va le regarder faire chez le mĂ©cano du village, BĂ©bert, il a pas besoin de causer schleu ou rital, trois gestes et deux mots lui suffisent, les deux gars sont du mĂȘme milieu et se comprennent, c'est l'internationale de la mĂ©canique!
BĂ©bert chausse les lunettes (ça se chausse, des lunettes?) et il allume le chalumeau, Il chauffe lĂ oĂč il faut, le temps qu'il faut et comme y faut, rĂ©sultat des courses, le tirant ne se tire plus, madame BĂ©bert peut rĂ©intĂ©grer le side tout vieux tout beau et l'Ă©quipage "leside" est prĂȘt Ă repartir comme en cinquante! Attends, tu sais pas tout, le mĂȘme scĂ©nar va se reproduire tous les 2-3 jours et Ă la fin du pĂ©riple, le side aura plus de soudures que de mĂ©tal franc. Mais il tiendra toute la Transalp. BĂ©bert, t'es un pro du chalumeau.
De son cĂŽtĂ©, Ăve se fait draguer Ă droite comme Ă gauche et tu ne sais plus oĂč donner de la voix ça va ĂȘt' dur de conserver ton leadership dans les 3 semaines qui restent. DĂ©s que le p'tit mono tombe, et il tombe souvent, le bougre! Il y a toute une bande qui se prĂ©cipite pour relever la tomo et la d'moiselle, surtout la d'moiselle d'ailleurs! Va te falloir veiller au grain et si tu laisses faire, le renard n'est pas loin!
Le lendemain, c'est reparti dĂ©s l'aube, Ă l'heure oĂč blanchit la campagne. Ouais, c'est bĂŽ, mais cherche pas, c'est du Victor. Ouais, le Victor, y faisait pas la Transalp, passque la campagne, elle est toute verte!
Well, ze rode bouque lĂ , il dit quoi? Il dit 130 petits kilomĂštres mais 4 cols quand mĂȘme, histoire de pas perdre la main. C'est du lourd, les cols au menu du jour: tous Ă plus de 2000, ça cause! Et c'est lĂ que le Victor, il m' a scotchĂ© passque la "campagne" lĂ haut, ben, ouais, l'Ă©tait toute blanche. De la neige sur les sommets et sur les pentes, on va attaquer cool.
De la neige sur les rochers du haut, on se passe les deux premiers cols un peu frisquets dans le p'tit matin et pour les deux zaut' on verra dans l'aprĂšs-midi aprĂšs la pause dĂ©jeuner. Au menu, charcutailles italiennes, fromages et "envoie-moi-au-ciel". la Transalp, c'est pas l'endroit pour maigrir! Le chef cuistot c'est le Mo. CĂ©gĂ©tĂ©, la bouffe ça l'connait. Il est mĂȘme prĂȘt Ă louper une spĂ©ciale s'il y a un bon resto sur la route. A 56 berges, Mo considĂšre qu'il a fait plus de la moitiĂ© de sa route, bordel, et que, les vacances, c'est taussi fait pour (bien) manger, se taper la cloche, bordel, et tout! Parfois on le suit, parfois non. Tu vas comprendre maint'nant pourquoi le Mo, il aimait tant la bonne cuisine Faut que tu racontes.
Une fois la Transalp finie, tu resteras en contact avec la famille "lamoto" et surtout avec MO. Cégété et toi vous ferez de bons coups de motos zensembles, deux fois au Maroc puis Mo viendra redécouvrir la Normandie et dormir à la maison, tu lui feras donc à manger mais tu n'es pas fin cuisinier. Mo aura l'intelligence de n'en rien dire, de toute façon, tu le sais déjà . Quelques temps plus tard, c'est toi qui ira voir Mo dans son fief de la bonne et vieille ville de Sens dans l'Yonne. Justement vieille sa ville et le Mo, il habite une vieille maison dans le vieux quartier de la vieille ville (tu m'suis là ) et pour rentrer sa Beumeu dans son "garage" qui n'est, en fait, qu'une piÚce aménagée en garage, il faut emprunter (et le rendre, té) un long couloir étroit, tellement étroit que sa BM passait pas! Alors, le Mo s'est fùché, il a pris le burin et il a attaqué le tuffeau pour que ça passe! Ta CX passera bien juste au niveau des sacoches.
Dans la vieille maison de Mo, il y a la trĂšs vieille moman de Mo. TrĂšs vieille peut-ĂȘtre mais trĂšs gentille assurĂ©ment, les amis de Mo sont aussi ses enfants! Elle va donc te dorloter, te cajoler et t'aimer comme elle aime son Maurice depuis toujours. Elle va te faire ce soir lĂ un poulet Ă la bourguignonne Ă tomber par terre. Jusque lĂ , tu n'avais rien mangĂ© d'aussi bon. Plus de 30 ans aprĂšs et aprĂšs avoir bourlinguĂ© dans pas mal de pays que la terre porte, tu te souviens toujours du poulet de la moman de Mo. Le Chassagne Montrachet qui l'accompagnait Ă©tait aussi de la partie et la soirĂ©e consacrĂ©e Ă raconter Ă Moman nos voyages Ă moto au sud marocain et en AlgĂ©rie. Deux ans plus tard, Moman s'en allait elle aussi en voyage. RestĂ© seul, Mo a pris sa retraite et s'est achetĂ© un side pour ses vieux jours. Un side Dniepr, cela va sans dire, hein CĂ©gĂ©tĂ©. Mais zavec un moteur BMW derniĂšre mouture, passque bordel, faut pas dĂ©conner, hein Mo. MĂȘme que, pendant un temps, il a Ă©tĂ© prĂ©sident de l'amicale Dniepr de la rĂ©gion. Mo, c'Ă©tait un pur de dur. Bourru peut-ĂȘtre mais, cachĂ© dessous, y avait un cĆur en or.
Quant il a bien fallu aller faire dormir les zyeux, tu t'es rendu compte que la vieille maison de Mo, elle Ă©tait aussi petite et que tu allais dormir dans la mĂȘme chambre que Mo. Dans la mĂȘme chambre MAIS aussi dans le mĂȘme lit, oui.
Un peu Ă©troit mĂȘme, le lit, Ă l'ancienne, quoi. Que pensez-vous qu'il arriva? Rien. Rien qu'un scoop quasi mondial, voire intergalactique:la gauche-syndicale ET l'extrĂȘme gauche pouvait dormir dans le mĂȘme pieu sans plus de soucis de savoir lequel ronflerait le premier ou le plus fort. Ătait-ce la gauche syndicale qui dormait Ă gauche ou bien l'extrĂȘme gauche qui a dormi, cette nuit-lĂ , Ă l'extrĂȘme droite? Nul ne l'a su, car c'Ă©tait le "grand soir" et le Chassagne aidant, ce fut la paix des braves.
Maintenant, Ă l'heure oĂč tu lis ces lignes, Maurice n'est plus avec nous mais quand tu passes dans l'Yonne, tu fais le dĂ©tour jusqu'Ă Sens en souvenir de lui, de Moman-Maurice, du poulet Ă la du Chassagne et du "grand soir", bordel, on les aura!
Ăa pourrait commencer comme ça. Ce matin, Georges a sorti ses fauteuils en osier! Pour toi, c'est un signe! Signe que Georges sait qu'il va faire beau aujourd'hui mais aussi demain et encore les jours suivants!
Bon signe donc. Le Georges, c'est ta grenouille à toi. Sûr que le Georges, il ne les sortirait point, ses osiers, s'il n' était sûr du temps qu'il va faire!
Tu as donc cru Georges "sur parole" et de bon matin, tu es allé LA chercher, au garage, ta BELLE BLEUE.
Vous ĂȘtes partis, tous deux, pour une longue balade dominicale dont vous zavez le secret. Tu les zappelles tes journĂ©es "kalĂ©idoscopes" parce que tu vois tellement de choses dans cette journĂ©e que tu rentres la caboche pleine d'images et que tu t'endors d'un coup, heureux qui comme Ulysse .
C'est bien ce que vous zavez fait ensemble tout ce dimanche,le George avait, une fois de plus, entiÚrement raison: il a fait beau tout le jour, ce qui, pour un dimanche de Mars normand tient du miracle météo, merci le Georges.
Pour le remercier de sa bonne action, tu es venu échouer ta Belle Bleue tout prés des osiers dudit Georges et tu es allé t'affaler dans ton osier favori, la tronche bien à l'ombre et le reste du corps au soleil, histoire de recharger les batteries.
Of course, tu as commandé d'un geste ta biÚre favorite à l'époque, une Guinness bien noire, avec ce qu'il faut juste de mousse crémeuse au sommet. Tu y as écrit du doigt "BB" pour Belle Bleue, le surnom secret de ta moto, parce que tu l'as choisie Bleue comme la mer. Ses initiales resteront inscrites dans la mousse jusqu'à la derniÚre gorgée, tu le sais.
Mais ta biĂšre est lĂ , sur la table, elle s'Ă©chauffe doucement et tu n'y touches mĂȘme pas! KĂ©sako ?
Il y a que, depuis que tu t'es assis dans ton osier prĂ©fĂ©rĂ©, tu as sorti de ta poche une revue, Ă la couverture rouge, toujours de la mĂȘme couleur et la photo de cette couverture toujours dans un cercle: le petit livre rouge du motard de l'Ă©poque: Moto Revue.
Pas de panique pourtant! Généralement, cette revue avait tout pour t'ennuyer ferme: des tas d'articles sur telle ou telle sportive à la mode, de la technique à n'en plus finir et des reportages sur toutes les compÚtes des plus locales jusqu'aux GP... Rien là -dedans ne t'intéressait. Rien... Sauf cet article-là dans ce numéro là .
Mais... Ca aurait pu aussi commencer comme ceci: Ben alors, kess tu fous? Ca fait deux plombes que t'es scotchĂ© lĂ , dans cet osier pourrave, Ă ne mĂȘme pas siroter ta Guinness chaude et tu n'as pas levĂ© un Ćil sur moi! Pire, tu ne m'as pas adressĂ© la parole depuis qu'on est tarrivĂ© dans ce rade d'enfer! Alors, c'est ça, hein, dis-le que tu m'aimes plus! Tu es avachi lĂ et tu n'as d'yeux que pour elles, toutes plus belles les zunes que les zautres! Tu vas me vendre, m'abandonner pour une nautre? Je le savais bien, qu'on pouvait pas te faire confiance!
Pourtant, nous deux, aujourd'hui encore, on s'est pas bien baladĂ©? Je t'ai emmenĂ© lĂ oĂč tu as voulu, pas de panne, pas de coup en douce, la compagne modĂšle j'ai Ă©tĂ©! MĂȘme que tu me parlais, des mots tendres tu me disais. Tu me parlais du plaisir que tu Ă©prouvais, Ă te promener avec moi sur les routes. Et maintenant que mĂŽssieur est satisfait, plus rien. Plus d'attentions, plus de mots doux. Tous les mĂȘmes, tiens. Quand ils zont obtenu ce qu'ils voulaient, ils zoublient jusqu'Ă notre existence et ils regardent dĂ©jĂ notre remplaçante, tu me déçois.
Bref, pour tézig ça commençait bien. Mais pour elle, le pétage de plomb était proche, il te fallait faire kek' chose.
Lucky guy! Tu viens juste de terminer ta lecture, tu poses MR sur ze table, tu rallumes ton cigare trop tĂŽt Ă©teint, une gorgĂ©e de Guinnes tiĂšde et enfin, tu lĂšves les zyeux vers Belle Bleue. L'instant est magique. Tu vas le lui dire. Ăcoutes, Belle Bleue, voualĂ ce que NOUS zallons faire cet Ă©tĂ©.
Nous? Tu as bien dit "nous"? Alors, tu m'gardes, hein dis, tu m'gardes? C'est bien vrai, hein, on repart ensembles pour de nouvelles zaventures?
Toi, of course, tu n'as rien vu, ni entendu et encore moins devinĂ©. Tu viens de sortir d'un rĂȘve Ă©veillĂ© et tu veux le lui faire partager.
Dans l'Ă©goĂŻsme de tes 24 berges, eh oui, ce que tu racontes lĂ , c'est du cru 1977, du dĂ©jĂ vieux , du 32 zans d'Ăąge, y a prescription mais tu peux consommer sans "moderaçion", Ă c't'Ă©poque, on pouvait tirer sur la chopine ou sur la moquette sans gros bobos, eh ben, Ă 24 ans et encore toutes tes dents, tu pensais qu'Ă ĂA.
Ăa? C'Ă©tait pas les filles (ou alors, de temps zen temps), non, tu ne pensais qu'Ă la Route! Celle qui t'emmĂšnerait de chez toi jusqu'au bout du monde: suffisait de La suivre!
Et l'article de MR, il s'adressait à toi. A toi seulement? Noon, à toi mais zaussi à tous ceux et celles qui partageaient ta passion: la Route à moto, le voyage en bécane, le raid moto, ze truc, ze totale.
La Route, elle te branchait, toi et tes potes d'aventure que si elle était longue, dure et qu'elle tournait un max, qu'elle montait puis descendait, pour recommencer encore et encore.
Et dans ce MR là , on te proposait rien moins que ça! Ta dope, ton fix, ta dose, en vente libre et à volonté, tout ça pour trois francs six sous, organisé par Honda, siouplaßt, mais on pouvait v'nir avec une aut' marque de moto à condition que ce soit un kat'temps. Tu sais ce que te proposait Honda, c'était técrit sur l'article: "Les Alpes par les cimes et les sentiers perdus" , 3500kms d'aventure et d'émerveillement. Ouais garçon, c'était técrit tel quel, y avait pluka, vite l'été, bordel!
Ăa s'appellerait "Transalp" Et tu en serais, sĂ»r! Tu parles Charles, des chiffres, t'en veux, n'en v'lĂ : 3 semaines de grand pied, 66 cols Ă te faire, 3500kms Ă te farcir, 1000 kms de sentiers douaniers (vive les douaniers, y nous font des chemins pour qu'on y roule dessus) plus de 5000 virages Ă 90 % et plus, la route la plus haute d' Europe? Bon. Tu m'as compris, c'est ton trip de l'annĂ©e, t'en peux dĂ©jĂ plus d'attendre, c'est par oĂč qu'on part?
Well, man, c'est pas l'tout d'rĂȘver, faut encore prĂ©parer Belle Bleue. Ăa tombe bien, voualĂ les ouacances de printemps qu'arrivent et tu t'es fait un p'tit plan d'enfer: tu vas zaller t'Ă©quiper in England in ze text! Yaisse, les zaccessoires et tenues moto sont very moins chers chez Ălisabeth. La diffĂ©rence te paiera le voyage, t'es pas bĂȘte toi mon poteau, quand tu t' mets za rĂ©flĂ©chir! SitĂŽt cogitĂ© sitĂŽt fait, tu te retrouves un vendredi souar sur le Channel avec BB dans la soute. L'autre BB (Brigitte) c'est pas dans la soute que tu l'aurais mise.
ArrivĂ© chez Ălisabeth, tu vas in London et tu t'achĂštes le Cromwell qui va bien, une paire de Climax Ă pans coupĂ©s, un ensemble veste-pantalon Barbour au cas oĂč il pleuvrait c't'etĂ©, pas de bobottes tu en as dĂ©jĂ . Mais BB se retrouve, elle, avec une paire de chaussures neuves, des K81 , le nec plus ultra de l'Ă©poque, et, fin du fin, tu te dĂ©gottes un rĂ©servoir alu de 24 bons litres qui fait ressembler BB Ă une Norton!
Of course, t'as plus un sou, et plus rien pour grailler le midi et encore moins pour la biĂšre du soir mais tu t'es fait plaizir et, le soir, en roulant vers le ferry bouate, tu cherches une vitrine pour te mirer: waowww!!! Quelle frime, on dirait un motard, un pur de vrai!
Belle Bleue donc, celle qui te faisait la gueule en ce dimanche de Mars, c'est une moto! Facile Ă deviner mais faut ĂȘtre un peu plus prĂ©cis, tu es sur un site de motos et de motards, alors expliques! C'Ă©tait donc une Honda CB 360 G. Bleue ciel, Beeellle!
Une moto toute simple, qui à sa sortie, était passée quasi inaperçue. L'essayeur en chef du moment chez MJ, Moto Journal, le collÚgue et néanmoins concurrent de MR, l'avait gentiment " cassée en deux mots: "moto électrique". Il n'en fallait pas moins pour que la gente motarde se détourne de ce brave twin sans autre ambition que celle de rouler tranquille sans em... son propriétaire. A cette époque pas si lointaine, le motardus vulgus voulait encore et toujours de la puissance, des chevaux, de la vitesse et plus encore. Il faut donc que tu racontes comment t'en étais tombé amoureux!
Well, faut encore retourner 5 ans en arriĂšre, quasiment de la prĂ©histoire... 1972, donc et comme tes p'tits camarades, tu es trop tentĂ© par la "katpat", 750 cc, quatre cylindres, quatre pots, un bruit d'enfer, une gueule pas possib', un bruit de drag, ouais, t'en veux une! Mais le sou pour l'avoir raide de neuve, sĂ»r, tu l'as pas! Tu fais les fonds de tiroirs, de poches, de tout et tu te payes une occaz. Mais une occaz gréée "sport": double disque AV, guidons bracelet racing, direct sur les tubes de fourche, selle dosseret etc. Du lourd, dis-tu! Avec toi dessus, c'est Joe Bar team tous les jours, dimanches et fĂȘtes! Ouais. Sauf que t'as pas le look: sur la tronche, c'est un casque de mob (mal) repeint, sur le nez, des lunettes plastoc avec des verres en vrai rhodoĂŻd, sur le corps un blouson en vrai-faux cuir, un cirĂ© noir quoi, piquĂ© Ă un pote de ta rue. Sur tes cuisses (trop) maigres, un jean qu'avait vu des jours difficiles, sur tes mains des gants de cuir, ceux de ta mĂšre vu que tu t'Ă©tais trompĂ© de taille pour son anniv', aux pieds une vieille paire de grolles surmontĂ©es des guĂȘtres (si, tu le jures) de ton grand-pĂšre marĂ©chal-ferrant au Cadre Noir de Saumur! Yaisse, ze touch of class! T'avais la tomo qu'allait bien mais ton look mon gars, l'Ă©tait naze de chez nul!
Ah ça, pour la frime ou pour emballer ze minette, tu pouvais passer et repasser! Alors, question tomo, fallait que ça cause! Quinze jours aprÚs l'achat du bestiaux, tu décides de "la mettre à donf", tourner ce 'tain de poignée quart de tour d'un coup, passer le mur du con, les fatidiques 200 bornes à l'heure...
Alors? Alors tu vas sur la nationale Avranches-Pontorson, qui, Ă l'Ă©poque est une modeste route Ă 2 voies, qui avait l'indĂ©niable "qualitĂ©" d'ĂȘtre Ă peu prĂ©s droite sur 20 bornes et assez tranquille. Bien assez pour dĂ©coller et passer le mur du c... Tu fais l'aller peinard, 160, pour voir si, des fois, des bleus ne seraient pas sur ton chemin Ă cueillir des pĂąquerettes ou des fraises des bois... Non, y a personne. Au panneau Pontorson, tu fais demi-tour et gaaaaazzzz!
Tu bloques ze poignĂ©e comme indiquĂ©, tu montes les rapports au rĂ©gime maxi et le katpat gronde dessous. T'as le pif collĂ© entre ze big compteur et ze big compte-tours, tu frĂŽles la zone rouge et tu t'approches des 200, 'tain, ça file, non, ça dĂ©file de la mort. T'es le roi de la route et des gĂ©pĂ© rĂ©unis, tu les zenfumes tous, t'es pret pour ze gĂ©pĂ© des pissotiĂšres de Montrouge et de Navarre. Bordel, y a un truc qui sort lĂ -bas, c'est du gros, orange, avec une remor... un trac ..Viiite, t'Ă©crases le doub'disc, tu mets l'arriĂšre, t'essaies de contrĂŽler ze bĂ©cane, ze tracteur se rapproche Ă vitesse V, il faut que tu t'arrĂȘtes. IL LE FAUT!
Tu serres le levier droit, tu serres les dents, et tu serres les fesses. Tu vas t'arrĂȘter, ça oui, mais Ă quelques deux tout petits mĂštres du tracteur et de sa remorque! Tu vas klaxonner comme un fou et l'autre enfoirĂ©, lĂ , sur son tracteur il ne t'entend mĂȘme pas et n'a pas regardĂ© un poil dans ta direction. T'as compris la leçon. Tu trembles de tous tes membres (noon, pas çui-lĂ , les zaut') Tu repars sur un filet de gaz, oubliĂ© le mur du con et le reste avec, tu reviens Ă Avranches, ton port d'attache, tu passes devant chez toi sans mĂȘme t'arrĂȘter et tu te diriges direct chez Marcel, ton concessionnaire tu bĂ©quilles et tu lui dis: "Marcel, je me suis fait une chaleur d'enfer, faut que tu me reprennes ce truc de la mort, je veux pu monter dessus!"
Marcel est concessionnaire et loin d'ĂȘtre idiot: il sait qu'un bon client, c'est pas un client mort et que de toute façon, il va me revendre une autre moto, alors il opine et rentre le katpat dans l'atelier. Dans le magasin, il me dit "Mais tu vas reprendre quoi?"
Dans la vitrine, y a deux Honda CB 360G qui attendent depuis quelques semaines: une orange et une bleue ciel, beeeelle. "Celle-là ", que tu luis dis, en la désignant du bras. Marcel, je viens la chercher demain!
C'est ainsi, oui, qu'est nĂ©e ton histoire d'amour avec une moto "Ă©lectrique" et que BB et toi, vous vous zapprĂȘtez Ă partir pour la Transalp 77.
Quelques jours aprĂšs ton voyage chez Ălisabeth pour t'Ă©quiper Ă vil prix (kess que tu causes bien mon gars) tu passes chez Marcel, le cons.. pas con, pour la vidange de BB et lĂ , in ze magazin, tu tombes sur un dĂ©pliant de Honda qui invite tous les fondus du raid, de la montagne et des sentiers roulants Ă la Transalp! Tu le voles illico et tu te prĂ©cipites chez le Georges oĂč tu t'affales comme d'hab dans ton osier favori. Ăa se confirme donc, aprĂšs l'article paru dans MR, voici venir ze papper of inscription. Honda est l'organisateur en chef, c'est ouvert Ă tous, quatre temps only, Honda dit que c'est pour l'environnement, et toi tu penses que, comme ça, il Ă©carte Suzuk, Kawa et Yam avec leur deux temps qui fument. On paye trĂšs peu, on en a beaucoup plus, bien plus que pour son argent (ah, l'heureux temps que voilĂ ), Honda s'est pliĂ© en quatre comme son dĂ©pliant!
Quadrichromie, siouplaßt, avec des photos tout plein, du texte cousu main, une carte d'itinéraire, une d'Europe pour le regroupement des zétrangers, deux groupes prévus, le premier le 4 Juillet, l'autre en Aout. On partira de Graz dans le Sud Osterreich, pour rejoindre Monaco , aprÚs un périple de 3 semaines, traversé l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie par les Dolomites, la Suisse et les alpes françaises.
On nous promet du soleil mais zaussi de la brume, de la pluie voire de la neige... Aucune nobligation, aucune contrainte ou presque: l'hébergement est laissé libre (campinge pour mézig, please), il n'y aura que les contrÎles de passage à faire pour que l'organisation sache si on est là ou pas. Au dos de la derniÚre page, Honda se fend d'une page de pub pour ses motos, en nous proposant de choisir une de ces quatre motos pour faire la Transalp. Ben voyons, y a pluka trouver le financement. Remarques, y en a pour toutes les bourses (comme on dit) alors, petite bourse? une XL 125 fera ton affaire, moyenne bourse? Hop, une 550 F1, et trÚs grosse bourse, le gros lot, une 1000 Gold Wing. Comme ta bourse est plate, tu prendras BB pour partir, rideau! En bas, il y a un bon à découper et à renvoyer pour l'inscription, tu le fais de suite, premier envoyé, premier servi! Hop, une nenveloppe, un timbre, directo ze poste et bonjour les grandes, trééés grandes zalpes!
Yapluka attendre. Bordel, c'est long le printemps, t' es prĂȘt, toi depuis des lustres! Alors, t' as le temps de cogiter. LĂ , te vient comme une idĂ©e (si si). Et si tu partais pas tout seul, hein mon gars, t'en penses quoi de ton idĂ©e?
Passque, des filles seules, y en aura ptĂȘt' mais des gars seuls, y en aura pour sĂ»r, alors autant partir avec une bonne copine Ă toi pour "causer"! Ăvidemment, tu as dĂ©jĂ ta p'tite idĂ©e sur qui tu vas emmener! Seulement, voualĂ , les filles sont, pour toi Ă c't'Ă©poque, des zĂȘtres vraiment zĂ©tranges! Tu les comprends pas toujours trĂšs bien et rĂ©ciproquement! Elle va s'appeler Ăve, elle a le mĂȘme age que toi (ou Ă peu prĂ©s), vous vous connaissez bien, vous zĂȘtes zallĂ©s au lycĂ©e ensembles et elle a l'Ă©norme avantage d' ĂȘtre motarde, ça aide! D'abord, faudrait p'tĂȘt que tu lui proposes gentiment, voire euh, diplomatiquement. Elle pourrait v'nir avec toi, qui sait.
Faut qu'tu cogites sĂ©rieux man, passqu'elle a une 125 cc Honda S3, un p'tit mono tout simple d'une quinzaine de chevaux pleins de bonne volontĂ©. Justement, de la bonne volontĂ©, il lui en faudra des kilo, euh, des tonnes Ă Ăve pour se coltiner les Zalpes en 125, toutes ces bornes, ces cols, passque l'Ăve en question, eh ben, elle a encore jamais voyagĂ© Ă moto, jamais fait de camping, bref tu vas, la gueule enfarinĂ©e, proposer la totale Ă une jeune fille qui ne se doute mĂȘme pas du tiers, du quart, du milliĂšme de la galĂšre dans laquelle son amitiĂ© va l'entraĂźner. C'est bĂŽ, la jeunesse.
Comme elle habite maint'nant en rĂ©gion parisienne (allez, Montreuil), tu profites (c'est pas bien çà ) qu'elle vienne vouar ses parents en province, tout prĂ©s de chez toi, pour l'inviter Ă dĂźner. Of course, vous zallez causer moto tous les deux et tu lui fais part de ton projet perso pour l'Ă©tĂ©. Elle a l'Ćil qui s'allume, bon signe çà ! Continue sur ta lancĂ©e garçon, fais ça Ă l'instinct, comme tu l'sens, c'est comm'çà que tu s'ras le plus mieux convaincant! Tu lui parles donc de la montagne (Ferrat), des p'tites fleurs, du ciel bleu et tout des joies du voyage Ă moto. Tu dois ĂȘtre trĂšs con...vainquant car c'est elle, Ă ta grande surprise, qui te propose de partir avec toi!
Te voualĂ rĂ©duit Ă essayer de lui dire que, peut-ĂȘtre, en 125, ça va ĂȘtre loin, ça va ĂȘtre long , ça va ĂȘtre dur... Rien n'y fait: plusse tu lui dis qu'elle ne sera pas capab', plusse elle veut y aller. Qui croyait prendre se retrouve pris comme un rat: te voualĂ fait camarade, tu l'as voulue, eh ben tu l'as! Quant Ă savoir si tu "l'auras"... La question reste posĂ©e.
La fine mouche a donc quelques bonnes semaines pour se préparer, acheter l'équipement de camping qui va bien et tout. Vous correspondrez pour mettre au point votre début de voyage pour rejoindre le sud de l' Autriche et le reste à l'avenant. Aléa jacta est, comme ils disaient!
C'est comme ça que, au tout dĂ©but juillet 77, tu sors BB du garage au petit matin et que tu pars direction Paris sur Seine, pour rĂ©cupĂ©rer Ăve au passage et continuer votre route commune vers Strasbourg.
Elle est lĂ , qui t'attend, Ă l'heure en plus. Un cafĂ© vite fait et on est prĂȘt Ă partir. Non! Elle veut d'abord te montrer ses achats de camping: tu peux pas dĂ©cemment lui refuser çà ! Alors elle te montre sa (petite) tente sans double-toit, ça promet! Elle te montre son (mignon) duvet sans...duvet, tout lĂ©ger-lĂ©ger: tu en as froid d'avance. Ăvidemment, tout ça tient peu de place et elle n'est pas peu fiĂšre de son chargement "spĂ©cial 125" mais tu n'oses pas lui parler des maxi caillantes que tu vois s'amonceler devant elle. Bon, tu dis rien et, contact, on enquille la route vers l'est, pour voir si des fois, y aurait du nouveau. Tu roules cool devant, elle te suit facile, un petit 90-100 gentil, il ferait presque beau mais zau loin, ça m'a l'air plus, euh, gris.
On a pas roulé depuis une heure que le bleu s'est transformé en bleu-gris, puis en gris-bleu, puis en gris-gris (grigri), puis en gris, et les premiÚres gouttes s'écrasent sur les climax du maßtre.
On s'arrĂȘte pour s'Ă©quiper, combine Plastex bariolĂ©e pour la demoizelle, pantalon de Barbour pour toi qui roules dĂ©jĂ avec la veste sur le dos. On repart sous la flotte qui tombe de plus en plus drue. Ce qu'on ne sait pas, et c'est tant mieux, c'est que ce n'est que le dĂ©but . Continuons le combat! A midi, on s'arrĂȘte pour grailler, il flotte toujours, on est mouillĂ©s dehors mais zencore secs dedans. Bouffe vite fait sous un abri-bus et on continue... Le soir nous trouvera Ă Strasbourg oĂč nous camperons sous la flotte, avec les trains qui passent chaque heure de la nuit. Ăve est crevĂ©e, normal, manque d'habitude de la route, pi en 125, on fatigue plusse! Tu l'aides Ă monter sa guitoune, c'est sa premiĂšre fois (la tente, pour le reste, ai pas demandĂ©). De toute façon, tout le monde il est mouillĂ©, tout le monde il est fatiguĂ© et tout le monde il espĂšre que demain, il fera beau.
Quand tu t'éveilles au petit matin, la premiÚre chose que tu entends, c'est le doux bruit des gouttes sur la tente... Meeerde, il pleut. En fait, il a plu toute la nuit! Il nous faudra donc plier les tentes trempées et repartir passablement dépités par l'environnement plutÎt ,euh... humide!
Ăve tient le coup, le petit mono aussi mais on s'Ă©conomise un max, on avale des kilomĂštres de flotte germanique, on jette mĂȘme pas de coup d'Ćil ici ou lĂ , on essaye de ne pas se dire qu'on en est qu'au dĂ©but et que ça va s'amĂ©liorer bientĂŽt. Ouais, ben justement, ça s'amĂ©liore pas notre affaire, mais zalors pas du tout. On se passe la forĂȘt noire in ze rain, Stuttgart und Munchen idem: on est plus que des robots roulants, les gants pĂšsent un kilo chacun, dans les bottes, les panards apprennent Ă nager. C'est pas la BĂ©rĂ©zina mais ça s'en rapproche. DeuxiĂšme nuit sous la flotte aprĂšs deux jours de drache ininterrompue: ça casse le moral et Ăve accuse le coup et toi aussi. Des zenvies de changer et de couper au sud nous zenvahissent la tronche de plus zen plus souvent: mauvais signe çà .
On passe finalement en Autriche, mĂȘme combat: flotte uber alles, comme ils disent! Nous, ben, on en a ras le truc, de la flotte, on en peut pu, faut que ça s'arrĂȘte sinon on va le pĂ©ter le plomb! Vienne et la pluie: the show must go on, on passe, Richtung (direkssionn) Graz, sud-Ostereich, on aborde la montagne in the rain, on passe une, puis deux vallĂ©es, et d'un seul coup, on le prend en pleine tronche! Osanna! Il est lĂ ! On l'a retrouvĂ©, ze sun, tout jaune, quasi violent, il nous sĂšche le barbour et la combarde en 15 minutes chrono, pour les gants et les bobottes, faudra que tu comptes bien 2, 3 jours.
Et, au dĂ©tour d'un virage, des motos et des motards (pardi) avec les mĂȘmes autocollants que nous : ils zy vont aussi! Ils se sont arrĂȘtĂ©s, devines donc pour quoi? Pour se sĂ©cher tiens. Alors, on fait de mĂȘme, les motards sont grĂ©gaires, c'est bien connu. On dĂ©charge les tentes, les duvets, tout ce qui a pu mouiller et que l'on veut voir sĂ©cher au plus vite des fois que. On discute de la suite et fin de l'itinĂ©raire de regroupement et c'est donc Ă plusieurs que nous verrons arriver Graz non sans un certain soulagement (mein Gott) et le tout sous un soleil d'enfer qui nous chauffe la couenne sous le barbour, faut savoir souffrir quand t'es motard! Comme quoi, fallait pas dĂ©sespĂ©rer.
Ben. On est pas tout seuls, y en a qui zont eu la mĂȘme idĂ©e! Le camping est rempli de tomos, des BM, deux ou trois zanglaises conduites par des zanglais, quelques zitaliennes (Guzzi) et une hĂ©naurme majoritĂ© de japonaizes, des Honda surtout because l'organisation, de tous les modĂšles et cylindrĂ©es de l'Ă©poque, mais aussi une flopĂ©e de 500 XT yam, des Suzuk, quelques rares Kawa. Des 125 aussi et Ăve est ravie (va falloir que tu surveilles ça de prĂšs) et une seule autre 360 G orange dont je fraternise avec le couple de proprios. Un side Honda 750-PrĂ©cision complĂšte l'Ă©ventail des 55 Ă©quipages au dĂ©part fixĂ© au surlendemain.
Le lendemain de notre arrivĂ©e, fait toujours super beau! A croire qu'on a pas voyagĂ© sous la flotte depuis qu'on est parti ou presque! Aussi, tous se prĂ©cipitent pour faire sĂ©cher tout ce qui peut l'ĂȘtre dĂ©s que le soleil est levĂ©, on assiste Ă un salon de la bobotte moto, du gant moto, du duvet de montagne ou de supermarchĂ©, du blouson noir et de couleur et mĂȘme des dessous fĂ©minins en tout genre! Preuve qu'on bien Ă©tĂ© nombreux (et nombreuses) Ă rouler mouillĂ©s!
Chacun en profite aussi pour nettoyer un peu sa moto avant le départ du jour suivant Justement, en nettoyant succinctement BB, tu constates que ton Té inférieur de fourche est cassé! Meeerde! Tu regardes une deuxiÚme fois, yesse, il est bel et bien cassé, juste aprÚs les deux goujons de serrage. C'est vrai que tu as tout vérifié avant de partir, tu as dû sûrement trop serrer, comme d'hab'! T'es un gros malin toi, tu veux toujours trop serrer ce genre de trucs, tes axes de roues, bref t'es dedans, ton ciel s'assombrit soudain, tu vois la Transalp se tirer sans tézig et ta copine partir toute seule et tout et tout! Shit! En plus, c'est de ta faute, une faute de débutant, alors que depuis le départ, tu te la joues vieux motard (que jamais), Tu te traites (silencieusement) de tous les noms et tu en connais quelques zuns. Et tu justifies ton décollage immédiat vers la ville par un besoin urgent de téléphoner.
En fait, tu te prĂ©cipites chez le concessionnaire Honda pour voir si... PremiĂšre bonne nouvelle : la Honda 360 G est importĂ©e in Ostereich (ce sont des gens biens, les autrichiens), deuxiĂšme bonne nouvelle: ils zont la piĂšce en stock (y sont super, les zaut), troisiĂšme bonne nouvelle: ils peuvent te le faire de suite (lĂ , t'es sur le cul depuis 10 minutes chrono) et quatriĂšme bonne nouvelle: ça va mĂȘme pas te coĂ»ter cher. Alors, tu leur laisses BB pendant une heure et tu vas "tĂ©lĂ©phoner" au bar du coin oĂč tu te fais une kolossal bier autrichienne qui te remonte le moral qu'est entretemps revenu au bo fixe! Depuis, tu voues aux zautrichiens un culte du "thĂ© de fourche" que tu bois une fois l'an en lieu et place de la biĂšre, Ă la mĂ©moire de ce jour bĂ©ni!
Quand tu reviens, les zautrichiens ont fait le boulot, t'as un Té de fourche tout bÎ, tout neuf, ni vu ni connu, tu peux te la rejouer au vieux de 24 ans qu'a tout vu et tout vécu. Et tu sais maint'nant que les Té de fourche ça se serre gentiment et pas comme un sourd!
Tu r'viens au camping comme si de rien n'était et tu tapes la discute avec tes voisins de tente, histoire de vouar avec qui on va pouvoir rouler de conserve les jours suivants.
T'as le choix, passque les motards continuent d'arriver et que le camping est réservé pour tous ces voyous à deux ou trois roues. A cÎté de toi, il y a les zoranges, surnom amical que tu donnes au couple sur l'autre 360. A cÎté d'eux, il y a Cégété et deux tentes plus loin y a un aut' gars qu'on a appelé direct "Papier Maïs".
Pourquoi on l'a appelé comme ça? Attends, tu vas comprendre. Papier Maïs est un vieux gars, ça se voit de suite. C'est pas une critique, noon, juste une constatation. Il porte un blouson en nylon rouge, un pull vert flashy, un pantalon bleu roi et des bottes jaunes. Sans nul doute, personne d'affectionné ne s'est penché sur son épaule pour lui dire que les goûts zet les couleurs...
Sur la tĂȘte, Papier MaĂŻs porte un jet de mob sans visiĂšre ni lunettes et, coincĂ©e entre les lĂšvres, une, oui, Gitane maĂŻs.
C'est bien sĂ»r cette clope lĂ qui lui vaut illico son surnom. Tu connais pas la gitane maĂŻs? Ben tu rates kek'chose, frĂ©rot! La gitane maĂŻs, c'est un truc d'homme, enfin de certains zhommes. c'est spĂ©cial sais-tu, la maĂŻs. D'abord, ça s'allume mal, le papier maĂŻs est d'un brun jaunĂątre qui tire sur le marron franc voire le carbonisĂ© et il se consume mal. Donc la gitane s'Ă©teint plus souvent que tu ne le voudrais. L'avantage, c'est que tu peux te la conserver collĂ©e entre les lĂšvres le temps que tu veux. Si tu y tiens vraiment, elle peut mĂȘme restĂ©e collĂ©e, ce qui te permettra de causer sans la perdre. Tu pourras te la rallumer pĂ©riodiquement sans qu'elle s'en dĂ©tache d'ailleurs. Tu comprends mieux, maint'nant, pourquoi RenĂ© (c'est son vrai prĂ©nom) il est restĂ© vieux garçon?
Papier MaĂŻs roule Ă moto sans trop savoir pourquoi, il va au boulot avec et sort le dimanche aussi avec. Il est pas passionnĂ©, il va pas aux courses, ne sait rien des zautres marques et modĂšles: sa moto, c'est une Honda 125 XL et pis c'est tout. Papier MaĂŻs, il est venu Ă la Transalp par hasard il a vu le papier chez Honda, s'est inscrit "pour voir" et s'est tapĂ© le trip sous la flotte, comme les copains, sans broncher, tout seul. Papier MaĂŻs rigole tout l' temps, il a pas d'bagnole, et il s'en fout. D'ailleurs, il l'a pas, le permis caisse. Papier MaĂŻs est pur et dur mais il ne le sait pas. Et pi c'est tout! C'est dĂ©cidĂ©, le Papier MaĂŻs, il va rouler avĂ© nous! D'ailleurs, Ăve, ta copine, elle est contente qu'il y ait une aut' 125 avec vous zaut'.
CĂ©gĂ©tĂ©, c'est aut' chose. C'est aussi un vieux gars professionnel mais c'est passque sa moman elle fait trop bien la cuisine. Alors le Mo (Maurice) il est restĂ© Ă la maison Ă la mort du pĂšre. Mo, il a une BMW, 750, une sĂ©rie 6, bleue de chez belle, nickel de chez chrome, Ă©quipĂ©e Babin et tout. Le Mo, il est pur et dur et il le sait! Il a bien eu le permis caisse, y a longtemps et une ou deux caisses Ă roulettes, dont une belle et rare française: une Facel VĂ©ga. Mais Mo, c'est la tomo qu'il aime et BM uber alles. Pourtant, pour aller au turbin, le Mo a achetĂ© un "cub" Honda, un petit vĂ©lomoteur japonais qui lui dure depuis 20 ans. Il dit que ça marche bien, que c'est solide mais qu'il n'achĂštera jamais de moto japonaise BM, pourtant c'est "schleu" et les schleus, le Mo, ben il les zaime pas, vu qu'ils sont v'nus faire du tourisme de masse dans les zannĂ©es quarante et que ça se fait pas de rester chez les gens comme ça, sans zy ĂȘtre invitĂ©s. Et puis le Mo, il est politiquement engagĂ©, on va pas tarder Ă le savoir que le Mo, il milite Ă la CĂ©gĂ©tĂ©, bordel, et que bordel, la lutte des classes. Tu connais la suite.
Bon alors, bordel, le Mo alias Cégété, est engagé dans la troupe, ça nous fera de bonnes discutes le soir au coin du feu!
Yves, le proprio de l'autre Honda CB 360 G orange, est un motard accompli, il a un trĂ©s bon coup de guidon, fait ce qu'il veut de sa moto, la bichonne, la transforme et l'amĂ©liore. Il a les moyens techniques Ă l'atelier oĂč il travaille et le savoir-faire dans sa tĂȘte. Raisonnable mais passionnĂ©, discret mais passionnant, il sait se faire Ă©couter et respecter de tous. Danielle, sa compagne, allie avec bonheur la gouaille de sa banlieue de Sevran et la bonne humeur de ce petit bout de femme pleine d'Ă©nergie! Les zoranges vont rouler avec nous!
Ăvidemment, ça fait une petite troupe hĂ©tĂ©ro...clite, Ă la gauloise, avec des p'tits, des gros, des 125, deux 360, et une 750! Comme quoi, on refait le monde avec nos diffĂ©rences et nos ressemblances! CĂ©gĂ©tĂ©, avec ses 56 berges bien tassĂ©es, jouera le rĂŽle du pĂšre, Papier MaĂŻs celui du pĂ©pĂšre, les zoranges, Ăve et toi seront les petits nenfants. Vive la grande famille motarde!
Le reste de la journée se passe à regarder les motos, les motards et les motardes du groupe: y a des belges et comme y zont le sens de l'humour, y en a un avec une jaune moto, elle va s'appeler la friteuse, une fois!
Y a deux zallemands avec, ya, des BM nickels, naturlich. Deux ritals itou, mais avec des Gouzzzi , y sont que deux mais Ă les entendre causer, on dirait qu'ils sont quinze. Etre rital, c'est ignorer la solitude!
Serait pas étonnant qu'à cette heure-là , les zangliches prennent le tea. Ben non, tout fout l'camp, mon brave mister, y zen sont à la biÚre, euh, aux biÚres, vu le nombre de cadavres gisant sur le sol prés de la britiche guitoune.
Tout va bien dans le meilleur des mondes motard, adtaleur y aura le briefing, on nous donnera le rodbouk, les motocollants et aprés y aura un grand raout commun avec à boire et tout, et pi d'main, coup de kick ou de démarreur et ya basta, on la commencera pour de vrai, bordel, la Transalp, et pi c'est tout!
Le souar, donc, à la veillée ou presque, a lieu le festin tant attendu! Et on a rien perdu en attendant! Honda avait fort bien fait les chozes, à manger plus que pour tout l'monde et à boire itou!
On a tous fraternisé autour d'un verre, euh, de plusieurs, euh de beaucoup de frÚres et les gentils zorganisateurs ont eu quelques difficultés à se faire entendre puis à se faire comprendre, bref, l'ambiance était chauuuuuude. Les zorganisateurs c'est comme les moustiquaires, euh, les mousquetaires, trois qui sont et, pi bordel, t'as encore un peu bu et 'tain, mais ou qu'elle est ma tente? C'est quand qu'on part? La nuit a été courte, les verres nombreux, les frÚres nombreux, les zexplications ténébreuses, coucouche panier.
L'idée de la Transalp avait germé dans la cervelle de Philippe Jambert, qui sévissait alors dans les pages du petit livre rouge des motards (vous me suivez là ?). Avec ses potes, il avait reconnu l'itinéraire pendant l'été précédent en Honda 550 F1. Philippe Jambert était, pour ceux qui s'en souviennent, un motard respecté de tous pour sa compétence Pour l'anecdote, il s'était inscrit au Paris-Dakar avec une BMW R 65 de série (oui, tu as bien lu, une bécane de route stock , comme la tienne) et il avait tenu plusieurs étapes avant de jeter l'éponge dans les sables du Sahara, c'est te dire s'il en voulait, le garçon !Quelques années plus tard, Philippe Jambert est décédé d'un cancer.
Son collÚgue à MR, Christian Delhaye, a, lui aussi, reconnu l'itinéraire au guidon d'une Honda 250 XL, le petit trail de la marque qui a donné le goût du voyage au long cours à toute une génération de motards avec la 500 XT Yamaha. Le troisiÚme "moustiquaire" c'était Marcel Robin, alors président du club Honda, il était venu reconnaitre avec son épouse, leurs bagages, le tout sur une GL 1000, le quatre cylindres GT de l'époque, protégés par un carénage Stratos aux lignes futuristes qui lui donnait l'air d'un avion furtif avant l'heure! Si Marcel était passé avec son avion de chasse, alors nous zaut', avec nos zavions de guerre de la derniÚre, on devait passer les doigts dans l'nez.
Ils nous zont donc brifé dans une ambiance chaude de chez torride, la biÚre autrichienne coulant à flots, et tu n'as gardé que peu de souv'nirs du reste de la soirée car tu as dû t'écrouler durant les prolongations.
Ma tĂȘĂȘĂȘĂȘte... Pourquoi tout ce bruit, lĂ , dehors? Et pi pourquoi tu dors dans une tente avec les pieds dehors? Ah oui, ça y est, ma tĂȘĂȘĂȘte, la transtruc, t'as encore trop bu, ça devient une nhabitude, faudrait voir Ă arrĂȘter, tiens, tu commences demain. Tu risques un Ćil dehors, puis deux, y a du monde qui s'active, qui plie ze guitoune, c'est le grand jour, y parait qu'on part aujourd'hui! Bordel, branle bas de combat, tu te lĂšves d'un bond, t'oublies que t'es dans une tente et tu te prends le mat central in ze tronche, ma tĂȘĂȘĂȘte, ça fait beaucoup. Tu t'accordes un stop and go de 10 minutes.
Faut te lever, plier, essayer de remettre les bobottes qui, entretemps, ont trop séché et sont dev'nues dures comme du bois d'arbre. Elle est dure la vie c'matin.
Vers les 10 plombes du mat', tout l'monde il est enfin prĂȘt au dĂ©collage, alors, ça yĂ©, tout le monde il s'en va? Noon, y a quelqu'un qui braille un nom au micro, un con qu'a oubliĂ© de payer son camping et y z'ont son passeport, alors si le con y veut bien aller le payer, son truc, y pourra pt'ĂȘt se le rĂ©cupĂ©rer son passeport. Ouais, ben le nom, on dirait le tien et ze pass, c'est taussi le tien et le con, ben ouais, c'est toi. Sous les zapplaudissements nourris des motards en dĂ©lire tu retardes la bande de 15 minutes et ceux qui n'attendent plus que toi pour causer avec la montagne te font une haie d'honneur quand tu rejoins le groupe. Kickes un coup, t'es tout pĂąle!
La premiĂšre Ă©tape de cette Transalp 77 n'est pas qu'une simple mise en jambes: Elle nous mĂšnera de Graz, notre point de rencontre, jusqu'Ă Althoffen, toujours chez nos zamis zautrichiens, au bout de 352 km et sept cols Ă franchir. De quoi savoir de suite si tu ne t'es pas trompĂ© de film ! Pour corser le truc, il y a 3 spĂ©ciales sur le parcours, ce sont des portions non asphaltĂ©es qui reprĂ©sentent plus de difficultĂ©s pour les routiĂšres surtout si la pluie s'en mĂȘle.
Il n'y a cependant aucun critĂšre de vitesse, ou de moyenne Ă tenir, ce n'est surtout pas un rallye, une course, rien que du voyage Ă moto!
Mais il fait beau et tout le petit monde Ă deux et trois roues s'Ă©gaye dans la campagne environnante... S'Ă©gaye, c'est bien le lot... Bien peu d'entre nous sait lire correctement un road book, si bien fait soit-il. Pour beaucoup, c'est mĂȘme le baptĂȘme de la venture!
Donc, on peut voir et entendre du motard un peu partout et dans tous les sens! Il nous zarrivera ainsi de croiser plusieurs "familles" toutes zaussi persuadĂ©es que nous, d'ĂȘtre dans la bonne direction! Folklorique, cette premiĂšre Ă©tape! Baragouinant un peu l'allemand, tu arrives Ă aiguiller notre petite famille dans le "bon" sens et, bien malgrĂ© toi, tu es Ă©lu "guide du jour". Notre itinĂ©raire nous zemmĂšne sur des routes puis des chemins de campagne de plus zen plus zetroits. Tu te demandes mĂȘme si le guide du jour ne s'est pas plantĂ© grave.
L'air ahuri du fermier du coin voyant ainsi dĂ©bouler une "famille" de motards français lui demandant avec trois mots et quatre gestes le chemin pour, celui oĂč il n'a encore jamais vu de motards passer, ça le laisse songeur et nous aussi! Mais, en suivant Ă la lettre le road bouk, on arrive au col d'Eisernez avec ses 21 % de pente, pas de doute, on est sur la bonne route. Mais c'est pas fini, on a bien comptĂ© et recomptĂ©, y a encore quatre cols Ă se faire avant la tombante et l'aprĂšs-midi est bien avancĂ©. Faut donc se manier le ... si on veut pas finir Ă la bougie. Dans la foulĂ©e, on passe un aut' col et on rejoint le Pyhrn Pass avec ses petits 945 mĂštres mais dont la montĂ©e ET la descente sont en complĂšte rĂ©fection, alors c'est terre, trous, bosses, et gravillons pour tout l' monde. Les trails vont s' marrer mais, nous zaut' ben, on dĂ©guste. On arrive en bas, dans le dĂ©sordre mais chacun sur sa moto. On sourit mais crispĂ©s, on les za bien serrĂ©es, les fesses!
Encore deux cols, on est fourbus, c'est kankonarrive? Deux cols, de la route, on branche l'automatique, tout le monde il suit le guide qui, lui, ne suit personne et, par miracle, ne se trompe pas et on arrive crevĂ©s mais contents, Ă moins que ce ne soit l'inverse, Ă Althoffen sans zavoir rencontrĂ©s d'autres familles en route! C'est par oĂč la douche, tu voudrais dormir. Ce soir lĂ , les familles arriveront jusqu'Ă trĂšs tard, le camping va rĂ©sonner des bruits d'Ă©chappement jusqu'Ă pas d'heure. Le rĂ©veil sera dur demain, va y avoir du manque Ă l'appel du matin, allez, on fait dormir les zyeux, ça se fait tout seul tellement on est fatiguĂ©s.
Comme prĂ©vu, le lend'main matin, le rĂ©veil est dur pour tout l' monde. Cette seconde Ă©tape est cependant plus courte: 200km et ne nous fait passer que deux cols, mais il y a trois spĂ©ciales sur le parcours et le road bouque est formel, le parcours entre Oberboden et Dobriach sera trééés difficile. Mo, qui n'apprĂ©cie pas trop les spĂ©ciales dit que c'est normal, " Ben, oui, avec des noms pareils, qu'on peut mĂȘme pas prononcer comment que tu veux que ce soit facile?". Tu dois avouer qu'il n'a pas tort le Mo, on va encore amuser le paysan local, tu le sens, va y avoir de la pagaille dans l'coin et tu n'as pas apportĂ© ta boussole. Ne songes pas Ă ton GĂ©pĂ©hess, ça n'existe pas zencore c't engin-lĂ . Alors, on va pas ĂȘt' pris deux fois, c'est qu'on est des zintelligents, nous zaut', on nĂ©tudie bien ze rode bouck avant de partir, on fait pas comme les GP men qui se tirent ze bourre in ze camping et on ze road!
JustanĂ©ment, ze rode-machin, lĂ , il nous dit qu'Ă Arriach, il faut, tu cites: "Essayer de prendre le chemin muletier qui se trouve Ă 200 mĂštres avant la route". Bon, faudra zyeuter, les mecs, sinon paumance direct! Et ze rode bouque, il ajoute, tu rĂ©cites: "Si vous vous perdez dans la forĂȘt, roulez toujours vers l'ouest, sur 3 Ă 4 kilomĂštres, puis piquez au sud pour retrouver Arriach". Ben tiens! Yapluka! SĂ»r que depuis c't'Ă©poque, y a des motards perdus qui hantent la forĂȘt et qu'on retrouvera 32 zans plus tard comme on na retrouvĂ© des soldats nippons aprĂšs la deuxiĂšme derniĂšre. HĂ©, les gars, pouvez arrĂȘter de rouler lĂ , ze Transalp, elle est finie y a longtemps! Ya prescription!
Alors, on part coolos, en zyeutant un max passque au bout de 20 bornes, y faut longer la riviĂšre Wimitz par le chemin et pas par la route. On le trouve facile, normal on nest des zintelektuels et CĂ©gĂ©tĂ© y dit rien, y suit mais y pense pas moins qu'on nest trop allĂ© Ă les cole et que ça nous za montĂ© Ă la tĂȘte. ArrivĂ©s en bon ordre Ă Arriach, on chouffe le muletier sentier qui doit nous mener Ă Arriach! Hein? Ben ouais, c'est une boucle in ze forest, tĂ©! Dans la famille, y en a un qu'est plus zintelligent que les zintelligents, il n'enlĂšve pas sa gitane mais pour nous dire, l'Ćil narquois "ben, o, file direk, pi c'est tout! Ya, mais ya un contrĂŽle de passage in ze forĂȘt, ach so ya? Alors, on y va par le ch'min, et pi c'est tout! La famille se met en marche, en file indienne vers la forĂȘt du loup.
Le muletier sentier est lĂ , sous nos zyeux, la preuve? Des traces de peuneus, mon cher watsonne, de motos qui plus est! Alors, on ajoute nos traces et on plonge in ze forĂȘt en suivant le vague chemin qui n'en devient plus zun, mais deux puis trois puis pleins. Yes, ze guide is paumed! On narrĂȘte la famille et on esgourde: la forĂȘt est remplie de tomos dans tous les sens! On croise des familles, des zisolĂ©s, des perdus, des qui cherchent les perdus, marrade gĂ©nĂ©rale, mon capitaine! Help! On va rouler au pif, au bruit, et on tombe sur le contrĂŽle tout Ă fait par hasard! aprĂšs une errance feuillue on va retrouver l'orĂ©e de la forĂȘt, repĂ©rer Arriach et notre route. SĂ»r que si un local s'Ă©tait promenĂ© dans la forĂȘt du loup ce jour-lĂ , il serait mort de rire!
Le parcours notĂ© trĂšs difficile ne le sera finalement pas trop et on passera notre deuxiĂšme et dernier col le Passo di Pramollo en fin d'aprĂšm avec un second contrĂŽle de pas sage au sommet et nous arriverons Ă Pontebba, dans les Dolomites italiennes pas trop tard, mais le ciel s'est obscurci et laisse prĂ©sager des lendemains humides. Allez, on plante la guitoune, on louche du cĂŽtĂ© d'Ăve qui te semble accompagnĂ©e par trop de bonnes volontĂ©s masculines pour que tout cela soit vraiment honnĂȘte. Wait and see.
Pas besoin d'attendre longtemps. Quand tu pointes le nez dehors le lendemain matin, tu peux entendre la pluie sur les dolomites. Pas de chance pour les transalpins car cette troisiĂšme Ă©tape s'avĂšre des plus copieuses: 244 km et huit cols au menu, de quoi vous donner une bonne indigestion. On plonge avec angoisse dans la bible quotidienne, le road book, et lĂ on y lit: Attention, la spĂ©ciale Pontebba-Paluzza est extrĂȘmement difficile et pratiquement impossible pour des machines de tourisme. ItinĂ©raire de remplacement: Pontebba-Tolmezzo-Paluzza. Bon, les mecs, conseil de guerre, kissĂ© ki vient? CĂ©gĂ©tĂ© dĂ©clare forfait et veut prendre l'itinĂ©raire de remplacement direct, il nous quitte donc pour la journĂ©e en nous souhaitant bonne chance et bon courage! Ca promet, garçon! La famille raccourcie se met en route directionne la riviĂšre Pontebanna, ça se corse de suite dans les Dolomites!
DĂ©s les premiers lacets, on comprend l'ampleur de la mĂ©ga galĂšre qui nous zattend: une grimpette, sur une piste vers le Passo del Canson di Lanza, une mĂ©ga montĂ©e en lacets non asphaltĂ©s avec 40 % de pente, tu peux le lire sur le panneau d'avertissement placĂ© bien en vue au bord de la piste. T'en as souvent vu des pourcentages comme ça? Nous non. On grimpe en premiĂšre, en s'aidant des pieds parce qu'il pleut en plus, que c'est donc humide et que la pluie de la nuit a apportĂ© plein de pierres, de branches et de trucs sur le parcours. MĂȘme Ă basse vitesse, il y a des chutes, des versements d'hommes et de machines, c'est dur, trop dur, les passagers descendent, on pousse, on tire en se disant que ce sera mieux lĂ -haut. 'tain, on en a tous bien ch... On est tout un gros paquet de motos Ă grimper comme des limaces, chaque lacet gagnĂ© est un petit exploit commun. En arrivant presque "lĂ -haut" dans un lacet, on se retrouve tous, petits et grands, face Ă un mur! Un Ă©naurme Ă©boulis nous barre le chemin, NOTRE CHEMIN, consternation gĂ©nĂ©rale, un ras-le-bol parcourt la troupe rassemblĂ©e devant ze mur, on pourra jamais passer çà ! Il doit bien faire entre quatre et cinq mĂštres! On grimpe, on escalade le mur, derriĂšre c'est cassĂ©, le chemin s'est fait la malle sur une quinzaine de mĂštres. C'est bel et bien foutu, camarades!
On s'est donc crevĂ© le c.. pour rien, par contre le plus dur est Ă venir, faut faire faire demi-tour Ă toute la clique, l'un aprĂšs l'autre et redescendre les 40 % dans l'autre sens! L'enfer, nous zavons vĂ©cu l'enfer! On est tombĂ©, on a relevĂ©, on est retombĂ©, Pontebba, si tu veux savoir, c'Ă©tait notre BĂ©rĂ©zina. Personne n'est passĂ©, il a fallu rebrousser chemin et prendre l'itinĂ©raire de remplacement sous la flotte. Du coup, on s'est pas arrĂȘtĂ© pour becqueter l'midi, on s'est tapĂ© 6 cols, les zuns aprĂšs les zaut' et on est arrivĂ© tréés tard Ă Falcade, on est mĂȘme pas allĂ© Ă la soirĂ©e d'animation folklorique prĂ©vue, passque l'animation de la journĂ©e, elle Ă©tait folklorique, des tas de boue motorisĂ©s, avec des bleus zet des bosses, des traces de gamelle sur les gens et sur les bĂ©canes. Panne de moral gĂ©nĂ©rale. C'est par oĂč qu'on dort?
Ce soir-là , dans les rangs de la grande famille des Transalpins de Juillet 77, c'est pas la grande forme, beaucoup ont décidé de laisser béton et partiront le lendemain sous des cieux plus cléments. Pouvait-on en vouloir aux zorganisateurs? Tu feras une normande réponse: oui et non! Oui, parce qu'ils auraient du envoyer un ouvreur pour voir si l'itinéraire était praticable ou non surtout aprÚs les pluies de la nuit et non, car c'est la montagne qui dicte sa loi et qu'il faut faire avec. La leçon portera cependant, un ouvreur fera l'intégralité de l'itinéraire un jour avant nous et reportera à l'organisation l'état des lieux. Cette solution, acceptée par tous, nous sauvera la mise plusieurs fois avant la fin du périple et prouvera donc son utilité.
Les deux 125 de notre famille, Papier MaĂŻs et Ăve, auront eux aussi leur part de gamelle gĂ©nĂ©rale mais Ăve te surprend chaque jour, elle tombe toujours plus vite que son ombre mais se relĂšve de mĂȘme et repart sans se plaindre, le sourire aux lĂšvres, c'est de la graine de vraie motarde!
Mais... Tu n'as pas tout dit. Depuis votre arrivĂ©e, Ăve fait l'objet de bien (trop) de convoitises. Tu parles, l'Ăve, elle est plutĂŽt du genre bien roulĂ©e. Des cheveux mi-longs, entre le roux et le blond. De jolis zyeux verts, un sourire avenant, une ligne trééés "design" et deux gros poumons!
Alors, "Ă©videmment" les garçons tournent autour! Ils ne savent pas si c'est TA copine ou juste UNE copine et tu ne fais rien pour les zaider et tu t'es promis de la ramener telle qu'elle est partie et que, si en route, elle devenait TA copine, ben tu serais pas mĂ©content, quoi. MĂȘme t'en serais trĂšs content d'ailleurs!
Le lendemain, réveil tÎt comme d'hab, vive les ouacances! Non, pas de ouacances pour les galériens de la Transalp, au menu 375 km et 9 cols, tous dans les dolomites mais y pleut pu! Bon , tu connais les russes montagnes? Eh ben, c'est dans les dolomites qu'elles sont! Si, tu peux m'croire,c'est simple, tu montes, tu descends, tu remontes, tu redescends. Toute la sainte journée on fait, défait et refait ça!
T'as plutĂŽt intĂ©rĂȘt Ă aimer sinon t'es mal! Parfois tu passes, et toute la famille avec, deux cols coup sur coup, sans mĂȘme t'en apercevoir! Le plus bas, c'est le Passo Gobbera avec 988 m, le plus Ă©levĂ© ("çui-lĂ il est mal Ă©levĂ©" dira le Mo qui se paye une belle Ă©querre dans un mĂ©chant droit mal indiquĂ©) c'est le Giogio di Bala avec ses 2612 mĂštres. Bref, tu sais quoi? Ben, ce jour lĂ , on s'est envoyĂ© en l'air du matin au soir, voilĂ !
On s'est arrĂȘtĂ©s le midi en bas pour s'engouffrer des spags, la serveuse (charmante) a eu un peu peur en voyant dĂ©bouler la famille mais, quand elle a vu les deux femmes Ăve et DaniĂšle, elle s'est sentie plus rassurĂ©e! Elle a dĂ» trouver zarbi que les francesses ils ne prennent que des zentrĂ©es et des sorties mais, que voulez-vous, que peut-on manger de mieux que des spags et un tiramisu? Tiens, Ă propos, tiramisu, tu sais c'que ça veut dire en rital? Ben, ça veut dire " EmmĂšne-moi au ciel". Alors, tu vois, hein, on t'l'avait dit, qu'on sait envoyĂ© en l'air toute la journĂ©e, le midi aussi! Des journĂ©es comme ça, t'en reprendrais bien toute une grosse part!
Pas de spéciale à se goinfrer, personne ne critique, Pontebba est encore tout frais dans les zesprits, dans les cÎtes de quelques zuns et sur pas mal de machines. Alors on s'repose et la derniÚre descente parcourue, on arrive à destination, contents mais fourbus, à moins que ce ne soit le contraire! Allez, direczione il campingji et una birra bien fraßche pour tout l'monde!
Justa avant la deuxiÚme biÚre (mais si, tu sais bien, tu commences par une biÚre et puis y en a toujours un qui propose gentiment de remettre ça) y a Bebert-le side qu'arrive avec madame en duo, le side vide! On s'étonne et on va aux nouvelles: le side en a pris un bon coup à Pontebba et le tirant du haut a lùché. Bébert-le side (non, pas le Cid) a l'habitude. Son panier, c'est un Précision des années passées (passées depuis loongtemps, quoi). Madame Bébert, l'épouse d'icelui (hein, tu m'suis, là ?) est, disons, euh, assez, euh, tu vois. Hein, tu vois pas? Bon, forte, quoi, alors ça tire sur le side et Bébert, tu peux m' croire, c'est pas un manchot. Alors, Pontebba, la montagne, les ch'mins mul'tiers et tout, ben, le panier, il a voulu tirer sa révérence!
Le couple "leside", c'est un peu comme Laurel et Hardy, tu vois, y en a un qu'est tout grand et maigre et l'autre plutĂŽt petite et grosse, comme t'es zintelligent, tu peux deviner. BĂ©bert, outre qu'il est sidecariste chevronnĂ©, c'est aussi un as de la soudure, il sait ou, quoi, comment et pourquoi. On va le regarder faire chez le mĂ©cano du village, BĂ©bert, il a pas besoin de causer schleu ou rital, trois gestes et deux mots lui suffisent, les deux gars sont du mĂȘme milieu et se comprennent, c'est l'internationale de la mĂ©canique!
BĂ©bert chausse les lunettes (ça se chausse, des lunettes?) et il allume le chalumeau, Il chauffe lĂ oĂč il faut, le temps qu'il faut et comme y faut, rĂ©sultat des courses, le tirant ne se tire plus, madame BĂ©bert peut rĂ©intĂ©grer le side tout vieux tout beau et l'Ă©quipage "leside" est prĂȘt Ă repartir comme en cinquante! Attends, tu sais pas tout, le mĂȘme scĂ©nar va se reproduire tous les 2-3 jours et Ă la fin du pĂ©riple, le side aura plus de soudures que de mĂ©tal franc. Mais il tiendra toute la Transalp. BĂ©bert, t'es un pro du chalumeau.
De son cĂŽtĂ©, Ăve se fait draguer Ă droite comme Ă gauche et tu ne sais plus oĂč donner de la voix ça va ĂȘt' dur de conserver ton leadership dans les 3 semaines qui restent. DĂ©s que le p'tit mono tombe, et il tombe souvent, le bougre! Il y a toute une bande qui se prĂ©cipite pour relever la tomo et la d'moiselle, surtout la d'moiselle d'ailleurs! Va te falloir veiller au grain et si tu laisses faire, le renard n'est pas loin!
Le lendemain, c'est reparti dĂ©s l'aube, Ă l'heure oĂč blanchit la campagne. Ouais, c'est bĂŽ, mais cherche pas, c'est du Victor. Ouais, le Victor, y faisait pas la Transalp, passque la campagne, elle est toute verte!
Well, ze rode bouque lĂ , il dit quoi? Il dit 130 petits kilomĂštres mais 4 cols quand mĂȘme, histoire de pas perdre la main. C'est du lourd, les cols au menu du jour: tous Ă plus de 2000, ça cause! Et c'est lĂ que le Victor, il m' a scotchĂ© passque la "campagne" lĂ haut, ben, ouais, l'Ă©tait toute blanche. De la neige sur les sommets et sur les pentes, on va attaquer cool.
De la neige sur les rochers du haut, on se passe les deux premiers cols un peu frisquets dans le p'tit matin et pour les deux zaut' on verra dans l'aprĂšs-midi aprĂšs la pause dĂ©jeuner. Au menu, charcutailles italiennes, fromages et "envoie-moi-au-ciel". la Transalp, c'est pas l'endroit pour maigrir! Le chef cuistot c'est le Mo. CĂ©gĂ©tĂ©, la bouffe ça l'connait. Il est mĂȘme prĂȘt Ă louper une spĂ©ciale s'il y a un bon resto sur la route. A 56 berges, Mo considĂšre qu'il a fait plus de la moitiĂ© de sa route, bordel, et que, les vacances, c'est taussi fait pour (bien) manger, se taper la cloche, bordel, et tout! Parfois on le suit, parfois non. Tu vas comprendre maint'nant pourquoi le Mo, il aimait tant la bonne cuisine Faut que tu racontes.
Une fois la Transalp finie, tu resteras en contact avec la famille "lamoto" et surtout avec MO. Cégété et toi vous ferez de bons coups de motos zensembles, deux fois au Maroc puis Mo viendra redécouvrir la Normandie et dormir à la maison, tu lui feras donc à manger mais tu n'es pas fin cuisinier. Mo aura l'intelligence de n'en rien dire, de toute façon, tu le sais déjà . Quelques temps plus tard, c'est toi qui ira voir Mo dans son fief de la bonne et vieille ville de Sens dans l'Yonne. Justement vieille sa ville et le Mo, il habite une vieille maison dans le vieux quartier de la vieille ville (tu m'suis là ) et pour rentrer sa Beumeu dans son "garage" qui n'est, en fait, qu'une piÚce aménagée en garage, il faut emprunter (et le rendre, té) un long couloir étroit, tellement étroit que sa BM passait pas! Alors, le Mo s'est fùché, il a pris le burin et il a attaqué le tuffeau pour que ça passe! Ta CX passera bien juste au niveau des sacoches.
Dans la vieille maison de Mo, il y a la trĂšs vieille moman de Mo. TrĂšs vieille peut-ĂȘtre mais trĂšs gentille assurĂ©ment, les amis de Mo sont aussi ses enfants! Elle va donc te dorloter, te cajoler et t'aimer comme elle aime son Maurice depuis toujours. Elle va te faire ce soir lĂ un poulet Ă la bourguignonne Ă tomber par terre. Jusque lĂ , tu n'avais rien mangĂ© d'aussi bon. Plus de 30 ans aprĂšs et aprĂšs avoir bourlinguĂ© dans pas mal de pays que la terre porte, tu te souviens toujours du poulet de la moman de Mo. Le Chassagne Montrachet qui l'accompagnait Ă©tait aussi de la partie et la soirĂ©e consacrĂ©e Ă raconter Ă Moman nos voyages Ă moto au sud marocain et en AlgĂ©rie. Deux ans plus tard, Moman s'en allait elle aussi en voyage. RestĂ© seul, Mo a pris sa retraite et s'est achetĂ© un side pour ses vieux jours. Un side Dniepr, cela va sans dire, hein CĂ©gĂ©tĂ©. Mais zavec un moteur BMW derniĂšre mouture, passque bordel, faut pas dĂ©conner, hein Mo. MĂȘme que, pendant un temps, il a Ă©tĂ© prĂ©sident de l'amicale Dniepr de la rĂ©gion. Mo, c'Ă©tait un pur de dur. Bourru peut-ĂȘtre mais, cachĂ© dessous, y avait un cĆur en or.
Quant il a bien fallu aller faire dormir les zyeux, tu t'es rendu compte que la vieille maison de Mo, elle Ă©tait aussi petite et que tu allais dormir dans la mĂȘme chambre que Mo. Dans la mĂȘme chambre MAIS aussi dans le mĂȘme lit, oui.
Un peu Ă©troit mĂȘme, le lit, Ă l'ancienne, quoi. Que pensez-vous qu'il arriva? Rien. Rien qu'un scoop quasi mondial, voire intergalactique:la gauche-syndicale ET l'extrĂȘme gauche pouvait dormir dans le mĂȘme pieu sans plus de soucis de savoir lequel ronflerait le premier ou le plus fort. Ătait-ce la gauche syndicale qui dormait Ă gauche ou bien l'extrĂȘme gauche qui a dormi, cette nuit-lĂ , Ă l'extrĂȘme droite? Nul ne l'a su, car c'Ă©tait le "grand soir" et le Chassagne aidant, ce fut la paix des braves.
Maintenant, Ă l'heure oĂč tu lis ces lignes, Maurice n'est plus avec nous mais quand tu passes dans l'Yonne, tu fais le dĂ©tour jusqu'Ă Sens en souvenir de lui, de Moman-Maurice, du poulet Ă la du Chassagne et du "grand soir", bordel, on les aura!
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
Re: Carnet de voyage.
C'est au sortir du restau (attention, tu causes riche, lĂ ) que la famille au grand complet sent comme un refroidissement dans l'air. Il est peut-ĂȘtre 14h00 et l'air est frais d'un coup.
On regarde fĂ©brilement ze rode truc et on a encore deux 2000 Ă se taper avant la tente du soir coup d'Ćil Ă l'horizon: les massifs sont noyĂ©s dans les nuages alors qu'avant notre repas y faisait beau-clair et tiĂšde. La famille poursuit son chemin en fermant les zĂ©coutilles et direction l'Umbrail Pass et ses 2502 mĂštres. TrĂšs vite, c'est la brume, de plus zen plus dense, vitesse rĂ©duite. Plus zon monte et plusse il caille! Mo, l'ancien, ouvre la route avec sa prudence traditionnelle, suivi par les deux 125, tu suis Ăve au cas oĂč il lui prendrait l'envie de tomber et les zoranges ferment la marche.
On s'arrĂȘte Ă nouveau pour fermer tous les boutons, on sort les cagoules coton, on se calfeutre car on a froid!
C'est reparti pour l'ascension et les premiers flocons dansent bientĂŽt devant nos zyeux zĂ©bahis. Scheize, il neige! ArrĂȘt d'urgence cette fois, au bord de rien, les motos en file indienne et on vote pour prendre une dĂ©cision, c'est Papier MaĂŻs qui a la phrase de fin: "On est lĂ pour y aller, alors on y va et pi c'est tout!" Marrade gĂ©nĂ©rale et la famille en dĂ©lire se remet en route et se hisse doucement vers le haut Ă travers les tourbillons de flocons bien Ă©pais et qui collent sur les visiĂšres et les lunettes mais pas zencore sur la route. On passera le col tout doux sans s'arrĂȘter, des fois que la neige collerait et on redescendra l'autre versant dans le gris et la ouate quand soudain, au dĂ©tour d'un virage et d'un autre versant, plus rien, la neige s'en est allĂ©e et retour du soleil! On en croit pas nos zyeux, route sĂšche et bourre gĂ©nĂ©rale jusqu'en bas, histoire de dĂ©serrer les fesses et boire un bon chocolat chaud pour nous rĂ©chauffer les mimines et pi c'est tout!
Le dernier col du jour se passera sans blĂšme, temps sec, nuages gentillets en haut, on prĂ©fĂšre ça. Descente finale vers not' chuiche destination, Zerneiz, on va pouvoir bouffer du chocolat et boire une chopine, aprĂ©s le rĂ©gime rital, le rĂ©gime chuiche, tu vas pas maigrir encore cette semaine-lĂ . Encore une grosse Ă©tape, morgen fruh, avant la journĂ©e d'repos, on est des galĂ©riens d'la route! Bon, çayĂ©, on nest tarrivĂ©, ze caming, ze bouffe, ze chocolate and ze chopine et grododo car nous, y en a ĂȘt fatiguĂ©s, patron. Pour Ăve, c'est tencore pas pour aujourd'hui mais tu gardes le moral, patience mon gars, patience, ça va bien finir pas t'arriver!
Bon. La nuit aussi a Ă©tĂ© calme mais frisquette, comme toutes celles qui ont prĂ©cĂ©dĂ© d'ailleurs, la montagne, c'est ça aussi! Beau temps dans la journĂ©e mais caillante gĂ©nĂ©rale dĂ©s le soir venu. Chaque matin, Ăve se lĂšve en grelottant et en pensant Ă son p'tit duvet lĂ©ger-lĂ©ger tu compatis. Tu lui proposerais bien (fin renard) une place dans ta tente sinon dans ton duvet mais tu n'es pas trop sĂ»r de la rĂ©ponse alors tu te tiens tranquille.
Ăvidemment le froid la met de mauvaise humeur, alors c'est pas la peine de tenter le coup. jusqu'au cafĂ© que tu ne tardes pas Ă faire pour arrondir les zangles. Admiration et respect pour ce petit bout de femme qui te suit et qui tient bon sur son petit S3, le moulbif turbine toute la journĂ©e et Ăve s'accroche Ă la barre. Pour un baptĂȘme du voyage Ă moto, mamzelle est servie!
Servi aussi, le cafĂ©, chaud. Vous zĂȘtes tous les deux, en tĂȘte Ă tĂȘte. Et si tu tentais le coup?
Faut te la jouer fine, garçon! Laisse-la boire quelques gorgĂ©es, qu'elle se rĂ©chauffe! VoilĂ le premier sourire, c'est bon, c'est chaud. Vazy, maint'nant! Ziiiip! La tente la plus proche vient d's'ouvrir, tu n'as pas zencore dit le premier mot! ApparaĂźt la tronche hilare de Papier MaĂŻs, une maĂŻs au bec qui lance "quelle caillante, j'aurai bien besoin d'une bonne petite poupoule pour me rĂ©chauffer sous la tente!" Ăve Ă©clate de rire et toi, tu es refait! VoilĂ ce que c'est que de vivre en famille, le renard se replie sur lui-mĂȘme et attend son heure. Qui rira bien.
Bon ce matin encore, dĂ©part trĂšs tĂŽt, juste aprĂšs le caoua, on commence Ă avoir le rythme mais on commence aussi et surtout Ă ressentir une bonne vieille fatigue physique. Aujourd'hui, au vu du road book, ça va encore ĂȘt' du copieux: 287 kilomĂštres et 7 cols, le plus "bas" le Maloja Pass et ses 1815 mĂštres et le plusse haut, le Passo del Bernina avec ses 2323 mĂštres. On va encore jouer aux russes montagnes en Chuiche et en Ritalie. Passque on narrĂȘte pas de passer de l'un Ă l'autre ou mieux de passer du secteur germanophone au secteur ritalophone du pays du chocolat.
Pas de "SpĂ©zial" ce jour-lĂ , pas grave, yapluka! Ăa commence fort, par un tunnel Ă pĂ©age oĂč il faut dĂ©bourser 3 francs suisses par tomo, la Chuiche, c'est cher! On bouffe lĂ©ger-lĂ©ger, on reste sur not' faim, on oublie la chopine du souar (snif) et on crock un choco (lat) sur deux. Par contre, ce qui est pas cher, en Chuiche, ch'est les cols, on en a 7 pour le prix d'un , ch'est donn! Alors on les zenfile, comme des perles, les zuns aprĂšs les zaut'!
Les deux premiers cols du jour passent sans soucis, beau temps mais le troisiĂšme, le Bernina ne l'entend pas de cette oreille! Il se prĂ©sente Ă nous sous une brume persistante et collante. On s'arrĂȘte Ă mi-pente pour "ressouder" la famille, nettoyer les zĂ©crans de casque et autres lunettes et on s'aperçoit qu'on entend les clochettes des vaches dans les zalpages alentours mais qu'on ne les voit pas Ă cause du brouillard toujours plus dense! BientĂŽt on ne se voit quasi plus les zuns les autres, on continue de grimper en file indienne. Aujourd'hui, ce sont les zoranges qui mĂšnent la famille; Yves, le pilote, est un motard complet, non seulement il possĂšde, et de loin, le meilleur coup de guidon de la troupe, mais il a aussi le savoir-faire technique, le discours prĂ©cis et le goĂ»t prononcĂ© de la venture.
Danielle, sa compagne, toujours de bonne humeur amuse la petite troupe avec ses plaisanteries bien gauloises. Yves veille au grain, jette de frĂ©quents coups d'Ćil en arriĂšre pour voir si la famille suit: c'est du bon boulot!
Ăve est suivie de trĂšs prĂȘt par Mo qui la couve comme la fille qu'il aurait aimĂ© avoir, je suis Papier MaĂŻs comme son ombre et tout le monde se hisse cool jusqu'en haut en suivant la trajo de celui ou celle qui prĂ©cĂšde! Yves n'a pas intĂ©rĂȘt Ă se jeter sinon on va tous au tas!
On passera ainsi le Bernina en file indienne sans mĂȘme le voir ni s'arrĂȘter passqu'on voit rien. On replongera illico dans la purĂ©e de pois de la descente sans se rendre compte des ravins vertigineux qui bordent la route! Pas plus mal pour celles et ceux qui souffrent du vertige, tu en es d'ailleurs! Ce n'est qu'une fois arrivĂ©s dans la vallĂ©e ou presque que le brouillard s'estompe et qu'on peut Ă nouveau y voir plus clair.
Le col suivant, le Maloja Pass est moins zélevé, 1815 mÚtres, et midi approchant, le ciel s'éclaircit et on retrouve un soleil bien agréable qui réchauffe nos carcasses un peu froides. Descente du Maloja en file indienne avec un objectif commun: miam miam puisqu'on est repassé, le temps d'un col et d'une vallée, in Ritalia. A nous donc les spaghetti,les zanti-pasto, le tiramisu.
ArrĂȘt buffet Ă la premiĂšre terrasse agrĂ©able Ă l'Ćil et au porte-monnaie! On a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© et il y a dĂ©jĂ du transalpin partout oĂč on mange et boit! On retrouve la grande famille de la bĂ©cane et du voyage, ça discute ferme, ça rigole, ça mime guidonnages et autres louvoiements, bref ça cause moto, montagne, paysages, cols, passages diiificiles. L'heure tourne mais on resterait encore des zheures Ă discuter. La journĂ©e n'est pas finie, il faut remonter en selle et suivre le rodde bouque: encore 3 cols histoire de garder la forme et puis arrĂȘt dodo!
On repart vers la Chuiche, vers le Slpugen Pass, en admirant au passage la trĂšs spectaculaire cascade de Pianazzo, puis c'est l'tour du San Bernardino Pass, redescente cĂŽtĂ© rital. A force de monter, tourner, virer d'un bord Ă l'autre, on passe les frontiĂšres plusieurs fois dans la journĂ©e et on sait mĂȘme pu dans quel fichu pays on roule!
On a des francs chuiches dans la poche droite et des lires dans l'autre droite, Ă moins que ce ne soit l'opposĂ©! On commence Ă fatiguer, c'est par oĂč la sortie? Le Lukmanier Pass et ses 1096 mĂštres clĂŽturent la journĂ©e encore bien remplie. Et pourtant, on a tous le sourire aux lĂšvres! Devine donc, ami, ce qui nous met en joie?
C'est que le lendemain c'est jeudi 15 aout donc, pour nous zaut',c'est journĂ©e de REPOS! Enfin presque, faudra tout d'mĂȘme "plier" pour faire 33 kilomĂštres, monter et passer l'Oberalp Pass et ses 2044 mĂštres, ne serait-ce que pour garder le rythme! M'enfin, demain matin, la famille "Lamoto" pourra, pour la premiĂšre fois depuis le jour du dĂ©part, faire la grasse matinĂ©e. D'ailleurs, une animation folklorique est prĂ©vue ce souar; prĂ©parez les chopines, on va s'animer, sĂ»r!
On va d'autant s'animer que la prĂ©cĂ©dente animation folklotruc, ben, on l'avait shuntĂ©e because Pontebba et panne subsĂ©quente de moral. Alors, on na bien l'intention de s'rattrapper! On va chopiner grave tout au long de la soirante, on va guincher jusqu'Ă plus d'heure, qui en cuir, qui en bobotte motard, qui en zonblou de plastoque rouge et maĂŻs calĂ©e au coin des lĂšvres. Bref, ce fut long mais booon passque t'as mĂȘme rĂ©ussi Ă danser avec Ăve une ou deux fois et tu te dis que oui, ça devrait l'faire, accroches toi garçon, c'est tĂ©zig le renard!
Ăvidemment, il faut bien finir par aller au duvet. Tu lui proposerai bien une tente pour deux mais la famille est lĂ , au grand complet, qui vous colle aux basques. Pas moyen de causer intime. Bon, ce sera pas zencore pour cette nuit! Damned, encore ratĂ©! De toute façon, tu as du mal Ă garder un Ćil ouvert, alors les deux. A peine enfoui dans le duvet, tu plonges dans les bras de MorphĂ©e. Sauf que plus tard, quand t'as appris Ă lire, ben tu as lu que MorphĂ©e Ă©tait du sexe masculin. Maint'nant, quand tu t'endors, tu n'y penses plus!
Le lendemain matin, c'est aussi difficile d'ouvrir les deux zyeux en mĂȘme temps. Pi tu rĂ©alises que c'est la journĂ©e d'repos, alors on peut rester enfoui in ze plumes encore un peu.
Ben non, pas duvet bien chaud. La nuit a Ă©tĂ© froide et tu entends Ăve se lever. Vite, lui prĂ©parer un caffe con lecche vite fait sinon ton leadership tu peux te le mettre dans la sacoche! Elle est debout, frigorifiĂ©e. Tu lui donnes illico presto ton zonblou que tu installes sur ses Ă©paules. Tu as droit Ă un sourire entre deux frissons, tu restes tout chose. Allez, caffĂ©, sinon c'est rĂąpĂ©. Et comme le restant dĂ© la familia n'est pas levĂ© tu peux lui parler! Alors c'est parti: "Ăve, Pour les prochaines nuits froides qui s'annoncent". Tu le sens bien lĂ , ton plan d'enfer. Elle va te dire oui et ce sera tout simple. Tu te retournes pour continuer. Et tu te retrouves face Ă Mo, puis Ă MaĂŻs suivis des zoranges. Et meeeerde!!!
La familia est lĂ , au complet! Mo, le pĂšre frotte activement le dos d'Ăve, sa protĂ©gĂ©e, qui a l'air de trouver ça fort agrĂ©able et toi, ben, tu finis de prĂ©parer le caoua pour tout l'monde.
Ce jour-lĂ , c'est du luxe, petit dĂšj peinard, en famille, en prenant tout son temps et mĂȘme plus. On pliera les gaules juste avant midi, tentes sĂšches, pour faire les 33 bornes sans spĂ©ciale et arriver Ă destination Ă Andermatt pour dĂ©jeuner! On plante, on se chauffe au soleil de l'aprĂšs-midi, on discute, on regarde les menus des jours suivants sur l'road book, bref, on s'repose!
Les trails quatre temps, qui sont les vrais rois de la Transalp, s'en donnent Ă cĆur joie: au bout du camping, il y a un dĂ©but de montagne Ă vaches, comme on dit, que nos routiĂšres ne peuvent pas grimper, mais les trailistes le peuvent et les 250 XL et autres 500 Yam XT s'amusent Ă monter le plus haut possib'. BientĂŽt s'organise une "montĂ©e impossible" et toute la clique s'assied pour regarder les trailistes s'amuser.
Aucun doute la-dessus: les trails vont oĂč nos routiĂšres s'arrĂȘtent. La soluce? Une routiĂšre avec des gĂšnes de trail ou inversement. Je crois que les gens de BMW ont dĂ» faire le mĂȘme constat (amiable) car peu aprĂ©s sont nĂ©es les GS, TĂ©nĂ©rĂ©s chez Yam etc. Motos qui ont emmenĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de motards devenus voyageurs au long cours vers des zhorizons de plus zen plus lointains.
La soirante arrive vite dans ces conditions et le dßner (pas de cons) dure aussi longtemps que le p'tit dÚj. Comme toute la famille est réunie, tu ne peux rien tenter ce soir encore. Demain, je l'aurai demain!
Demain, c'est aujourd'hui! Debout les braves, on nen nest qu'à la moitié, de la Transalp, s'agirait de se le bouger le c.., passqu' y en a encore un paquet à se goinfrer! Le menu du jour n'est pas trop copieux, on va recommencer en douceur: Andermatt-Interlaken, 173 km, 5 cols avec une "Spezial", bref, du déjà -vu, encore de la montagne. Mais on nest v'nu pour ça, non?
Encore du lourd, les 5 cocols sont à plus de 2000, on rigole pas, chez les Chuiches, ça cause!
Fait encore frais c'matin, les tentes sont humides quand on plie, une petite brume a envahi la vallĂ©e et on est glacĂ©. On part prendre le p'tit-dĂšj au chaud mais on roule plus longtemps que prĂ©vu car on trouve rien d'ouvert Ă cette heure matinale. CayĂ©, n'en v'lĂ un de courageux, bonjour, on a vu d'la lumiĂšre, alors on s'est garĂ©! Le gars lĂšve un Ćil, puis l'autre et te rĂ©pond en allemand in ze dialogue. Ach so, c'est vrai, on nest ten Chuiche germanophone ici, faudrait voir Ă brancher le traducteur motomatique. Pas grave, mein Herr, six grands cafĂ©s zau lait et autant de beignets zau chocolat, voilĂ de quoi recommencer la journĂ©e sous de meilleurs zauspices.
Une fois rĂ©chauffĂ©s et repus, on repart en file indienne, direkzion le saint Gothard, oui, on fait dans les classiques, genre tournĂ©e des grands cols, tu mets le nom devant et tu ajoutes pass ou passo aprĂ©s, genre Nufenen pass, Furka pass, Susten pass, voilĂ la collec du jour, pas mal non? Tous ces "pass" lĂ sont des grands classiques des cols suisses: routes zimpec, paysages splendides et grandioses, roulage facile, Ă©pingles bien larges, on sent l'efficacitĂ© et le pragmatisme, ce sont de grandes routes empruntĂ©es par un gros trafic, faites pour ĂȘtre utilisĂ©es Ă©tĂ© comme hiver; c'est facile mais ça reste bien jouissif et on y prend du bon temps sans en baver.
La spĂ©zial, appelĂ©e Mont Eiger, est en fait un cul de sac, on y monte donc et descend par la mĂȘme piste en terre, on circule dans la forĂȘt de sapins, ça sent bon "la montagne", ça grimpe sec mais rĂ©gulier, en seconde, les virages sont larges, suffit de garder le panard prĂȘt "au cas oĂč". En haut, le panorama est splendide, par temps clair. Et devines, oui, y fait beau, alors on zyeute et on redescend! Comme la descente c'est pareil que tout Ă l'heure, on se la fait "schuss", pour rigoler. On croise les familles montantes, bonjour! On croise les zisolĂ©s, salut! On raccroche Jojo, ze belge et sa friteuse jaune, une CB 400 four. Et son seigneur et maĂźtre ne veut pas se laisser passer, kestion d'honneur! Il se la joue un peu large dans le grand gauche qui suit et sort devant la famille Ă©bahie!
ArrĂȘt sur la B.A.U et on va Ă la recherche du chevalier et de la monture. L'est pas loin, le chevalier, il gesticule, en belge in ze text, que son cheval n'a pas voulu rester groupir!
Pas grave, on va l'aider à remonter le cheval et dépoussiérer le chevalier qui s'en tire sans zaucune égratignure, il n'y a que l'honneur qui est un peu malmené. Pas graave, ya de la chopine dans l'air ce souar, va pas s'en tirer comme ça, not' belge poto. Ola, tavernier! De la cervoise pour toute la famille, c'est Brussels qui régale!
La seconde partie de la journĂ©e nous emmĂšnera vers Interlaken oĂč nous ferons Ă©tape pour la nuit. Mine de rien, on se rapproche doucement mais sĂ»rement de la suisse francophone et de la Gaule tout pareillement! Encore une Ă©tape et on pourra recauser en gaulois dans le texte. En regardant de plus prĂ©s le road machin, tu vois aussi qu'on va se rapprocher des zalpes de Haute-Provence et que dans 3 ou 4 jours, il fera beau et chaud, non seulement sous les casques et sur les motos mais zaussi dans les tentes.
Alors ton plan d'enfer (Rocheraud) faut l'appliquer vite et bien sinon t'es marron pour de bon! Vite, renard mon vieux, faut te coincer ze poulette avant l'été sinon tu vas rentrer bredouille!
Le lendemain 18 aout, l'Ă©tape n'est pas bien longue, 178 km et 3 p'tits cols avec un seul Ă 2000! Pff, trop facile. Ouais, sauf que le rode truc nous zindique qu'il y a de la spĂ©ciale ce jour: 35 km entre "La Lecherette" et "Corbeyrier". Ăa s'appelle poĂ©tiquement "les cimes du lac". Tout l' monde est partant pour, alors on va s'la faire en famille.
C'est parti d'assez bon matin, car qui dit "spĂ©ziale" dit mĂ©fiance des troupes motorisĂ©es transalpines! On se fait donc les deux premiers cols in ze foulĂ©e, histoire de prendre le temps qu'il faudra pour la spĂ©ciale qui compte une montĂ©e et descente de col dans les 35 bornes. Depuis qu'il y a un ouvreur qui parcourt l'Ă©tape une journĂ©e avant la troupe, on est plus rassurĂ© de ne pas se trouver face Ă un mur comme Ă Pontebba mais la montagne commande et il n'est jamais certain de trouver le lendemain le mĂȘme terrain que le jour prĂ©cĂ©dent; il suffit d'un gros zorage pour tout remettre en question. Mais ce matin-lĂ , fait bĂŽ et on entame "les cimes du lac" avĂ© le moral bien haut.
Ăa monte bien, on passe de trois en seconde, on sort le pied qui faut dans les zĂ©pingles pour assurer et on monte cool, avec deux autres familles et quelques zisolĂ©s rĂ©coltĂ©s en chemin. La montagne, par les pistes,c'est calmos, pas de voitures, la vogue des 4x4 n'est pas encore la mode, alors on profite.
La piste serpente entre les sapins, elle est assez large et on monte, monte encore jusqu'aux 2000 attendus au col d'AĂŻ (ouille) puis la redescente, toujours cool, vers Corbeyrier.
La descente est souvent moins facile que la montée car on prend de la vitesse par la pente et les virages arrivent plus viiite, le tout sur de la terre et des graviers roulants. Trop roulants pour la poulette qui tangue devant toi et qui s'en prend encore une sous tes zyeux. Mais tu veilles au grain et tu ramasses ze poulette, reconnaissante, avant la meute!
Nous zarriverons à Aigle en fin d'aprÚm, fatigués mais contents de notre bucolique et motarde journée. Encore une demie étape et rebonjour ze Gaule!
Ăve plante sa tente tout tout prĂȘt de la tienne et semble se rapprocher de plusse en plusse de toi, tu es aux zanges et tu souris bĂȘtement comme un chiot Ă qui on prĂ©sente un nonosse plus gros que lui. Manquerait plus que tu aboies et que tu baves aussi!
Petit renard, il faudrait que tu penses à manger la poulette bien viiite! Oui, mais comment donc faire avec toute cette familia sans cesse autour? C'est pire qu'un poulailler, ce campement! T'as beau mettre ta tente au plus prés pour dire "pas touche à la poulette blanche", il y a toujours un membre de la famille qui lui cause ou, pire, un aventurier qui vient tenter sa chance. Et si tu montrais les crocs? Ach so, z'est diificile manger petite poulette avec beaucoup perzonnes autour!
Demain, petite Ă©tape, 195 km et deux cols (de cygne), le plus zĂ©levĂ©, le col de la ColombiĂšres fait 1900m; demain, si touti va bene, on dort Ă Boussy, Gaule et on ny mange des crĂȘpes! Allez, y en a fatiguĂ© et pas mangĂ© petite poulette qui s'est couchĂ©e tĂŽt, fatiguĂ©e a-t-elle dit, fatigue diplomatk, peut-ĂȘtre. Gute Nacht donc aussi, tu Ă©puises ton stock d'allemand in ze text avant de repasser chez Victor, Jean ou Marcel (Proust).
Allez, debout tout l'monde, on est vendredi je crois, et il est 7 heures! Demie Ă©tape chuiche donc rĂ©serve de chocolat avec les francs chuiches qui nous restent et ce soir, pinard, sauciflard et crĂȘpes Ă volontĂ© en Gauuuule!
Du coup, ça bouge dans tous les sens dans le campement! Les ceusses qui n'appréciaient pas trop le parler schleu et autres ritalies sont contents de retrouver un langage qu'ils comprennent direct, les zautres sont ravis de retrouver le fromage, le pinard et la bouffe moins chers qu'en Chuiche! Chauvins, les franssouais, pensez donc!
A peine une demie heure aprĂšs le dĂ©part, on passe la frontiĂšre pour se retrouver cheu nous zaut', concert de klaxon pour le retour au pays. Les quelques motards belges, allemands, ou britiches qui nous zaccompagnent font comme nous, sans trop savoir pourquoi on fait la fĂȘte ainsi! Les cols du Colombier (1235 m) et de la ColombiĂšres (1900 m) sont avalĂ©s dans le dĂ©but de l'aprĂšs-midi et on arrive tout frais Ă Boussy, France, pour une soirĂ©e crĂȘpes (merci TĂ©fal) prĂ©cĂ©dĂ©e d'une projection de films (publicitaires ..moto) et la possibilitĂ© de tourner sur le circuit de speedway du lieu!
A vos marques, prĂȘts, partez! Ăa a commencĂ© trĂšs vite aprĂšs l'arrivĂ©e en ordre pourtant dispersĂ©: les trails ont voulu montrer qui Ă©taient les plus forts, les routards n'ont pas voulu laisser bĂ©ton, alors on y est tous allĂ©s, qui en 125, qui en BM, Norton, Guzzi. On a bouffĂ© de la poussiĂšre, on en a mĂȘme mordu. Mais on s'est tous pris un mĂ©ga pied d'enfer Ă se passer, se repasser, le pied dehors et la banane sous le casque!
Bon, faut l'dire, les plus forts c'Ă©taient les trails. Et de trééés loin, ils nous faisaient des ronds autour! La vraie bĂ©cane polyvalente de la Transalp et du reste, c'Ă©tait et c'est toujours le trail. Bon, assez tournĂ©, avec toute cette poussiĂšre, on a la gorge tréés sĂšche, donc on a tréés soif et justement, ils zont fait l'erreur de nous mettre beaucoup Ă boire! Vous nous connaissez, on est des gens bien nĂ©levĂ©s, on mange et on boit TOUT ce qu'on nous donne. Sans rechigner, on s'est farci, merci TĂ©fal, toutes les crĂȘpes de la crĂ©ation et tout le liquide prĂ©sent sur la, euh, les tables. AprĂ©s ça, la fatigue nous zest tombĂ© d'ssus comme la misĂšre su'l'pauv' monde et on nest tallĂ© s'coucher passqu'on pouvait pu, booonne nuit!
Le samedi, nous dĂ©collons de bonne heure, euh, presque, passque la nuit a Ă©tĂ© bonne mais plutĂŽt courte et les crĂȘpes plus le liquide, euh, surtout le liquide a fini par peser sur l'estomac, euh, le foie, Ă moins que ce ne soit sur les deux.
Bon. Ce jour, 222 bornes, 3 cols au menu, en finissant par le mont Cenis aprĂ©s les Saisies et l'Iserand, des noms bien connus de tous les zamateurs de belles routes bien viroleuses. On passe par Annecy, arrĂȘt sympa mĂȘme si le tourisme de masse ne nous zencourage pas Ă paresser au soleil d'une terrasse, les prix sont prohibitifs et nous zavons soif de hauteurs. Beaufort passĂ©e,le Cormet de Roselend nous redonne des couleurs et l'Iserand ou le Cenis achĂšve de convaincre mĂȘme les plus blasĂ©s! On va mĂȘme rester au Cenis car, une fois lĂ -haut, on prend le chemin Ă droite aprĂšs le lac pour y dĂ©couvrir notre havre pour la nuit.
Il faut que tu en profites parce que c'est une des derniÚres nuits froides du parcours, aprÚs on va débouler dans la Haute Provence et adieu ton plan d'enfer. Ouais, ben pas d' bol, la fille de la cÎte est malade, elle plante sa tente et va se coucher sans manger et n'a envie de voir personne. Tu n'insistes pas, ce serait pire!
Ouais, froide mais étoilée la nuit. En haut du col, la nuit venue, c'est le calme absolu. Tu peux entendre les ronfleurs à 15 pas et toi, tu "dors" à 3 mÚtres de la fille de la cÎte mais une toile de nylon t'en sépare. Ainsi va la nuit!
De toute façon, le lendemain, mieux vaut ĂȘtre frais (on l'est) et dispos parce que sont inscrits 9 cols au menu avec une spĂ©ciale dite de l' Assietta oĂč se bousculent 3 cols les zuns parĂ©s les zaut'. A peine levĂ©s, tu vĂ©rifies qu'Ăve va mieux, c'est bon, elle s'est levĂ©e, caffĂ© con lecche et direction le col de la Finestre et Ă partir de ce col, on repasse cĂŽtĂ© rital avec l'Assietta et ses 2472 m, suivi du Costa Piana (2507 m) et du Basset, qui porte mal son nom puisqu'il pĂšse 2424 m. Tout ça sur des pistes en terre, heureusement sĂšches et roulantes, le peu de distance entre chaque col rend la chose plus aisĂ©e qu'on le pensait, en fait, on redescend Ă peine entre chaque, c'est une succession de cols trĂšs rapprochĂ©s.
Tout cela n'empĂȘchera pas Ăve de s'en prendre deux dans la matinĂ©e, dĂ©cidĂ©ment, elle tombe plus vite que son ombre, la mam'zelle, tu aimerais bien qu'elle tombe aussi vite dans tes bras. Mais elle prĂ©fĂšre la poussiĂšre de la piste, va comprendre!
On redescend sur SestriĂšres pour filer vers Briançon, arrĂȘt buffet, cafĂ© clopes et discutes aprĂ©s ĂȘtre passĂ©s par le mont GenĂšvre. Faut pas tarder, y en a encore, patron! Allez, on se bouge vers l'Izoard, ciel bleu, temps frais, l'idĂ©al quoi. Ăve tient bon mais tu sens qu'elle fatigue Ă tenir le rythme des plus grosses motos alors tu restes sagement derriĂšre sa moto pour qu'elle sente ta prĂ©sence en cas de fatigue, elle peut compter sur toi.
L'Izoard franchi, arrĂȘt cafĂ© pour le panorama puis descente vers le soleil, on sent la chaleur qui nous vient droit devant, c'est bon pour le moral, ça te donne envie de rouler encore jusqu'au couchant. On longe le lac de Serres-Ponçon sans le traverser et on finit la journĂ©e bien chargĂ©e par le col de Maures, heureusement facile et on met les freins Ă Digne pour la nuit. Pas la peine de nous demander si on est fatiguĂ©s, oui, on l'est mais de la fatigue saine, physique, la fatigue d'une bonne journĂ©e de route en montagne, avec le soleil et la chaleur en prime. C'est notre premier soir en T-shirt et on reste les zyeux dans le vague Ă regarder les zĂ©toiles sans plus penser Ă aut'choze. La "cigarette" qui passe et repasse nous donne comme une idĂ©e d'aller dormir.
ĂayĂ©! On nest ten Provence, tĂ©! Les sourires sous les casques en disent plus long que bien des discours. L'Ă©tape du jour est calme, 159 bornes et aucun col: une promenade de sant! On roule cool dans zune vĂ©gĂ©tation dĂ©jĂ mĂ©diterranĂ©enne et quand on s'arrĂȘte ce sont les cigales qui nous offrent le concert de bienvenue! Dans l'aprĂšm, on arrive Ă moitiĂ© cuits au circuit du Castellet et chacun soigne ses coups de soleil et se prĂ©pare pour demain.
Oui, demain, pour ceux qui aiment, c'est la cerise sur le gĂąteau: on a circuit libre de 8 Ă 11 heures (du mat' tĂ©) Des occaz du genre, ça se refuse pas, mĂȘme si t'es pas un nĂ©nervĂ© de la poignĂ©e.
Tu peux imaginer le spectacle: une cinquantaine de motos de route, des trails, un side, des 125 tous sur la ligne de dĂ©part, certains en duo, d'autres avec les sacoches, les bagages et les tentes, prĂȘts Ă en dĂ©coudre dans la plus mauvaise foi possib', c'est du Joe Bar Tim des meilleures cuvĂ©es!
Au signe du départ, la troupe s'ébranle dans le plus parfait désordre, les grosses cylindrées prennent vite les devants et à la premiÚre courbe, les hiérarchies sont nettes. Le grip du Ricard est immense: 7 fois plus zimportant qu'une route habituelle! Tu te surprends donc à prendre des zangles d'enfer pendant qu'on te passe et repasse avec plus d'angle encore! Bandes de rascals! La ligne droite du mistral met tout l'monde d'accord: les grosses nous zoublient d'un petit geste du poignet droit!
Dans les zenfilades au bout, c'est du grand n'importe quoi! On a aucun repĂšre pour trajecter propre alors on fait au jugĂ©. De toute façon, on a si peu de puissance que ça passe, malpropre ou pas. Ăvidemment les 125 se sont larguer grave, alors tu attends "ta" petite poulette de la cĂŽte! Au bout de quelques tours, tu penses Ă tes pneus qui s'usent vite avec un tel grip et tu t'arrĂȘtes avec Ăve pour regarder tourner les fondus. Tu en profites pour passer deux heures avec elle, Ă se chauffer au soleil provençal. Tu essayes de marquer de gros points et le soleil pourrait faire le reste!
Pour une fois, la famille est dissĂ©minĂ©e et rendez-vous a Ă©tĂ© pris pour le repas du soir. Tut'apprĂȘtes Ă passer le restant de la journĂ©e avec elle! L'est pas beeelle la vie?
Surtout qu'en plus, ya juste 251 km en tout et un tout p'tit col, celui de Gratteloup Ă 224 mĂštres, ce doit ĂȘtre le plus bas de notre pĂ©riple! Ce serait bien le diable si, dans la chaude aprĂšs-midi provençale, tu ne dĂ©couvrais pas, "par hasard" un petit coin sympa pour faire une sieste. Petit bonhomme, c'est ton jour, "ils" ne sont pas lĂ , tu as bien le droit, toi aussi, d'avoir un peu de chance. A toi de jouer!
Tu te places devant, histoire de la guider sur la route et vous vous dirigez cool vers Grimaud et La Palud, terme de la journĂ©e. Tu cherches un coin pour la sieste, tu lambines un chouiĂ mais la demoiselle te rattrape et te dit qu'elle veut faire des zemplettes fĂ©minines. Vous vous dirigez donc vers Grimaud et, dans la ville, quand tu jettes un coup d'Ćil dans le rĂ©tro, plus de fille de la cĂŽte! ArrĂȘt d'urgence: attente au bord de la route, 5 puis 10 minutes qui te paraissent une Ă©ternitĂ©. Tu fais demi-tour et tu la cherches. En vain! Pas de 125 S3 Ă l'horizon, t'es tout seul et tu viens de paumer ta poulette que tu voyais dĂ©jĂ mangĂ©e un fois puis deux.
l'est bien bonne celle-lĂ , c'est le jour J, le moment M et ya plus personne! Tu fais le quartier Ă moto, Ă pieds. Tu attends, tu cherches et tu tombes sur le restant de la famille qui vient d'arriver en ville! On te demande oĂč est Ăve et tu es bien obligĂ© de dire que tu l'as paumĂ©e en route!
Inutile de dire tous les trucs qui te tombent dessus: "on peut pas le laisser 5 minutes avec sa demoiselle, il est mĂȘme pas capab de se la garder tout seul". Marade gĂ©nĂ©rale au dĂ©pens de qui tu sais et tu payes la tournĂ©e gĂ©nĂ©rale en espĂ©rant te faire oublier sur ce coup lĂ . Au moment oĂč toute la famille (ou presque) s'assoit pour boire le coup, arrive celle que tu cherchais quelques minutes plus tĂŽt! Les sarcasmes reprennent de plus belle et tu te fais petit petit dans ton petit coin. La demoiselle de la cĂŽte s'est arrĂȘtĂ©e sans prĂ©venir au premier magasin venu et elle a au bras un sac avec de la fringue propre et neuve.
Ton aprÚm d'enfer est toute "pourrite" et tu es d'humeur maussade jusqu'au soir et tu laisses la demoiselle de cÎté pour le restant de la journée. Le ridicule ne tue pas, tu n'es pas mort, tu es seulement un peu perdu dans tes pensées, ne restent que trois jours pour savoir ce que tu veux, aprÚs mon gars, tu pourras plier les gaules.
Nous naviguerons le lendemain entre Provence et Alpes de Haute-Provence en passant par le col de Toutes Aures, 1118 m, et se faufiler par les gorges de Daluis qui nous font Ă©carquiller les yeux de tant de beautĂ© sauvage. Le col de la Cayolle, 2327 m, vient nous rappeller, si besoin Ă©tait, que dans la Haute Provence les reliefs savent rester imposants! La nuit se fera Ă Barcelonnette. N'ayant pas zencore bien digĂ©rĂ© ton occasion ratĂ©e de la veille, tu ne tentes rien pour n'avoir rien! Pourtant tu dĂ©couvres avec ravissement la raison de ta dĂ©convenue prĂ©cĂ©dente: la fille de la cĂŽte s'est achetĂ© un splendide corsage blanc! Pour faire de la moto, c'est peut-ĂȘtre, euh, lĂ©ger-lĂ©ger, ce petit truc presque transparent au soleil provençal. Les nanas ont parfois des zidĂ©es qui te dĂ©passent!
Les deux derniÚres zétapes promettent du costaud, il faut finir en beauté, non? D'ailleurs, toi aussi, tu espÚres bien finir en beauté et tu t'y prépares, l'air de rien.
Faut se lever tĂŽt le lendemain car, Ă peine Jausiers passĂ©e, on va s'attaquer au col le plus haut de notre pĂ©riple et aussi le col le plus zĂ©levĂ© en col routier d'Europe: le col de Restefond avec la cime de la Bonette juste Ă cĂŽtĂ©; Ăa va grimper sec sur plus de 25 km. Les nouvelles de l'ouvreur sont bonnes "ça passes", pas de neige, cela arrive mĂȘme au cĆur de l'Ă©tĂ© Ă ses altitudes et surtout pas de pluie donc pas de coulĂ©es de terre, frĂ©quentes sur la derniĂšre portion du parcours, lĂ oĂč tout n'est que terre ou minĂ©ral, la vĂ©gĂ©tation ayant abandonnĂ© la partie un peu avant.
De suite aprĂšs Jausiers, ça commence sĂ©rieux, avec de la forte pente. La famille est au complet, en file indienne, comme d'hab; On a placĂ© les deux 125 en tĂȘte, pour ne pas les perdre de vue, tu suis avec Yves et le Mo ferme la marche avec son BM. De virages en Ă©pingles serrĂ©es, on s'agrippe au flanc de la montagne, passant d'un versant Ă l'autre en suivant le fil complexe de la route qui doit mener ce petit monde Ă deux roues jusqu'au sommet qui nous parait bien Ă©loignĂ© encore.
Tel des fourmis motorisĂ©es, le petit groupe s'accroche Ă son prĂ©dĂ©cesseur et on commence au delĂ des 2500 m Ă sentir les moteurs peiner dans cette longue et lente ascension mĂ©canique, les 125 devant ont bien de la peine Ă finir la montĂ©e et on les zentend rĂ©trograder pour essayer de relancer mais sans grand succĂšs; Ă ses hauteurs les moteurs commencent Ă chercher de l'air. VoilĂ enfin la derniĂšre portion: plus d'arbres, des touffes Ă©parses de bruyĂšre et le rocher ou la terre nue. Ătrange impression que celle d'arriver dans un monde qui ne nous est pas familier et oĂč nous ne sommes que tolĂ©rĂ©s par la nature.
ArrĂȘt au sommet du Restefond, pour grimper encore plus haut, Ă pieds cette fois, vers la cime de la Bonette Ă 2860 mĂštres, dans le ciel bleu-rosĂ© du matin. La vue est splendide: d'oĂč que l'on se tourne ce ne sont que sommets enneigĂ©s ou nus, la nature telle qu'en elle-mĂȘme, ni hostile ni accueillante, juste indiffĂ©rente Ă l'homme qui vit plus bas, dans les vallĂ©es qui le nourrissent et l'acceptent. On restera longtemps, lĂ -haut, groupĂ©s mais silencieux devant le spectacle de la montagne que nous zĂ©tions tous venus chercher en participant Ă la Transalp. Nous y Ă©tions et les mots nous manquaient.
Il a bien fallu redescendre de notre nuage et retrouver les motos, leur bruit habituel nous semblant, pour une fois, incongru dans le silence minĂ©ral qui nous zentourait. BientĂŽt repris par notre mouvement habituel, notre petite colonne entreprend la descente vers saint Etienne de TinĂ©e mais on bifurque pourtant assez vite, vers les 2000, pour s'engager vers la Ritalie en passant par Isola et le col de la Lombarde. Nous revoici de l'autre cĂŽtĂ©, on va pouvoir se refaire de la pasta, du tiramisu. On s'arrĂȘtera pour la nuit Ă Limone, sur la route du col de Tende que nous devons rejoindre le lendemain matin Ă l'aube car il faut ĂȘtre Ă Monaco pour la cĂ©rĂ©monie de remises des mĂ©dailles dans l'aprĂšs-midi.
Le soir venu, juste aprÚs zavoir monté les guitounes, le ciel s'est soudain obscurci et nous zavons "essuyé" un bel orage qui nous za rappelé qu'en montagne, rien n'est jamais acquis et on s'est résolu en parlant de tente à tente, entre deux coups de tonnerre et trois zéclairs, d'attendre le OK des zouvreurs avant de se faire les trois spéciales (oui, trois) la cerise sur le gùteau de la derniÚre étape.
Le lever est programmé pour cinq heures du mat', soit encore de nuit, c'est les zanciens, Mo et Maïs, qui sont chargés de réveiller les nenfants. A l'heure dite, les "vieux" réveillent les jeunes et tout le monde plie les tentes encore humides de l'orage du soir. On attend le OK de l'ouvreur qui arrive à 6 heures: c'est bon, ça passe.
Nous voilà donc tous partis de trÚs bon matin avec, en ligne de mire, le col de Tende en suivant de prés le rode bouk qui se révÚle nécessaire pour ne pas se paumer grave dans les spéciales du jour. Déjà il nous faut veiller à ne pas s'engouffrer dans le tunnel mais obliquer à 50 m avant dans le chemin douanier qui monte en lacets vers le fort de la Margerie et Casterine. On trouve le douanier sentier et on monte. Les 125 devant, les deux 360 et la beumeu, ça monte et ça tourne, en lacets bien raides, terre et cailloux roulants, ravines, la totale.
Plusieurs familles sont lĂ , groupes, isolĂ©s sont lĂ , c'est la grande transhumance des transalpins! On passe des hameaux oĂč les gens Ă©tonnĂ©s d'entendre des bruits de motos, ouvrent leurs volets ou leurs portes pour nous voir passer et nous saluer! Ces hameaux sont-ils encore français ou italiens, on ne le sait pas ou plus! D'un versant Ă l'autre, on change de pays, on doit passer la frontiĂšre toutes les 30 minutes! Nous sommes toujours sur la route des cimes, un sentier douanier et militaire et cette rĂ©gion du col de Tende a fait l'objet de bien des tractations lors de la fin de la deuxiĂšme derniĂšre! Avant la guerre, cette partie du territoire Ă©tait italienne, elle est devenue terre française ensuite et nous naviguons Ă l'estime entre ces deux pays, on pourrait presque avoir une roue dans chaque!
L'orage n'a pas dû tomber par là , la piste est sÚche et on peut rouler doucement sans risquer de glissouiller à cause de la boue. Le spectacle est saisissant: nous roulons longtemps sur la piste des cimes on peut distinguer la route asphaltée loin en contrebas. Nous passons par le col Sanson, puis la cime de la Marta pour arriver à Monaco par Ventimiglia puis Menton.
Au dĂ©tour d'un virage, c'est le choc de la rencontre avec la MĂ©diterranĂ©e, d'un bleu roi rayonnant au soleil de la CĂŽte d'Azur et le choc aussi du retour Ă la civilisation avec une circulation d'enfer jusqu'au complexe sportif de Fontvielle oĂč aura lieu la cĂ©rĂ©monie de remise des mĂ©dailles aux participants de la Transalp. Cela fait un peu anciens combattants (ou combattus) mais il n'en est rien; on est entre motards et c'est la fĂȘte pour toutes et tous.
CĂ©rĂ©monie bon enfant donc, oĂč l'on discutera de tout ce qui a fait le charme de la Transalp de ce mois de juillet 77; on s'Ă©changera les zadresses, les promesses de se revoir sur un autre parcours, on esquissera des projets communs de balades, de rencontres et de voyages futurs, Ă moto bien sĂ»r! DĂ©jĂ certains repartent vers leur horizon habituel, les ouacances sont finies, il faut songer Ă retrouver le chemin de la maison et du labeur quotidien. Au revoir, signes de la main, coups de klaxon, tout le folklore motard de l'Ă©poque.
Tu as convenu avec Ăve que vous rentreriez tous les deux puisque vous zĂȘtes partis tous les deux. C'est bien ce moment que tu attends, plus ou moins sagement, pour te retrouver seul avec elle, sur la route du retour, sans la perdre de vue une seconde fois, petite poulette, tu ne devrais pas "ou plus" m'Ă©chapper!
Vous partez donc vous aussi, en remontant par les nationales, on ne va pas s'infliger de l'autor en 125, surtout aprÚs tous les virolos et cols qu'on a pu s'engranger en 3 semaines. La moindre route normale nous paraßt déjà trop facile et trop droite. Il va falloir se réhabituer.
On va rouler ainsi jusqu'au soir et on va s'arrĂȘter pour la nuit au petit camping du petit village de la petite route qui va bien. LĂ , tu vois bien que la poulette est cuite et qu'elle n'en peut plus; tu lui proposes donc de ne monter qu'une tente et elle est d'accord! Ben voualĂ , c'Ă©tait tout simple, pourquoi donc avoir attendu si longtemps?
SitĂŽt dit, sitĂŽt fait, la tente est montĂ©e, les zaffaires installĂ©es. On devrait ĂȘtre bien, lĂ , avoir chaud et tout, un peu Ă l'Ă©troit mais ça devrait ĂȘtre propice au rapprochement physique des corps. Allez hop, on mange vite fait, douche et dodo, enfin, pas vraiment, on va causer un peu, non?
La voici couchĂ©e, te voilĂ couchĂ©, tréés prééés l'un de l'autre, si préés que vous n'avez qu'un geste Ă faire pour que vos mains se touchent. Garçon, petit renard, tu lui dis maintenant tout ce que tu as sur et dans le cĆur. Tu te retournes donc vers elle et tu ouvres la bouche.
C'est le moment qu'elle choisit, elle aussi, pour se tourner vers toi et c'est elle qui parle la premiÚre: "je voudrais te dire qqc, je n'ai pas réussi à t'en parler pendant tout notre périple, je le regrette et je voudrais te dire".
Hosanna! Elle va te le dire, à toi, toi qui n'attends que ça depuis 3 semaines que tu es prés d'elle et c'est Elle qui va te le dire. Tu restes bouche bée et tu fermes les zyeux.
Elle continue: "Je voudrais te dire que j'ai rencontré, peu avant la Transalp, un garçon avec lequel j'ai décidé de vivre en rentrant de notre voyage. Il s'appelle Jean-François, il a notre age et je voudrais te le présenter demain à notre arrivée".
LĂ , tu as ouvert les zyeux, sur Elle et puis sur toi, tu t'es regardĂ© puis tu l'as regardĂ©e, sans comprendre, pendant quelques secondes, que ton film venait de s'arrĂȘter, on y avait Ă©crit, en lettres simples, le mot "fin" et ton Ă©cran venait de s'Ă©teindre. Tu as fermĂ© la bouche. Tes mots Ă©taient soudain inutiles. Elle a continuĂ©: "je voulais te dire aussi que je te considĂšre comme le grand frĂšre que je n'ai jamais eu et que j'ai Ă©tĂ© heureuse de passer mes derniĂšres vacances de jeune fille avec mon frĂšre". Sur ces mots, elle s'est tournĂ©e pour s'endormir.
La Transalp, la balade avec pleins d'amis motards, pleins de souvenirs de montagnes, de rigolades et d'amitiĂ©. Tu es parti avec une copine, que tu pensais pouvoir voir devenir ton amie, ta compagne et tu reviens avec une frangine! Le grand frĂšre s'est tu, puisque grand frĂšre tu Ă©tais devenu, bien malgrĂ© toi. Tu as remisĂ© ton costume de renard, de toute façon, il ne t'allait pas! Et avant d'essayer de dormir, tu lui as souhaitĂ© "bonne nuit, petite sĆur".
Inutile, elle dormait déjà .
FIN
On regarde fĂ©brilement ze rode truc et on a encore deux 2000 Ă se taper avant la tente du soir coup d'Ćil Ă l'horizon: les massifs sont noyĂ©s dans les nuages alors qu'avant notre repas y faisait beau-clair et tiĂšde. La famille poursuit son chemin en fermant les zĂ©coutilles et direction l'Umbrail Pass et ses 2502 mĂštres. TrĂšs vite, c'est la brume, de plus zen plus dense, vitesse rĂ©duite. Plus zon monte et plusse il caille! Mo, l'ancien, ouvre la route avec sa prudence traditionnelle, suivi par les deux 125, tu suis Ăve au cas oĂč il lui prendrait l'envie de tomber et les zoranges ferment la marche.
On s'arrĂȘte Ă nouveau pour fermer tous les boutons, on sort les cagoules coton, on se calfeutre car on a froid!
C'est reparti pour l'ascension et les premiers flocons dansent bientĂŽt devant nos zyeux zĂ©bahis. Scheize, il neige! ArrĂȘt d'urgence cette fois, au bord de rien, les motos en file indienne et on vote pour prendre une dĂ©cision, c'est Papier MaĂŻs qui a la phrase de fin: "On est lĂ pour y aller, alors on y va et pi c'est tout!" Marrade gĂ©nĂ©rale et la famille en dĂ©lire se remet en route et se hisse doucement vers le haut Ă travers les tourbillons de flocons bien Ă©pais et qui collent sur les visiĂšres et les lunettes mais pas zencore sur la route. On passera le col tout doux sans s'arrĂȘter, des fois que la neige collerait et on redescendra l'autre versant dans le gris et la ouate quand soudain, au dĂ©tour d'un virage et d'un autre versant, plus rien, la neige s'en est allĂ©e et retour du soleil! On en croit pas nos zyeux, route sĂšche et bourre gĂ©nĂ©rale jusqu'en bas, histoire de dĂ©serrer les fesses et boire un bon chocolat chaud pour nous rĂ©chauffer les mimines et pi c'est tout!
Le dernier col du jour se passera sans blĂšme, temps sec, nuages gentillets en haut, on prĂ©fĂšre ça. Descente finale vers not' chuiche destination, Zerneiz, on va pouvoir bouffer du chocolat et boire une chopine, aprĂ©s le rĂ©gime rital, le rĂ©gime chuiche, tu vas pas maigrir encore cette semaine-lĂ . Encore une grosse Ă©tape, morgen fruh, avant la journĂ©e d'repos, on est des galĂ©riens d'la route! Bon, çayĂ©, on nest tarrivĂ©, ze caming, ze bouffe, ze chocolate and ze chopine et grododo car nous, y en a ĂȘt fatiguĂ©s, patron. Pour Ăve, c'est tencore pas pour aujourd'hui mais tu gardes le moral, patience mon gars, patience, ça va bien finir pas t'arriver!
Bon. La nuit aussi a Ă©tĂ© calme mais frisquette, comme toutes celles qui ont prĂ©cĂ©dĂ© d'ailleurs, la montagne, c'est ça aussi! Beau temps dans la journĂ©e mais caillante gĂ©nĂ©rale dĂ©s le soir venu. Chaque matin, Ăve se lĂšve en grelottant et en pensant Ă son p'tit duvet lĂ©ger-lĂ©ger tu compatis. Tu lui proposerais bien (fin renard) une place dans ta tente sinon dans ton duvet mais tu n'es pas trop sĂ»r de la rĂ©ponse alors tu te tiens tranquille.
Ăvidemment le froid la met de mauvaise humeur, alors c'est pas la peine de tenter le coup. jusqu'au cafĂ© que tu ne tardes pas Ă faire pour arrondir les zangles. Admiration et respect pour ce petit bout de femme qui te suit et qui tient bon sur son petit S3, le moulbif turbine toute la journĂ©e et Ăve s'accroche Ă la barre. Pour un baptĂȘme du voyage Ă moto, mamzelle est servie!
Servi aussi, le cafĂ©, chaud. Vous zĂȘtes tous les deux, en tĂȘte Ă tĂȘte. Et si tu tentais le coup?
Faut te la jouer fine, garçon! Laisse-la boire quelques gorgĂ©es, qu'elle se rĂ©chauffe! VoilĂ le premier sourire, c'est bon, c'est chaud. Vazy, maint'nant! Ziiiip! La tente la plus proche vient d's'ouvrir, tu n'as pas zencore dit le premier mot! ApparaĂźt la tronche hilare de Papier MaĂŻs, une maĂŻs au bec qui lance "quelle caillante, j'aurai bien besoin d'une bonne petite poupoule pour me rĂ©chauffer sous la tente!" Ăve Ă©clate de rire et toi, tu es refait! VoilĂ ce que c'est que de vivre en famille, le renard se replie sur lui-mĂȘme et attend son heure. Qui rira bien.
Bon ce matin encore, dĂ©part trĂšs tĂŽt, juste aprĂšs le caoua, on commence Ă avoir le rythme mais on commence aussi et surtout Ă ressentir une bonne vieille fatigue physique. Aujourd'hui, au vu du road book, ça va encore ĂȘt' du copieux: 287 kilomĂštres et 7 cols, le plus "bas" le Maloja Pass et ses 1815 mĂštres et le plusse haut, le Passo del Bernina avec ses 2323 mĂštres. On va encore jouer aux russes montagnes en Chuiche et en Ritalie. Passque on narrĂȘte pas de passer de l'un Ă l'autre ou mieux de passer du secteur germanophone au secteur ritalophone du pays du chocolat.
Pas de "SpĂ©zial" ce jour-lĂ , pas grave, yapluka! Ăa commence fort, par un tunnel Ă pĂ©age oĂč il faut dĂ©bourser 3 francs suisses par tomo, la Chuiche, c'est cher! On bouffe lĂ©ger-lĂ©ger, on reste sur not' faim, on oublie la chopine du souar (snif) et on crock un choco (lat) sur deux. Par contre, ce qui est pas cher, en Chuiche, ch'est les cols, on en a 7 pour le prix d'un , ch'est donn! Alors on les zenfile, comme des perles, les zuns aprĂšs les zaut'!
Les deux premiers cols du jour passent sans soucis, beau temps mais le troisiĂšme, le Bernina ne l'entend pas de cette oreille! Il se prĂ©sente Ă nous sous une brume persistante et collante. On s'arrĂȘte Ă mi-pente pour "ressouder" la famille, nettoyer les zĂ©crans de casque et autres lunettes et on s'aperçoit qu'on entend les clochettes des vaches dans les zalpages alentours mais qu'on ne les voit pas Ă cause du brouillard toujours plus dense! BientĂŽt on ne se voit quasi plus les zuns les autres, on continue de grimper en file indienne. Aujourd'hui, ce sont les zoranges qui mĂšnent la famille; Yves, le pilote, est un motard complet, non seulement il possĂšde, et de loin, le meilleur coup de guidon de la troupe, mais il a aussi le savoir-faire technique, le discours prĂ©cis et le goĂ»t prononcĂ© de la venture.
Danielle, sa compagne, toujours de bonne humeur amuse la petite troupe avec ses plaisanteries bien gauloises. Yves veille au grain, jette de frĂ©quents coups d'Ćil en arriĂšre pour voir si la famille suit: c'est du bon boulot!
Ăve est suivie de trĂšs prĂȘt par Mo qui la couve comme la fille qu'il aurait aimĂ© avoir, je suis Papier MaĂŻs comme son ombre et tout le monde se hisse cool jusqu'en haut en suivant la trajo de celui ou celle qui prĂ©cĂšde! Yves n'a pas intĂ©rĂȘt Ă se jeter sinon on va tous au tas!
On passera ainsi le Bernina en file indienne sans mĂȘme le voir ni s'arrĂȘter passqu'on voit rien. On replongera illico dans la purĂ©e de pois de la descente sans se rendre compte des ravins vertigineux qui bordent la route! Pas plus mal pour celles et ceux qui souffrent du vertige, tu en es d'ailleurs! Ce n'est qu'une fois arrivĂ©s dans la vallĂ©e ou presque que le brouillard s'estompe et qu'on peut Ă nouveau y voir plus clair.
Le col suivant, le Maloja Pass est moins zélevé, 1815 mÚtres, et midi approchant, le ciel s'éclaircit et on retrouve un soleil bien agréable qui réchauffe nos carcasses un peu froides. Descente du Maloja en file indienne avec un objectif commun: miam miam puisqu'on est repassé, le temps d'un col et d'une vallée, in Ritalia. A nous donc les spaghetti,les zanti-pasto, le tiramisu.
ArrĂȘt buffet Ă la premiĂšre terrasse agrĂ©able Ă l'Ćil et au porte-monnaie! On a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© et il y a dĂ©jĂ du transalpin partout oĂč on mange et boit! On retrouve la grande famille de la bĂ©cane et du voyage, ça discute ferme, ça rigole, ça mime guidonnages et autres louvoiements, bref ça cause moto, montagne, paysages, cols, passages diiificiles. L'heure tourne mais on resterait encore des zheures Ă discuter. La journĂ©e n'est pas finie, il faut remonter en selle et suivre le rodde bouque: encore 3 cols histoire de garder la forme et puis arrĂȘt dodo!
On repart vers la Chuiche, vers le Slpugen Pass, en admirant au passage la trĂšs spectaculaire cascade de Pianazzo, puis c'est l'tour du San Bernardino Pass, redescente cĂŽtĂ© rital. A force de monter, tourner, virer d'un bord Ă l'autre, on passe les frontiĂšres plusieurs fois dans la journĂ©e et on sait mĂȘme pu dans quel fichu pays on roule!
On a des francs chuiches dans la poche droite et des lires dans l'autre droite, Ă moins que ce ne soit l'opposĂ©! On commence Ă fatiguer, c'est par oĂč la sortie? Le Lukmanier Pass et ses 1096 mĂštres clĂŽturent la journĂ©e encore bien remplie. Et pourtant, on a tous le sourire aux lĂšvres! Devine donc, ami, ce qui nous met en joie?
C'est que le lendemain c'est jeudi 15 aout donc, pour nous zaut',c'est journĂ©e de REPOS! Enfin presque, faudra tout d'mĂȘme "plier" pour faire 33 kilomĂštres, monter et passer l'Oberalp Pass et ses 2044 mĂštres, ne serait-ce que pour garder le rythme! M'enfin, demain matin, la famille "Lamoto" pourra, pour la premiĂšre fois depuis le jour du dĂ©part, faire la grasse matinĂ©e. D'ailleurs, une animation folklorique est prĂ©vue ce souar; prĂ©parez les chopines, on va s'animer, sĂ»r!
On va d'autant s'animer que la prĂ©cĂ©dente animation folklotruc, ben, on l'avait shuntĂ©e because Pontebba et panne subsĂ©quente de moral. Alors, on na bien l'intention de s'rattrapper! On va chopiner grave tout au long de la soirante, on va guincher jusqu'Ă plus d'heure, qui en cuir, qui en bobotte motard, qui en zonblou de plastoque rouge et maĂŻs calĂ©e au coin des lĂšvres. Bref, ce fut long mais booon passque t'as mĂȘme rĂ©ussi Ă danser avec Ăve une ou deux fois et tu te dis que oui, ça devrait l'faire, accroches toi garçon, c'est tĂ©zig le renard!
Ăvidemment, il faut bien finir par aller au duvet. Tu lui proposerai bien une tente pour deux mais la famille est lĂ , au grand complet, qui vous colle aux basques. Pas moyen de causer intime. Bon, ce sera pas zencore pour cette nuit! Damned, encore ratĂ©! De toute façon, tu as du mal Ă garder un Ćil ouvert, alors les deux. A peine enfoui dans le duvet, tu plonges dans les bras de MorphĂ©e. Sauf que plus tard, quand t'as appris Ă lire, ben tu as lu que MorphĂ©e Ă©tait du sexe masculin. Maint'nant, quand tu t'endors, tu n'y penses plus!
Le lendemain matin, c'est aussi difficile d'ouvrir les deux zyeux en mĂȘme temps. Pi tu rĂ©alises que c'est la journĂ©e d'repos, alors on peut rester enfoui in ze plumes encore un peu.
Ben non, pas duvet bien chaud. La nuit a Ă©tĂ© froide et tu entends Ăve se lever. Vite, lui prĂ©parer un caffe con lecche vite fait sinon ton leadership tu peux te le mettre dans la sacoche! Elle est debout, frigorifiĂ©e. Tu lui donnes illico presto ton zonblou que tu installes sur ses Ă©paules. Tu as droit Ă un sourire entre deux frissons, tu restes tout chose. Allez, caffĂ©, sinon c'est rĂąpĂ©. Et comme le restant dĂ© la familia n'est pas levĂ© tu peux lui parler! Alors c'est parti: "Ăve, Pour les prochaines nuits froides qui s'annoncent". Tu le sens bien lĂ , ton plan d'enfer. Elle va te dire oui et ce sera tout simple. Tu te retournes pour continuer. Et tu te retrouves face Ă Mo, puis Ă MaĂŻs suivis des zoranges. Et meeeerde!!!
La familia est lĂ , au complet! Mo, le pĂšre frotte activement le dos d'Ăve, sa protĂ©gĂ©e, qui a l'air de trouver ça fort agrĂ©able et toi, ben, tu finis de prĂ©parer le caoua pour tout l'monde.
Ce jour-lĂ , c'est du luxe, petit dĂšj peinard, en famille, en prenant tout son temps et mĂȘme plus. On pliera les gaules juste avant midi, tentes sĂšches, pour faire les 33 bornes sans spĂ©ciale et arriver Ă destination Ă Andermatt pour dĂ©jeuner! On plante, on se chauffe au soleil de l'aprĂšs-midi, on discute, on regarde les menus des jours suivants sur l'road book, bref, on s'repose!
Les trails quatre temps, qui sont les vrais rois de la Transalp, s'en donnent Ă cĆur joie: au bout du camping, il y a un dĂ©but de montagne Ă vaches, comme on dit, que nos routiĂšres ne peuvent pas grimper, mais les trailistes le peuvent et les 250 XL et autres 500 Yam XT s'amusent Ă monter le plus haut possib'. BientĂŽt s'organise une "montĂ©e impossible" et toute la clique s'assied pour regarder les trailistes s'amuser.
Aucun doute la-dessus: les trails vont oĂč nos routiĂšres s'arrĂȘtent. La soluce? Une routiĂšre avec des gĂšnes de trail ou inversement. Je crois que les gens de BMW ont dĂ» faire le mĂȘme constat (amiable) car peu aprĂ©s sont nĂ©es les GS, TĂ©nĂ©rĂ©s chez Yam etc. Motos qui ont emmenĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de motards devenus voyageurs au long cours vers des zhorizons de plus zen plus lointains.
La soirante arrive vite dans ces conditions et le dßner (pas de cons) dure aussi longtemps que le p'tit dÚj. Comme toute la famille est réunie, tu ne peux rien tenter ce soir encore. Demain, je l'aurai demain!
Demain, c'est aujourd'hui! Debout les braves, on nen nest qu'à la moitié, de la Transalp, s'agirait de se le bouger le c.., passqu' y en a encore un paquet à se goinfrer! Le menu du jour n'est pas trop copieux, on va recommencer en douceur: Andermatt-Interlaken, 173 km, 5 cols avec une "Spezial", bref, du déjà -vu, encore de la montagne. Mais on nest v'nu pour ça, non?
Encore du lourd, les 5 cocols sont à plus de 2000, on rigole pas, chez les Chuiches, ça cause!
Fait encore frais c'matin, les tentes sont humides quand on plie, une petite brume a envahi la vallĂ©e et on est glacĂ©. On part prendre le p'tit-dĂšj au chaud mais on roule plus longtemps que prĂ©vu car on trouve rien d'ouvert Ă cette heure matinale. CayĂ©, n'en v'lĂ un de courageux, bonjour, on a vu d'la lumiĂšre, alors on s'est garĂ©! Le gars lĂšve un Ćil, puis l'autre et te rĂ©pond en allemand in ze dialogue. Ach so, c'est vrai, on nest ten Chuiche germanophone ici, faudrait voir Ă brancher le traducteur motomatique. Pas grave, mein Herr, six grands cafĂ©s zau lait et autant de beignets zau chocolat, voilĂ de quoi recommencer la journĂ©e sous de meilleurs zauspices.
Une fois rĂ©chauffĂ©s et repus, on repart en file indienne, direkzion le saint Gothard, oui, on fait dans les classiques, genre tournĂ©e des grands cols, tu mets le nom devant et tu ajoutes pass ou passo aprĂ©s, genre Nufenen pass, Furka pass, Susten pass, voilĂ la collec du jour, pas mal non? Tous ces "pass" lĂ sont des grands classiques des cols suisses: routes zimpec, paysages splendides et grandioses, roulage facile, Ă©pingles bien larges, on sent l'efficacitĂ© et le pragmatisme, ce sont de grandes routes empruntĂ©es par un gros trafic, faites pour ĂȘtre utilisĂ©es Ă©tĂ© comme hiver; c'est facile mais ça reste bien jouissif et on y prend du bon temps sans en baver.
La spĂ©zial, appelĂ©e Mont Eiger, est en fait un cul de sac, on y monte donc et descend par la mĂȘme piste en terre, on circule dans la forĂȘt de sapins, ça sent bon "la montagne", ça grimpe sec mais rĂ©gulier, en seconde, les virages sont larges, suffit de garder le panard prĂȘt "au cas oĂč". En haut, le panorama est splendide, par temps clair. Et devines, oui, y fait beau, alors on zyeute et on redescend! Comme la descente c'est pareil que tout Ă l'heure, on se la fait "schuss", pour rigoler. On croise les familles montantes, bonjour! On croise les zisolĂ©s, salut! On raccroche Jojo, ze belge et sa friteuse jaune, une CB 400 four. Et son seigneur et maĂźtre ne veut pas se laisser passer, kestion d'honneur! Il se la joue un peu large dans le grand gauche qui suit et sort devant la famille Ă©bahie!
ArrĂȘt sur la B.A.U et on va Ă la recherche du chevalier et de la monture. L'est pas loin, le chevalier, il gesticule, en belge in ze text, que son cheval n'a pas voulu rester groupir!
Pas grave, on va l'aider à remonter le cheval et dépoussiérer le chevalier qui s'en tire sans zaucune égratignure, il n'y a que l'honneur qui est un peu malmené. Pas graave, ya de la chopine dans l'air ce souar, va pas s'en tirer comme ça, not' belge poto. Ola, tavernier! De la cervoise pour toute la famille, c'est Brussels qui régale!
La seconde partie de la journĂ©e nous emmĂšnera vers Interlaken oĂč nous ferons Ă©tape pour la nuit. Mine de rien, on se rapproche doucement mais sĂ»rement de la suisse francophone et de la Gaule tout pareillement! Encore une Ă©tape et on pourra recauser en gaulois dans le texte. En regardant de plus prĂ©s le road machin, tu vois aussi qu'on va se rapprocher des zalpes de Haute-Provence et que dans 3 ou 4 jours, il fera beau et chaud, non seulement sous les casques et sur les motos mais zaussi dans les tentes.
Alors ton plan d'enfer (Rocheraud) faut l'appliquer vite et bien sinon t'es marron pour de bon! Vite, renard mon vieux, faut te coincer ze poulette avant l'été sinon tu vas rentrer bredouille!
Le lendemain 18 aout, l'Ă©tape n'est pas bien longue, 178 km et 3 p'tits cols avec un seul Ă 2000! Pff, trop facile. Ouais, sauf que le rode truc nous zindique qu'il y a de la spĂ©ciale ce jour: 35 km entre "La Lecherette" et "Corbeyrier". Ăa s'appelle poĂ©tiquement "les cimes du lac". Tout l' monde est partant pour, alors on va s'la faire en famille.
C'est parti d'assez bon matin, car qui dit "spĂ©ziale" dit mĂ©fiance des troupes motorisĂ©es transalpines! On se fait donc les deux premiers cols in ze foulĂ©e, histoire de prendre le temps qu'il faudra pour la spĂ©ciale qui compte une montĂ©e et descente de col dans les 35 bornes. Depuis qu'il y a un ouvreur qui parcourt l'Ă©tape une journĂ©e avant la troupe, on est plus rassurĂ© de ne pas se trouver face Ă un mur comme Ă Pontebba mais la montagne commande et il n'est jamais certain de trouver le lendemain le mĂȘme terrain que le jour prĂ©cĂ©dent; il suffit d'un gros zorage pour tout remettre en question. Mais ce matin-lĂ , fait bĂŽ et on entame "les cimes du lac" avĂ© le moral bien haut.
Ăa monte bien, on passe de trois en seconde, on sort le pied qui faut dans les zĂ©pingles pour assurer et on monte cool, avec deux autres familles et quelques zisolĂ©s rĂ©coltĂ©s en chemin. La montagne, par les pistes,c'est calmos, pas de voitures, la vogue des 4x4 n'est pas encore la mode, alors on profite.
La piste serpente entre les sapins, elle est assez large et on monte, monte encore jusqu'aux 2000 attendus au col d'AĂŻ (ouille) puis la redescente, toujours cool, vers Corbeyrier.
La descente est souvent moins facile que la montée car on prend de la vitesse par la pente et les virages arrivent plus viiite, le tout sur de la terre et des graviers roulants. Trop roulants pour la poulette qui tangue devant toi et qui s'en prend encore une sous tes zyeux. Mais tu veilles au grain et tu ramasses ze poulette, reconnaissante, avant la meute!
Nous zarriverons à Aigle en fin d'aprÚm, fatigués mais contents de notre bucolique et motarde journée. Encore une demie étape et rebonjour ze Gaule!
Ăve plante sa tente tout tout prĂȘt de la tienne et semble se rapprocher de plusse en plusse de toi, tu es aux zanges et tu souris bĂȘtement comme un chiot Ă qui on prĂ©sente un nonosse plus gros que lui. Manquerait plus que tu aboies et que tu baves aussi!
Petit renard, il faudrait que tu penses à manger la poulette bien viiite! Oui, mais comment donc faire avec toute cette familia sans cesse autour? C'est pire qu'un poulailler, ce campement! T'as beau mettre ta tente au plus prés pour dire "pas touche à la poulette blanche", il y a toujours un membre de la famille qui lui cause ou, pire, un aventurier qui vient tenter sa chance. Et si tu montrais les crocs? Ach so, z'est diificile manger petite poulette avec beaucoup perzonnes autour!
Demain, petite Ă©tape, 195 km et deux cols (de cygne), le plus zĂ©levĂ©, le col de la ColombiĂšres fait 1900m; demain, si touti va bene, on dort Ă Boussy, Gaule et on ny mange des crĂȘpes! Allez, y en a fatiguĂ© et pas mangĂ© petite poulette qui s'est couchĂ©e tĂŽt, fatiguĂ©e a-t-elle dit, fatigue diplomatk, peut-ĂȘtre. Gute Nacht donc aussi, tu Ă©puises ton stock d'allemand in ze text avant de repasser chez Victor, Jean ou Marcel (Proust).
Allez, debout tout l'monde, on est vendredi je crois, et il est 7 heures! Demie Ă©tape chuiche donc rĂ©serve de chocolat avec les francs chuiches qui nous restent et ce soir, pinard, sauciflard et crĂȘpes Ă volontĂ© en Gauuuule!
Du coup, ça bouge dans tous les sens dans le campement! Les ceusses qui n'appréciaient pas trop le parler schleu et autres ritalies sont contents de retrouver un langage qu'ils comprennent direct, les zautres sont ravis de retrouver le fromage, le pinard et la bouffe moins chers qu'en Chuiche! Chauvins, les franssouais, pensez donc!
A peine une demie heure aprĂšs le dĂ©part, on passe la frontiĂšre pour se retrouver cheu nous zaut', concert de klaxon pour le retour au pays. Les quelques motards belges, allemands, ou britiches qui nous zaccompagnent font comme nous, sans trop savoir pourquoi on fait la fĂȘte ainsi! Les cols du Colombier (1235 m) et de la ColombiĂšres (1900 m) sont avalĂ©s dans le dĂ©but de l'aprĂšs-midi et on arrive tout frais Ă Boussy, France, pour une soirĂ©e crĂȘpes (merci TĂ©fal) prĂ©cĂ©dĂ©e d'une projection de films (publicitaires ..moto) et la possibilitĂ© de tourner sur le circuit de speedway du lieu!
A vos marques, prĂȘts, partez! Ăa a commencĂ© trĂšs vite aprĂšs l'arrivĂ©e en ordre pourtant dispersĂ©: les trails ont voulu montrer qui Ă©taient les plus forts, les routards n'ont pas voulu laisser bĂ©ton, alors on y est tous allĂ©s, qui en 125, qui en BM, Norton, Guzzi. On a bouffĂ© de la poussiĂšre, on en a mĂȘme mordu. Mais on s'est tous pris un mĂ©ga pied d'enfer Ă se passer, se repasser, le pied dehors et la banane sous le casque!
Bon, faut l'dire, les plus forts c'Ă©taient les trails. Et de trééés loin, ils nous faisaient des ronds autour! La vraie bĂ©cane polyvalente de la Transalp et du reste, c'Ă©tait et c'est toujours le trail. Bon, assez tournĂ©, avec toute cette poussiĂšre, on a la gorge tréés sĂšche, donc on a tréés soif et justement, ils zont fait l'erreur de nous mettre beaucoup Ă boire! Vous nous connaissez, on est des gens bien nĂ©levĂ©s, on mange et on boit TOUT ce qu'on nous donne. Sans rechigner, on s'est farci, merci TĂ©fal, toutes les crĂȘpes de la crĂ©ation et tout le liquide prĂ©sent sur la, euh, les tables. AprĂ©s ça, la fatigue nous zest tombĂ© d'ssus comme la misĂšre su'l'pauv' monde et on nest tallĂ© s'coucher passqu'on pouvait pu, booonne nuit!
Le samedi, nous dĂ©collons de bonne heure, euh, presque, passque la nuit a Ă©tĂ© bonne mais plutĂŽt courte et les crĂȘpes plus le liquide, euh, surtout le liquide a fini par peser sur l'estomac, euh, le foie, Ă moins que ce ne soit sur les deux.
Bon. Ce jour, 222 bornes, 3 cols au menu, en finissant par le mont Cenis aprĂ©s les Saisies et l'Iserand, des noms bien connus de tous les zamateurs de belles routes bien viroleuses. On passe par Annecy, arrĂȘt sympa mĂȘme si le tourisme de masse ne nous zencourage pas Ă paresser au soleil d'une terrasse, les prix sont prohibitifs et nous zavons soif de hauteurs. Beaufort passĂ©e,le Cormet de Roselend nous redonne des couleurs et l'Iserand ou le Cenis achĂšve de convaincre mĂȘme les plus blasĂ©s! On va mĂȘme rester au Cenis car, une fois lĂ -haut, on prend le chemin Ă droite aprĂšs le lac pour y dĂ©couvrir notre havre pour la nuit.
Il faut que tu en profites parce que c'est une des derniÚres nuits froides du parcours, aprÚs on va débouler dans la Haute Provence et adieu ton plan d'enfer. Ouais, ben pas d' bol, la fille de la cÎte est malade, elle plante sa tente et va se coucher sans manger et n'a envie de voir personne. Tu n'insistes pas, ce serait pire!
Ouais, froide mais étoilée la nuit. En haut du col, la nuit venue, c'est le calme absolu. Tu peux entendre les ronfleurs à 15 pas et toi, tu "dors" à 3 mÚtres de la fille de la cÎte mais une toile de nylon t'en sépare. Ainsi va la nuit!
De toute façon, le lendemain, mieux vaut ĂȘtre frais (on l'est) et dispos parce que sont inscrits 9 cols au menu avec une spĂ©ciale dite de l' Assietta oĂč se bousculent 3 cols les zuns parĂ©s les zaut'. A peine levĂ©s, tu vĂ©rifies qu'Ăve va mieux, c'est bon, elle s'est levĂ©e, caffĂ© con lecche et direction le col de la Finestre et Ă partir de ce col, on repasse cĂŽtĂ© rital avec l'Assietta et ses 2472 m, suivi du Costa Piana (2507 m) et du Basset, qui porte mal son nom puisqu'il pĂšse 2424 m. Tout ça sur des pistes en terre, heureusement sĂšches et roulantes, le peu de distance entre chaque col rend la chose plus aisĂ©e qu'on le pensait, en fait, on redescend Ă peine entre chaque, c'est une succession de cols trĂšs rapprochĂ©s.
Tout cela n'empĂȘchera pas Ăve de s'en prendre deux dans la matinĂ©e, dĂ©cidĂ©ment, elle tombe plus vite que son ombre, la mam'zelle, tu aimerais bien qu'elle tombe aussi vite dans tes bras. Mais elle prĂ©fĂšre la poussiĂšre de la piste, va comprendre!
On redescend sur SestriĂšres pour filer vers Briançon, arrĂȘt buffet, cafĂ© clopes et discutes aprĂ©s ĂȘtre passĂ©s par le mont GenĂšvre. Faut pas tarder, y en a encore, patron! Allez, on se bouge vers l'Izoard, ciel bleu, temps frais, l'idĂ©al quoi. Ăve tient bon mais tu sens qu'elle fatigue Ă tenir le rythme des plus grosses motos alors tu restes sagement derriĂšre sa moto pour qu'elle sente ta prĂ©sence en cas de fatigue, elle peut compter sur toi.
L'Izoard franchi, arrĂȘt cafĂ© pour le panorama puis descente vers le soleil, on sent la chaleur qui nous vient droit devant, c'est bon pour le moral, ça te donne envie de rouler encore jusqu'au couchant. On longe le lac de Serres-Ponçon sans le traverser et on finit la journĂ©e bien chargĂ©e par le col de Maures, heureusement facile et on met les freins Ă Digne pour la nuit. Pas la peine de nous demander si on est fatiguĂ©s, oui, on l'est mais de la fatigue saine, physique, la fatigue d'une bonne journĂ©e de route en montagne, avec le soleil et la chaleur en prime. C'est notre premier soir en T-shirt et on reste les zyeux dans le vague Ă regarder les zĂ©toiles sans plus penser Ă aut'choze. La "cigarette" qui passe et repasse nous donne comme une idĂ©e d'aller dormir.
ĂayĂ©! On nest ten Provence, tĂ©! Les sourires sous les casques en disent plus long que bien des discours. L'Ă©tape du jour est calme, 159 bornes et aucun col: une promenade de sant! On roule cool dans zune vĂ©gĂ©tation dĂ©jĂ mĂ©diterranĂ©enne et quand on s'arrĂȘte ce sont les cigales qui nous offrent le concert de bienvenue! Dans l'aprĂšm, on arrive Ă moitiĂ© cuits au circuit du Castellet et chacun soigne ses coups de soleil et se prĂ©pare pour demain.
Oui, demain, pour ceux qui aiment, c'est la cerise sur le gĂąteau: on a circuit libre de 8 Ă 11 heures (du mat' tĂ©) Des occaz du genre, ça se refuse pas, mĂȘme si t'es pas un nĂ©nervĂ© de la poignĂ©e.
Tu peux imaginer le spectacle: une cinquantaine de motos de route, des trails, un side, des 125 tous sur la ligne de dĂ©part, certains en duo, d'autres avec les sacoches, les bagages et les tentes, prĂȘts Ă en dĂ©coudre dans la plus mauvaise foi possib', c'est du Joe Bar Tim des meilleures cuvĂ©es!
Au signe du départ, la troupe s'ébranle dans le plus parfait désordre, les grosses cylindrées prennent vite les devants et à la premiÚre courbe, les hiérarchies sont nettes. Le grip du Ricard est immense: 7 fois plus zimportant qu'une route habituelle! Tu te surprends donc à prendre des zangles d'enfer pendant qu'on te passe et repasse avec plus d'angle encore! Bandes de rascals! La ligne droite du mistral met tout l'monde d'accord: les grosses nous zoublient d'un petit geste du poignet droit!
Dans les zenfilades au bout, c'est du grand n'importe quoi! On a aucun repĂšre pour trajecter propre alors on fait au jugĂ©. De toute façon, on a si peu de puissance que ça passe, malpropre ou pas. Ăvidemment les 125 se sont larguer grave, alors tu attends "ta" petite poulette de la cĂŽte! Au bout de quelques tours, tu penses Ă tes pneus qui s'usent vite avec un tel grip et tu t'arrĂȘtes avec Ăve pour regarder tourner les fondus. Tu en profites pour passer deux heures avec elle, Ă se chauffer au soleil provençal. Tu essayes de marquer de gros points et le soleil pourrait faire le reste!
Pour une fois, la famille est dissĂ©minĂ©e et rendez-vous a Ă©tĂ© pris pour le repas du soir. Tut'apprĂȘtes Ă passer le restant de la journĂ©e avec elle! L'est pas beeelle la vie?
Surtout qu'en plus, ya juste 251 km en tout et un tout p'tit col, celui de Gratteloup Ă 224 mĂštres, ce doit ĂȘtre le plus bas de notre pĂ©riple! Ce serait bien le diable si, dans la chaude aprĂšs-midi provençale, tu ne dĂ©couvrais pas, "par hasard" un petit coin sympa pour faire une sieste. Petit bonhomme, c'est ton jour, "ils" ne sont pas lĂ , tu as bien le droit, toi aussi, d'avoir un peu de chance. A toi de jouer!
Tu te places devant, histoire de la guider sur la route et vous vous dirigez cool vers Grimaud et La Palud, terme de la journĂ©e. Tu cherches un coin pour la sieste, tu lambines un chouiĂ mais la demoiselle te rattrape et te dit qu'elle veut faire des zemplettes fĂ©minines. Vous vous dirigez donc vers Grimaud et, dans la ville, quand tu jettes un coup d'Ćil dans le rĂ©tro, plus de fille de la cĂŽte! ArrĂȘt d'urgence: attente au bord de la route, 5 puis 10 minutes qui te paraissent une Ă©ternitĂ©. Tu fais demi-tour et tu la cherches. En vain! Pas de 125 S3 Ă l'horizon, t'es tout seul et tu viens de paumer ta poulette que tu voyais dĂ©jĂ mangĂ©e un fois puis deux.
l'est bien bonne celle-lĂ , c'est le jour J, le moment M et ya plus personne! Tu fais le quartier Ă moto, Ă pieds. Tu attends, tu cherches et tu tombes sur le restant de la famille qui vient d'arriver en ville! On te demande oĂč est Ăve et tu es bien obligĂ© de dire que tu l'as paumĂ©e en route!
Inutile de dire tous les trucs qui te tombent dessus: "on peut pas le laisser 5 minutes avec sa demoiselle, il est mĂȘme pas capab de se la garder tout seul". Marade gĂ©nĂ©rale au dĂ©pens de qui tu sais et tu payes la tournĂ©e gĂ©nĂ©rale en espĂ©rant te faire oublier sur ce coup lĂ . Au moment oĂč toute la famille (ou presque) s'assoit pour boire le coup, arrive celle que tu cherchais quelques minutes plus tĂŽt! Les sarcasmes reprennent de plus belle et tu te fais petit petit dans ton petit coin. La demoiselle de la cĂŽte s'est arrĂȘtĂ©e sans prĂ©venir au premier magasin venu et elle a au bras un sac avec de la fringue propre et neuve.
Ton aprÚm d'enfer est toute "pourrite" et tu es d'humeur maussade jusqu'au soir et tu laisses la demoiselle de cÎté pour le restant de la journée. Le ridicule ne tue pas, tu n'es pas mort, tu es seulement un peu perdu dans tes pensées, ne restent que trois jours pour savoir ce que tu veux, aprÚs mon gars, tu pourras plier les gaules.
Nous naviguerons le lendemain entre Provence et Alpes de Haute-Provence en passant par le col de Toutes Aures, 1118 m, et se faufiler par les gorges de Daluis qui nous font Ă©carquiller les yeux de tant de beautĂ© sauvage. Le col de la Cayolle, 2327 m, vient nous rappeller, si besoin Ă©tait, que dans la Haute Provence les reliefs savent rester imposants! La nuit se fera Ă Barcelonnette. N'ayant pas zencore bien digĂ©rĂ© ton occasion ratĂ©e de la veille, tu ne tentes rien pour n'avoir rien! Pourtant tu dĂ©couvres avec ravissement la raison de ta dĂ©convenue prĂ©cĂ©dente: la fille de la cĂŽte s'est achetĂ© un splendide corsage blanc! Pour faire de la moto, c'est peut-ĂȘtre, euh, lĂ©ger-lĂ©ger, ce petit truc presque transparent au soleil provençal. Les nanas ont parfois des zidĂ©es qui te dĂ©passent!
Les deux derniÚres zétapes promettent du costaud, il faut finir en beauté, non? D'ailleurs, toi aussi, tu espÚres bien finir en beauté et tu t'y prépares, l'air de rien.
Faut se lever tĂŽt le lendemain car, Ă peine Jausiers passĂ©e, on va s'attaquer au col le plus haut de notre pĂ©riple et aussi le col le plus zĂ©levĂ© en col routier d'Europe: le col de Restefond avec la cime de la Bonette juste Ă cĂŽtĂ©; Ăa va grimper sec sur plus de 25 km. Les nouvelles de l'ouvreur sont bonnes "ça passes", pas de neige, cela arrive mĂȘme au cĆur de l'Ă©tĂ© Ă ses altitudes et surtout pas de pluie donc pas de coulĂ©es de terre, frĂ©quentes sur la derniĂšre portion du parcours, lĂ oĂč tout n'est que terre ou minĂ©ral, la vĂ©gĂ©tation ayant abandonnĂ© la partie un peu avant.
De suite aprĂšs Jausiers, ça commence sĂ©rieux, avec de la forte pente. La famille est au complet, en file indienne, comme d'hab; On a placĂ© les deux 125 en tĂȘte, pour ne pas les perdre de vue, tu suis avec Yves et le Mo ferme la marche avec son BM. De virages en Ă©pingles serrĂ©es, on s'agrippe au flanc de la montagne, passant d'un versant Ă l'autre en suivant le fil complexe de la route qui doit mener ce petit monde Ă deux roues jusqu'au sommet qui nous parait bien Ă©loignĂ© encore.
Tel des fourmis motorisĂ©es, le petit groupe s'accroche Ă son prĂ©dĂ©cesseur et on commence au delĂ des 2500 m Ă sentir les moteurs peiner dans cette longue et lente ascension mĂ©canique, les 125 devant ont bien de la peine Ă finir la montĂ©e et on les zentend rĂ©trograder pour essayer de relancer mais sans grand succĂšs; Ă ses hauteurs les moteurs commencent Ă chercher de l'air. VoilĂ enfin la derniĂšre portion: plus d'arbres, des touffes Ă©parses de bruyĂšre et le rocher ou la terre nue. Ătrange impression que celle d'arriver dans un monde qui ne nous est pas familier et oĂč nous ne sommes que tolĂ©rĂ©s par la nature.
ArrĂȘt au sommet du Restefond, pour grimper encore plus haut, Ă pieds cette fois, vers la cime de la Bonette Ă 2860 mĂštres, dans le ciel bleu-rosĂ© du matin. La vue est splendide: d'oĂč que l'on se tourne ce ne sont que sommets enneigĂ©s ou nus, la nature telle qu'en elle-mĂȘme, ni hostile ni accueillante, juste indiffĂ©rente Ă l'homme qui vit plus bas, dans les vallĂ©es qui le nourrissent et l'acceptent. On restera longtemps, lĂ -haut, groupĂ©s mais silencieux devant le spectacle de la montagne que nous zĂ©tions tous venus chercher en participant Ă la Transalp. Nous y Ă©tions et les mots nous manquaient.
Il a bien fallu redescendre de notre nuage et retrouver les motos, leur bruit habituel nous semblant, pour une fois, incongru dans le silence minĂ©ral qui nous zentourait. BientĂŽt repris par notre mouvement habituel, notre petite colonne entreprend la descente vers saint Etienne de TinĂ©e mais on bifurque pourtant assez vite, vers les 2000, pour s'engager vers la Ritalie en passant par Isola et le col de la Lombarde. Nous revoici de l'autre cĂŽtĂ©, on va pouvoir se refaire de la pasta, du tiramisu. On s'arrĂȘtera pour la nuit Ă Limone, sur la route du col de Tende que nous devons rejoindre le lendemain matin Ă l'aube car il faut ĂȘtre Ă Monaco pour la cĂ©rĂ©monie de remises des mĂ©dailles dans l'aprĂšs-midi.
Le soir venu, juste aprÚs zavoir monté les guitounes, le ciel s'est soudain obscurci et nous zavons "essuyé" un bel orage qui nous za rappelé qu'en montagne, rien n'est jamais acquis et on s'est résolu en parlant de tente à tente, entre deux coups de tonnerre et trois zéclairs, d'attendre le OK des zouvreurs avant de se faire les trois spéciales (oui, trois) la cerise sur le gùteau de la derniÚre étape.
Le lever est programmé pour cinq heures du mat', soit encore de nuit, c'est les zanciens, Mo et Maïs, qui sont chargés de réveiller les nenfants. A l'heure dite, les "vieux" réveillent les jeunes et tout le monde plie les tentes encore humides de l'orage du soir. On attend le OK de l'ouvreur qui arrive à 6 heures: c'est bon, ça passe.
Nous voilà donc tous partis de trÚs bon matin avec, en ligne de mire, le col de Tende en suivant de prés le rode bouk qui se révÚle nécessaire pour ne pas se paumer grave dans les spéciales du jour. Déjà il nous faut veiller à ne pas s'engouffrer dans le tunnel mais obliquer à 50 m avant dans le chemin douanier qui monte en lacets vers le fort de la Margerie et Casterine. On trouve le douanier sentier et on monte. Les 125 devant, les deux 360 et la beumeu, ça monte et ça tourne, en lacets bien raides, terre et cailloux roulants, ravines, la totale.
Plusieurs familles sont lĂ , groupes, isolĂ©s sont lĂ , c'est la grande transhumance des transalpins! On passe des hameaux oĂč les gens Ă©tonnĂ©s d'entendre des bruits de motos, ouvrent leurs volets ou leurs portes pour nous voir passer et nous saluer! Ces hameaux sont-ils encore français ou italiens, on ne le sait pas ou plus! D'un versant Ă l'autre, on change de pays, on doit passer la frontiĂšre toutes les 30 minutes! Nous sommes toujours sur la route des cimes, un sentier douanier et militaire et cette rĂ©gion du col de Tende a fait l'objet de bien des tractations lors de la fin de la deuxiĂšme derniĂšre! Avant la guerre, cette partie du territoire Ă©tait italienne, elle est devenue terre française ensuite et nous naviguons Ă l'estime entre ces deux pays, on pourrait presque avoir une roue dans chaque!
L'orage n'a pas dû tomber par là , la piste est sÚche et on peut rouler doucement sans risquer de glissouiller à cause de la boue. Le spectacle est saisissant: nous roulons longtemps sur la piste des cimes on peut distinguer la route asphaltée loin en contrebas. Nous passons par le col Sanson, puis la cime de la Marta pour arriver à Monaco par Ventimiglia puis Menton.
Au dĂ©tour d'un virage, c'est le choc de la rencontre avec la MĂ©diterranĂ©e, d'un bleu roi rayonnant au soleil de la CĂŽte d'Azur et le choc aussi du retour Ă la civilisation avec une circulation d'enfer jusqu'au complexe sportif de Fontvielle oĂč aura lieu la cĂ©rĂ©monie de remise des mĂ©dailles aux participants de la Transalp. Cela fait un peu anciens combattants (ou combattus) mais il n'en est rien; on est entre motards et c'est la fĂȘte pour toutes et tous.
CĂ©rĂ©monie bon enfant donc, oĂč l'on discutera de tout ce qui a fait le charme de la Transalp de ce mois de juillet 77; on s'Ă©changera les zadresses, les promesses de se revoir sur un autre parcours, on esquissera des projets communs de balades, de rencontres et de voyages futurs, Ă moto bien sĂ»r! DĂ©jĂ certains repartent vers leur horizon habituel, les ouacances sont finies, il faut songer Ă retrouver le chemin de la maison et du labeur quotidien. Au revoir, signes de la main, coups de klaxon, tout le folklore motard de l'Ă©poque.
Tu as convenu avec Ăve que vous rentreriez tous les deux puisque vous zĂȘtes partis tous les deux. C'est bien ce moment que tu attends, plus ou moins sagement, pour te retrouver seul avec elle, sur la route du retour, sans la perdre de vue une seconde fois, petite poulette, tu ne devrais pas "ou plus" m'Ă©chapper!
Vous partez donc vous aussi, en remontant par les nationales, on ne va pas s'infliger de l'autor en 125, surtout aprÚs tous les virolos et cols qu'on a pu s'engranger en 3 semaines. La moindre route normale nous paraßt déjà trop facile et trop droite. Il va falloir se réhabituer.
On va rouler ainsi jusqu'au soir et on va s'arrĂȘter pour la nuit au petit camping du petit village de la petite route qui va bien. LĂ , tu vois bien que la poulette est cuite et qu'elle n'en peut plus; tu lui proposes donc de ne monter qu'une tente et elle est d'accord! Ben voualĂ , c'Ă©tait tout simple, pourquoi donc avoir attendu si longtemps?
SitĂŽt dit, sitĂŽt fait, la tente est montĂ©e, les zaffaires installĂ©es. On devrait ĂȘtre bien, lĂ , avoir chaud et tout, un peu Ă l'Ă©troit mais ça devrait ĂȘtre propice au rapprochement physique des corps. Allez hop, on mange vite fait, douche et dodo, enfin, pas vraiment, on va causer un peu, non?
La voici couchĂ©e, te voilĂ couchĂ©, tréés prééés l'un de l'autre, si préés que vous n'avez qu'un geste Ă faire pour que vos mains se touchent. Garçon, petit renard, tu lui dis maintenant tout ce que tu as sur et dans le cĆur. Tu te retournes donc vers elle et tu ouvres la bouche.
C'est le moment qu'elle choisit, elle aussi, pour se tourner vers toi et c'est elle qui parle la premiÚre: "je voudrais te dire qqc, je n'ai pas réussi à t'en parler pendant tout notre périple, je le regrette et je voudrais te dire".
Hosanna! Elle va te le dire, à toi, toi qui n'attends que ça depuis 3 semaines que tu es prés d'elle et c'est Elle qui va te le dire. Tu restes bouche bée et tu fermes les zyeux.
Elle continue: "Je voudrais te dire que j'ai rencontré, peu avant la Transalp, un garçon avec lequel j'ai décidé de vivre en rentrant de notre voyage. Il s'appelle Jean-François, il a notre age et je voudrais te le présenter demain à notre arrivée".
LĂ , tu as ouvert les zyeux, sur Elle et puis sur toi, tu t'es regardĂ© puis tu l'as regardĂ©e, sans comprendre, pendant quelques secondes, que ton film venait de s'arrĂȘter, on y avait Ă©crit, en lettres simples, le mot "fin" et ton Ă©cran venait de s'Ă©teindre. Tu as fermĂ© la bouche. Tes mots Ă©taient soudain inutiles. Elle a continuĂ©: "je voulais te dire aussi que je te considĂšre comme le grand frĂšre que je n'ai jamais eu et que j'ai Ă©tĂ© heureuse de passer mes derniĂšres vacances de jeune fille avec mon frĂšre". Sur ces mots, elle s'est tournĂ©e pour s'endormir.
La Transalp, la balade avec pleins d'amis motards, pleins de souvenirs de montagnes, de rigolades et d'amitiĂ©. Tu es parti avec une copine, que tu pensais pouvoir voir devenir ton amie, ta compagne et tu reviens avec une frangine! Le grand frĂšre s'est tu, puisque grand frĂšre tu Ă©tais devenu, bien malgrĂ© toi. Tu as remisĂ© ton costume de renard, de toute façon, il ne t'allait pas! Et avant d'essayer de dormir, tu lui as souhaitĂ© "bonne nuit, petite sĆur".
Inutile, elle dormait déjà .
FIN
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
Re: Carnet de voyage.
Bravo à toi Jean-marie, pour cette fabuleuse histoire qui nous a tenu en haleine du début à la fin.

Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
- Jean-marie50
- Messages : 130
- Inscription : 09 sept. 2006, 22:00
- Contact :
Re: Carnet de voyage.
Michel ! Tu es éditeur en chef ! Quel beau cadeau de NoÚl pour tout le site que de pouvoir lire le texte dans toute sa ...longueur :quel boulot tu as fait là ! Travaiiler plusse pour la gloire , c'est bien ce que le petit nicolas avait dit ?? Alors , en route pour la gloire !
Tu vas pouvoir te reposer un peu : je vais laisser la place Ă celles et ceux qui veulent bien nous raconter une nhistoire ..
Et merci encore , pour tout le taf que tu t'es envoyé pour le site !
Tu vas pouvoir te reposer un peu : je vais laisser la place Ă celles et ceux qui veulent bien nous raconter une nhistoire ..
Et merci encore , pour tout le taf que tu t'es envoyé pour le site !
Jean-marie, 72 ans, honda nt 1100 2022
- Jean-marie50
- Messages : 130
- Inscription : 09 sept. 2006, 22:00
- Contact :
Re: Carnet de voyage.
Depuis '' carnets de voyage '' il y a eu quelques nuits d'insomnie , signe de vieillesse prĂ©coce , je prĂ©sume ..Cela m'a donnĂ© l'occasion de me me mettre au '' christian '' ( clavier ) et de vous prĂ©parer pour l"hiver prochain , une nhistoire qui se passe dans un continent '' oĂč les gens sont noirs et oĂč il fait chaud '' .A suivre donc ''plus tard '' sur votre radio favorite !
Jean-marie, 72 ans, honda nt 1100 2022
Re: Carnet de voyage.
Et voici encore une fabuleuse histoire de Jean marie, toujours de lui mĂȘme.
La diagonale du fou.
1.LES TASSES, C'EST POUR LES GRANDS...
Vous zavez quoi, 25 ans à vous deux?? Et vous savez déjà que l'attente du plaisir, ben c'est déjà aussi une (bonne) partie du plaisir...
En ce dĂ©but d'annĂ©e 65, vous zattendez tous les deux qu'elle arrive! Souvent vous zĂȘtes lĂ bien navant l'heure, au moins 20 bonnes minutes! Pour le plaisir d'attendre, le chiffon Ă la main!
Vous savez aussi que vous zallez l'entendre bien navant qu'elle narrive, vos deux cĆurs vont battre Ă l'unisson, frĂ©missant au plaisir de l'arrivĂ©e de la tasse de Jojo!
Il y a 45 ans, les normes de bruit n'existaient pas zencore et les radars non plus! Faut dire que le trafic n'était pas hénaurme: ainsi Patoche et toi, vous pouviez zattendre la tasse de Jojo assis sur la bordure du trottoir, vos déjà longues guiboles sur la route vide de bagnoles.
Nous, c'était qu'on nétait des gens modestes, vois-tu. De bons et braves zouvriers, travailleurs et tou, que le patron payait(mal) à la s'maine et qui rapportaient l'enveloppe à l'épouse qui gérait l'argent du foyer. Des fois, le pÚre il avait l'droit d'aller au café, le sam'di aprÚs la paye (donc chez ta grand-mÚre qui le tenait, le rade) et boire une biÚre ou un verre de (mauvais) pinard. Si le pÚre il travaillait beaucoup, il pouvait se payer une mob mais une voiture sûrement pas.
C'est pourquoi, Jojo, du haut de ses 16 ans, faisait figure de héros. Surtout à cause de sa tasse: un Flandria à vitesses avec une plaque et des numéros dessus, comme les grosses!
Jojo, il venait pas nous voir, nous et nos douze ans chacun, non. Il venait pour voir son pote Pierrot, un an de moins que lui mais qui avait chez lui, planqué sous son lit, une pile de magazines. Pierrot était aussi ton voisin immédiat et vous zétiez tous copains. Une fois arrivé, le Jojo et le Pierrot, ils s'installaient prés du couloir de chez Pierrot, poste stratégique qui leur permettait de voir si la mÚre d'icelui n'arrivait pas à l'improviste pour savoir s'ils ne faisaient pas de conneries.
Ce qu'ils faisaient: ils "lisaient". Enfin, non. Ils lisaient pas. Ils regardaient des zimages. Dans un magazine qui s'appelait "Lui, le magazine de l'homme moderne". Nous aussi, on voulait ĂȘtre des zhommes modernes et lire le magazine mais le Pierrot et le Jojo, ils voulaient pas. Ils disaient qu'on nĂ©tait des p'tits et qu'on navait pas l'Ăąge.
Un soir, un magazine est tombĂ© des genoux du Pierrot et lĂ , on a vu qu'il 'y avait beaucoup d'images et rien nĂ lire. On s'est mĂȘme d'mandĂ©, Patoche et toi si les grands savaient lire. On na vu aussi que sur les zimages, ben y avait des filles, mĂȘme qu'elles zavaient oubliĂ© de mettre leur culotte!!! Mais nous, on s'en foutait grave des filles, avec ou sans culotte!!!
Le Flandria de Jojo, on se s'rait prosternĂ© d'vant si on navait su ce que ce mot-lĂ voulait dire! MĂȘme dans nos rĂȘves les plus fous, on se voyait pas assis d'ssus! On navait l'droit de le nettoyer, en commençant par les jantes; Fallait que ça brille! Les rayons, l'un aprĂ©s l'autre.
Mais on navait pas le droit de toucher au berlingot, chaud-bouillant les soirs d'été passque le Jojo, pour impressionner son (p'tit) monde, il arrivait à donf, à fond de quatre, 75 à l'heure, en pleine folie, le pot pétaradait la mort-qui-tue!
N'empĂȘche, en 65 (non, pas en 1865) Ă douze ans et d'mi, un Flandria comme ça, t'aurais donnĂ© ta soeur pour l'avoir! Mais ta frangine, elle voulait pas "sortir" avec le Jojo: tu te d'mandais bien pourquoi vu que Jojo, il Ă©tait juste auprĂ©s, elle avait mĂȘme pas besoin de sortir, elle pouvait le voir de la fenĂȘtre!
On touchait donc pas au moteur, on se contentait de le regarder encore et encore; le cylindre gros comme "ça" et la boite de vitesses et le gros carbu et le pot qui pétaradait. On regardait la selle en vrai peau de panthÚre de skai-vinyle bleu clair; on regardait la drÎle d'antenne au cul de la selle avec une vraie queue de tigre en peluche orange et noire. Plusse encore, on nadmirait le compteur de vitesse gradué jusqu'à 120! Et le selecteur de vitesse au pied. Parfois, quand on navait bien fait not'boulot, que la tasse de Jojo brillait comme neuve, le Jo, il nous laissait monter d'ssus!
Alors, les mains sur le guidon, allongĂ©s comme Jojo sur le rĂ©servoir des sens, on mimait le bruit du ratagaz et on s'y croyait de la mort. Jusqu'Ă ce que le Jo mette fin Ă not'trip de l'enfer en nĂ©teignant sa gauloise bleue du bout de sa Santiag' et en nous faisant signe de la tĂȘte de dĂ©gager de la selle!
Alors, on le regardait religieusement mettre son pisse-feu en route, le bruit d'enfer qui s'ensuivait et Jojo repartait comme il était v'nu, à donf chaque vitesse, sans casque comme d'hab' et on savourait d'avance la prochaine fois de Jojo-la-tasse. Pierrot rangeait sa collec' de Lui, le magazine de... Des fois, il nous laissait zyeuter les filles sans... Et on se tordait de rire, le chiffon à la main!
2. La Bleue.
Deux ans, c'est vite passé: un peu de ouacances, beaucoup d'école, quelques Jojo-la-tasse et vous voilà , Patoche et toi, avec vos 14 ans tout neufs! Presque le droit de lire le magazine de... Mais, à 14 ans pour vous deux, c'est surtout l'droit de monter sur un cyclo et de partir avec! Surtout si on en a un! Jojo-la-tasse est parti voir si le kaki lui va bien au teint, alors on na pu de pisse-feu à briquer. Patoche a réussi à convaincre ses vieux de le laisser acheter une mob d'occase avec les sous-sous de sa communion! Ta grand-mÚre te laissera jamais en nach'ter une et pi t'as pas fait de communion, fils de mécréant!
Alors, tu proposes en secret la botte à Patoche! Tu lui rachÚtes 50% des parts! Evidemment ni tes parents ni ta grand-mÚre ne sont convoqués pour le contrat du siÚcle! C'est Patoche qui va assurer la bleue.
Bon, maint'nant que la bleue est tienne, on va la rendre un peu plusse, un peu moins... Tu commences par virer la selle en vrai skaĂŻ horrible et tu te fabriques une selle doosseret "maison", manque plus que les numĂ©ros de course! Le guidon suit le mĂȘme chemin et il est remplacĂ© par les bracelets qui vont bien. Quant aux pĂ©dales, c'est l'horreur! PĂ©daler, c'est dĂ©choir! Tu vires illico ze pĂ©dales et tu installes des repose-panards sur le bras oscillant. C'est clair, tes panards vont osciller itou mais c'est ça ou rien.
Te v'la proprio d'une bleue de compĂšte, t'as plus qu'Ă sortir les zenfumer tous. Tu vas ĂȘtre le roi du mĂ©lange, le Grand Prix des pissotiĂšres d'Avranches, c'est pour tĂ©zig!
PremiĂšre sortie, alors que t'as doublĂ© une grise en face de Louison-le-ventru, quincailler de son Ă©tat et oubliĂ© une nautre bleue avant le carrefour(sans majuscule, c'Ă©tait juste un carrefour), t'entends une brĂȘle qui se rapproche! Coup d'oeil attentif au rĂ©tro, c'est une tasse Ă vitesses! Tu t'appliques pour le grand gauche et le gus te fait l'inter juste en face de chez mĂ©mĂ©-la-boulange alors que t'es taquet depuis des lustres!
Dans le long bout droit du boul'vard, le gars t'enrhume grave et il t'oublie total dans la montée qui suit.
Ton moulbif régulait à plein, pu rien nà faire qu'accepter la défaite. Soit, mais fallait qu'ça change, plukestion de se laisser humilier comme ça! Fallait t'occuper du berlingot dés les premiÚres zéconomies engrangées!Le pot d'abord, on a fait au jugé, un truc qui fait du bruit, ça doit aller plus vite?
Ben non, ça n'allait pas plus vite, ça allait plussemoins vite ,avé le bruit en plusse. Fallait voir aussi du cÎté des transferts et du carbu. Ouais, pour les transferts, c'était coton vu que le cylindre, il était chromé dur. Le carbu et le gicleur par contre, ça pouvait l'faire et ça l'a fait! Carbu plusse gicleur qui va bien plusse pot d'enfer égale une bleue-de-compÚte-de-la-mort! Ca, c'était des maths que tu comprenais!
Dans les sorties suivantes, ça allait bien plusse vite qu'avant mais pas zassez pour concurrencer les vraies tasses,les cinquante immatriculés,les Flandria, Malag', Zundapp, ils t'oubliaient tous grave. Mais tu pouvais presque suivre les zautres, les Flandria à pédales et les cyclo du genre. Mais tu manquais encore de style et d'efficacité; bref, il fallait travailler ton cours si tu voulais leur faire l'inter ou pire, l'exter et les zhumilier à ton tour!
C'est ainsi que tu es zallĂ© "Ă©tudier" les trajectoires en faisant tous les virolos du coin, au moins ceux qui avaient une visiblitĂ© parfaite et oĂč tu pouvais utiliser toute la route, du point de corde jusqu'au "vibreur" extĂšrieur!
Tu t'y croyais, tu y étais déjà . A force de les faire et refaire, tu as gagné en éfficacité, en style et en confiance en toi. Te restait le grand droit sur la route du bas. Un droite bien vachard avé un virage qui se refermait sur la fin; bonne visibilité, un truc qui devait se prendre à donf, suffisait de le vouloir. Tu t'es appliqué, tu arrives à donf, en limande-sole et au taquet.
T'as quatorze ans et tu pĂšses rien, mĂȘme tout mouillĂ©, ton compteur est bloquĂ© au max depuis longtemps, tu abordes le virolo bien Ă l'exter comme tu as vu les pilotes de tasses le faire dans Moto-Revue, la bible des fondus de tomos que tu lis avidement chaque samedi!
Te vouala sur le vibreur, maint'nant plonger au point de corde sans couper! C'est peu dire mais tu y mets du coeur et du zĂšle: ce virolo, tu le veux, il te le faut! Ton g'nou droit tutoie le goudron et la fourche fait ce qu'elle peut, c'est Ă dire pas grand chose et le reste suit Ă grand peine!
CayĂ©! T'es plein angle, ça le fait, un pilote est nĂ©! Oui mais non, c'est l'instant que choisit le lignĂ© avant Hutchinson pour te dire qu'au delĂ de cette limite ton ticket n'est plus valable. Tu perds illico presto l'avant et dans le demie seconde qui suit tu n'as que le temps de comprendre que tout le reste suit le mĂȘme chemin!
Tu glisses plein gauche vers l'exter du virage en néspérant trés fort qu'il n'y ait pas de bagnole qui arrive en face sinon... Ta bleue glisse de son cÎté, chacun sa vie, chacun son chemin, tu connais la chanson!
Ta glissade dure un peu puis tu finis ta course dans le fossĂ© d'en face. Quand tu te relĂšves, ton bras droit n'a pas l'air d'accord, ça te fait un mal de chien. Tu vas voir ta bleue et les dĂ©gĂąts qui vont tavec. Des rayures un peu partout, le pot est naze, ta selle mono itou, rien d'irrĂ©mĂ©diable. Tu regagnes la ville et l'hosto avec le bras "dans le sac", pas facile de tenir une mob avĂ© la main gauche! AprĂ©s la radio, on t'indique que ton bras n'est pas cassĂ© mais seulement un peu fĂȘlĂ©. comme toi te dira l'infirmiĂšre qui te pose un plĂątre pour la forme!
Evidemment, de retour chez mÚre-grand, c'est le sport qui t'a valu ce plùtre mais heureusement que ta mémé, elle ne s'est pas aperçue que tu ne fais pas de sport le sam'di aprés-midi!
Tu as eu chaud et ce p'tit incident de parcours te fait suspendre lĂ la carriĂšre de futur champion du "cyclo-qui-cause". Tu choisis l'option "route" et la dignitĂ© qui allait tavec! Au moins, quand un Malag, un Zundapp ou une Flandria te passait, tu pouvais garder la tĂȘte haute: routard tu Ă©tais!
Puisque tu avais viré de bord et ta cuti, il fallait aussi que tu te prouves que tu étais un routard pur de vrai, comme chez tes modÚles, les purs et durs à moto!
C'est ainsi qu'un sam'di, à midi, à la sortie du collÚge, tu allais cueillir le Moto-Revue tout frais tout chaud de chez le libraire quand tu es tombé sur...
3.LA DIAGONALE DU FOU
A l'Ă©poque du renouveau de la moto, vers les zannĂ©es 68-70 donc, Moto-Verrue Ă©tait la seule revue exclusivement moto et chaque numĂ©ro Ă©tait lu et relu et presque appris par coeur! Ce sam'di-lĂ est un jour faste tu y dĂ©couvres ce que les routards, les fadas du bitume, les fondus du macadam avaient inventĂ© pour prouver aux zautres et Ă eux-mĂȘmes qu'ils faisaient "de la route".
D'habitude, les routards se retrouvaient dans les concentres. Les zoficielles, dĂ»ment rĂ©pertoriĂ©es, celles d'hiver dont les fameux ElĂ©phants au NĂŒrbĂŒrgring, la premiĂšre semaine de Janvier, sous la neige et les frimas du massif de l'Eiffel, en ForĂȘt Noire et celles d'Ă©tĂ©, dont les Chamois Ă Val d'IsĂšre et bien sĂ»r quantitĂ©s d'autres, de la plus p'tite Ă la plus grande, de la plus sympa Ă la plus naze.
En réaction à celles de la fédé s'était créé un mouvement pirate qui s'auto-organisait et qui rassemblait de plus en plusse d'adeptes.
Les routards, eux, avaient d'autres projets: faire le plus de route possible en un temps imparti et le prouver aux zautres. C'est ainsi que dans l'imagination fertile de quelques-zun était née "La Diagonale du Fou".
Kessadire? Pas difficile, tu prends une carte Mich.. euh routiÚre de la doulce France, tu prends zaussi une rÚgle graduée, un crayon et tu traces sur ta routiÚre les diagonales qui vont bien: Dunkerque-Menton, Brest-Strasbourg et tutti quanti. C'était à celui qui avait la plus longue diagonale. Aprés yavaitpluka!
Pluka la faire, celle que tu avais choisie! En prenant les routes au plus prĂ©s et en t'arrĂȘtant dans les stations ou les postes pour faire tamponner ton nitinĂ©raire avec le lieu et l'heure de passage. Tu gagnais quoi? Bein, rien, juste le droit d'ĂȘtre connu et reconnu dans la petite famille des routards zinvĂ©tĂ©rĂ©s. Les motards les faisaient puis indiquaient leur score et la discute s'engageait.
Tu m'as compris: fou tu étais, diagonale tu ferais! Mais t'avais pas d'moto, juste une bleue, pas de compÚte mais de route. Il te fallait donc une diagonale à ton néchelle: simple! Tu ferais Avranches-Strasbourg, rien de moins mais rien de plusse! Restait à tout organiser, moment M, le jour J et surtout, surtout, comment faire passer à l'as une nabsence de plusieurs jours pendant les ouacances d'été!
Cogites, mec, cogites passqu'il faut que tu trouves la bonne soluce pour faire avaler "ça" à mémé! D'abord,bien bosser au collÚge, ram'ner un bull'tin d'enfer, avé des notes à deux chiffres et une moyenne le plus prés possib' de "20 à l'heure". C'était dans tes cordes, tu pouvais te rapprocher de cette vision paradisiaque pour une mémé qui savait écrire, lire et (bien) compter. Aprés, elle pourrait rien te refuser, sur le coup bienheureux de la surprise!
C'est bien de l'dire, fallait encore le faire! T'as pas eu 20-Ă -l'heure mais c'Ă©tait pas mal mĂȘme en ortograffe!
La bonne surprise passée, tu attaques à donf: "Mémé, j'ai mon copain Françis, qui m'a invité une semaine chez lui à Alençon, tu voudrais bien me laisser partir une petite semaine chez lui, je te téléphonerai tous les jours!"
Gros mensonge sauf que le Françis, il habitait bien Alençon et était d'accord pour un week-end. Tu prendrais le train et tout. Comme la gare était loin et que ta grand-mÚre ne pouvait quitter son rade, tu partirais seul:yopla boum, in ze pocket, my friend!
Quelques jours avant le départ, tu t'organises en (grand) secret: mémé est agée certes mais elle a encore l'oeil! Tu piques une fourchette et une cuillÚre et tu embarques ton nopinel. Ca te servira pour la bouffe on ze road! A 14 ans, on n'est pas encore gourmet mais déjà gourmand: tu connais déjà tes menus: sardines en bouate -pense donc à piquer aussi un nouvre-bouate -fromages, fruits et gùteaux divers et variés!
Tu marchandes chez Louison-le-Ventru, le quincailler (oui, celui-lĂ mĂȘme devant chez qui tu as doublĂ© ta premiĂšre "grise") 4 mĂštres de bĂąche en plastoc bleue qui te serviront de guitoune pour la nuit, tu y fais mettre des oeillets Ă chaque coin, une fois la bleue posĂ©e sur sa bĂ©quille pour la nuit, tu installeras la bĂąche aux deux zextrĂȘmitĂ©s pour le haut et deux piquets (des clous de charpente en fait) pour le bas et le "retour de bĂąche" pliĂ© en dessous pour faire tapis de sol. Evidemment, c'est ouvert cĂŽtĂ© tĂȘte et cĂŽtĂ© panards mais t'as pas de tente et pas d'sous pour en nach'ter.
Tu emmĂšnes un duvet qu'on te prĂȘte, un bout de savon et une serviette. Pour faire plusse vrai, tu partiras de chez "mĂ©mĂ©" avĂ© la valise. jusqu'au garage et elle t'attendra sagement lĂ jusqu'au retour du routard!
Tu as aussi pensĂ© (si) presqu'Ă tout: tu vas aller sur toutes sortes de route et tu risques de rencontrer les bleus, enfin les cognes, euh, la police quoi! Alors tu choisis de reconditionner la bleue en version bleue honnĂȘte; tu lui remets sa selle, son pot d'origine, son guidon, ses horribles pĂ©dales, de quoi passer total inaperçu avec une "street legal foul power".
Tu rĂ©cupĂšres le porte-bagages et les sacoches pour y mettre ton bordel et yapluka! Tu y mets zaussi la Michelin qui va bien, le plein de mĂ©lange et t'es fin prĂȘt pour la Diagonale du Fou!
Tu n'iras pas dans les stations ou les postes pour demander le cachet car vu ton age, tu pourrais avoir des questions auxquelles répondre serait difficile. Tu te feras ta diagonale du pÎvre, rien que pour toi, en négoiste.
Les deux derniers jours sont looongs, loooongs: tu pourrais presque les mesurer!
VoualĂ le D-Day, tu pars prendre le train, mĂ©mĂ© te donne les sous-sous pour le voyage et tu promets "petit salopard" d'ĂȘtre bien sage.
Au garage, tu planques ze valoche pour qu'on te la chourave pas et tu mets le ciré noir de Pierrot, les bottes de Patoche et tu "kickes" pour Alençon!
Y fait beau, on est en juillet, pas de trafic, Alençon c'est pas trop loin, mĂȘme en bleue de route, ya, quoi, 80 bornes. Prends ton temps, t'es parti pour Strasbourg!
Deux plombes plus tard, t'arrives chez Francis pour le déjeuner: tu téléphones chez MÚre-Grand, oui tu es bien narrivé, oui t'es content et oui y fait bÎ et les parents de Francis il veulent bien pour la s'maine et tout.
Bon tu passes la journée avec Francis et tu te couches tÎt le soir. Officiellement, tu rentres chez toi le lendemain: faudra pas que tu oublies de téléphoner à grand-mÚre et aux parents pour que tout l'monde soit rassuré!
Lend'main, y fait beau, au revoir Francis et ses parents et direction plein est! Tu mets gaz pour rejoindre Paris pas trop tard de façon Ă pouvoir passer ce truc oĂč tu n'es jamais zallĂ© en mob le mieux possib' sans te paumer grave et le passer avant la nuit noire!
Tu chouffes bien ta carte et tu arrives à Paris en milieu d'aprés-midi, t'as pas vu de keufs, la bleue roule nickel et toi tu trouves jouissif de te trimballer comm'ça sans zavoir à rentrer à la niche le soir!
Quand tu passes à St Cloud, tu longes la Seine, grands moments de sensations pour le p'tit provincial que tu es. Mais vite, faut te sortir de ce magma immobilier, tu sais que tu dois aller "tout droit" vers l'est alors tu roules au pif, ça dure, 'tain, c'est grand, la traversée de Paris en bleue, à 14 ans!
Beaucoup de feux rouges et verts plus tard, de sens interdits Ă contre sens, tu te retrouves de l'aut'cĂŽtĂ© de la grande-ville, tout content d'avoir rĂ©ussi ton coup, mĂȘme et surtout si tu ne sais pas du tout comment tu as fait!
Manque de bol, t'es un peu trop vers le sud-est, tu roules vers Troyes alors que tu devais prendre vers Chalons-en-Champagne; pas graaave, tu reprendras un peu vers la gauche demain, passque là tu es crevé, fatiguante à la longue, the bleue.
Tu achĂštes un peu Ă bouffer, tu vas Ă la poste, tu tĂ©lĂ©phones comme promis. Oui, bien narrivĂ©, oui content et tout. Tu sors du bled et tu cherches un bout de champ oĂč tu poses ta mob, tu mets la bĂąche, tu manges vite fait et dodo in ze duvet. Quatorze ans, c'est l'Ăąge oĂč tu n'as peur ni pour les zautres, ni pour toi. Pas un ninstant tu ne penses Ă un accident, Ă une maladie. Tu veux faire comme les grands, tu veux ĂȘtre grand et tu penses d'abord Ă toi avant de penser aux autres. Mais ta mĂšre est en vacances en SuĂšde et ton pĂšre Ă Paris depuis que tu as 6 ans, alors les zautres... Seule ta grand-mĂšre qui assure ton nĂ©ducation est prĂ©sente dans ta vie et tu te promets de faire moins le con "aprĂ©s".
Tu as, tu le sens, les zyeux nettement plus grands que ton nenvie de rouler: aujourd'hui tu as roulé toute la journée et quand tu regardes la carte, tu as la nette impression de n'avoir pas avancé!
Pourtant, ta bleue a fait tout ce qu'elle a pu! Elle t'a fait aller d'Alençon jusqu'à ton champ du soir, le tout aux zalentours de 45 à l'heure, pas si mal pour un p'tit moulbif d'à peine 50cc dont le piston n'est pas plus gros qu'une tasse à café! Il n'a pas déclaré forfait, t'a traßné tes zaffaires et toi sans faiblir, des zheures durant et pour finir, c'est toi qui t'es senti fatigué avant lui! Sur ces pensées, tu t'endors d'un coup!
Le lend'main matin, tu te rĂ©veilles Ă l'aube, tu as eu froid aux petons et Ă la tĂȘte! Normal, ta "tente" est ouverte aux quatre vents, heureusement qu'il n'a pas plu!
Tu repars avec un moral neuf et tu rejoins la route de ChĂąlons. Le paysage est plat et morne: tu as l'impression d'ĂȘtre arrĂ©tĂ©! Il faut que tu prennes un chocolat et que tu trouves du mĂ©lange. Tu arrives dans un village oĂč tu peux ach'ter un pain au chocolat et tu attends les 8 heures que le cafĂ© de la place ouvre. Tu mets ta mob plus loin, pour que des questions ne se posent pas. Tu te rĂ©chauffes avec le chocolat et tu ne t'attardes pas. Pareil Ă la station, le plein et tu es parti. Maintenant que tu es parti, faut te la faire, cette diagonale du fou! Elle porte bien son nom et fou tu dois l'ĂȘtre un peu pour te retrouver lĂ , tout seul, en bleue sur la route de Chalons!
Tu vas encore rouler ainsi toute la sainte journĂ©e jusqu'Ă ton champ du soir, rebelote, tĂ©lĂ©phone Ă MĂ©mĂ© et puis bouffe sur le pouce. Demain, si tout va bien, tu pourrais atteindre Strasbourg mais faudra que tu roules pareil, jusqu'au soir pour ça! Tu es fatiguĂ©, tu ne trouves plus ça amusant du tout. Si on te proposait de rentrer lĂ , tout de suite, ben, tu le ferais. T'es pas un peu trop jeune pour ce genre de choses? Vivement que tu viellisses un peu, que tu aies le droit d'avoir une moto, une vraie et alors tu les feras, les diagonales! La bĂąche est montĂ©e, le duvet prĂȘt, yapluka dormir!
Dernier jour pour arriver à Strasbourg, c'est à la soirante que tu arrives à destination, presque à la nuit tombée, heureusement début juillet on y voit bien jusqu'à pas d'heure pasque le p'tit phare de la bleue, c'est juste pour dire qu'il est là , surtout quand tu coupes, le volant magnétique suit et l'éclairage passe de faiblard à quasi nul. Tu camperas dans un nouveau champ inconnu, pas de camping officiel, pas de question à entendre et de réponses vaseuses à entreprendre.
Tu ne resteras pas Ă Strasbourg: pas le temps, tu as bouffĂ©, tout ton temps de l'aller et quand tu penses au retour le dĂ©couragement te prend aux tripes! DĂ©s le lend'main Ă l'aube, tu mets la meule dans l'aut'sens et tu repars sans conviction par oĂč tu es v'nu! Le plaisir de rouler t'a quittĂ© comme il Ă©tait arrivĂ©, tu ne changes mĂȘme pas de route de peur de faire des kilomĂštres en trop!
Tu fais à nouveau escale dans un champ de fortune et tu angoisses à la pensée que tu as laissé passer l'heure et que tu n'as pas téléphoné ce soir-là ! Tant pis, c'est fait, les portables n'existent pas, tu te précipiteras dans une poste dés que tu en trouveras une d'ouverte au matin.
Les nuits sont froides sous la bùche et tu te pelotonnes dans ton mince duvet avec ton pull sur le dos et le blouson en ciré par dessus le duvet!
Le lend'main, il faut que tu retraverses Paris sur Seine dans l'aut' sens et que tu ailles jusqu'Ă Alençon pour rester une nuit chez Francis; ça va ĂȘt' dur, tu l'sais mais tu l'as voulue, ta diagonale du fou et tu te rends compte que t'as voulu jouer dans la cour des grands sans faire le poids ni la taille. Il faut dormir maint'nant.
Le jour se lÚve à peine que le zombie de 14 ans plie la bùche encore toute humide de la rosée de la nuit. Direction Paris que tu traverses vers les midi mais on est en juillet et la circulation ne pose pas trop de blÚmes et tu arrives tant bien que mal à retrouver ta direction! Tu téléphones et tu te fais zengueuler par MÚre-Grand pour ne pas l'avoir fait hier au soir! Tu prétextes une soirée passée dehors qui passe tant bien que mal! Attention garçon, tu n'as plus l'droit à une autre erreur d'appréciation!
Te v'là sorti de Paname et de sa banlieue et tu files droit vers Alençon comme la beille vers son pot de miel! Tu écoutes le berlingot que tu pousses à fond pour ne pas arriver trop tard et tu pointes peu avant 20 heures à la maison de Francis dont les parents appelés chez un membre de la famille ne rentreront que le lend'main. Tu peux donc bigophoner à te mamie pour lui annoncer " fiÚrement" que tu rentres le lendemain par le "train de 18 heures"! Ca te laisse l'temps de feignasser au plume et de dire au revoir à Francis (qui fait comme si) et à ses parents.
Tu en profites pour ach'ter des cartes postales et les zenvoyer et des chocolats pour ta grand-mÚre: ils sont estampillés d'Alençon, ça devrait te sauver la mise! Francis te rencarde vite fait sur les particularités de la ville, le nom de sa cathédrale bref, il faut que tu saches dire trois mots sur cette ville sinon tu vas faire naßtre le doute!
Te voilĂ reparti vers l'ouest, tu es un peu fatiguĂ© et surtout tu te d'mandes si tu n'as pas commis d'erreur,ce qui te mettrait "au trou" pour perpĂštes et peut-ĂȘtre plusse! La selle en vrai plastique de chez nous te donne mal au derche Ă force de passer des zheures dessus et tu passes des kilomĂštres Ă rouler "debout" sur les pĂ©dales: Ă quatorze ans, le ridicule ne tue pas!
V'là Domfront et son donjon, on s'approche,encore un neffort et tu arrives, enfin,au garage. Tu te défringues, tu remets les trucs de ta valise que tu froisses avant et quand c'est l'heure "du train", tu reviens de la gare. Ta grand-mÚre t'accueille gentiment, bisous, chocolats, oui c'était "bien".
T'es un peu ecoeurĂ© de la route, tu fais pas de bleue pendant 15 jours, t'es en cure de dĂ©sintoxication: tu songes mĂȘme Ă raccrocher, en nattendant de grandir pour acheter une vraie moto,avĂ© des vitesses, une vraie selle et un moteur en dessous qui te ferait aller bien plusse vite qu'une mob, fĂ»t-elle bleue!
Tu traverses une crise de croissance, quoi! C'est à c'moment là que le Patoche, il se rappelle à ton bon souv'nir! Heureusement que t'es à jour de ton remboursement passqu'il vient te montrer ce qu'il a juste ach'té!
4.LA COUR DES GRANDS... OU PRESQUE!
Ce qu'il a ach'tĂ©? Tu devin'ras jamais! Une Honda! Oui, certes, diras-tu, le nonoeil blazĂ© mais laquelle? Ben, c'est une que sĂ»r tu connaĂźs pas: un SS 90! Une tasse, une vraie, avec une plaque, des numĂ©ros dessus, un compteur et compte-tours intĂ©grĂ©, une boite cinq, des clignotants qui clignotent, une selle biplace, une vraie petite moto avec un moteur quat'temps, un arbre Ă cames en tĂȘte et un cylindre presque horizontal: une merveille! Tu n'en as jamais vu d'autres depuis et pourtant t'en as vu des motos. Mais ce modĂšle-lĂ , de ces zannĂ©es-lĂ , jamais! A combien d'exemplaires elle a Ă©tĂ© vendue en France tu ne sais pas mais, tu vois, on naurait dĂ» la garder, ce serait maint'nant un collector qui vaudrait une fortune!
Patoche en est tombé raide amoureux et toi avec! Ni l'un ni l'autre n'a le permis (une licence) pour le conduire mais rien que de le voir, l'admirer, on est déjà content!
Evidemment, aprés un truc comme ça, le Flandria de Jojo est aux zoubliettes et ta bleue te paraßt...bleue, tu vois le blÚme. Le SS90 , c'est la blonde trop bien de partout, celle que tous les garçons regardent, celle qui, celle que, celle dont toutes les zautres filles sont instantanément jalouses!
Objectif n°1: apprendre Ă le conduire! On passe des journĂ©es Ă jouer avec dans la cour d'un pote oĂč on peut passer la deux voire la trois sans sortir de chez lui. Patoche obtient facile de ses parents le droit de passer sa licence mais toi, niet! Pas graave, tu attendras! Patoche obtient sa licence et nous v'lĂ partis sur les routes du monde, euh, de France, euh, de la rĂ©gion pour commencer!
Ce p'tit moulin turbine de la mort, il monte jusqu'Ă 10 000 tours comme qui rigole, nous zemmĂšne Patoche et toi, vers presque 100 Ă l'heure! C'est l'euphorie dans la bande, on double les bleues, les grises, les zoranges, les 50 Ă plaques et vitesses, mĂȘme en duo!
On fait nos premiÚres zarmes de motards dans la folie de nos 16 ans tout juste disponibles! Une fois, on croise deux Suzuk T 20 et une Triumph Trident qui se tirent une bourre à la Joe Bar Team et devine quoi? Les gus trouvent le temps de nous faire le signe motard, main levée! On est tellement sidérés qu'on leur répond trop tard: on est des motards!
Patoche se servira de son SS90 pour aller et venir de son napprentissage chaque fin de s'maine et tu retrouves ta bleue, qui n'avance pas ou plus passque tu as connu aut'chose et lĂ , la pauv'bleue ne fait plus du tout le poids!
La larme à l'oeil, tu décides de la revendre et de garder l'artiche pour passer le permis moto, le vrai, le A.
Reste à convaincre mÚre-grand qui, pour le coup, demandera à ta mÚre qui, pour le coup, demandera à son mari, alias ton beau-pÚre farouchement poujadiste et anti-moto invertébré!
Te reste un nargument de poids, tes bons rĂ©sultats scolaires! Va te falloir recommencer Ă ĂȘtre un bon nĂ©lĂšve, Ă Ă©couter en classe, faire ce que le prof dit et veut, engranger les bonnes notes et les bons bull'tins sinon t'es mort! Tu revends donc ta bleue Ă nonyme, tu rĂ©silies l'assurance, ni vu ni pris, retour Ă la case dĂ©part, l'expĂšrience en plusse!
Chaque ouikend, Patoche "descend" sauf l'hiver. Un jour de printemps, il t'emmĂšne voir l'ancien proprio du 90. C'est un fils de bourge. Oui, dans la ville oĂč tu crĂšches, y a aussi des bourges, qui font des zenfants et qui payent Ă leurs zenfants des jouets Ă moteur pour que les fils de bourges s'ennuient pas le samedi aprĂ©s-midi et le dimanche aprĂ©s la messe. Ce fils de bourges lĂ est trĂ©s bourge: façon nouvelle vague provinciale, blouson en daim et lunettes d'Ă©cailles, siouplaĂźt.
Ce salopard a revendu son 90 pour se faire acheter une Yamaha YAS1, une pure merveille de 2 temps de l'époque! Aussi bien finie que le Honda, c'est un twin hyper vitaminé, tu tournes la poignée et les tours s'envolent dans un bruit de turbine inconnu de nos zoreilles! Il t'emmÚne faire un bon tour et tu découvres avec ravissement ce que les nippons, petits bonszhommes en gants blancs et sourires crispés, savent faire de mieux: un bijou de technologie qui cause! Le 90 ne peut pas suivre, c'est sûr! En plusse, c'est un piÚge à filles colossal et ce salopard de bourge s'en sert surtout pour ça!
Un de ses zamis, bourge lui aussi, a un nautre modĂšle: un 125 Suzuki "Flying Leopard": on dirait un cyclo qu'a voulu grandir trop vite sans le demander Ă ses parents! Un twin deux temps aussi, presque horizontal, bien poussĂ© avec un bruit plus rauque que le Yam et qui pousse autant mais qui est encore plus pointu! A donf, sinon t'as rien! Ya des jours oĂč tu s'rais bien dev'nu fils de bourges! Dans une nautre vie, peut-ĂȘtre!
Aprés des séances comme ça, tu tournes piqué grave à la meule: t'en veux une sinon tu la voles! Pour ne pas tomber dans l'addiction, tu bosses comme un damné à l'école pour pouvoir obtenir le droit de passer ton permis moto. A la fin de l'année scolaire, le bilan est bon, voire plusse! Bon,ben, c'est maint'nant que ça se joue, guichets fermés! Ca a été long et laborieux mais la récompense est là : tu vas ce jour t'inscrire à l'auto-école pour passer.
5.TON PERMIS MOTO!
En 71, tu as tes 16 ans révolus(tionnés), la tomo commence à envahir la France et des tas de jeunes types comme tézig foncent dans le tas pour décrocher leur permis de rouler avec deux roues et un gros moulbif entre. Comme d'hab, dans ce bÎ pays qu'est le nÎtre, l'administration ou les services n'ont rien vu poindre de la demande et ton moniteur te montre fiÚrement la "moto" sur laquelle tu es censé apprendre "l'art et la maniÚre".
Cette moto-lĂ est kaki, ce qui est normal pour une moto militaire! C'est, te dit-il un GnĂŽme et RhĂŽne qu'il a rachetĂ© aux domaines: Ce qu'il oublie de te dire c'est que la belle doit friser les quarante balais. Tu lui dis que depuis "ça",la moto a Ă©voluĂ© et que tu Ă©spĂ©rais apprendre sur une moto moderne! LĂ , tu le froisses et le m'sieur s'Ă©nerve: c'est celle-lĂ ou rien! Bon, elle dĂ©marre mal, pas Ă©tonnant qu'on l'ait perdue, la deuxiĂšme dĂšrniĂšre si on avait du matos comme ça! A comparer aux BM des "schleus", y avait pas photo! On aurait dĂ» rien dĂ©clarer, comme Ă la douane! Quand tu penses que les bidasses chantaient "A Berlin!", il aurait d'abord fallu les dĂ©marrer, les motos! A la place, ce sont les BM qui sont venues jusqu'Ă Paris et mĂȘme ailleurs!
Il t'apprendra donc les rudiments, que tu connaissais déjà , pour les zavoir appris sur un SS90 bien plus moderne et facile. Deux ou trois leçons plus tard, tu te retrouves devant l'inspecteur qui te demande de passer trois vitesses, de faire demi-tour, un huit en levant la main droite ou gauche (mais sans dire "je l'jure") et mettre l'antiquité sur sa béquille "centrale" alors qu'elle n'en avait point! Le code passé, il te tend un paier rose et tu remercies.
Te v'l capab' de piloter une 750 Honda qui est apparue à nos zyeux ébahis deux ans auparavant. En fait, tu ne sais pas conduire en ville, tu n'as pas l'habitude de cette moto-là et l'embrayage comme le frein demandent une pogne de bûcheron canadien. Quand tu rentres au bercail, le papier rose en poche, tu mets gaz; devant toi, y a le moniteur dans une voiture-école avec un napprenti caisseux qui prend peur à un carrefour et pile! Tu arrives derriÚre un peu trop vite, le frein est trop dur et ne freine pas et tu lui rentres dans le fion!
Bilan des courses: la fourche ne fourchera plus! Le moniteur achĂštera enfin une moto moderne, c'est sur celle-lĂ que Patoche passera le sien deux mois plus tard!
Vous voici tous deux avec le A en poche et déjà les yeux de Patoche se tournent vers...
6.BLACK LADY...
Les 125 japonaises modernes n'ont pas zencore envahi le paysage moto provincial; elles sont bien trop chĂšres pour nous et les autres cylindrĂ©es 250, 350 sont du domaine du rĂȘve Ă©vĂ©illĂ©. Alors, que nous reste-t-il?
Les zoccase pardi! Pas de 125 d'occases chez nous, elles ne sont que trés peu répandues et coûtent un noeil! Aucune moyenne cylindrée à l'horizon, d'ailleurs il n'ya pas encore de concession-motos à Avranches-city. Il y a par contre, un concessionnaire "Motocabane" qui vend des bleues, des grises et quelques zoranges Son prénom c'est Totor,enfin euh, Victor et il a une nexcellente formation de mécano moto à l'ancienne! Il a été formé sur les zanglaises d'avant et quand on ramÚne not'fraise et qu'on lui d'mande une vielle anglaise, Totor répond présent!
Il va se tourner vers les enchĂšres oĂč il va trouver des lots de vieilles zanglaises (noon, pas les dames avec les blondes aux lĂšvres), des pĂ©toires qui n'en peuvent plus et les reconditionner avant de nous les refourguer; c'est ainsi qu'est nĂ©e la "britiche connection d'Avranches-city". La nouvelle se rĂ©pand comme une traĂźnĂ©e de poudre dans toute la sous-rĂ©gion et tous les malades de la bĂ©cane-sans-le-sou foncent vers le rade de Victor!
Le Victor travaille dur et fort, il refait les moulins qui sont quasi HS, les motos ont de la bouteille! Elles zont 10 voire 15 ans de service dans la police, les douanes ou les zadministrations alors. Elles sont démodées grave, selle mono en cuir, petit porte-bagages administratif, sacoches en cuir noir avec écusson de la gendarme-rit siouplaßt. Il les " modernise" en mettant une selle biplace et vire tout ce qui ne plaßt pas aux djeuns que nous sommes à l'époque; le prix est infÚrieur à celui d'une 125 nippone raide de neuve.
Patoche bave deavant, toi aussi. Y a une BSA 500, A50 ex-douanes qui nous fait de l'oeil! Elle est grosse, noire, administrative mais souriante. Patoche compte ses sous, toi aussi. Patoche en a la moitiĂ©, toi aussi. Patoche te regarde et tu regardes Patoche... Noon, vous nallez pas vous zembrasser! Vous zallez conclure le mĂȘme contrat que pour la bleue!
Oui, chacun sa part, lui la semaine et l'assurance et toi le ouikend avec ou sans lui. Evidemment ta mÚre-grand et tes parents ne savent rien du contrat scellé par une biÚre (ou deux) au bar du coin qui deviendra sous peu le rade de rencart du club des fondus de la bécane.
Cette 500 BSA (pour Birmingham Small Arms) nous fait entrer direct dans le vrai petit monde de la tomo: on fait enfin partie du club! Bon, faut pas qu'une 350 Honda, Yamaha ou Suzuki se pointe parce que notre grosse 500 ne supporte pas la comparaison; la moto est défraßchie, elle est hors d'ùge, pas de cligno, une finition des zannées 50, un compteur intégré au capotage de phare, un frein avant pour freiner deux, trois fois. Un frein arriÚre inexistant, un éclairage en 6 volts,ça sent les fifties à plein nez anglais!
Le bruit est bÎ, envoutant. Le souffle des twins brittons des années 50-60 est prenant: y a du couple et assez de puissance pour nous zimpressionner quand les nippones ne sont pas là !
Non, le problÚme, c'est la fiabilité. On va découvrir vite que la BSA nous fait souvent faux bond pour des problÚmes électriques à répétition et on est jamais sûr de partir, ou de rentrer de week end.
Elle est comme ça, Black Lady. Si elle consent Ă dĂ©marrer, ça roule! Si elle veut pas, tu peux toujours t'escrimer sur le kick macache bono! Elle te file de ses vieux retours de kick qu'on la dĂ©marre avec circonspection! Parfois elle s'arrĂȘte sur la route, plus de contact, faut bidouiller pour repartir, Ă l'ancienne quoi. On part toujours avec les clĂ©s, un bout de fil, du scotch Ă©lectrique.
C'est comme ça pour nous et c'est comme ça pour les zautres aussi!
Le groupe compte une petite dizaine dâanglaises, des 500 mono, trois 650 A 10, deux A50 et deux Royal Enfield; on est devânu anglophiles par manque de moyens financiers. Quand on part le samedi ou le dimanche, y en a toujours un ou deux qui tombent en rade, jamais les mĂȘmes mais on fait pas une sortie sans mĂ©caniquer sur le bord de la route. On devient des spĂ©cialistes du bord de route! On nĂ©vite de rentrer tard ou la nuit passque lĂ , misĂšre! Les phares en 6 volts nâĂ©clairent que les garde-boues avant et câest lâenfer!
Souvent les diodes Zener nous lĂąche le jour oĂč il faut pas, le seul week-end de soleil du mois. Bref, oui, on fait de la moto, parfois, de la mĂ©canique souvent et de la balade, rarement!
Mais lâambiance est bonne, câest le renouveau de la moto mais quand on voit dâautres motards et dâautres motos, ce sont les japonaises qui remportent tous les suffrages. On fait dĂ©jĂ dans le dĂ©calĂ© avec nos vieilles machines, des collectors dĂ©jĂ !
Les gars de la clique (non, pas de filles, sorry) aiment malgrĂ© tout leur anglaise: ils la bichonnent, la nettoient et la modernisent quand ils zont un peudâ fric de cĂŽtĂ©: on fait chromer les deux garde-boues et le capotage de phare: classe! on fait repeindre le rĂ©servoir et les caches latĂ©raux en tĂŽle en vert anglais: great! Nan, ce qui va pas sur ces tomos, câest tout le circuit Ă©lectrique. Le moteur a Ă©tĂ© refait ou Ă peu prĂšs mais le circuit date de...
MalgrĂ© tout Patoche et toi vous dĂ©cidez de partir en vacances en Bretagne. Certes mais tes parents? Aussi Ă©tonnant que cela puisse te paraĂźtre ils tâaccordent la permission pour une semaine; tâes sur le cul, pourvu quâça dure! On nous prĂȘte une tente qui pĂšse un Ăąne mort, deux duvets en piteux Ă©tat et une vielle gamelle. On part un beau jour de juillet, on a eu un peu de mal Ă tout caser. On a dâla chance, Black Lady tourne bien; on arrive Ă Paimpol et on se fait BrĂ©hat et la cĂŽte de granit rose avant quâelle ne devienne noire!
Y fait bĂŽ et Black Lady ne fait aucun caprice de lady anglaise sur le retour. Manque de bol, on est quand mĂȘme en Bretagne, hein, donc le lendâmain aisni que tous les lendâmains de la semaine, donc 6 au total, ben, yaisse, y flotte!
Vous connaissez la pluie bretonne? Non? Vous devriez essayer, câest une expĂ©rience Ă faire, une fois au moins, dans votre vie de motard!
On sait quand elle commence. Mais on sait jamais quand elle finit! Coluche, grand motard devant la Bretagne lâavait bien compris: "En Bretagne, il ne pleut que deux fois par an: deux fois six mois". Et le perfide ajoutait "entre les deux, y a dix minutes de brouillard"! Il avait tort et raison! Ces six jours-lĂ , le Coluche, il avait raison! On sâest fait tremper grave: la tente, les duvets, les fringues...
Et Black Lady nâĂ©tait pas bretonne mais grande-bretonne: une fois elle dĂ©marre une fois non. Une fois elle sâarrĂȘte en route, une fois non. Tu faisais des rĂȘves de motos jaunes, aux zyeux bridĂ©s qui dĂ©marraient au quart de poil, qui tâemmenaient ET te ramenaient au bercail, la banane aux lĂšvres. On est finalement rentrĂ©s un peu dĂ©pitĂ©s de notre bretonne expĂ©rience et tu as mis un certain temps avant dâaccepter mentalement de reprendre la route vers lâouest du pecos!
Entretemps, les gars du coin sâĂ©taient rassemblĂ©s et avaient formĂ©s un mot-club, pirate, of course et notre point de ralliement Ă©tait un rade en centre ville oĂč on navait l'habitude dâaller Ă©cluser (oui, dĂ©jĂ ) moult pressions et de discuter motos jusquâĂ pas dâheure le vendredi soir. On garait les zanglaises juste devant pour voir les kromes briller au soleil ou sous la pluie normande!
Les banquettes de moleskine rouge nous voyaient souvent nous zattabler autour dâun cafĂ© les jours de dĂšche ou dâune mousse les jours fastes.
On discutait de la prochaine sortie, des soucis mécaniques des uns, du coût de telle ou telle amélioration sur nos motos. Un soir, Ago lance... Mais attends, tu connais pas Ago?
7. AGO
Si, souviens-toi, Giacomo Agostini, le champion italien sur sa MV Agusta? CayĂ©, tu le remets? Lâidole des foules motardes de cette Ă©poque! Et puis beau gosse avec ça!
Ben, Ago, il vivait Ă Avranches! Si, jurĂ©! LâĂ©tait pas italien, Ago, il Ă©tait... ben, on savait pas. Ce quâon savait, nous, câest que son nom, câĂ©tait Ago; câĂ©tait tĂ©crit sur son zonblou de cuir noir. Le zonblou dâAgo nâavait pas dâĂąge et Ago non plus! Il avait toujours Ă©tĂ© lĂ , avec une tignasse longue comme un jour sans moto et bien crade. Ago ne travaillait pas, ne causait pas, ne draguait pas, il sirotait sa mousse lâoeil glauque, assis toujours Ă la mĂȘme place! Tu pouvais vânir Ă nâimporte quelle heure, Ago Ă©tait lĂ , il faisait lâouverture ET la fermeture!
Ago nâavait pas dâmoto! Ago nâavait pas dâpermis non plus! Et pourtant Ago Ă©tait montĂ© sur toutes les bĂ©canes des gars du coin! Ago Ă©tait passager professionnel! Ago nâavait pas peur: il montait avec nâimporte qui, nâimporte quand et nâimporte oĂč! Ago a maintes et maintes fois risquĂ© sa vie pour rien, un virage mal nĂ©gociĂ©, une manoeuvre trĂšs risquĂ©e, Ago acceptait tout et ne se plaignait jamais; professionnel jusquâau bout des zongles, noirs de cambouis et de graisse, of course!
Ago ne causait pas ou peu: il Ă©coutait, lâoeil perdu. Pourtant la moquette nâĂ©tait pas zencore Ă la mode!
Quand venait le moment de partir en balade, Ago sortait avec nous, le Cromwell Ă la main et attendait que lâun dâentre nous lui fasse signe! Jamais Ago nâest restĂ© au bord du trottoir!
Ago faisait partie des meubles, euh du club; si tu venais au club, tu voyais Ago, il te voyait, te disait bonjour mais tu ne le connaissais pas. Tu ne savais rien de sa vie en dehors du club. Avait-il des parents, des zamis? Hormis son zonblou hors dâĂąge, son Cromwell aux couleurs dâAgo (le vrai) usĂ© par le temps, son jean crasseux et ses bottes rĂąpĂ©es-foutues, on savait rien de lui! Un jour, Ago est pas vânu! CâĂ©tait bien la premiĂšre fois pour tout lâmonde (euh, la toute petite dizaine quâon Ă©tait, en fait) quâon buvait la mousse sans Ago! On sâest dit quâil Ă©tait peut-ĂȘtre malade et câest lĂ quâon sâest aperçu quâon savait mĂȘme pas oĂč il crĂ©chait, lâAgo-de-chez-nous!
Le lendâmain non plus! LĂ , on sâest dit que câĂ©tait grave et alors quâon discutait pour essayer de savoir comment faire, le barman nous a tendu une petite lettre , entourĂ©e de noir. On sâest regardĂ©s les uns les autres et lâun de nous a ouvert lâenveloppe. Une Ă©criture maladroite, la mĂšre dâAgo nous avait Ă©crit! Ago avait donc une mĂšre? Son François Ă©tait mort, dâune tumeur au cerveau, deux jours auparavant.
Câest ainsi quâon a su son prĂ©nom, quâil avait des parents et quâil pouvait aussi ĂȘtre malade. Sa tumeur au cerveau Ă©tait sa compagne depuis trop longtemps; un jour, il partirait, il le savait mais ne le disait pas. Jamais il nâen parlait. Seuls ses parents et lui savaient. On a appris ça quand on est rentrĂ©s du cimetiĂšre oĂč on lâa tous accompagnĂ©.
Sa mĂšre nous a invitĂ©s Ă la maison pour voir sa chambre. Elle Ă©tait tapissĂ©e de posters dâAgostini, le vrai. Son idole, son maĂźtre Ă piloter. Si notre Ago-François nâavait pas de permis, câest quâil nâavait pas le droit de le passer, vu son problĂšme au cerveau. Tout cela, Ago-François ne nous lâa jamais dit! Il avait laissĂ© une petite lettre pour nous, quelques mots: "Salut les potes, je vous aimais".
On est retournĂ©s au bar du club ce soir-lĂ et personne nâa bu de cafĂ© ou de mousse; le barman nous a rien demandĂ©, certains avaient bien du mal Ă empĂȘcher lâeau de sortir des zyeux.
Pour ne pas ĂȘtre trop tristes, on a commencĂ© Ă parler dâAgo comme sâil allait pas tarder Ă arriver et on sâest tous souvenu dâun Ă©vĂšnement qui avait eu lieu quelques mois avant son "dĂ©part". Car, oui...
8.AGO BALANCE TOUT!
Un soir, Ago a parlé! Si, alors on a tous ésgourdé pour le coup! Il a dit "Et si on allait boire un caoua à la Bastoche"?
Sa phrase, prononcĂ©e dans le plus grand silence, nous est tombĂ©e dâssus, comme lâaigle sur sa proie! On est restĂ©s cons: La Bastoche , le symbole du renouveau motard des annĂ©es 70, si on y allait aussi, nous zautâ, de notre lointaine province?
Y en a un quâa dit: "OK, câest parti"! On sâest tous levĂ©s, il Ă©tait 5 plombes de lâaprĂšs-midi, un aprĂšs-midi dâoctobre. On a mis les casques, on a kickĂ© les motos ont dĂ©marrĂ©! Et on sâest cassĂ© direction La Bastoche! A cette Ă©poque, point dâautoroute pour rejoindre Paris; de toute façon, nos zanglaises nâauraient pas aimĂ©: y aurait eu de la bielle ou du vilbrequin sur le goudron! On est parti plein est: la route que tu avais prise en mob pour ta diagonale du fou! Tout en roulant, tu en avais les larmes aux zyeux! La route Ă©tait alors une modeste dĂ©partementale et les caisseux, Ă©tonnĂ©s de voir dĂ©bouler un groupe de six motos, se tenaient bien frileusement Ă droite! On filait bien droit sur la route, en file indienne et on doublait tout ce qui bougeait! DĂ©jĂ le soir tombait et on savait quâavec nos "6-volts" ce serait galĂšre pour arriver lĂ -bas et plusse encore pour revenir mais câĂ©tait la fiĂšvre de la Bastille et on sâen foutait grave! On sâest arrĂȘtĂ© pour "faire" de lâessence et prendre un cafĂ© car le fond de lâair se faisait frisquet. A nouveau, les six anglaises ont bien voulu dĂ©marrer toutes ensembles et direction Paris sur Seine!
Bien que motard depuis toujours, aucun dâentre nous nâĂ©tait zallĂ© Ă la Bastille pour tourner sur la place comme les parisiens ou les banlieusards de lâĂ©poque. Personne non plus ne savait exactement comment sây rendre mais on se disait quâon demandârait Ă unâŠmotard de nous recarder sur le chemin!
Ce qui fut fait et les six provinciaux ont suivi sagement le parigot (tĂȘte de moto) qui nous za guidĂ© gentiment jusquâĂ la Mecque, euh, la Bastoche.
Six zanglaises qui dĂ©boulent sur la Bastoche sur le coup de 22 heures, avec toutes les lumiĂšres de la ville et les phares des motos qui dansent autour de la place, câest un dĂ©lire quâon prend en pleine tronche et on est tous trop heureux dây ĂȘtre! On fait trois pâtits tours pour montrer quâon vient de loin et le groupe se pose auprĂšs dâun troquet dont le trottoir regorge de motos et de motards (le soir). Câest plein de japonaise et nos zanglaises, bien que plutĂŽt dĂ©calĂ©es, sont regardĂ©es avec admiration: on se prend un vieux coup de frime qui fait plaisir dans la tronche! Ce sera cafĂ© pour tout lâmonde, Ă©videmment Ago est lĂ , bĂ©at qui nous dira quâil Ă©tait bien content dâĂȘtre lĂ ! Cette phrase nous reviendra Ă lâesprit "aprĂšs" et on comprendra alors ce quâil essayait de nous dire.
Encore des tours et des tours, on sâenivre de couleurs, de bruits et de lumiĂšres puis, un geste de la main, il faut bien rentrer!
A la sortie de la grand-ville, lâobscuritĂ© nous happe et chacun suit le petit lumignon du feu rouge de celui qui le prĂ©cĂšde. On changera souvent de position pour ĂȘtre Ă tour de rĂŽle en premier pour ne pas se tuer les zyeux Ă force de chercher la route dans le faible pinceau du 6-volts! Retour Ă Avranches Ă pas dâheure, le regard dĂ©truit mais la banane sous le casque pour tous!
9. TOUT A UNE FIN.
Tout a une fin, câest le dictonâŠPour Ago, la fin du film tu la connais dĂ©jĂ . Pour le club, il vieillira vite et mal, les uns partiront dâun cĂŽtĂ©, les zautres du leur; la petite clique se dĂ©litera dans lâĂąge adulte, le boulot et les traites de fin de mois. Patoche se prend une bonne pelle avec Black Lady et sa copine lui fait promettre de raccrocher et il vend la moto sans que tu puisses lui racheter ses parts. Tu rĂ©cupĂšres que les sacoches que tu garderas au moins 20 ans sur tes motos suivantes, Black Lady nâa pas du tout aimĂ© ĂȘtre ainsi bousculĂ©e et en chutant elle a pris feu et Patoche l'a revendue en Ă©pave. Et puis, les japonaises sont arrivĂ©es en province profonde.
Et lĂ , c'est une nautre histoire...
FIN
La diagonale du fou.
1.LES TASSES, C'EST POUR LES GRANDS...
Vous zavez quoi, 25 ans à vous deux?? Et vous savez déjà que l'attente du plaisir, ben c'est déjà aussi une (bonne) partie du plaisir...
En ce dĂ©but d'annĂ©e 65, vous zattendez tous les deux qu'elle arrive! Souvent vous zĂȘtes lĂ bien navant l'heure, au moins 20 bonnes minutes! Pour le plaisir d'attendre, le chiffon Ă la main!
Vous savez aussi que vous zallez l'entendre bien navant qu'elle narrive, vos deux cĆurs vont battre Ă l'unisson, frĂ©missant au plaisir de l'arrivĂ©e de la tasse de Jojo!
Il y a 45 ans, les normes de bruit n'existaient pas zencore et les radars non plus! Faut dire que le trafic n'était pas hénaurme: ainsi Patoche et toi, vous pouviez zattendre la tasse de Jojo assis sur la bordure du trottoir, vos déjà longues guiboles sur la route vide de bagnoles.
Nous, c'était qu'on nétait des gens modestes, vois-tu. De bons et braves zouvriers, travailleurs et tou, que le patron payait(mal) à la s'maine et qui rapportaient l'enveloppe à l'épouse qui gérait l'argent du foyer. Des fois, le pÚre il avait l'droit d'aller au café, le sam'di aprÚs la paye (donc chez ta grand-mÚre qui le tenait, le rade) et boire une biÚre ou un verre de (mauvais) pinard. Si le pÚre il travaillait beaucoup, il pouvait se payer une mob mais une voiture sûrement pas.
C'est pourquoi, Jojo, du haut de ses 16 ans, faisait figure de héros. Surtout à cause de sa tasse: un Flandria à vitesses avec une plaque et des numéros dessus, comme les grosses!
Jojo, il venait pas nous voir, nous et nos douze ans chacun, non. Il venait pour voir son pote Pierrot, un an de moins que lui mais qui avait chez lui, planqué sous son lit, une pile de magazines. Pierrot était aussi ton voisin immédiat et vous zétiez tous copains. Une fois arrivé, le Jojo et le Pierrot, ils s'installaient prés du couloir de chez Pierrot, poste stratégique qui leur permettait de voir si la mÚre d'icelui n'arrivait pas à l'improviste pour savoir s'ils ne faisaient pas de conneries.
Ce qu'ils faisaient: ils "lisaient". Enfin, non. Ils lisaient pas. Ils regardaient des zimages. Dans un magazine qui s'appelait "Lui, le magazine de l'homme moderne". Nous aussi, on voulait ĂȘtre des zhommes modernes et lire le magazine mais le Pierrot et le Jojo, ils voulaient pas. Ils disaient qu'on nĂ©tait des p'tits et qu'on navait pas l'Ăąge.
Un soir, un magazine est tombĂ© des genoux du Pierrot et lĂ , on a vu qu'il 'y avait beaucoup d'images et rien nĂ lire. On s'est mĂȘme d'mandĂ©, Patoche et toi si les grands savaient lire. On na vu aussi que sur les zimages, ben y avait des filles, mĂȘme qu'elles zavaient oubliĂ© de mettre leur culotte!!! Mais nous, on s'en foutait grave des filles, avec ou sans culotte!!!
Le Flandria de Jojo, on se s'rait prosternĂ© d'vant si on navait su ce que ce mot-lĂ voulait dire! MĂȘme dans nos rĂȘves les plus fous, on se voyait pas assis d'ssus! On navait l'droit de le nettoyer, en commençant par les jantes; Fallait que ça brille! Les rayons, l'un aprĂ©s l'autre.
Mais on navait pas le droit de toucher au berlingot, chaud-bouillant les soirs d'été passque le Jojo, pour impressionner son (p'tit) monde, il arrivait à donf, à fond de quatre, 75 à l'heure, en pleine folie, le pot pétaradait la mort-qui-tue!
N'empĂȘche, en 65 (non, pas en 1865) Ă douze ans et d'mi, un Flandria comme ça, t'aurais donnĂ© ta soeur pour l'avoir! Mais ta frangine, elle voulait pas "sortir" avec le Jojo: tu te d'mandais bien pourquoi vu que Jojo, il Ă©tait juste auprĂ©s, elle avait mĂȘme pas besoin de sortir, elle pouvait le voir de la fenĂȘtre!
On touchait donc pas au moteur, on se contentait de le regarder encore et encore; le cylindre gros comme "ça" et la boite de vitesses et le gros carbu et le pot qui pétaradait. On regardait la selle en vrai peau de panthÚre de skai-vinyle bleu clair; on regardait la drÎle d'antenne au cul de la selle avec une vraie queue de tigre en peluche orange et noire. Plusse encore, on nadmirait le compteur de vitesse gradué jusqu'à 120! Et le selecteur de vitesse au pied. Parfois, quand on navait bien fait not'boulot, que la tasse de Jojo brillait comme neuve, le Jo, il nous laissait monter d'ssus!
Alors, les mains sur le guidon, allongĂ©s comme Jojo sur le rĂ©servoir des sens, on mimait le bruit du ratagaz et on s'y croyait de la mort. Jusqu'Ă ce que le Jo mette fin Ă not'trip de l'enfer en nĂ©teignant sa gauloise bleue du bout de sa Santiag' et en nous faisant signe de la tĂȘte de dĂ©gager de la selle!
Alors, on le regardait religieusement mettre son pisse-feu en route, le bruit d'enfer qui s'ensuivait et Jojo repartait comme il était v'nu, à donf chaque vitesse, sans casque comme d'hab' et on savourait d'avance la prochaine fois de Jojo-la-tasse. Pierrot rangeait sa collec' de Lui, le magazine de... Des fois, il nous laissait zyeuter les filles sans... Et on se tordait de rire, le chiffon à la main!
2. La Bleue.
Deux ans, c'est vite passé: un peu de ouacances, beaucoup d'école, quelques Jojo-la-tasse et vous voilà , Patoche et toi, avec vos 14 ans tout neufs! Presque le droit de lire le magazine de... Mais, à 14 ans pour vous deux, c'est surtout l'droit de monter sur un cyclo et de partir avec! Surtout si on en a un! Jojo-la-tasse est parti voir si le kaki lui va bien au teint, alors on na pu de pisse-feu à briquer. Patoche a réussi à convaincre ses vieux de le laisser acheter une mob d'occase avec les sous-sous de sa communion! Ta grand-mÚre te laissera jamais en nach'ter une et pi t'as pas fait de communion, fils de mécréant!
Alors, tu proposes en secret la botte à Patoche! Tu lui rachÚtes 50% des parts! Evidemment ni tes parents ni ta grand-mÚre ne sont convoqués pour le contrat du siÚcle! C'est Patoche qui va assurer la bleue.
Bon, maint'nant que la bleue est tienne, on va la rendre un peu plusse, un peu moins... Tu commences par virer la selle en vrai skaĂŻ horrible et tu te fabriques une selle doosseret "maison", manque plus que les numĂ©ros de course! Le guidon suit le mĂȘme chemin et il est remplacĂ© par les bracelets qui vont bien. Quant aux pĂ©dales, c'est l'horreur! PĂ©daler, c'est dĂ©choir! Tu vires illico ze pĂ©dales et tu installes des repose-panards sur le bras oscillant. C'est clair, tes panards vont osciller itou mais c'est ça ou rien.
Te v'la proprio d'une bleue de compĂšte, t'as plus qu'Ă sortir les zenfumer tous. Tu vas ĂȘtre le roi du mĂ©lange, le Grand Prix des pissotiĂšres d'Avranches, c'est pour tĂ©zig!
PremiĂšre sortie, alors que t'as doublĂ© une grise en face de Louison-le-ventru, quincailler de son Ă©tat et oubliĂ© une nautre bleue avant le carrefour(sans majuscule, c'Ă©tait juste un carrefour), t'entends une brĂȘle qui se rapproche! Coup d'oeil attentif au rĂ©tro, c'est une tasse Ă vitesses! Tu t'appliques pour le grand gauche et le gus te fait l'inter juste en face de chez mĂ©mĂ©-la-boulange alors que t'es taquet depuis des lustres!
Dans le long bout droit du boul'vard, le gars t'enrhume grave et il t'oublie total dans la montée qui suit.
Ton moulbif régulait à plein, pu rien nà faire qu'accepter la défaite. Soit, mais fallait qu'ça change, plukestion de se laisser humilier comme ça! Fallait t'occuper du berlingot dés les premiÚres zéconomies engrangées!Le pot d'abord, on a fait au jugé, un truc qui fait du bruit, ça doit aller plus vite?
Ben non, ça n'allait pas plus vite, ça allait plussemoins vite ,avé le bruit en plusse. Fallait voir aussi du cÎté des transferts et du carbu. Ouais, pour les transferts, c'était coton vu que le cylindre, il était chromé dur. Le carbu et le gicleur par contre, ça pouvait l'faire et ça l'a fait! Carbu plusse gicleur qui va bien plusse pot d'enfer égale une bleue-de-compÚte-de-la-mort! Ca, c'était des maths que tu comprenais!
Dans les sorties suivantes, ça allait bien plusse vite qu'avant mais pas zassez pour concurrencer les vraies tasses,les cinquante immatriculés,les Flandria, Malag', Zundapp, ils t'oubliaient tous grave. Mais tu pouvais presque suivre les zautres, les Flandria à pédales et les cyclo du genre. Mais tu manquais encore de style et d'efficacité; bref, il fallait travailler ton cours si tu voulais leur faire l'inter ou pire, l'exter et les zhumilier à ton tour!
C'est ainsi que tu es zallĂ© "Ă©tudier" les trajectoires en faisant tous les virolos du coin, au moins ceux qui avaient une visiblitĂ© parfaite et oĂč tu pouvais utiliser toute la route, du point de corde jusqu'au "vibreur" extĂšrieur!
Tu t'y croyais, tu y étais déjà . A force de les faire et refaire, tu as gagné en éfficacité, en style et en confiance en toi. Te restait le grand droit sur la route du bas. Un droite bien vachard avé un virage qui se refermait sur la fin; bonne visibilité, un truc qui devait se prendre à donf, suffisait de le vouloir. Tu t'es appliqué, tu arrives à donf, en limande-sole et au taquet.
T'as quatorze ans et tu pĂšses rien, mĂȘme tout mouillĂ©, ton compteur est bloquĂ© au max depuis longtemps, tu abordes le virolo bien Ă l'exter comme tu as vu les pilotes de tasses le faire dans Moto-Revue, la bible des fondus de tomos que tu lis avidement chaque samedi!
Te vouala sur le vibreur, maint'nant plonger au point de corde sans couper! C'est peu dire mais tu y mets du coeur et du zĂšle: ce virolo, tu le veux, il te le faut! Ton g'nou droit tutoie le goudron et la fourche fait ce qu'elle peut, c'est Ă dire pas grand chose et le reste suit Ă grand peine!
CayĂ©! T'es plein angle, ça le fait, un pilote est nĂ©! Oui mais non, c'est l'instant que choisit le lignĂ© avant Hutchinson pour te dire qu'au delĂ de cette limite ton ticket n'est plus valable. Tu perds illico presto l'avant et dans le demie seconde qui suit tu n'as que le temps de comprendre que tout le reste suit le mĂȘme chemin!
Tu glisses plein gauche vers l'exter du virage en néspérant trés fort qu'il n'y ait pas de bagnole qui arrive en face sinon... Ta bleue glisse de son cÎté, chacun sa vie, chacun son chemin, tu connais la chanson!
Ta glissade dure un peu puis tu finis ta course dans le fossĂ© d'en face. Quand tu te relĂšves, ton bras droit n'a pas l'air d'accord, ça te fait un mal de chien. Tu vas voir ta bleue et les dĂ©gĂąts qui vont tavec. Des rayures un peu partout, le pot est naze, ta selle mono itou, rien d'irrĂ©mĂ©diable. Tu regagnes la ville et l'hosto avec le bras "dans le sac", pas facile de tenir une mob avĂ© la main gauche! AprĂ©s la radio, on t'indique que ton bras n'est pas cassĂ© mais seulement un peu fĂȘlĂ©. comme toi te dira l'infirmiĂšre qui te pose un plĂątre pour la forme!
Evidemment, de retour chez mÚre-grand, c'est le sport qui t'a valu ce plùtre mais heureusement que ta mémé, elle ne s'est pas aperçue que tu ne fais pas de sport le sam'di aprés-midi!
Tu as eu chaud et ce p'tit incident de parcours te fait suspendre lĂ la carriĂšre de futur champion du "cyclo-qui-cause". Tu choisis l'option "route" et la dignitĂ© qui allait tavec! Au moins, quand un Malag, un Zundapp ou une Flandria te passait, tu pouvais garder la tĂȘte haute: routard tu Ă©tais!
Puisque tu avais viré de bord et ta cuti, il fallait aussi que tu te prouves que tu étais un routard pur de vrai, comme chez tes modÚles, les purs et durs à moto!
C'est ainsi qu'un sam'di, à midi, à la sortie du collÚge, tu allais cueillir le Moto-Revue tout frais tout chaud de chez le libraire quand tu es tombé sur...
3.LA DIAGONALE DU FOU
A l'Ă©poque du renouveau de la moto, vers les zannĂ©es 68-70 donc, Moto-Verrue Ă©tait la seule revue exclusivement moto et chaque numĂ©ro Ă©tait lu et relu et presque appris par coeur! Ce sam'di-lĂ est un jour faste tu y dĂ©couvres ce que les routards, les fadas du bitume, les fondus du macadam avaient inventĂ© pour prouver aux zautres et Ă eux-mĂȘmes qu'ils faisaient "de la route".
D'habitude, les routards se retrouvaient dans les concentres. Les zoficielles, dĂ»ment rĂ©pertoriĂ©es, celles d'hiver dont les fameux ElĂ©phants au NĂŒrbĂŒrgring, la premiĂšre semaine de Janvier, sous la neige et les frimas du massif de l'Eiffel, en ForĂȘt Noire et celles d'Ă©tĂ©, dont les Chamois Ă Val d'IsĂšre et bien sĂ»r quantitĂ©s d'autres, de la plus p'tite Ă la plus grande, de la plus sympa Ă la plus naze.
En réaction à celles de la fédé s'était créé un mouvement pirate qui s'auto-organisait et qui rassemblait de plus en plusse d'adeptes.
Les routards, eux, avaient d'autres projets: faire le plus de route possible en un temps imparti et le prouver aux zautres. C'est ainsi que dans l'imagination fertile de quelques-zun était née "La Diagonale du Fou".
Kessadire? Pas difficile, tu prends une carte Mich.. euh routiÚre de la doulce France, tu prends zaussi une rÚgle graduée, un crayon et tu traces sur ta routiÚre les diagonales qui vont bien: Dunkerque-Menton, Brest-Strasbourg et tutti quanti. C'était à celui qui avait la plus longue diagonale. Aprés yavaitpluka!
Pluka la faire, celle que tu avais choisie! En prenant les routes au plus prĂ©s et en t'arrĂȘtant dans les stations ou les postes pour faire tamponner ton nitinĂ©raire avec le lieu et l'heure de passage. Tu gagnais quoi? Bein, rien, juste le droit d'ĂȘtre connu et reconnu dans la petite famille des routards zinvĂ©tĂ©rĂ©s. Les motards les faisaient puis indiquaient leur score et la discute s'engageait.
Tu m'as compris: fou tu étais, diagonale tu ferais! Mais t'avais pas d'moto, juste une bleue, pas de compÚte mais de route. Il te fallait donc une diagonale à ton néchelle: simple! Tu ferais Avranches-Strasbourg, rien de moins mais rien de plusse! Restait à tout organiser, moment M, le jour J et surtout, surtout, comment faire passer à l'as une nabsence de plusieurs jours pendant les ouacances d'été!
Cogites, mec, cogites passqu'il faut que tu trouves la bonne soluce pour faire avaler "ça" à mémé! D'abord,bien bosser au collÚge, ram'ner un bull'tin d'enfer, avé des notes à deux chiffres et une moyenne le plus prés possib' de "20 à l'heure". C'était dans tes cordes, tu pouvais te rapprocher de cette vision paradisiaque pour une mémé qui savait écrire, lire et (bien) compter. Aprés, elle pourrait rien te refuser, sur le coup bienheureux de la surprise!
C'est bien de l'dire, fallait encore le faire! T'as pas eu 20-Ă -l'heure mais c'Ă©tait pas mal mĂȘme en ortograffe!
La bonne surprise passée, tu attaques à donf: "Mémé, j'ai mon copain Françis, qui m'a invité une semaine chez lui à Alençon, tu voudrais bien me laisser partir une petite semaine chez lui, je te téléphonerai tous les jours!"
Gros mensonge sauf que le Françis, il habitait bien Alençon et était d'accord pour un week-end. Tu prendrais le train et tout. Comme la gare était loin et que ta grand-mÚre ne pouvait quitter son rade, tu partirais seul:yopla boum, in ze pocket, my friend!
Quelques jours avant le départ, tu t'organises en (grand) secret: mémé est agée certes mais elle a encore l'oeil! Tu piques une fourchette et une cuillÚre et tu embarques ton nopinel. Ca te servira pour la bouffe on ze road! A 14 ans, on n'est pas encore gourmet mais déjà gourmand: tu connais déjà tes menus: sardines en bouate -pense donc à piquer aussi un nouvre-bouate -fromages, fruits et gùteaux divers et variés!
Tu marchandes chez Louison-le-Ventru, le quincailler (oui, celui-lĂ mĂȘme devant chez qui tu as doublĂ© ta premiĂšre "grise") 4 mĂštres de bĂąche en plastoc bleue qui te serviront de guitoune pour la nuit, tu y fais mettre des oeillets Ă chaque coin, une fois la bleue posĂ©e sur sa bĂ©quille pour la nuit, tu installeras la bĂąche aux deux zextrĂȘmitĂ©s pour le haut et deux piquets (des clous de charpente en fait) pour le bas et le "retour de bĂąche" pliĂ© en dessous pour faire tapis de sol. Evidemment, c'est ouvert cĂŽtĂ© tĂȘte et cĂŽtĂ© panards mais t'as pas de tente et pas d'sous pour en nach'ter.
Tu emmĂšnes un duvet qu'on te prĂȘte, un bout de savon et une serviette. Pour faire plusse vrai, tu partiras de chez "mĂ©mĂ©" avĂ© la valise. jusqu'au garage et elle t'attendra sagement lĂ jusqu'au retour du routard!
Tu as aussi pensĂ© (si) presqu'Ă tout: tu vas aller sur toutes sortes de route et tu risques de rencontrer les bleus, enfin les cognes, euh, la police quoi! Alors tu choisis de reconditionner la bleue en version bleue honnĂȘte; tu lui remets sa selle, son pot d'origine, son guidon, ses horribles pĂ©dales, de quoi passer total inaperçu avec une "street legal foul power".
Tu rĂ©cupĂšres le porte-bagages et les sacoches pour y mettre ton bordel et yapluka! Tu y mets zaussi la Michelin qui va bien, le plein de mĂ©lange et t'es fin prĂȘt pour la Diagonale du Fou!
Tu n'iras pas dans les stations ou les postes pour demander le cachet car vu ton age, tu pourrais avoir des questions auxquelles répondre serait difficile. Tu te feras ta diagonale du pÎvre, rien que pour toi, en négoiste.
Les deux derniers jours sont looongs, loooongs: tu pourrais presque les mesurer!
VoualĂ le D-Day, tu pars prendre le train, mĂ©mĂ© te donne les sous-sous pour le voyage et tu promets "petit salopard" d'ĂȘtre bien sage.
Au garage, tu planques ze valoche pour qu'on te la chourave pas et tu mets le ciré noir de Pierrot, les bottes de Patoche et tu "kickes" pour Alençon!
Y fait beau, on est en juillet, pas de trafic, Alençon c'est pas trop loin, mĂȘme en bleue de route, ya, quoi, 80 bornes. Prends ton temps, t'es parti pour Strasbourg!
Deux plombes plus tard, t'arrives chez Francis pour le déjeuner: tu téléphones chez MÚre-Grand, oui tu es bien narrivé, oui t'es content et oui y fait bÎ et les parents de Francis il veulent bien pour la s'maine et tout.
Bon tu passes la journée avec Francis et tu te couches tÎt le soir. Officiellement, tu rentres chez toi le lendemain: faudra pas que tu oublies de téléphoner à grand-mÚre et aux parents pour que tout l'monde soit rassuré!
Lend'main, y fait beau, au revoir Francis et ses parents et direction plein est! Tu mets gaz pour rejoindre Paris pas trop tard de façon Ă pouvoir passer ce truc oĂč tu n'es jamais zallĂ© en mob le mieux possib' sans te paumer grave et le passer avant la nuit noire!
Tu chouffes bien ta carte et tu arrives à Paris en milieu d'aprés-midi, t'as pas vu de keufs, la bleue roule nickel et toi tu trouves jouissif de te trimballer comm'ça sans zavoir à rentrer à la niche le soir!
Quand tu passes à St Cloud, tu longes la Seine, grands moments de sensations pour le p'tit provincial que tu es. Mais vite, faut te sortir de ce magma immobilier, tu sais que tu dois aller "tout droit" vers l'est alors tu roules au pif, ça dure, 'tain, c'est grand, la traversée de Paris en bleue, à 14 ans!
Beaucoup de feux rouges et verts plus tard, de sens interdits Ă contre sens, tu te retrouves de l'aut'cĂŽtĂ© de la grande-ville, tout content d'avoir rĂ©ussi ton coup, mĂȘme et surtout si tu ne sais pas du tout comment tu as fait!
Manque de bol, t'es un peu trop vers le sud-est, tu roules vers Troyes alors que tu devais prendre vers Chalons-en-Champagne; pas graaave, tu reprendras un peu vers la gauche demain, passque là tu es crevé, fatiguante à la longue, the bleue.
Tu achĂštes un peu Ă bouffer, tu vas Ă la poste, tu tĂ©lĂ©phones comme promis. Oui, bien narrivĂ©, oui content et tout. Tu sors du bled et tu cherches un bout de champ oĂč tu poses ta mob, tu mets la bĂąche, tu manges vite fait et dodo in ze duvet. Quatorze ans, c'est l'Ăąge oĂč tu n'as peur ni pour les zautres, ni pour toi. Pas un ninstant tu ne penses Ă un accident, Ă une maladie. Tu veux faire comme les grands, tu veux ĂȘtre grand et tu penses d'abord Ă toi avant de penser aux autres. Mais ta mĂšre est en vacances en SuĂšde et ton pĂšre Ă Paris depuis que tu as 6 ans, alors les zautres... Seule ta grand-mĂšre qui assure ton nĂ©ducation est prĂ©sente dans ta vie et tu te promets de faire moins le con "aprĂ©s".
Tu as, tu le sens, les zyeux nettement plus grands que ton nenvie de rouler: aujourd'hui tu as roulé toute la journée et quand tu regardes la carte, tu as la nette impression de n'avoir pas avancé!
Pourtant, ta bleue a fait tout ce qu'elle a pu! Elle t'a fait aller d'Alençon jusqu'à ton champ du soir, le tout aux zalentours de 45 à l'heure, pas si mal pour un p'tit moulbif d'à peine 50cc dont le piston n'est pas plus gros qu'une tasse à café! Il n'a pas déclaré forfait, t'a traßné tes zaffaires et toi sans faiblir, des zheures durant et pour finir, c'est toi qui t'es senti fatigué avant lui! Sur ces pensées, tu t'endors d'un coup!
Le lend'main matin, tu te rĂ©veilles Ă l'aube, tu as eu froid aux petons et Ă la tĂȘte! Normal, ta "tente" est ouverte aux quatre vents, heureusement qu'il n'a pas plu!
Tu repars avec un moral neuf et tu rejoins la route de ChĂąlons. Le paysage est plat et morne: tu as l'impression d'ĂȘtre arrĂ©tĂ©! Il faut que tu prennes un chocolat et que tu trouves du mĂ©lange. Tu arrives dans un village oĂč tu peux ach'ter un pain au chocolat et tu attends les 8 heures que le cafĂ© de la place ouvre. Tu mets ta mob plus loin, pour que des questions ne se posent pas. Tu te rĂ©chauffes avec le chocolat et tu ne t'attardes pas. Pareil Ă la station, le plein et tu es parti. Maintenant que tu es parti, faut te la faire, cette diagonale du fou! Elle porte bien son nom et fou tu dois l'ĂȘtre un peu pour te retrouver lĂ , tout seul, en bleue sur la route de Chalons!
Tu vas encore rouler ainsi toute la sainte journĂ©e jusqu'Ă ton champ du soir, rebelote, tĂ©lĂ©phone Ă MĂ©mĂ© et puis bouffe sur le pouce. Demain, si tout va bien, tu pourrais atteindre Strasbourg mais faudra que tu roules pareil, jusqu'au soir pour ça! Tu es fatiguĂ©, tu ne trouves plus ça amusant du tout. Si on te proposait de rentrer lĂ , tout de suite, ben, tu le ferais. T'es pas un peu trop jeune pour ce genre de choses? Vivement que tu viellisses un peu, que tu aies le droit d'avoir une moto, une vraie et alors tu les feras, les diagonales! La bĂąche est montĂ©e, le duvet prĂȘt, yapluka dormir!
Dernier jour pour arriver à Strasbourg, c'est à la soirante que tu arrives à destination, presque à la nuit tombée, heureusement début juillet on y voit bien jusqu'à pas d'heure pasque le p'tit phare de la bleue, c'est juste pour dire qu'il est là , surtout quand tu coupes, le volant magnétique suit et l'éclairage passe de faiblard à quasi nul. Tu camperas dans un nouveau champ inconnu, pas de camping officiel, pas de question à entendre et de réponses vaseuses à entreprendre.
Tu ne resteras pas Ă Strasbourg: pas le temps, tu as bouffĂ©, tout ton temps de l'aller et quand tu penses au retour le dĂ©couragement te prend aux tripes! DĂ©s le lend'main Ă l'aube, tu mets la meule dans l'aut'sens et tu repars sans conviction par oĂč tu es v'nu! Le plaisir de rouler t'a quittĂ© comme il Ă©tait arrivĂ©, tu ne changes mĂȘme pas de route de peur de faire des kilomĂštres en trop!
Tu fais à nouveau escale dans un champ de fortune et tu angoisses à la pensée que tu as laissé passer l'heure et que tu n'as pas téléphoné ce soir-là ! Tant pis, c'est fait, les portables n'existent pas, tu te précipiteras dans une poste dés que tu en trouveras une d'ouverte au matin.
Les nuits sont froides sous la bùche et tu te pelotonnes dans ton mince duvet avec ton pull sur le dos et le blouson en ciré par dessus le duvet!
Le lend'main, il faut que tu retraverses Paris sur Seine dans l'aut' sens et que tu ailles jusqu'Ă Alençon pour rester une nuit chez Francis; ça va ĂȘt' dur, tu l'sais mais tu l'as voulue, ta diagonale du fou et tu te rends compte que t'as voulu jouer dans la cour des grands sans faire le poids ni la taille. Il faut dormir maint'nant.
Le jour se lÚve à peine que le zombie de 14 ans plie la bùche encore toute humide de la rosée de la nuit. Direction Paris que tu traverses vers les midi mais on est en juillet et la circulation ne pose pas trop de blÚmes et tu arrives tant bien que mal à retrouver ta direction! Tu téléphones et tu te fais zengueuler par MÚre-Grand pour ne pas l'avoir fait hier au soir! Tu prétextes une soirée passée dehors qui passe tant bien que mal! Attention garçon, tu n'as plus l'droit à une autre erreur d'appréciation!
Te v'là sorti de Paname et de sa banlieue et tu files droit vers Alençon comme la beille vers son pot de miel! Tu écoutes le berlingot que tu pousses à fond pour ne pas arriver trop tard et tu pointes peu avant 20 heures à la maison de Francis dont les parents appelés chez un membre de la famille ne rentreront que le lend'main. Tu peux donc bigophoner à te mamie pour lui annoncer " fiÚrement" que tu rentres le lendemain par le "train de 18 heures"! Ca te laisse l'temps de feignasser au plume et de dire au revoir à Francis (qui fait comme si) et à ses parents.
Tu en profites pour ach'ter des cartes postales et les zenvoyer et des chocolats pour ta grand-mÚre: ils sont estampillés d'Alençon, ça devrait te sauver la mise! Francis te rencarde vite fait sur les particularités de la ville, le nom de sa cathédrale bref, il faut que tu saches dire trois mots sur cette ville sinon tu vas faire naßtre le doute!
Te voilĂ reparti vers l'ouest, tu es un peu fatiguĂ© et surtout tu te d'mandes si tu n'as pas commis d'erreur,ce qui te mettrait "au trou" pour perpĂštes et peut-ĂȘtre plusse! La selle en vrai plastique de chez nous te donne mal au derche Ă force de passer des zheures dessus et tu passes des kilomĂštres Ă rouler "debout" sur les pĂ©dales: Ă quatorze ans, le ridicule ne tue pas!
V'là Domfront et son donjon, on s'approche,encore un neffort et tu arrives, enfin,au garage. Tu te défringues, tu remets les trucs de ta valise que tu froisses avant et quand c'est l'heure "du train", tu reviens de la gare. Ta grand-mÚre t'accueille gentiment, bisous, chocolats, oui c'était "bien".
T'es un peu ecoeurĂ© de la route, tu fais pas de bleue pendant 15 jours, t'es en cure de dĂ©sintoxication: tu songes mĂȘme Ă raccrocher, en nattendant de grandir pour acheter une vraie moto,avĂ© des vitesses, une vraie selle et un moteur en dessous qui te ferait aller bien plusse vite qu'une mob, fĂ»t-elle bleue!
Tu traverses une crise de croissance, quoi! C'est à c'moment là que le Patoche, il se rappelle à ton bon souv'nir! Heureusement que t'es à jour de ton remboursement passqu'il vient te montrer ce qu'il a juste ach'té!
4.LA COUR DES GRANDS... OU PRESQUE!
Ce qu'il a ach'tĂ©? Tu devin'ras jamais! Une Honda! Oui, certes, diras-tu, le nonoeil blazĂ© mais laquelle? Ben, c'est une que sĂ»r tu connaĂźs pas: un SS 90! Une tasse, une vraie, avec une plaque, des numĂ©ros dessus, un compteur et compte-tours intĂ©grĂ©, une boite cinq, des clignotants qui clignotent, une selle biplace, une vraie petite moto avec un moteur quat'temps, un arbre Ă cames en tĂȘte et un cylindre presque horizontal: une merveille! Tu n'en as jamais vu d'autres depuis et pourtant t'en as vu des motos. Mais ce modĂšle-lĂ , de ces zannĂ©es-lĂ , jamais! A combien d'exemplaires elle a Ă©tĂ© vendue en France tu ne sais pas mais, tu vois, on naurait dĂ» la garder, ce serait maint'nant un collector qui vaudrait une fortune!
Patoche en est tombé raide amoureux et toi avec! Ni l'un ni l'autre n'a le permis (une licence) pour le conduire mais rien que de le voir, l'admirer, on est déjà content!
Evidemment, aprés un truc comme ça, le Flandria de Jojo est aux zoubliettes et ta bleue te paraßt...bleue, tu vois le blÚme. Le SS90 , c'est la blonde trop bien de partout, celle que tous les garçons regardent, celle qui, celle que, celle dont toutes les zautres filles sont instantanément jalouses!
Objectif n°1: apprendre Ă le conduire! On passe des journĂ©es Ă jouer avec dans la cour d'un pote oĂč on peut passer la deux voire la trois sans sortir de chez lui. Patoche obtient facile de ses parents le droit de passer sa licence mais toi, niet! Pas graave, tu attendras! Patoche obtient sa licence et nous v'lĂ partis sur les routes du monde, euh, de France, euh, de la rĂ©gion pour commencer!
Ce p'tit moulin turbine de la mort, il monte jusqu'Ă 10 000 tours comme qui rigole, nous zemmĂšne Patoche et toi, vers presque 100 Ă l'heure! C'est l'euphorie dans la bande, on double les bleues, les grises, les zoranges, les 50 Ă plaques et vitesses, mĂȘme en duo!
On fait nos premiÚres zarmes de motards dans la folie de nos 16 ans tout juste disponibles! Une fois, on croise deux Suzuk T 20 et une Triumph Trident qui se tirent une bourre à la Joe Bar Team et devine quoi? Les gus trouvent le temps de nous faire le signe motard, main levée! On est tellement sidérés qu'on leur répond trop tard: on est des motards!
Patoche se servira de son SS90 pour aller et venir de son napprentissage chaque fin de s'maine et tu retrouves ta bleue, qui n'avance pas ou plus passque tu as connu aut'chose et lĂ , la pauv'bleue ne fait plus du tout le poids!
La larme à l'oeil, tu décides de la revendre et de garder l'artiche pour passer le permis moto, le vrai, le A.
Reste à convaincre mÚre-grand qui, pour le coup, demandera à ta mÚre qui, pour le coup, demandera à son mari, alias ton beau-pÚre farouchement poujadiste et anti-moto invertébré!
Te reste un nargument de poids, tes bons rĂ©sultats scolaires! Va te falloir recommencer Ă ĂȘtre un bon nĂ©lĂšve, Ă Ă©couter en classe, faire ce que le prof dit et veut, engranger les bonnes notes et les bons bull'tins sinon t'es mort! Tu revends donc ta bleue Ă nonyme, tu rĂ©silies l'assurance, ni vu ni pris, retour Ă la case dĂ©part, l'expĂšrience en plusse!
Chaque ouikend, Patoche "descend" sauf l'hiver. Un jour de printemps, il t'emmĂšne voir l'ancien proprio du 90. C'est un fils de bourge. Oui, dans la ville oĂč tu crĂšches, y a aussi des bourges, qui font des zenfants et qui payent Ă leurs zenfants des jouets Ă moteur pour que les fils de bourges s'ennuient pas le samedi aprĂ©s-midi et le dimanche aprĂ©s la messe. Ce fils de bourges lĂ est trĂ©s bourge: façon nouvelle vague provinciale, blouson en daim et lunettes d'Ă©cailles, siouplaĂźt.
Ce salopard a revendu son 90 pour se faire acheter une Yamaha YAS1, une pure merveille de 2 temps de l'époque! Aussi bien finie que le Honda, c'est un twin hyper vitaminé, tu tournes la poignée et les tours s'envolent dans un bruit de turbine inconnu de nos zoreilles! Il t'emmÚne faire un bon tour et tu découvres avec ravissement ce que les nippons, petits bonszhommes en gants blancs et sourires crispés, savent faire de mieux: un bijou de technologie qui cause! Le 90 ne peut pas suivre, c'est sûr! En plusse, c'est un piÚge à filles colossal et ce salopard de bourge s'en sert surtout pour ça!
Un de ses zamis, bourge lui aussi, a un nautre modĂšle: un 125 Suzuki "Flying Leopard": on dirait un cyclo qu'a voulu grandir trop vite sans le demander Ă ses parents! Un twin deux temps aussi, presque horizontal, bien poussĂ© avec un bruit plus rauque que le Yam et qui pousse autant mais qui est encore plus pointu! A donf, sinon t'as rien! Ya des jours oĂč tu s'rais bien dev'nu fils de bourges! Dans une nautre vie, peut-ĂȘtre!
Aprés des séances comme ça, tu tournes piqué grave à la meule: t'en veux une sinon tu la voles! Pour ne pas tomber dans l'addiction, tu bosses comme un damné à l'école pour pouvoir obtenir le droit de passer ton permis moto. A la fin de l'année scolaire, le bilan est bon, voire plusse! Bon,ben, c'est maint'nant que ça se joue, guichets fermés! Ca a été long et laborieux mais la récompense est là : tu vas ce jour t'inscrire à l'auto-école pour passer.
5.TON PERMIS MOTO!
En 71, tu as tes 16 ans révolus(tionnés), la tomo commence à envahir la France et des tas de jeunes types comme tézig foncent dans le tas pour décrocher leur permis de rouler avec deux roues et un gros moulbif entre. Comme d'hab, dans ce bÎ pays qu'est le nÎtre, l'administration ou les services n'ont rien vu poindre de la demande et ton moniteur te montre fiÚrement la "moto" sur laquelle tu es censé apprendre "l'art et la maniÚre".
Cette moto-lĂ est kaki, ce qui est normal pour une moto militaire! C'est, te dit-il un GnĂŽme et RhĂŽne qu'il a rachetĂ© aux domaines: Ce qu'il oublie de te dire c'est que la belle doit friser les quarante balais. Tu lui dis que depuis "ça",la moto a Ă©voluĂ© et que tu Ă©spĂ©rais apprendre sur une moto moderne! LĂ , tu le froisses et le m'sieur s'Ă©nerve: c'est celle-lĂ ou rien! Bon, elle dĂ©marre mal, pas Ă©tonnant qu'on l'ait perdue, la deuxiĂšme dĂšrniĂšre si on avait du matos comme ça! A comparer aux BM des "schleus", y avait pas photo! On aurait dĂ» rien dĂ©clarer, comme Ă la douane! Quand tu penses que les bidasses chantaient "A Berlin!", il aurait d'abord fallu les dĂ©marrer, les motos! A la place, ce sont les BM qui sont venues jusqu'Ă Paris et mĂȘme ailleurs!
Il t'apprendra donc les rudiments, que tu connaissais déjà , pour les zavoir appris sur un SS90 bien plus moderne et facile. Deux ou trois leçons plus tard, tu te retrouves devant l'inspecteur qui te demande de passer trois vitesses, de faire demi-tour, un huit en levant la main droite ou gauche (mais sans dire "je l'jure") et mettre l'antiquité sur sa béquille "centrale" alors qu'elle n'en avait point! Le code passé, il te tend un paier rose et tu remercies.
Te v'l capab' de piloter une 750 Honda qui est apparue à nos zyeux ébahis deux ans auparavant. En fait, tu ne sais pas conduire en ville, tu n'as pas l'habitude de cette moto-là et l'embrayage comme le frein demandent une pogne de bûcheron canadien. Quand tu rentres au bercail, le papier rose en poche, tu mets gaz; devant toi, y a le moniteur dans une voiture-école avec un napprenti caisseux qui prend peur à un carrefour et pile! Tu arrives derriÚre un peu trop vite, le frein est trop dur et ne freine pas et tu lui rentres dans le fion!
Bilan des courses: la fourche ne fourchera plus! Le moniteur achĂštera enfin une moto moderne, c'est sur celle-lĂ que Patoche passera le sien deux mois plus tard!
Vous voici tous deux avec le A en poche et déjà les yeux de Patoche se tournent vers...
6.BLACK LADY...
Les 125 japonaises modernes n'ont pas zencore envahi le paysage moto provincial; elles sont bien trop chĂšres pour nous et les autres cylindrĂ©es 250, 350 sont du domaine du rĂȘve Ă©vĂ©illĂ©. Alors, que nous reste-t-il?
Les zoccase pardi! Pas de 125 d'occases chez nous, elles ne sont que trés peu répandues et coûtent un noeil! Aucune moyenne cylindrée à l'horizon, d'ailleurs il n'ya pas encore de concession-motos à Avranches-city. Il y a par contre, un concessionnaire "Motocabane" qui vend des bleues, des grises et quelques zoranges Son prénom c'est Totor,enfin euh, Victor et il a une nexcellente formation de mécano moto à l'ancienne! Il a été formé sur les zanglaises d'avant et quand on ramÚne not'fraise et qu'on lui d'mande une vielle anglaise, Totor répond présent!
Il va se tourner vers les enchĂšres oĂč il va trouver des lots de vieilles zanglaises (noon, pas les dames avec les blondes aux lĂšvres), des pĂ©toires qui n'en peuvent plus et les reconditionner avant de nous les refourguer; c'est ainsi qu'est nĂ©e la "britiche connection d'Avranches-city". La nouvelle se rĂ©pand comme une traĂźnĂ©e de poudre dans toute la sous-rĂ©gion et tous les malades de la bĂ©cane-sans-le-sou foncent vers le rade de Victor!
Le Victor travaille dur et fort, il refait les moulins qui sont quasi HS, les motos ont de la bouteille! Elles zont 10 voire 15 ans de service dans la police, les douanes ou les zadministrations alors. Elles sont démodées grave, selle mono en cuir, petit porte-bagages administratif, sacoches en cuir noir avec écusson de la gendarme-rit siouplaßt. Il les " modernise" en mettant une selle biplace et vire tout ce qui ne plaßt pas aux djeuns que nous sommes à l'époque; le prix est infÚrieur à celui d'une 125 nippone raide de neuve.
Patoche bave deavant, toi aussi. Y a une BSA 500, A50 ex-douanes qui nous fait de l'oeil! Elle est grosse, noire, administrative mais souriante. Patoche compte ses sous, toi aussi. Patoche en a la moitiĂ©, toi aussi. Patoche te regarde et tu regardes Patoche... Noon, vous nallez pas vous zembrasser! Vous zallez conclure le mĂȘme contrat que pour la bleue!
Oui, chacun sa part, lui la semaine et l'assurance et toi le ouikend avec ou sans lui. Evidemment ta mÚre-grand et tes parents ne savent rien du contrat scellé par une biÚre (ou deux) au bar du coin qui deviendra sous peu le rade de rencart du club des fondus de la bécane.
Cette 500 BSA (pour Birmingham Small Arms) nous fait entrer direct dans le vrai petit monde de la tomo: on fait enfin partie du club! Bon, faut pas qu'une 350 Honda, Yamaha ou Suzuki se pointe parce que notre grosse 500 ne supporte pas la comparaison; la moto est défraßchie, elle est hors d'ùge, pas de cligno, une finition des zannées 50, un compteur intégré au capotage de phare, un frein avant pour freiner deux, trois fois. Un frein arriÚre inexistant, un éclairage en 6 volts,ça sent les fifties à plein nez anglais!
Le bruit est bÎ, envoutant. Le souffle des twins brittons des années 50-60 est prenant: y a du couple et assez de puissance pour nous zimpressionner quand les nippones ne sont pas là !
Non, le problÚme, c'est la fiabilité. On va découvrir vite que la BSA nous fait souvent faux bond pour des problÚmes électriques à répétition et on est jamais sûr de partir, ou de rentrer de week end.
Elle est comme ça, Black Lady. Si elle consent Ă dĂ©marrer, ça roule! Si elle veut pas, tu peux toujours t'escrimer sur le kick macache bono! Elle te file de ses vieux retours de kick qu'on la dĂ©marre avec circonspection! Parfois elle s'arrĂȘte sur la route, plus de contact, faut bidouiller pour repartir, Ă l'ancienne quoi. On part toujours avec les clĂ©s, un bout de fil, du scotch Ă©lectrique.
C'est comme ça pour nous et c'est comme ça pour les zautres aussi!
Le groupe compte une petite dizaine dâanglaises, des 500 mono, trois 650 A 10, deux A50 et deux Royal Enfield; on est devânu anglophiles par manque de moyens financiers. Quand on part le samedi ou le dimanche, y en a toujours un ou deux qui tombent en rade, jamais les mĂȘmes mais on fait pas une sortie sans mĂ©caniquer sur le bord de la route. On devient des spĂ©cialistes du bord de route! On nĂ©vite de rentrer tard ou la nuit passque lĂ , misĂšre! Les phares en 6 volts nâĂ©clairent que les garde-boues avant et câest lâenfer!
Souvent les diodes Zener nous lĂąche le jour oĂč il faut pas, le seul week-end de soleil du mois. Bref, oui, on fait de la moto, parfois, de la mĂ©canique souvent et de la balade, rarement!
Mais lâambiance est bonne, câest le renouveau de la moto mais quand on voit dâautres motards et dâautres motos, ce sont les japonaises qui remportent tous les suffrages. On fait dĂ©jĂ dans le dĂ©calĂ© avec nos vieilles machines, des collectors dĂ©jĂ !
Les gars de la clique (non, pas de filles, sorry) aiment malgrĂ© tout leur anglaise: ils la bichonnent, la nettoient et la modernisent quand ils zont un peudâ fric de cĂŽtĂ©: on fait chromer les deux garde-boues et le capotage de phare: classe! on fait repeindre le rĂ©servoir et les caches latĂ©raux en tĂŽle en vert anglais: great! Nan, ce qui va pas sur ces tomos, câest tout le circuit Ă©lectrique. Le moteur a Ă©tĂ© refait ou Ă peu prĂšs mais le circuit date de...
MalgrĂ© tout Patoche et toi vous dĂ©cidez de partir en vacances en Bretagne. Certes mais tes parents? Aussi Ă©tonnant que cela puisse te paraĂźtre ils tâaccordent la permission pour une semaine; tâes sur le cul, pourvu quâça dure! On nous prĂȘte une tente qui pĂšse un Ăąne mort, deux duvets en piteux Ă©tat et une vielle gamelle. On part un beau jour de juillet, on a eu un peu de mal Ă tout caser. On a dâla chance, Black Lady tourne bien; on arrive Ă Paimpol et on se fait BrĂ©hat et la cĂŽte de granit rose avant quâelle ne devienne noire!
Y fait bĂŽ et Black Lady ne fait aucun caprice de lady anglaise sur le retour. Manque de bol, on est quand mĂȘme en Bretagne, hein, donc le lendâmain aisni que tous les lendâmains de la semaine, donc 6 au total, ben, yaisse, y flotte!
Vous connaissez la pluie bretonne? Non? Vous devriez essayer, câest une expĂ©rience Ă faire, une fois au moins, dans votre vie de motard!
On sait quand elle commence. Mais on sait jamais quand elle finit! Coluche, grand motard devant la Bretagne lâavait bien compris: "En Bretagne, il ne pleut que deux fois par an: deux fois six mois". Et le perfide ajoutait "entre les deux, y a dix minutes de brouillard"! Il avait tort et raison! Ces six jours-lĂ , le Coluche, il avait raison! On sâest fait tremper grave: la tente, les duvets, les fringues...
Et Black Lady nâĂ©tait pas bretonne mais grande-bretonne: une fois elle dĂ©marre une fois non. Une fois elle sâarrĂȘte en route, une fois non. Tu faisais des rĂȘves de motos jaunes, aux zyeux bridĂ©s qui dĂ©marraient au quart de poil, qui tâemmenaient ET te ramenaient au bercail, la banane aux lĂšvres. On est finalement rentrĂ©s un peu dĂ©pitĂ©s de notre bretonne expĂ©rience et tu as mis un certain temps avant dâaccepter mentalement de reprendre la route vers lâouest du pecos!
Entretemps, les gars du coin sâĂ©taient rassemblĂ©s et avaient formĂ©s un mot-club, pirate, of course et notre point de ralliement Ă©tait un rade en centre ville oĂč on navait l'habitude dâaller Ă©cluser (oui, dĂ©jĂ ) moult pressions et de discuter motos jusquâĂ pas dâheure le vendredi soir. On garait les zanglaises juste devant pour voir les kromes briller au soleil ou sous la pluie normande!
Les banquettes de moleskine rouge nous voyaient souvent nous zattabler autour dâun cafĂ© les jours de dĂšche ou dâune mousse les jours fastes.
On discutait de la prochaine sortie, des soucis mécaniques des uns, du coût de telle ou telle amélioration sur nos motos. Un soir, Ago lance... Mais attends, tu connais pas Ago?
7. AGO
Si, souviens-toi, Giacomo Agostini, le champion italien sur sa MV Agusta? CayĂ©, tu le remets? Lâidole des foules motardes de cette Ă©poque! Et puis beau gosse avec ça!
Ben, Ago, il vivait Ă Avranches! Si, jurĂ©! LâĂ©tait pas italien, Ago, il Ă©tait... ben, on savait pas. Ce quâon savait, nous, câest que son nom, câĂ©tait Ago; câĂ©tait tĂ©crit sur son zonblou de cuir noir. Le zonblou dâAgo nâavait pas dâĂąge et Ago non plus! Il avait toujours Ă©tĂ© lĂ , avec une tignasse longue comme un jour sans moto et bien crade. Ago ne travaillait pas, ne causait pas, ne draguait pas, il sirotait sa mousse lâoeil glauque, assis toujours Ă la mĂȘme place! Tu pouvais vânir Ă nâimporte quelle heure, Ago Ă©tait lĂ , il faisait lâouverture ET la fermeture!
Ago nâavait pas dâmoto! Ago nâavait pas dâpermis non plus! Et pourtant Ago Ă©tait montĂ© sur toutes les bĂ©canes des gars du coin! Ago Ă©tait passager professionnel! Ago nâavait pas peur: il montait avec nâimporte qui, nâimporte quand et nâimporte oĂč! Ago a maintes et maintes fois risquĂ© sa vie pour rien, un virage mal nĂ©gociĂ©, une manoeuvre trĂšs risquĂ©e, Ago acceptait tout et ne se plaignait jamais; professionnel jusquâau bout des zongles, noirs de cambouis et de graisse, of course!
Ago ne causait pas ou peu: il Ă©coutait, lâoeil perdu. Pourtant la moquette nâĂ©tait pas zencore Ă la mode!
Quand venait le moment de partir en balade, Ago sortait avec nous, le Cromwell Ă la main et attendait que lâun dâentre nous lui fasse signe! Jamais Ago nâest restĂ© au bord du trottoir!
Ago faisait partie des meubles, euh du club; si tu venais au club, tu voyais Ago, il te voyait, te disait bonjour mais tu ne le connaissais pas. Tu ne savais rien de sa vie en dehors du club. Avait-il des parents, des zamis? Hormis son zonblou hors dâĂąge, son Cromwell aux couleurs dâAgo (le vrai) usĂ© par le temps, son jean crasseux et ses bottes rĂąpĂ©es-foutues, on savait rien de lui! Un jour, Ago est pas vânu! CâĂ©tait bien la premiĂšre fois pour tout lâmonde (euh, la toute petite dizaine quâon Ă©tait, en fait) quâon buvait la mousse sans Ago! On sâest dit quâil Ă©tait peut-ĂȘtre malade et câest lĂ quâon sâest aperçu quâon savait mĂȘme pas oĂč il crĂ©chait, lâAgo-de-chez-nous!
Le lendâmain non plus! LĂ , on sâest dit que câĂ©tait grave et alors quâon discutait pour essayer de savoir comment faire, le barman nous a tendu une petite lettre , entourĂ©e de noir. On sâest regardĂ©s les uns les autres et lâun de nous a ouvert lâenveloppe. Une Ă©criture maladroite, la mĂšre dâAgo nous avait Ă©crit! Ago avait donc une mĂšre? Son François Ă©tait mort, dâune tumeur au cerveau, deux jours auparavant.
Câest ainsi quâon a su son prĂ©nom, quâil avait des parents et quâil pouvait aussi ĂȘtre malade. Sa tumeur au cerveau Ă©tait sa compagne depuis trop longtemps; un jour, il partirait, il le savait mais ne le disait pas. Jamais il nâen parlait. Seuls ses parents et lui savaient. On a appris ça quand on est rentrĂ©s du cimetiĂšre oĂč on lâa tous accompagnĂ©.
Sa mĂšre nous a invitĂ©s Ă la maison pour voir sa chambre. Elle Ă©tait tapissĂ©e de posters dâAgostini, le vrai. Son idole, son maĂźtre Ă piloter. Si notre Ago-François nâavait pas de permis, câest quâil nâavait pas le droit de le passer, vu son problĂšme au cerveau. Tout cela, Ago-François ne nous lâa jamais dit! Il avait laissĂ© une petite lettre pour nous, quelques mots: "Salut les potes, je vous aimais".
On est retournĂ©s au bar du club ce soir-lĂ et personne nâa bu de cafĂ© ou de mousse; le barman nous a rien demandĂ©, certains avaient bien du mal Ă empĂȘcher lâeau de sortir des zyeux.
Pour ne pas ĂȘtre trop tristes, on a commencĂ© Ă parler dâAgo comme sâil allait pas tarder Ă arriver et on sâest tous souvenu dâun Ă©vĂšnement qui avait eu lieu quelques mois avant son "dĂ©part". Car, oui...
8.AGO BALANCE TOUT!
Un soir, Ago a parlé! Si, alors on a tous ésgourdé pour le coup! Il a dit "Et si on allait boire un caoua à la Bastoche"?
Sa phrase, prononcĂ©e dans le plus grand silence, nous est tombĂ©e dâssus, comme lâaigle sur sa proie! On est restĂ©s cons: La Bastoche , le symbole du renouveau motard des annĂ©es 70, si on y allait aussi, nous zautâ, de notre lointaine province?
Y en a un quâa dit: "OK, câest parti"! On sâest tous levĂ©s, il Ă©tait 5 plombes de lâaprĂšs-midi, un aprĂšs-midi dâoctobre. On a mis les casques, on a kickĂ© les motos ont dĂ©marrĂ©! Et on sâest cassĂ© direction La Bastoche! A cette Ă©poque, point dâautoroute pour rejoindre Paris; de toute façon, nos zanglaises nâauraient pas aimĂ©: y aurait eu de la bielle ou du vilbrequin sur le goudron! On est parti plein est: la route que tu avais prise en mob pour ta diagonale du fou! Tout en roulant, tu en avais les larmes aux zyeux! La route Ă©tait alors une modeste dĂ©partementale et les caisseux, Ă©tonnĂ©s de voir dĂ©bouler un groupe de six motos, se tenaient bien frileusement Ă droite! On filait bien droit sur la route, en file indienne et on doublait tout ce qui bougeait! DĂ©jĂ le soir tombait et on savait quâavec nos "6-volts" ce serait galĂšre pour arriver lĂ -bas et plusse encore pour revenir mais câĂ©tait la fiĂšvre de la Bastille et on sâen foutait grave! On sâest arrĂȘtĂ© pour "faire" de lâessence et prendre un cafĂ© car le fond de lâair se faisait frisquet. A nouveau, les six anglaises ont bien voulu dĂ©marrer toutes ensembles et direction Paris sur Seine!
Bien que motard depuis toujours, aucun dâentre nous nâĂ©tait zallĂ© Ă la Bastille pour tourner sur la place comme les parisiens ou les banlieusards de lâĂ©poque. Personne non plus ne savait exactement comment sây rendre mais on se disait quâon demandârait Ă unâŠmotard de nous recarder sur le chemin!
Ce qui fut fait et les six provinciaux ont suivi sagement le parigot (tĂȘte de moto) qui nous za guidĂ© gentiment jusquâĂ la Mecque, euh, la Bastoche.
Six zanglaises qui dĂ©boulent sur la Bastoche sur le coup de 22 heures, avec toutes les lumiĂšres de la ville et les phares des motos qui dansent autour de la place, câest un dĂ©lire quâon prend en pleine tronche et on est tous trop heureux dây ĂȘtre! On fait trois pâtits tours pour montrer quâon vient de loin et le groupe se pose auprĂšs dâun troquet dont le trottoir regorge de motos et de motards (le soir). Câest plein de japonaise et nos zanglaises, bien que plutĂŽt dĂ©calĂ©es, sont regardĂ©es avec admiration: on se prend un vieux coup de frime qui fait plaisir dans la tronche! Ce sera cafĂ© pour tout lâmonde, Ă©videmment Ago est lĂ , bĂ©at qui nous dira quâil Ă©tait bien content dâĂȘtre lĂ ! Cette phrase nous reviendra Ă lâesprit "aprĂšs" et on comprendra alors ce quâil essayait de nous dire.
Encore des tours et des tours, on sâenivre de couleurs, de bruits et de lumiĂšres puis, un geste de la main, il faut bien rentrer!
A la sortie de la grand-ville, lâobscuritĂ© nous happe et chacun suit le petit lumignon du feu rouge de celui qui le prĂ©cĂšde. On changera souvent de position pour ĂȘtre Ă tour de rĂŽle en premier pour ne pas se tuer les zyeux Ă force de chercher la route dans le faible pinceau du 6-volts! Retour Ă Avranches Ă pas dâheure, le regard dĂ©truit mais la banane sous le casque pour tous!
9. TOUT A UNE FIN.
Tout a une fin, câest le dictonâŠPour Ago, la fin du film tu la connais dĂ©jĂ . Pour le club, il vieillira vite et mal, les uns partiront dâun cĂŽtĂ©, les zautres du leur; la petite clique se dĂ©litera dans lâĂąge adulte, le boulot et les traites de fin de mois. Patoche se prend une bonne pelle avec Black Lady et sa copine lui fait promettre de raccrocher et il vend la moto sans que tu puisses lui racheter ses parts. Tu rĂ©cupĂšres que les sacoches que tu garderas au moins 20 ans sur tes motos suivantes, Black Lady nâa pas du tout aimĂ© ĂȘtre ainsi bousculĂ©e et en chutant elle a pris feu et Patoche l'a revendue en Ă©pave. Et puis, les japonaises sont arrivĂ©es en province profonde.
Et lĂ , c'est une nautre histoire...
FIN
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.