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Michel_95
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Message par Michel_95 »

Suite ? la belle histoire de Jean-marie qui nous a fait r?ver, j'ouvre cette discussion d?di?e aux r?cits de vos plus beaux voyages.

Si vous vous sentez une ?me d'?crivain, alors let's go.
Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Michel_95
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Re: Carnet de voyage.

Message par Michel_95 »

?pop?e Br?silienne. Une histoire de Jean-marie ?crite et narr?e par lui m?me.



Pour r?colter le latex, il fallait parcourir des kilom?tres de jungle plut?t inhospitali?re, vulcaniser le latex au feu, en faire de grosses boules que l'on faisait flotter sur l'Amazone et qui descendaient jusqu'? Manaus, une petite ville au c?ur de l'Amazonie.

Les seringueiros qui ?taient des pauvres h?res allaient saigner les h?v?as dans la jungle pour le compte d'exploitants plus ais?s qui vivaient ? Manaus.
Le Br?sil vit alors en situation de monopole mondial: lui seul produit ce bien que tout le monde lui ach?te: le latex, le caoutchouc naturel; les affaires marchent, les br?siliens s'enrichissent, des fortunes se fabriquent jusqu'? l'extravagance: les riches r?coltants envoient leurs enfants faire leurs ?tudes ? Londres puisque Dunlop ach?te tant et tant de latex; certains envoient m?me leur linge ? laver et repasser ? Londres!
On fait construire un op?ra qui existe toujours, c'est une merveille:la coupole, faite d'une seule pi?ce est peinte ? Paris et emmen?e par bateau jusqu'? Manaus;
On fait des f?tes immenses.

Les anglais qui ont de plus en plus besoin de caoutchouc pour leurs pneus, veulent le beurre et l'argent du beurre: ils ne veulent plus payer si cher le latex br?silien...Oui, certes mais comment faire ?

L'h?v?a est "malin" : il ne pousse qu'au Br?sil et ? l'?tat sauvage,qui plus est! Les anglais cherchent un moyen de contourner le monopole br?silien... Et ils vont le trouver!
Ils lancent secr?tement des centaines d'exp?dition en for?t amazonienne avec pour objectif de r?colter le plus de graines d'h?v?a possible, et cela sans ?tre vus des seringueiros qui, eux aussi, sillonnent la "foresta amazonica"!

Ils finissent par r?colter 70 000graines d'h?v?a brasiliensis,.

Oui,mais comment les exporter sans se faire voir des br?siliens?

Les anglais aussi sont malins, et de plus, ils manquent totalement de scrupules et de principes..comme tous les pays riches de l'?poque et de maintenant.

Ils profitent de l'exposition coloniale qui se tient ? Londres en 1899 pour tromper les br?siliens. Pour repr?senter le br?sil ils proposent aux br?siliens d'envoyer aux frais de sa gracieuse majest? un alligator empaill? pour montrer aux foules anglaises ce qu'est un"jacar?" l'alligator local. Ils capturent un alligator bien costaud et l'empaillent..L'empaillent, pensez-vous?

Ils ne l'empaillent pas, non. Ils le remplissent des 70 000 graines vol?es sur le territoire br?silien. Une fois arriv?e sur le sol anglais, l'animal est d?lest? de sa pr?cieuse cargaison et empaill? pour de bon.


Les graines sont envoy?es dans les colonies anglaises qui ont le m?me climat, la m?me hygrom?trie que le Br?sil et les h?v?as poussent, prosp?rent et produisent du latex aux mains des anglais, of course.

Quand les br?siliens seront mis au courant du subterfuge, il sera bien trop tard; l'ambassadeur du Br?sil ? Londres se jettera du haut de la tour de Kew Gardens, le plus grand jardin d'acclimatation de l'?poque, pour protester de l'attitude anglaise, rien n'y fait, sa majest? la Reine pr?sente ce jour, se contentera de ne pas emprunter le chemin devenu trop ..sanglant.

Le cours du latex s'effondre: le br?sil est ruin? mais les grands ?tats d'Europe vont bien, eux, merci.

Manaus do Brasil... Vous connaissez tous la page de garde des albums d'Ast?rix le gaulois.. Eh bien, Manaus, c'est ??! OUI, une ville entour?e aux trois quart par la for?t et une seule ouverture vers, non pas la mer mais le fleuve, mais quel fleuve:l'Amazone..

Venir ? Manaus pose un probl?me certain au motard voyageur: il n'existe qu'une seule route reliant Manaus ? une autre destination par voie de terre, et encore cette route, partiellement asphalt?e, n'existe que depuis 1997. Elle relie Manaus au V?n?zuela droit vers le nord!

N'essayez pas de l'emprunter en saison des pluies, vous ne passerez pas et vous perdrez votre moto ch?rie dans des bourbiers aux dimensions br?siliennes: g?ants..

Alors il reste l'air mais les motos ne volent pas. Et quand on connait le prix a?rien du m3, mieux vaut oublier.

Vous m'aurez compris: oui, il vous reste le fleuve; oui mais une moto ce n'est pas amphibie. Alors, ne d?sesp?rons pas, il y a les bateaux pour ??!

C'est bien joli toute cette prose mais tu le prends ou ton bateau???

?coutes, motard voyageur, si tu arrives du nord, tu arrives par la piste de M?c?p?, apr?s avoir travers? en pirogue l'Oyapock, en venant de Guyane et l?, tu arriveras ? B?l?m, ? l'embouchure de l'Amazone.


Si tu viens du centre-sud, tu peux, en saison s?che uniquement, et pas mal de chance, rejoindre Santarem sur les rives de l'Amazone; Que ce soit B?l?m ou Santarem, camarade voyageur, tu es ? pied d'oeuvre: YAPLUKA!

Te voil? ? B?l?m. Tu as d?j? bien baroud?, sais-tu.. Tu as quitt? la Guyane fran?aise par la seule route qui va vers le sud et qui t'a men? jusqu'? saint Georges de l'oyapock, le fleuve-fronti?re avec le Br?sil. Il t'a fallu trouver une grande pirogue, installer ta moto dedans (pas une mince affaire, ce truc..) traverser le fleuve au matin, d?barquer et affronter la "douana brasileira" avec force sourire, sortir tous tes papiers.. plus quelques pourboires pour faciliter le processus puis reprendre la route..

Euh.. la piste, la vraie, celle des forestiers qui labourent la terre rouge avec leurs ?normes camions.. Interdit de tomber, interdit de te tanker dans les ravines trop profondes parce que l?, si t'as un big probl?me, t'es tr???s mal..

Allez,on avance, te voil? ? B?lem, tout fierot d'y ?tre. Demain matin, il fera jour. Tu te l?veras de bon matin et tu iras voir le march? "ver o peso" ? l'ombre de l'antique citadelle portugaise et juste au bord du grand fleuve..

Grand, c'est bien peu de le dire, mec, au d?but tu crois t'?tre tromp? et voir la mer: ? cet endroit l'Amazone te fait 20 kilom?tres de large.. Oui, dans ce pays immense, les dimensions le sont aussi! L'ile que tu vois au loin, c'est Marajo, elle est plus grande que la Belgique.. Alors, restons ? quai et allons au march?: il est 4 heures du mat et pourtant ?a fourmille de gens en tous sens, ?a discute, crie, vocif?re, rie et chante comme ? chaque matin du monde sur les bords du fleuve.. Tu y verras tous les poissons du fleuve jusqu'au gigantesque "piracuru" qui est un poisson de 100 ? 200 kilo.. les fruits exotiques de la for?t toute proche; Tu n'as pas vu le temps passer, tu as faim: il est midi..

Alors, tu vas te prendre une Serpa, la bonne bi?re locale "stupidamente gelada" (tr?s,tr?s fraiche", discuter avec les gens du port, prendre l'air du lieu, tacher de savoir qui ou et quand tu peux trouver "ton" bateau pour Manaus do Brasil.. Allez, assez caus?.. Je te laisse attabl?: devant tes yeux il y a un canard "tucupi" une sauce avec plus de 60 herbes aromatiques tropicales et..des patates douces: bon app?tit camarade voyageur!

?a y est, tu as trouv? ton rafiot, oui ton bateau! M?me qu'il part demain matin, pas besoin de r?server, tu prends classe-hamac, comme presque tout le monde, ta moto sera solidement attach?e sur le pont, on est 200 ? partir demain, faut arriver ? l'aurore, pas de mal de mer en vue puisqu'on est sur le fleuve;

tu aimes la for?t ?
Tant mieux, parce que tu vas en bouffer, du vert, pendant 3 jours, du fleuve, des bords tout verts et basta, oui gar?on, il te faut 3 jours de rafiot pour aller la voir ta foutue ville au milieu de rien.. avec un arr?t d'une demie-journ?e ? Santarem, ? mi-chemin, histoire de d?barquer les gens du coin (l'est grand le coin!) et d'en prendre d'autres; c'est l? aussi qu'au retour tu d?barqueras si tu veux aller vers le sud.

Allez, gamin, tu as quartier libre dans B?l?m pour ta soir?e; demain, tu mets les voiles sur Manaus;
?a en jette, non ?

Bon, ben, c'est rat?.
ce matin, il pleut !
Tout se passe bien pourtant sauf qu'en bateau t'as la flotte dessous et la flotte dessus..
Bon, pas grave, ta moto est dans un coin ? l'abri et toi, tu en profites pour faire connaissance et r?pondre aux questions de tous ceux qui ont assist? ? l'embarquement de la moto.
La France ?
Ce doit ?tre loin.. Oui.. c'est loin !
Tout le monde veut savoir pourquoi, comment et combien ?a coute, si tu es mari?, combien d'enfants, ce que tu fais ..
Certains te prennent pour un chilien, les ?trangers les plus connus ici, d'autres pour "um padre" un cur? quoi.. ?videmment, tu n'y avais pas pens?: tu portes la barbe, tu es v?tu de noir, te voil? devenu "um padre chileiro"";
Quand tu leur dis que tu n'es qu'un voyageur fran?ais, ils ont du mal ? penser qu'on peut venir de si loin sur une moto. Mais tout se passe bien. on discute beaucoup, on rit encore plus, on mange le quotidien du br?silien de base "arroz ? feijao" le riz avec des haricots (noirs) j'esp?re que tu aimes bien, parce que tu vas en manger TOUS LES JOURS !

Voil? la journ?e termin?e: ? 6 heures il fait nuit et chaud, on chante beaucoup, on danse, on boit beaucoup, de la Serpa, puis de la caipirinha (l'alcool de canne local) et puis on titube vers son hamac, allez, coucouche panier!

6H30? tout le monde est sur le pont.. Et toi, tu dors encore ! Tu as le sommeil agit?.. Tu ouvres un ?il, puis les deux, ils font quoi ? s'agiter tous et ? rire l?, hein??

Et puis pourquoi cette brume, on est arriv? ? Tu commences ? comprendre.. Doucement, ta pauvre t?te.. Oui, la caipirinha, cette compagne de la soir?e d'hier.. Tu as (encore!) oubli? "mod?ra?ion", en bref tu as abus? et tu t'es ?croul? dans ton hamac.. Ton hamac ou bien celui de ton voisin ??

la caipirinha, c'est bon, mais les lendemains d?chantent: 'tain quelle calebasse, c'est de l'alcool de canne (? sucre) de l'alcool blanc, tu lui ajoutes une bonne dose de glace pil?e, du citron vert, bien vert, un peu de sucre de canne et ?a passe tout seul, surtout quand il fait chaud; mais apr?s, ben c'est dur..

Bon, c'est quoi ce bruit ? Tu te penches un peu (mais pas trop, t'es en Amazonie man..) et tu vois un bateau mais un GROS bateau, un truc de haute mer avec des containers plein le pont; Il descend le fleuve qui le supporte ais?ment.. Et s'il le descend c'est qu'il l'a aussi remont?.. Et ce bateau-l? il revient de Manaus, oui l? ou toi tu vas. Mais que va donc faire un si gros navire l?-bas ?

On va pas tarder ? arriver ? Manaus, je crois.. Cela s'agite sur le pont, on rassemble les bagages: pour certains ?a sent l'?curie, pour les autres une nouvelle ville ? d?couvrir.

C'est une p?riode de basses eaux, les pontons sont au plus bas; les passagers d'abord puis vient le tour de l'attraction; tous attendent de voir le blanc passer sur les planches avec son jouet ? moteur mais le blanc, c'est toi.. ET tu es perplexe; passer l? sur ces trucs branlants, tu le sens pas, alors ils sont sympas: quatre gros bras arrivent et se foutent joyeusement de ta tronche de blanc et prennent ta b?cane ch?rie et te la descendent comme une vulgaire valise.. Tu te sens mieux d'un coup ! Allez, vamos tomar uma cervezina! Tu penses qu'ils disent pas non.. T'en connais, toi, des gros bras qui refusent une bonne bi?re fraiche??

Quelques cervezinas plus tard, il faut se bouger et trouver de quoi dormir.. Les gros bras habitent pas loin et t'invitent ? aller ce soir 'na casa".. Tu le sais bien, il ne faut jamais contrarier un gros bras, d'abord parce qu'il a de GROS bras et aussi parce qu'il est le plus sympa du groupe et puis, une cervezina de plus ou de moins.. Vamos!! Ta moto se montre sympa, elle qui n'aime pas le bateau, d?marre au premier coup !

Pr?pare-toi ? avaler ta ration de feijao et arroz le tout arros? comme il se doit de beaucoup de cervezas tr?s fraiches et ?a t'?tonnerait pas que tout ?a finisse encore avec la caipirinha habituelle; Modera?ion,au secours !!!

Plus d'embuscade! Quelle murge!! Tout avait pourtant bien commenc? : ta chambre ou tu avais mis tes petites zaffaires, ta moto dans la cour.. Et puis le repas du soir, modeste comme il se doit dans une famille modeste mais apr?s il a bien fallu parler, discuter,rire.. Et rire donne soif. On a donc bien ri et bien bu.. Tu ne te souviens plus tr?s bien.. A un moment, Z?,le gros bras (Z?, c'est le diminutif de Jos?) a ?crit les paroles de l'hymne br?silien sur un papier et tu t'essayais ? le chanter.. Apr?s Z? a voulu te rendre les honneurs en braillant la marseillaise, le tout dans une maisonnette de Manaus, Br?sil, en plein hiver chez toi, et en plein ?t? l?-bas.. Apr?s ? Ben apr?s, tu ne sais plus..

Tu as du d?clarer forfait car c'est le matin, et tu es assis sur la m?me chaise qu'hier au soir, tu as certainement voulu aller dans ta chambre mais ta chambre, elle ?tait bien trop loin tu penses, peut ?tre 5 m?tres, tu as du t'?crouler sur la table..

Z? est l?, hilare! Il s'en doutait bien que les fran?ais tenaient pas la chopine.. Il a pu le v?rifier de visu; Il va pouvoir dire ? ses potes que les "frances" tiennent pas la distance, la preuve est faite: ils nous ont battu au footebol, ils nous battent aussi pour la 3 ?me mi-temps! De toute fa?on, c'?tait pas jouable, t'aurais vu ses bras !!

Allez, salut Z? et merci pour tout, pour la cerveza, la caipinrinha, l'accueil et la marseillaise.. Faut que tu te refasses une sant? gar?on, ? partir de maint'nant, que du jus de fruits tropical! D'ailleurs, tu es sur place: il y a plein de casa de sucos qui te tendent les bras: "Manaus, j'arrive!"

Tu longes le port et tu d?couvres non loin que les gros bateaux tel que celui que tu as crois? arrivent bien jusque l? mais que chargent-ils donc dans leur soute et sur leur pont??

Quand tu as racont? que Manaus avait subi de plein fouet l'espionnage industriel des anglais, tu ?tais encore loin de la v?rit?.. Pour une petite ville comme Manaus, qui voulait devenir l'?gale de Paris, le crach du caoutchouc a ?t? un souffle atomique; la Manaus de l'?poque est morte dans les ann?es qui ont suivi..

Le splendide op?ra dont la coupole faite main et transport?e d'un seul bloc de Paris justement et inaugur?e par Caruzo, himself, oui, le grand Caruzo a ?t? ferm? pendant pr?s de 80 ans..

Alors qu'est-ce donc qui a sauv? Manaus d'une mort certaine ??

La politique et l'?conomie.. En ces temps de crise ou tu racontes ton p?riple, une telle phrase peut paraitre incongrue, c'est pourtant la v?rit?.

Apr?s avoir v?g?t? pendant trois d?cennies les r?gions d?sh?rit?es de ce grand pays ont ?t? sauv?es par un politicien visionnaire, pr?sident du Br?sil, qui a innov? avec une politique ?conomique volontariste.
En cr?ant des zones franches dans les ann?es 50, Kubitscheck, c'est son nom, a redonn? ? Manaus une deuxi?me chance et les industries s'y sont implant?es.

?lectronique, m?canique et, constructeurs de motos.. A l'?poque ou tu es ? Manaus, dans les ann?es 87-88, Yamaha fabrique ? Manaus des 500 T?n?r? et Honda des 125 genre CG et des 250 et 350 XL car?n?es, s'i vous plait, pour le march? int?rieur.
Encore actuellement, ? l'heure ou tu ?cris ces lignes, les 125 Honda Varadero vendues en France viennent, oui, de Manaus.. Tu en as vu r?cemment chez ton concessionnaire.

A l'?poque (pas si lointaine, quoique..) ou tu circules ? moto dans Avenida Amazonic?, tu vois quelques motos mais assez peu de "grosses".. Tu aper?ois surtout beaucoup de 125cc que les gens utilisent pour aller bosser ou circuler en ville car, ?tant construites sur place, elles coutent moins chers qu'une voiture..

Alors elle sert avant tout de moyen de d&placement, seul ou ? deux, trois ou quatre avec deux enfants entre les parents. A cette ?poque-l?, acheter et poss?der une grosse moto fabriqu?e ? l'?tranger tient de l'exploit volontaire!!


En effet, c'est simplement ill?gal!! Oui, tu as bien lu, acheter et poss?der une moto made in ailleurs peut te conduire ? une amende costaud et m?me ? la prison.. De toute fa?on, il faut la faire rentrer en fraude et payer un prix exorbitant..

Les seules tr?s grosses motos qu'on peut se procurer l?galement sont les Harleys bleues et blanches de la Police de la route.. Enfin celles qui sont mises en vente apr?s 10 ou 15 ans de service..

Seuls quelques fanas tr?s friqu?s le font et doivent refaire le moteur qui est g?n?ralement "rinc?" par 10 ans de carri?re voire plus.

Mais, attention, je t'ai r?serv? une surprise de taille!! En effet, il y a UNE moto construite au Br?sil, de tr?s grosse cylindr?e (toujours ? l'?poque..) qui est construite en toute petite s?rie, peut ?tre m?me ? l'unit? et qui coute un prix fou, c'est..Allez, si tu es ?g?(e) de 40, 45 balais tu en as peut-?tre entendu parler.. Alors.. L'anaconda ??? Ah,non, meu amigo; o anaconda ? um cobra.. L'anaconda que les br?siliens appellent "sucuri" est un gros serpent; la grosse moto c'est, oui, l'Amazonas.

Elle porte bien son nom: je n'en ai vu qu'un seul exemplaire, en mauvais ?tat, bien des mois plus tard. L'Amazonas a germ?e dans l'esprit audacieux d'un br?silien surement un peu r?veur car, construire en ce pays et ? cette ?poque, une moto de 1500 voire 1600 quatre cylindres avec les moyens du bord frise le cauchemar artisanal..

Pas fou totalement, son cr?ateur a utilis? le moteur le plus r?pandu au Br?sil depuis 50ans: un moteur de Fusca !

Comment,tu ne connais pas la Fusca, l'engin ? moteur le plus populaire du pays depuis plus d'un demi si?cle?

La Fusca, ic?ne de la soci?t? br?silienne automobile est une voiture!

Voil?,voil?, on arrive; on est en Am?rique du sud, pas aux states, le temps a la valeur qu'on prend ? le d?guster.. La Fusca, c'est une coccinelle.. Oui, une Volkswagen, celle que tu connais; Oui les br?siliens sont tomb?s dedans quand ils ?taient petits.. Cela fait bient?t 55 ans que la Fusca et son pote le combi VW hantent les routes, pistes, chemins du Br?sil urbain, rural et plus encore.. Si un br?silien a (ou a eu) la chance, le privil?ge, les moyens d'avoir (ou d'avoir eu) une voiture, il a (a eu) une Fusca..

La Fusca, c'est du solide, ?a dure et ?a perdure; les br?siliens usent et abusent de leur Fusca; mieux encore: ils l'aiment.. Ils font des courses de voiture avec, de l'auto-cross avec, ils s'amusent avec, la peignent, la transforment, la customisent et m?me ils roulent.

L?-bas, au Br?sil, on dit "FUSCA" comme ici, en France on dit (disait!) deuche ou dodoche.. C'est un petit nom gentil... Donc notre artisan r?veur a pris ce moteur et a construit autour un monstre m?canique, deux roues "grosses comme ??" et le reste ? l'avenant; apr?s, quant il a vu son ?uvre, il n'a pu lui donner qu'un nom: Amazonas..

Et maintenant? Les choses ont bien chang?, comme partout ailleurs. L 'Amazonas a disparu (? ma connaissance) mais le droit de poss?der une moto made in ailleurs, lui, est apparu et les Br?siliens ne se sont pas le laisser dire deux fois.. Ne r?vons pas : la moto loisir est et reste un luxe, m?me l?-bas, mais au moins, ils peuvent, s'ils en ont l'envie et surtout les (gros) moyens, acheter quasiment n'importe quelle moto .

Ainsi, si ta route te m?ne en ce pays, tu pourras y voir les m?mes motos que devant ta porte.. Eh oui, la mondialisation a du bon (pour ceux qui n'en profitaient pas..) mais elle a son revers :on voit et trouve les m?mes choses partout..

Avec ton carnet de ch?ques tr?s bien rempli, tu peux acheter une BMW dernier mod?le, ou une japonaise comme celle de ton voisin, une Harley bref, la moto telle que tu la connais..

Ils sont mis ? faire des "concentres" comme nous en faisions "quand nous ?tions jeunes" avec le look pays chaud, on oublie le casque facilement, on roule en nu-pieds, en bermuda etc.. Alors arrivent les soucis et autres accidents car les routes sont souvent pi?geuses... Bref, ils sont en train de vivre ce que nous avons v?cu il y a 30 ans.

Amazonas, Amazonie, Amazone.. Revenons, comme toujours ? Manaus, au fleuve..

Oui, ? Manaus,tout et tous reviennent, in?luctablement au fleuve.. Et quel fleuve.. S'il n'est pas le plus long de la plan?te, il est le second..

Juste au dessus de Manaus, l'Amazone rencontre le Rio Negro.. La rivi?re noire.. C'est son nom et elle le porte bien car ses eaux le sont, ceci ? cause des limons de cette couleur qu'elle charrie..

Les eaux de l'Amazone sont, elles, couleur de boue locale, un marron vert, glauque, pas trop sympa..

Fais l'exp?rience: trempe ta main le long du bateau.. au del? de 20 centim?tres, tu ne la vois plus.. Bon, laisse pas ta main,camarade, ? moins de vouloir donner ? manger aux poissons; "y a du piranha, par l?.."

Ta croisi?re sur l'Amazone t'a laiss? un peu frustr? quand m?me: le bateau prend le milieu du fleuve car le long des berges, il y a des troncs d'arbres flottants qui peuvent ?tre dangereux.. Donc, loin de la berge, tu ne peux ni voir ni entendre la faune locale; tu es trop loin et le bruit des moteurs fait fuir tout ce qui bouge bien avant l'arriv?e du bateau.

Tu traverses donc un long couloir vert, vert de chez vert, pendant presque trois jours..Oui, c'est grand l'Amazonie.

Si tu as encore quelque argent au fond de ta poche, c'est ? partir de Manaus que tu pourras trouver des petits bateaux qui t'emm?neront "quelque part" dans la for?t; choisis bien ton "exp?dition" car la for?t peut tr?s vite devenir l'enfer vert que l'on redoute..

La for?t est vraiment tr?s dense, tu ne vois pas (ou plus..) le camarade qui s'est ?loign? de plus de quelques m?tres de toi.. Assez angoissant pour ceux qui souffrent de claustrophobie.. La faune y est tr?s difficile ? voir sinon ? entendre car la densit? m?me au sol emp?che de voir..

Si tu veux voir la faune tropicale de la for?t, il te faudra aller bien plus au sud est, quitter l'Amazonie stricto sensu et te diriger vers une r?gion bien peu connue et pratiqu?e par le touriste :o pantanal .

O pantanal, c'est son nom, est simplement, le plus grand marais du monde.. Rien que ??, et, tu peux me croire, 400 km de large pour plus de 800 de long, ?a laisse r?veur.. Tu pourras vivre l? tous tes phantasmes d'exp?dition, de faune, de flore "et tout et tout".

Mais patience, voyageur, tu n'y es pas encore.. Tu es encore ? Manaus, non ? Alors.

Alors.. Tu en profites pour visiter la ville.. Le centre avec ses rues commer?antes, encombr?es de multiples ?choppes sur les trottoirs, ou tu peux boire tous les "sucos de fruitas" que l'Amazonie saura t'offrir, tu ?coutes les noms de tous ses fruits tropicaux et tu d?gustes leur pulpe ou leurs jus, tu t'exerces ? r?p?ter leurs noms ou ? les rep?rer sur l'?tal lorsque le marchand te les r?p?te..

Et bien s?r, tu te trompes .. Tu ?corches le mot, tu te trompes de fruit.. Les badauds s'approchent, ?coutent eux aussi le blanc se prendre les pieds dans le tapis, ils veulent t'aider, te soufflent le mot, tu te goures encore, c'est l'hilarit? quasi g?n?rale, tu finis par inventer des mots nouveaux, des fruits nouveaux, comme s'il n'y en avait pas assez.. Tout le monde rigole, te tape dans le dos, veut t'offrir un verre.. Non, non, tu refuses gentiment.. Tu expliques:hier, beaucoup trop de caipirinha, aujourd'hui que des "sucos", tu d?clenches une temp?te de rire, tout le monde comprend.. Tout le monde sait ici le pouvoir d?vastateur du breuvage national! Tous applaudissent quand je tente vainement de chanter l'hymne national au milieu du grand march?, construit en 1882 sur des plans de Gustave Eiffel..

Bon, tu t'en es bien tir?, camarade voyageur, tu viens d'?chapper ? une caipirinhade g?n?rale.. Ouf.. Dis donc, fais chaud ici, 30 voire 35 degr?s, et surtout 95% d'humidit?, ta chemise est ? tordre. Bon, une cerveza mais alors, rien qu'une.

Chaud, oui, certes, mais chaud ET humide, voil? un cocktail d?tonant et fatiguant pour tous: les gens du cru y sont bien s?r habitu?s mais tout le monde a chaud et la sueur colle ? chaque peau..

Tu as de la chance, non seulement tu aimes bien la chaleur mais, de plus, tu la supportes. Mieux que la caipirinha, en tout cas !!

Alors tu te fais la totale, le march? sous les halles, les poissons du fleuve tout proche, tu regardes les fruits et l?gumes tropicaux, les ?choppes des herboristes et des apothicaires surtout avec toutes les potions imaginables contre tous les maux de la terre ou presque et puis.. Et puis tu tombes en arr?t devant l'?choppe la plus extraordinaire de ce march?, celle du vendeur de caipirinha en bouteilles: il en vient de toutes les r?gions de cet immense pays, tu penses, 16 fois la France! Alors des bouteilles de caipirinha sur plusieurs ?tages, de toutes les formes et de toutes les couleurs, un vrai paradis pour l'amateur, et un v?ritable enfer pour tous les autres: ici, dans cette ?choppe qui ferait s'?vanouir le plus chevronn? d?fenseur de la ligue anti-alcool, tu trouves que du local, de l'artisanal, du fait-main, du fait-maison;

Regardes bien, ouvres tout grand tes yeux de blanc: celle-ci contient quoi ? Une grenouille ou un crapaud ? Et celle-l?, oui, l? ? gauche, elle contient, oui, un serpent qui te fixe de son ?il glauque ! A ton avis, si tu bois une gorg?e de celle-l?, tu survis ou tu meurs sur place ???

Va savoir, au fond de son antre, le gars te regarde d'un ?il amus? :"celle-l?, il faut la boire le soir avant d'aller voir les femmes.. Elle te donnera toute la force et la vigueur jusqu'au matin! Et part d'un grand rire sonore, partag? par tous les clients qui assistent au spectacle derri?re et n'ont pas perdu une miette de l'?tonnement du blanc et de la r?ponse du vieux.

Tu n"as pas le choix.. Il faut t'en tirer avec une pirouette, ou un (gros) mensonge.. Alors, tu fais quoi, gamin ,,?

Ben, les deux, mon capitaine.. Pour la pirouette, tu ris avec les autres pour montrer que le vieux a bien raison et cette caipirinha l?, doit ?tre proprement miraculeuse.. Et pour le (gros) mensonge:"estou j? casado e tenho dois criancas.. Ce qui, chez nous et chez eux signifie que tu es mari? et que tu as deux enfants..

Cela signifie aussi chez nous et chez eux que tu ne dois et ne peux ?tre infid?le.. Dans ce pays tr?s croyant, on ne badine pas avec les principes mais ni vu ni connu.. Bref, on admet ta position, elle est plausible et tout le monde fait semblant d'y croire ? d?faut d'autre chose et chacun continue ? vaquer ? ses occupations en souriant..

Bon, te voil? sauv? pour le moment mais tu te retrouves mari? avec charge de famille en plus.. Bien fait, gar?on, cela t'apprendra ? jouer au plus fin..

Allez, le march? et ses petits resto te tendent les mains, "Eu gostaria de comer peixe "..Tu aimerais manger du poisson ? Rien de plus facile, tu es l? ou il faut, les poissons du fleuve ont ?t? p?ch?s cette nuit, ils sont tout frais, c'est le p?cheur lui-m?me qui te le vends, l'appr?te et te le sert avec des patates douces, des oignons frits, du riz et de l'ananas au dessert. Tout ?a pour une mis?re.. Bon app?tit!

Bon,voil?, tu es cal?... Comment tu n'as plus faim ? Le poisson que tu as mang?, c'est de l'apara?ma, tout simplement le poisson d'eau douce le plus grand d'Amazonie et aussi, du monde. Il peut peser jusqu'? 200 kilo et mesurer jusqu'? trois m?tres voire plus.. Quand tu sais que l'Amazone fait environ 5 kilom?tres de large ? Mananus, tu comprends que les poissons soient aussi gros ! Alors, tu n'as pas mang? le poisson entier, hein, il en reste pour ce soir et demain ! Tu demandes comment on le p?che et on te r?pond "? la ligne,pardi!" Hein, tu veux dire avec un fil, un hame?on, une canne et tout ?a ???

Oui avec tout ?a, mais quand tu vois le fil, tu comprends, c'est du c?ble, et l'hame?on un v?ritable crochet, tu n'as pas vu la canne mais tu t'attends au pire..

Tu t'imagines sans peine le truc "h?, les gars, ?a mord, j'en ai un au bout".. Tu supposes que les gars doivent s'aider pour sortir "le truc" de l'eau parce que l?, c'est lui ou toi et que, sur la balance, m?me tout habill?, tu fais pas le poids..

Bon, c'est l'heure de la sieste, tu irais bien fermer l'?il mais tu ne peux pas rester encore longtemps ? Manaus, alors tu te perds dans les "lanos", ces ruelles sur pilotis qui longent les maisonnettes elles-aussi sur pilotis.

Le quartier est certes pittoresque mais assez insalubre, les habitants ayant coutume de jeter ? l'eau tous leurs d?tritus et "autres", donc, avec la chaleur et l'humidit? ambiante, tu comprends que la vie ici aussi n'est pas facile.

Tu es donc dans les quartiers pauvres de la ville.. Cela se voit, cela se sent mais la jovialit? et la gentillesse des gens y sont ,elles, bien pr?sentes.. On s'?tonne qu'un "estrangeiro" soit l?, qu'il soit venu dans ce quartier plut?t que dans le centre pour voir le Teatro Municipal, l'op?ra si tu pr?f?res..
Alors, on lui parle et comme on voit qu'il sait parler portugais, on est content, on lui sert la pogne, on l'invite ? s'assoir et.. OUI, tu as devin?, on lui sert un coup ? boire..
L?, pas question de refuser, tu ne peux refuser ? une personne de ce quartier pauvre de t'offrir avec c?ur et g?n?rosit? ce qu'il a de meilleur chez lui, un petit verre de caipinrinha..

On la boit ensemble et pour faire plaisir, tu leur offres ce que tu as gard? pour offrir: des cigarettes fran?aises.. Oui, quand on a peu de moyens, on est content de boire un coup et de fumer la clope offerte par l'?tranger de passage dans son quartier d?sh?rit?..

Ces gens venus tous de la for?t toute proche se sont install?s l? ou ils ne payaient pas pour vivre et dormir: sur l'eau! Mais ils ont construit des maisons sur pilotis car l'Amazone est un fleuve qui bouge :son amplitude entre saison de basses eaux et hautes eaux avoisine les cinq m?tres.. Il leur a donc fallu s'adapter..

On se parle donc, doucement, au rythme de l'eau qui glisse silencieusement sous la maison.. On boit peu, tant mieux, on discute surtout et on appr?cie ta pr?sence comme tu appr?cies la leur qui r?chauffe ton c?ur de la solitude du voyageur.. Le soir va tomber, ils te proposent de diner avec eux.. Tu refuses gentiment.. Tu pr?textes un rendez-vous avec des amis.. Tu sais leurs difficult?s ? vivre au quotidien, il n'est pas utile d'en ajouter.. Tu les quittes ? regrets, tu leur laisses en souvenir le paquet de cigarettes.. Tu rentres dans le petit h?tel qui te sert de refuge et tu fais le bilan: apr?s demain il te faudra reprendre la mer, euh le fleuve avec arr?t ? Santarem pour reprendre la piste vers le centre sud... Il est temps que tu dormes.

Cette derni?re journ?e ? Manaus va passer tr?s, trop vite.
Tu te l?ves aux aurores, comme on dit, tu vas au Teatro Municipal, l'op?ra dont tu as largement d?j? parl?.

A l'?poque ou tu voyages, l'endroit est encore ferm?, tu te souviens qu'il l'est depuis pas loin de 80 piges.. Tu discutes avec un gardien que tu soudoies d'une cigarette (c'est pas bien,?a), pour aller jeter un coup d'?il (le bon) ? l'int?rieur pour voir la coupole ;le guide t'accompagne au cas ou.. Il t'explique fi?rement que la coupole repr?sente la Tour Eiffel, vue de dessous ! Quant la petite Manaus se prenait pour le Paris des tropiques, elle ne faisait pas les choses ? moiti? !!!

Tu peux te repr?senter Caruzo lors de l'inauguration en 1899, Manaus au fait de son histoire, la for?t immense tout autour et Caruzo, l'immense talent de l'?poque venu chanter l?..

Mais le temps presse et te rattrape, d?j? midi et il te faut trouver le bon bateau, celui qui, demain, part pour Belem ET qui fait escale ? Santarem ou tu dois imp?rativement descendre pour gagner le centre-sud. Tu dois aussi n?gocier un prix d'ami pour ta moto, louer un hamac, acheter deux trois tout petits souvenirs, la bouteille au serpent?? Non, tu risquerais d'y gouter.. Un hamac ?? Non, tu en as d?j? qui t'attend quelque part vers le sud..

Alors, tu ne prends rien.. Rien que des souvenirs pleins les yeux et plein le c?ur. Et tu partiras le lendemain matin en te disant tout bas . "Je reviendrai.."

Tu as bien fait de t'y prendre relativement t?t, cela te permet la discute qui va bien et de te faire accorder le prix d'ami attendu vu que tu n?gocies ton retour sur le m?me bateau que l'aller.. En plus, cerise sur le "bolo" (g?teau en br?silien ) la descente dans le sens du courant est un peu plus rapide que la mont?e, tu vas gagner ainsi une demie journ?e jusqu'? Santarem...

Par contre, personne ne peut te "rencarder" sur l'?tat de la "route" qui va de Santarem jusqu'? Porto Vehlo dans l'?tat du Mato Grosso, l? ou tu dois te rendre.

Bien s?r, si on regarde une carte du (grand!) coin avec des yeux d'europ?en de l'ouest, habitu? que nous sommes ? des routes normales et un temps de route connu, on se dit que ,oui, "y a une route et que ?a le fait", il faut en Amazonie se d?faire de cette habitude l?, les cartes existent, les routes n'existent pas forc?ment.. Hein ? Tu ne vas quand m?me pas dire que les routes "s'?vaporent" au soleil ?? Tu es un gentil gar?on, doubl? d'un voyageur lointain mais tu ne voudrais pas nous faire prendre des routes pour des lanternes.!!

Certes non, mais l?-bas, les routes ont une vie parfois ?ph?m?res et tu ne peux t'engager ? la l?g?re pour 2 000 kilom?tres si les 800 premiers manquent ? l'appel..

De toute fa?on, tu sauras ?a ? Santarem dans deux jours .. Allez, nao preciso de estressar" tu n'as pas besoin de te biler avant d'y ?tre.. Installe ton hamac, rapaz,(mon gars), et take it easy comme disent les gringos du c?t? de la Californie.

Tout arrive ! M?me que le bateau parte ? l'heure !! Du coup, y a pleins de passagers en retard qui vocif?rent sur le quai avec leurs sacs et ballots color?s et qui n'ont pas envie de rester l? vu qu'ils ont pay? leurs billets.. Alors, le bateau revient ? quai sous les bravos de tous..

Tu imagines la m?me chose "chez nous".. Quand le bateau part.. Il part, ce n'est pas les passagers en retard qui vont le faire revenir.. Si tu n'es pas l? ? l'heure, c'est tant pis, il te reste tes yeux pour pleurer..

L?-bas, "l'humain" pr?domine, on ne te laissera pas au bord de la route ni au bord du fleuve, on connait le prix de la vie, on connait le prix de l'effort et on sait que le temps, apr?s lequel nous courons, nous autres gens press?s, n'est qu'une construction mentale et culturelle que nous avons ?rig?e en ?vidence..

Le temps, en ces pays, est ?lastique, on peut le tirer l'allonger, cela n'emp?chera pas la terre de tourner, le soleil de briller et la caiprinha de couler ? flots !

Et ce temps qui laisse le temps ? "l'humain" de vivre, tu le sais, il me plait !

Eh bien, le voil? reparti, le bateau-sur-l'eau, avec cette fois, tous ses passagers.. Ceux qui ne sont encore arriv?s sont vraiment trop tard.

Le capitaine est jovial, il sait que j'emprunte le m?me rafiot pour l'aller et le retour et comme estrangero motoqueiro (un ?tranger ? moto) j'ai le droit de monter discuter dans le poste de pilotage..

Lui fait dans l"humain, il a volontairement "oubli?" l'uniforme et sa chemise fut jadis blanche... Une cigarette ?teinte ? la bouche, il m'explique le fleuve: le fleuve c'est sa vie.. Tu le questionnes gentiment.. Il a la r?ponse facile, le fleuve c'est sa vie, il le connait mieux que le fond de ses poches.. L? ou nous naviguons, la profondeur est de 35 m?tres et l?-bas, au milieu c'est 100 m?tres.. Tu comprends encore mieux que les ?normes paquebots de haute mer passent aussi facilement et que les poissons qu'on y p?che soient si gros.. Tu as chaque fois un peu de mal ? t'habituer aux dimensions g?antes de ce pays que tu parcours.. Au bout de quelques heures, tu es son copain, tu allumes une clope fran?aise que tu lui donnes.. Il est content, c'est sa premi?re clope fran?aise et il me passe une bi?re fraiche de sa r?serve perso.. Tu fais gaffe quand m?me car, ? c?t? des bi?res, tu vois une bouteille de "cacha?a".. La cacha??, c'est de l'alcool de canne pure.. Point de glace pil?e.. Point de citron vert, bien vert et point de sucre de canne.. La cacha?a, c'est un truc d'hommes, tu veux dire de vrais hommes, c'est pas pour toi.. Un alcool ? 70 degr?s qui te descend dans la gorge sans rien pour te sauver.. Pourvu qu'on ne passe par la phase d?collage.

Tu as bien discut? avec le "pitaine" et tu projettes "diplomatiquement" un retrait "strat?gique" au bon moment, la sonnerie du repas retentit, c'est le moment que tu choisiras pour te sauver en lui serrant la pogne et lui souhaitant bon courage pour la nuit de navigation qui s'approche.

Tu esp?res aussi qu'il n' utilisera pas trop "le carburant" de sa r?serve perso sinon le rafiot risque bien de ne pas tirer bien droit sur le fleuve.. En plus, tu n'es pas sans savoir que certains piranhas habitent le coin, avec certains "jacar?s" pour voisins tr?s proches et qu'un bain de minuit en compagnie de ses habitants-l? ne te dit vraiment rien du tout....

Bon c'?tait une fausse alerte.. Ou bien le pitaine n'est pas comme toi, il tient surement la chopine ET la distance, lui.. En tout cas, le radeau est ? flot, la cargaison humaine aussi sauf qu'il y a comme un truc, les br?siliens sont sympas mais, ils ne savent pas ne pas faire la f?te ! Ils ont tout compris, la journ?e se passe ? dormir ? l'ombre comme tous les zanimaux cens?s le font d?s qu'il fait chaud.. Et tout ce petit monde se r?veille comme un seul homme pour "gentar" le repas du soir et la teuf qui s'ensuit !

Et en mati?re de teuf et de zique, ils savent faire, ?a te commence vers dix heures du soir et ?a ne finit que vers cinq du mat. Toi qui est ?veill? aux aurores. tu as bien du mal ? assurer le soir venu..Tu es finalement crev? quand tu regagnes ton hamac (oui oui, ton tien ? toi perso) pour un demi sommeil r?parateur, boa noite, gente!

Les deux jours suivants, tu t'appliques ? te "tropicaliser".. Quoi qu'est-ce ?

Ben, ? faire comme eux pardi! Sommeiller d?s l'apr?s midi et dormir jusqu'au soir parce que la nuit, pour dormir, tintin, la teuf, la zique et ze dance all night long, tout ?a le long du second plus grand fleuve "do mondo" par une chaleur moite.. Alors, rapaz, tes soucis de voyageur au long cours, savoir si "y a une route ou non" les gars du coin, ceux de Santarem ou de l'int?rieur, faut que tu te les trouves sur ce rafiot, tu veux savoir ou, quoi, comment.. Te tropicaliser, c'est difficile, il te faudrait un peu de temps, un peu de caipirinha, non non, il faut que je tienne la route, pas toute la route..
Heureusement les journ?es passent et tout le monde d?barque ? Santarem, la ville ?tape et tu te s?pares de tes voisins de voyage pour te diriger vers le centre-sud pour de nouvelles zaventures..

Tu oublies volontairement les plages de sable blanc de Santarem ou il ferait bon piquer une t?te.. Tu oublies les grottes mill?naires ? proximit?, il te faut la trouver ta route, ta piste, il faut que tu puisses descendre...

Pourquoi tu t'inqui?tes comme ?a ?? C'est parce que tu vieillis, mon gars, il faut te ressaisir, tu n'es pas encore au bout de ce voyage. Ne regarde pas trop ta carte, le kilom?trage ? se faire est encore gros comme ?a! Environ 4 000 bornes. Bon, voila la "Policia Rodovaria" (tu traduis par "les bleus") vamos os perguntar.. Allons leur demander.

L?-bas, c'est normal de s'enqu?rir de l'?tat des routes ou des pistes et de leur viabilit?, rien ici n'est comme chez toi, les routes et pistes "vont et viennent", elles existent puis disparaissent facilement..

Oui, l'Amazonie est un monde ? part.. Des pistes il y en a beaucoup ! Mais, sur ta carte officielle, elles n'existent pas.. Parce qu'elles ne sont ni l?gales ni officielles.. Elles ont ?t? cr??es par les forestiers pour aller chercher les grumes les plus valorisantes dans la for?t.. Elles n'existent que pour cela et ne m?nent parfois nulle part..

Quant aux l?gales et officielles, dument r?pertori?es sur ta carte, eh bien, camarade voyageur, ?a d?pend de la saison, du temps qu'il a fait et de la politique. Ainsi celle que tu n'as pas pu prendre ? Manaus est-elle bien marqu?e mais ? l'?poque ou tu circules n'existe pas encore et toujours pas ? l'?poque ou tu ?cris, soit 20 ans apr?s..

Par contre la fameuse Rodovia Amazonica existe et existera jusqu'en 1992 mais n'a plus ?t? entretenue depuis.. Tu peux imaginer l'?tat de cette route depuis.. Existe-t-elle toujours au moment ou tu ?cris ces lignes ou bien la jungle a-t-elle repris tous ses droits ?? Tu penches pour la jungle..

Bon.. Et la "tienne" dans tout ?a ? Ben, c'est une r?ponse de normand qu'ils te font les bleus de l?-bas.. Elle existe, oui, ? partir d'Itaituba... Oui, mais avant? Parce que, Itaituba, c'est ? 400kilom?tres de l?.. Ben, il y a la piste, elle est "praticable" te dit-on mais c'est dangereux, il y a encore beaucoup d'endroits difficiles avec force trous et autres orni?res g?antes laiss?es par les camions des forestiers qui vont et viennent sur cette piste, leur piste.. Ils s'y enlisent grave durant la saison des pluies et laissent des orni?res b?antes le reste du temps.. Il faut "n?gocier" le passage sur les c?t?s ou sur la cr?te entre les roues. ?a passe ou pas; Il faut que tu prennes un jerricane de 10 litres pour arriver au bout.. Sinon, te reste ? mettre la moto sur un camion ? vide et finir la route moyennent finances, la cacha?a en plus.

Au march?, tu te trouves de petits jerry de 5 litres, c'est plus pratique ? emmener.. Direction la station, le plein sioupla?t et direction ze route..

Au d?but, ?a roule; tu parles, c'est une d?partementale de chez nous, peu de circulation, des voitures, des v?los, des charrettes, des tracteurs et surtout des camions surcharg?s qui emm?nent tous ce qu'on peut emmener par camion: des gens, des familles, des v?los, des motos, des zanimaux bref, tout je te dis. Y a m?me des camions qui transportent des camions..

Puis, au bout de 50 bornes, ?a se tasse s?rieux, y a plus que quelques pick up surcharg?s puis quelques entr?es de pistes plus tard, y a plus personne, qu'un mec ? moto sur son petit 250 XL surcharg? de bidons et qui commencent ? serrer les fesses grave..

Peu apr?s,la couleur du bitume change, ben oui, rapaz, du bitume y en a plus.. Va ben falloir faire sans comme pour la descente sur Macap?..

Mais l?, tu es fatigu? d?j? avant de commencer.. Bon, on va d?-stresser et rouler tout doux, on r?duit ? 60, et on se calme...

Les premiers bourbiers arrivent mais tu peux les contourner, il reste de la place. Certains, plus importants que d'autre n?cessitent de s'arr?ter pour voir ou et comment ?a passe. Tu continues ton petit chemin en roulant bien cool.

Les bourbiers se suivent et se ressemblent: s'arr?ter, chercher par ou passer, tout ?a te prend du temps, beaucoup de temps, et toujours personne ? l'horizon, pas le moindre pick up et pas plus de camion..

Par deux fois, il te faudra prendre la cr?te entre deux profondes ravines, tu avances les pieds en canard, tu as la trouille de te mettre au tas..

Et puis tu penses ? ce que tu as oubli?: tu n'as rien ? manger et m?me pas d'eau.. Oui, mec, tu es le roi des c... Si tu es bloqu? sur cette piste et ben t'as rien, t'as plus qu'? y croire, serrer les dents, et avancer coute que coute, interdit de t'arr?ter sauf pour l'essence.

Ce que tu fais avant qu'il ne fasse nuit, tu verses un jerricane et tu n'oses pas regarder ton kilom?trage, allez gars, tu es dedans, t'as pas le choix l?, c'est gal?re mais il faut rouler le soir s'avance et tu sais qu'? 6 heures ce sera fini, jamais ta loupiote te permettra de voir devant.. C'est quoi ces masses sombres l?-bas ? droite ? Des camions ? Non, des cabanes ! Tu t'approches et tu vois un gars qui te regarde ?berlu? et tu lui demandes ou tu es, il te r?pond que tu es ? deux mains d'Itaituba, deux mains ?a fait 10, tu es ? 10 bornes du bled, tu es partag? entre le rire et les pleurs tellement t'en as plein les bottes, tu ne penses plus qu'? dormir.

Les dix derni?res bornes avant les lumi?res de la ville, elles te semblent longues comme 50.. Tu les fais au ralenti, ? la lumi?re vacillante du phare qui n'?claire rien, vacherie de phare.. Heureusement, pas de ravines, tu arrives ? la nuit tomb?e, tu avises le premier boui-boui qui se pr?sente.. Manger si tu en as la force et dormir, dormir..

Le gars aussi est ?berlu? de te voir, qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?? Tu comprendras plus tard en te regardant dans le miroir cass? de la salle de bain commune: tu ressembles plus ? un zombie qu'? un ?tranger ? moto, tu as pris de la poussi?re partout, tu es boueux et seuls tes yeux prot?g?s par tes lunettes sont encore de la couleur habituelle..

En mangeant ta ration de feijao et arroz, avec de la viande bizarre, viande de brousse surement, tu interroges le gars sur la suite du chemin.. Pour lui, ?a passe sans trop de soucis, c'est la saison s?che et la piste est plus fr?quent?e depuis Itaituba jusqu'? Porto Vehlo ; Tu lui demandes s'il a vu des motos sur cette route il y a peu et il te r?pond que, oui, il y a eu 3 motos bleues qui sont pass?es il y a environ un mois. Tu penses que ce sont des 500 T?n?r?, les seules 500 bleues ? ce moment, 'tain, un mois, y a pas, quel trafic sur c'te route..

Bon,ben, voil?, tu es pass?, toi aussi, mais, c'?tait, oui, une bien belle connerie parce que, en cas de p?pin, tu ?tais vraiment tr?s mal; cette le?on portera.. Tu prendras de l'eau et des vivres au cas ou..

En attendant, tu flageoles sur tes jambes, direction le lit et vite.

Une fois couch?, tu voudrais bien fermer les yeux et dormir enfin.. Mais tes meilleurs amis sont l?, qui ne t'oublient pas ! Ils ne t'oublient jamais eux..

Tes meilleurs amis ?? Ton pire cauchemar, oui.. Et le pire cauchemar des gens d'ici aussi..

On pourrait croire que les animaux sauvages de la jungle leur feraient plus peur :l'on?a pintada, la panth?re capable de tuer un homme, le jacar?, l'alligator capable lui aussi de te manger vite fait, le sucuri qu'on appelle aussi anaconda, capable lui encore de te bouffer apr?s t'avoir bien compress? fa?on hot dog, la mygale g?ante, envergure 20 cm, dont la piqure te laissera un tr?s mauvais souvenir si tu t'en sors, le cascavel, le serpent ? sonnettes qu'il ne vaut, justement, mieux ne pas entendre sonner, le scorpion noir, 15 cm d'agressivit? pure et dont la piqure peut s'av?rer mortelle.. Comme tu vois, tu as le choix..

Non, le pire cauchemar de l'indig?ne ou du motard isol?, c'est le m?me : petit, 3 ? 4 millim?tres, noir, silencieux ou presque, si l?ger que lorsqu'il se pose sur toi tu ne le sens pas, et dont la femelle a l'?l?gant pouvoir de te transmettre le palus.. Oui, ton meilleur ennemi, c'est le moustique.. L'anoph?le vit gr?ce ? toi; il se nourrit de ton sang, quelques gouttes lui suffisent pour sa nuit mais ils sont des millions.

Aucun des zanimaux que tu as cit?s n'attaquent d?lib?r?ment l'homme; il peut leur arriver, ? l'occasion, d'attaquer un ?tre humain mais cela reste rare.. Le moustique, lui, n'a pas ces bons principes.. Installes-toi dans une pi?ce obscure, le moustique te trouvera grace ? ta temp?rature..

Tu passeras la nuit en te cachant sous le drap en suant pour ne pas te faire bouffer par ces maudites bestioles..

Le lendemain te trouve un peu groggy par l'effort d?ploy? la veille pour rester simplement sur tes deux roues..Bon, Porto Vehlo c'est loin ? Le gars me regarde, goguenard..Sim,senhor, e muito longe d'aqui.. Il regarde ta tronche de zombi mal r?veill?, il regarde ta petite moto et se dit que les hommes sont parfois bizarres.. Tu te le dis aussi quand tu enfourches ta moto apr?s le petit d?j.. Tu n'oublies pas de prendre de l'eau et des conserves et du pain "en ville" avant d'enquiller la euh piste again..

Ca se passe pas mal, quelques ravines, quelques bourbiers mais rien d'infranchissable.. Tu feras 400 km ce jour-l? et autant le lendemain, en enroulant et essayant de rester sur tes roues, vivement le bitume, tu sais, le goudron, le truc noir sur la route, qui te permet de rouler presque comme "chez toi".. Porto Vehlo, t'es encore loin ???

Il te faudra atteindre Jacarepangua, un bled avec le nom de crocodile-qqc, tu trouves le nom rigolo alors tu y dormiras du sommeil du juste, tu feras des r?ves de croco, tu te r?veilleras en sueur cherchant un croco dans ta piaule, pourtant pas de caipinrinha, pas de cachac?a, rien que toi, la piste, ta moto, la poussi?re, les camions rares et toujours surcharg?s.. Tu dois ?tre fatigu? mon gars, ? rouler comme ?a.. Il te faudra peut ?tre un jour te poser les bonnes questions pour obtenir les bonnes r?ponses..

Tu regardes plus les kilom?tres au compteur, d'ailleurs, il doit ?tre f?ch? parce qu'il ne fonctionne plus.. D?s que tu vois de l'essence tu t'arr?tes, tu fais le plein et tu roules.. La for?t, immense, tout autour.. C'est trop.. Trop de vert, trop de for?t, tu regardes plus ta route, ta moto et toi dessus.. Tu passeras ? Huma?ta sans presque te rendre compte, t'es devenu un zombie de la piste.. Attention, perigoso. C'est la limite, rapaz, il faut t'arr?ter sinon, tu vas plus rien voir.

Alors, tu t'arr?tes sur le bord de la route.. Hein, t'as dit LA ROUTE ??? Tu te penches, oui c'est une route, avec du vrai goudron noir et tout, tu ne t'es m?me plus aper?u du changement, l'?tait grand temps que tu t'arr?tes mec.. T'as presqu'envie de t'agenouiller pour le toucher.. Un gars en pick up te voit faire.. Il s'arr?te et te demande si tu as une panne et tu lui dis que non, tu regardais la route.. Il repartira, perplexe.. Sont bizarres les motards.. Tu l?ves les yeux et, au loin, tu vois les premi?res maisons de Porto Vehlo.

Le goudron! c'est pas trop t?t.. Apr?s toute la poussi?re, la boue, les ravines, les bourbiers et les bacs que tu as pu emprunter, rien que six le jour d'avant, tu y as pass? six heures ? passer tous ces bacs, apr?s il faut rouler et rouler encore..

Porto Vehlo, t'aurais bien envie de visiter mais ta carte est formelle, tu as encore 1550 km avant Cuiaba, l? ou tu dois bifurquer vers le Pantanal nord; alors, un h?tel sur la route, une douche, une petite bouffe et une bi?re et dodo parce que tu es tout simplement crev?..

Porto Vehlo, tu pars au matin, bien repos?, la clim que tu d?testes d'habitude t'a sauv? la mise: pas de moustiques.. Bon, 1500 bornes de bitume ? s'enfiler, tu comptes deux tr?s grosses journ?es, du bitume, des camions surcharg?s, quelques voitures, la civilisation quoi..

Bon, y a pas, faut rouler.. La for?t s'?claircit, il y a des embranchements de piste de plus en plus souvent, on voit des gens au bord de la route, des petits barzinhos ou tu peux te restaurer, c'est moins angoissant que la grande for?t.. Ne cherche pas de motos ou de motards, tu n'en verras aucun sur les 1500 bornes de ces deux jours.. A l'?poque ou tu voyages, la moto-voyage est un luxe qui n'int?resse qu'une extr?me minorit? des br?siliens.

Tu roules ? ta main, comme on dit, et c'est l'heure de manger; juste tu aper?ois un petit "routier" au bord de "ta" route : tu es bien accueilli, ?videmment le seul ?tranger ici, on te regarde, on te jauge, on va voir la moto et on se dit que les ?trangers sont bizarres : ils voyagent inconfortablement ? moto alors qu'on peut le faire en avion ou en bus.. Quand tu leur dis gentiment que tu es venu pour les rencontrer, pas pour voyager dans le ciel, tu n'es plus un ?tranger bizarre, tu es leur ami..

Dans ce genre de restau routier, tu retrouves avec plaisir la franche rigolade des endroits populaires : les gars de la route ne s'encombrent pas de complexes ou de principes. La cacha?a coule ? flots mais tu expliques qu'avec 2 roues seulement, ?a les fait rire et ils reprennent une tourn?e.. Sagement, tu t'en tiendras ? une seule bi?re, histoire de trinquer..

Mais, on ne fait pas que boire dans un routier .. On y mange pour un prix tr?s r?duit et on y mange ? volont?.. Oui, tu as bien lu.. Autant que tu veux et que tu peux.. Buffet de l?gumes vari?s, viandes excellentes grill?es ou r?ties, de quoi te faire ?clater la panse en toute simplicit? et pour "trois francs six sous".

Quant ? parler de viande, tu te r?gales.. Jamais tu n'as mang? de meilleure viande de b?uf que l?-bas.. C'est tout simple, le steak se coupe ? la cuill?re.. Le Br?sil et l'Argentine sont les deux pays ou l'on doit manger le meilleur b?uf de la plan?te !

Apr?s avoir aussi copieusement d?jeun?, c'est dur de reprendre la route, et pour les mauvaises langues qui feraient courir la rumeur que tu n'es qu'un alcoolo notoire, une bi?re, ai-je bue, rien qu'une !

Au bout de 250 km, un barzinho se pr?sente ? gauche.. Tu vas y d?guster du lait de coco rafraichi au frigo, le jus du fruit pris dans le cocotier d'? c?t?.. Halte r?paratrice bien agr?able pour ta gorge ass?ch?e par la chaleur moite de l'apr?s-midi.

Allez, fain?ant, en route, tu as encore 250 km environ avant d'avoir le droit de songer ? t'arr?ter.

C'est ton jour de chance, ? 250 km pile, tu rep?res quoi ? Des sources chaudes sur ta droite, c'est ?crit h?tel etc.. Vamos ! Et l?, tu vas te trouver le site impec, un petit h?tel de brousse, paillotes et tout, et trois sources d'eau chaude ou tu pourras te baigner la nuit venue avec vue sur les z?toiles du ciel, une bi?re fraiche sur le rebord de la "piscine " naturelle, le calme, pas un bruit de moteur, le gri-gri des insectes de la nuit et un bon lit avec une moustiquaire et le coassement des crapauds buffle pour berceuse. Peut-?tre pas le paradis mais c'est tout proche. Tu as comme l'envie de "poser ton sac" et de rester l?.

Les sources d'eau chaude et la douce nuit qui suit ont un effet quasi miraculeux sur ton corps de voyageur fatigu?, le lendemain matin, tu es frais et dispo.. Et pourtant, quitter ce lieu t'est p?nible, Tu t'y sens bien et il faudrait peu et beaucoup ? la fois, une pr?sence, un regard, pour que ton sac reste ? terre et que ton fid?le destrier continue de se reposer adoss? contre un palmier..

Mais ce n'est pas pour ce matin, la route est encore longue jusqu'? Cuiaba et puis ce sera ? nouveau la piste plein est vers le Pantanal..

Alors tu t'en vas, lonesome motard, vers le sud.. Tu retrouves la route, le soleil d?j? haut te fait cligner des yeux, tu retrouves sans joie, le bruit et la fum?e des camions et tu r?ponds ? leur salut quand ils s'aper?oivent que la moto a une plaque ?trang?re :on the road again.

La route n'est cependant pas monotone. Tu quitteras l'?tat de l'Amazone pour rallier celui du Mato Grosso, litt?ralement grande for?t, cependant le Mato Grosso a subi fortement la d?forestation galopante, surtout plus au sud dans l'?tat du Mato Grosso Do Sul car cet ?tat ?tait si grand qu'il a fallu le couper en deux..

La route serpente entre les morros (collines) et au d?tour du chemin tu peux voir de nombreuses chapadas, (des chutes d'eau) qui ?gayent ta route.. Les premi?res fazendas de b?tail commencent ? apparaitre avec leur panneau ou l'on voit des bois (les b?ufs) sur fond de p?turages verdoyants..

Les fazendas, ce sont des fermes mais attention, ces fermes-l? c'est du lourd, certaines sont aussi grandes que la Suisse ou la Belgique.. Dans certaines la population avoisine les 2000 personnes.. On y trouve tout ou presque pour vivre en autarcie : magasins, ?coles, dispensaires, piste d'atterrissage et avion..

Tu en longes une, la m?me, pendant plus de 100kilom?tres, tu es scotch? par les dimensions titanesques de telles exploitations d?di?es ? l'?levage extensif du b?uf, de la culture du soja et autres c?r?ales.

Et voil? Cuiaba, fond?e en 1720 qui se pr?sente ? toi.. Tu es fourbu mais heureux d'?tre l?, tout en cherchant ton havre pour la nuit tu passes devant l'Igreja De Bom Despacho cr??e par un architecte fran?ais sur le mod?le de Notre-Dame de Paris.. D?cid?ment, Paris a souvent ?t? une r?f?rence pour ce peuple de l'autre continent.. La r?gion s'est d?velopp?e gr?ce et ? cause de-ce-qui-rend-fou-celui-qui-l'approche : c'est quoi, c'est quoi ?? Crie la foule en d?lire..

Ouro, bien s?r, l'or, camarade voyageur, l'or rend fou, violent, sanguinaire .. En 1720, les hommes sont venus l? car l? fut trouv? de l'or et l'or attire les hommes.. Les hommes pauvres et les hommes riches, tous pouss?s par la fi?vre de l'or.. On a cherch? et trouv? de l'or partout dans cette r?gion.. Les orpailleurs ont m?me tamis? avec succ?s l'eau des ?gouts de la ville : oui, on y trouvait des paillettes d'or.

Tu trouveras ton h?tel ? la sortie de la ville, apr?s une petite sortie le soir venu pour te rafraichir et un nouveau repas pantagru?lique, c'est simple, le steak d?borde de l'assiette, tu n'en a pas un pour, mais pour trois! Jamais tu n'arriveras ? en manger ne serait-ce que la moiti?! Voil?, tu es bon pour aller dormir. Demain, tu quitteras le goudron pour reprendre la piste.

Pour rejoindre le Pantanal par le nord, tu n'as qu'une solution, il te faut aller ? Pocon?, petite ville, gros bourg plut?t, qui sera ta base de d?part.

Tout de suite, tu es mis dans l'ambiance.. La route qui m?ne ? Pocon? se fait petite, petite, le trafic y est tr?s faible, la for?t reprend ses droits, c'est ? nouveau tout vert..
Te voici ? Pocon?, tu y demandes ton chemin et on te dit de tourner ? droite ? la place de l'?glise.. Tu chercheras en vain l'?glise pour tourner mais tu ne trouves rien. Alors tu redemandes, peut-?tre n'as-tu pas bien compris.. Le gars ? qui tu redemandes la route est pli? en deux, l'?glise, tu demandes l'?glise ??? Mais, tu sais l'?glise, nao tem mais.. Hein, il n'y en a plus ? Ben non, il y a eu une rumeur comme quoi il y avait de l'or sous l'?glise, alors les garimpeiros, les chercheurs d'or sont venus avec de la dynamite..et ils ont fait sauter l'?glise.. Tu vois que l'or rend fou.. Il n'y avait point d'or sous l'?glise.. A Pocon? tu peux tout payer en poudre d'or ton pain, ton essence, ton plaisir.. L'argent y est presque incongru.. Tu n'as pas de poudre d'or, tant mieux, allez la piste pour le Pantanal, c'est l?, tu peux pas te tromper, y en a qu'une et c'est tout droit.

La piste,assez large d'abord, se resserre vite pour n'?tre plus qu'un chemin, ? peine plus large qu'une voiture. Justement, si une voiture vient en sens inverse ou un camion, tu feras comment ???

Ah, il y a des endroits pour se garer au cas ou, oui, mais toi, tu n'as pas de marche arri?re.. Tant pis, il faudra utiliser les bas-c?t?s.. Oui mais non, car tr?s vite le bas c?t? s'av?re inutilisable, tr?s mar?cageux et plein d'herbes hautes noy?es dans les eaux: ?a se corse au Pantanal!!

Tr?s vite le pont : l? tu t'arr?tes parce que ce pont te semble bizarre: ? claire voie et deux planches clout?es pour les roues des voitures ou des camions.
Tu n'as pas le droit de rouler ? c?t? sinon tu roules dans le vide..

Sur les bords du pont, aucun rebord, tu glisses ou tu tombes directement ? l'eau ..

Mais, attends, tu n'as RIEN vu... Dans l'eau glissent silencieusement des centaines de jacar?s, oui, des crocodiles.. Et sur la berge, allanguis, des centaines d'autres ...

Tu voulais de l'aventure, t'en as, plus que tu n'en voulais.. Tu voulais jouer ? l'aventurier :yapluka !

T'es scotch? et t'as la trouille, la vraie, interdit de te rater sinon...

Le pont n'est pas tr?s long, tu le passes au ralenti, en regardant bien devant, tu es en sueur.. Ce que tu ne sais pas encore, c'est que c'est le premier pont.

Tiens, apr?s y a un bon bout droit, plus de pont.. Alors, c'?tait juste pour te faire peur ?? Eh tu les as eu hein, t'es pass?, on te la fait pas ? toi, t'es trop fort..

Euh, c'est quoi ce truc en travers de ta piste ,, Une barri?re ! Tu t'es tromp? de chemin?
Un gars se l?ve de sa chaise ? l'ombre d'un arbre.. Il t'explique que c'est une route priv?e, construite par les fazendeiros du coin pour rejoindre leurs fermes isol?es. te faut donc payer pour continuer.. C'est la premi?re et derni?re fois que tu payes, alors..

Tu en profites pour lui demander si c'est la piste qui m?ne ? Corumba, au sud,histoire de traverser le Pantanal du nord au sud comme dans ton projet..

Le gars fait des yeux.ronds. Il te fait r?p?ter ta phrase, tu t'appliques, en lui montrant sur ta carte le trait rouge qui indique la route qui traverse fi?rement le plus grand marais du monde.. Le gars comprend tout.. Tu viens simplement de lui montrer ce qui n'existe pas.. Le Pantanal existe lui, bel et bien.. Mais le trait rouge sur ta carte l?, mon gars, ta route que tu montres l?, celle sur laquelle tu es, elle s'arr?te ? 80 km d'ici, vaincue par le Rio Paraguay, l? il faudrait un vrai pont, et puis apr?s il y a 300 kilom?tres de vrai for?t, la brousse quoi, la jungle, y a personne l? bas mon gars, rien que de la for?t, des marais, et tous les zanimaux des marais.

Tu es d??u, tu comptais bien le traverser le marais, mais t'es bien content aussi, parce que 400 kilom?tres de marais ?a te fait pleins de ponts et pleins de croco, et plein de trouille ? venir et plein de sueur ? se faire..

80 km tu dis, et pour dormir ? T'inqui?tes, y a un h?tel de brousse juste avant le Rio, tu peux pas te tromper, y a juste ce chemin, tout droit et juste avant le Rio, tu tournes ? droite.. Yesse.. Et fais gaffe, le bout de la piste s'arr?te juste dans la rivi?re..

Et y a beaucoup de euh ponts ? Sim, senhor, muitos.. Et des jacar?s, y en a ?? Le gars comprend tout: sim senhor, muitos..

Te voil? pr?venu.. T'en as pas fini avec ton cauchemar, des ponts sur 80 bornes tu vas "n'en " traverser, des crocos, tu vas "n'en" voir..

Des ponts, des petits, presque sympa, des plus longs, angoissants et un tr?s long, il monte et puis ?a descend et ?a tourne deux fois, un pont de ouf..

Et sous chaque pont, de l'eau, et dans l'eau des centaines de crocos, des petits, des moyens et des gros de chez gros, et autant sur les rives.

Des crocos, tu vas en voir des milliers ce jour-l?, oui, des milliers.. T'en verras m?me traverser la piste, ta piste, devant toi; en fait tu roules et tu es mort de trouille..

Heureusement il n'y a pas que des crocos.. Tu peux voir pleins d'autres b?b?tes: des biches, des serpents, des ziguanes, des l?zards, des papillons, et des oiseaux par milliers: des toucans "toco", plumage noir, bec tout jaune, perroquets d'Amazonie, dos rouge ventre bleu, des aras dos bleu pur, ventre jaune bouton d'or, et des serpentaires, grands rapaces tr?s hauts sur pattes griffues, l'air farouche qui chassent les serpents et les tuent d'un coup de bec crochu.. Et le plus gros de tous, le plus pesant du monde en fait, le tuiuiu, esp?ce de marabout, entre 50 et 70 kilo, quand il s'envole ? 15 m?tres de toi, tu peux entendre le flop-flop de ses larges ailes frapper l'air moite pour faire d?coller sa pesante carcasse du sol..

La f?te n'est pas finie, tu croiseras des fourmiliers g?ants avec leur grosse queue touffue, et leur museau effil?, des ?meus par centaines, et par centaines aussi, le plus gros rongeur du monde le cochon d'eau comme l'appellent les indiens (capi-bara) ce qui a donn? le nom de capivara en portugais et capivare chez nous, on dirait une sorte de castor sans queue, avec une t?te carr?e, ils mangent des lentilles d'eau et passent le plus clair de son temps ? ronger et jouer dans l'eau.

Ce que tu ne verras pas, ce sont les mygales, 25 centim?tres ? plat, elles peuvent vivre jusqu'? 25 ans et ? chaque ponte elles produisent plusieurs centaines de petits, heureusement que beaucoup ne grandissent pas.. Tu ne verras pas non plus de tapirs, ils sont craintifs et vivent cach?s.. Tu ne verras pas d'anaconda mais tu n'en cherches pas non plus, et pas de panth?re non plus, tu croiseras un tatou qui va courir quelques m?tres devant ta moto au ralenti..

Plusieurs ponts plus loin, la piste s'arr?te net devant le Rio Paraguay : la f?te est finie, tu es au bout du bout, devant toi le Rio Paraguay et en face, ? 400m?tres environ le monde sauvage... Tu rebrousses chemin et tu trouves l'h?tel de brousse dont t'a parl? l'homme de la barri?re, tu es le seul client aujourd'hui et le premier ? moto depuis longtemps..

C'est un ara rouge-bleu qui t'accueille, avec derri?re, sur les branches, des tout petits singes curieux.. Plus loin, un tuiuiu solitaire monte la guarde, tu poses la moto sous un flamboyant ?carlate et tu vas te pr?senter ? l'accueil.. Le temps de discuter et quand tu reviens, le perroquet est perch? sur ton guidon et tu as deux petits singes sur ta selle!

Les deux singes choisissent une retraite rapide ? ton approche mais le perroquet d?sapprouve que tu veuilles d?charger tes affaires et essaye de te pincer l'?paule.. Son maitre lui rappelle les bonnes mani?res et l'excuse : il est jeune, il n'a que cinquante ans.. Euh, jeune, cinquante ans ? Oui, ils peuvent vivre environ 125 ans.. Alors oui, tu es encore jeune l'ami et toi, du haut de tes jeunes ann?es, tu n'es qu'un gamin..

Il y aura un deuxi?me et dernier arrivant, un chilien.. Non, il n'est pas "padre" lui non plus, il est barbu et ?colo, il a ?t? amen? par un fermier du coin qui l'h?bergeait. La soir?e entre un fran?ais alcoolo et un chilien ?colo, sans compter le maitre du lieu et le cuisinier, tous deux plut?t alcoolo patent?s, devinez qui pourrait gagner ???

Michel, 57 ans, ex NTV 1993, 150 000 km; ER6F 2012, 30 000 km.
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Michel_95
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Message par Michel_95 »

Les soir?es sont longues dans le Pantanal, on peut causer.. les mandarins piaillent autour de nous et qu?mandent des miettes de pain.. Le Pantanal est une r?gion de marais travers?e par le Rio Paraguay, ce fleuve s'?coule tr?s lentement car sa d?clivit? est d'un m?tre pour quatre cent kilom?tres.. D?s la saison des pluies venues, le marais se remplit d'eau pour six mois.. Ne subsistent que des ilots plus ou moins grands ici ou l?, les animaux se dispersent alors dans toute l'?tendue du marais. A la saison s?che, ils se regroupent autour des milliers de mares qui restent, d'o? la concentration de crocos et d'autres animaux que tu as pu observer tout au long de la piste.

On pourrait croire que le Pantanal est le paradis des zanimaux: c'est presque ?a, Il y vit environ deux millions de jacar?s.. Non, attends, tu n'as rien bu, tu ne mens ni n'exag?re ... Les milliers que tu as vus cette apr?s-midi ne repr?sentent que certains membres de la famille; il y vit 650 esp?ces d'oiseaux, tu passes sur les autres chiffres..

Mais le Pantanal est aussi habit? par l'homme.. Il y a des fermes isol?es, tellement isol?es que 6 mois par an, on ne peut les joindre que par canot et par radio.. Groupe ?lectrog?ne obligatoire, trousse ? pharmacie, fusil et munitions et savoir tout faire ou presque..

On pratique l'?levage tr?s extensif des b?ufs, des z?bus en fait, grosses bosse sur le dos et larges cornes effil?es.. Ces animaux sont en autarcie 5 mois par an, vivent, meurent et mettent bas sans l'aide de l'homme qui vient les chercher ? cheval une fois par an pour les regrouper et les emmener vers l'abattoir.

Ces z?bus sont capables de brouter l'herbe sous 50 centim?tres d'eau, ils se d?brouillent seuls et sont demi-sauvages. Ils savent craindre le croco affam? ou la panth?re en chasse, ils suivent la mont?e des eaux et se regroupent sur les ilots rest?s secs.

La soir?e se poursuit tard dans la nuit.. l'?colo chilien d?visse au premier quart de demi verre, il s'?croule sur (enfin,sous) la table, on le r?cup?re de justesse, le "frances" passablement fatigu? par les ponts de sa journ?e d?clare forfait au second demi verre et les deux autres, des pros, se foutent de nos gueules et sont pli?s en deux..

L'est 11 heures, le patron nous tend ? chacun une lampe torche, extinction du groupe ?lectrog?ne dans 30 minutes, tu as le temps de retrouver ta piaule, de faire l'inspection anti-mygales un peu partout et de te mettre au pieu.. Dans les brumes de cacha?a, tu entendras tous les bruits de la nuit animale: les cr?celles des insectes, les hululements des chouettes et le rugissement lointain des panth?res .. 25 minutes plus tard, noir absolu.

Tu te r?veilles comme d'hab, tr?s t?t, pour profiter au max de ta journ?e.. Le petit d?j, au restau et au Br?sil, c'est tout un repas ? ne pas rater. M?me au Pantanal, loin de tout, c'est important ! Le caf?, du br?sil, doux et onctueux.. Et puis tout le reste : le jambon, le fromage, les confitures, le fromage blanc et tous les fruits de cette r?gion : l'ananas (abacaxi) m?r ? point, l'avocat (avogado) ?norme, les papayes jaunes et ros?s, les mangues.. C'est un festin pour celui ou celle qui aime manger le matin..

Les animaux qui t'ont accueilli hier se sont ?veill?s bien avant toi et attendent eux aussi leur part du g?teau.. Tu finis par faire ami-ami avec le perroquet en lui offrant toutes sortes de menus cadeaux qui se mangent.. Les singes lorgnent les bananes et les cardinaux attendent patiemment leur tour..

Tout en sirotant ton caf? da manha, tu ?labores ton programme de la journ?e. Comme tu ne peux rejoindre Corumba puisque la piste n'existe pas, il te faut rebrousser chemin.. Il va te falloir te "refaire" tous les ponts.. Just take it easy, man.. Tu sais qu'autour de toi, en cette saison s?che, il y a la plus grande concentration d'animaux de la plan?te.

Alors tu d?cides de rentrer vers Pocon? tr?s doucement, de prendre le temps de regarder et m?me de t'arr?ter pour ?couter et sentir vivre le monde animal autour de toi.

Tu quittes donc l'h?tel de brousse tranquille dans la matin?e, direction du nord, non sans avoir pris de l'eau et un bon sandwich pour t'arr?ter peinard sur la piste..

Rouler dans le Pantanal ? moto c'est comme aller dans le plus grand zoo de la plan?te, sauf que, TOI AUSSI, tu es dans l'enclos.. C'est donc ? la fois fascinant et stressant..

Tu vas voir tout un vol d'aigrettes roses et grises se poser sur le marais, des perroquets, des jabirus, encore des tamanoirs et des capivares et les in?vitables jacar?s qui sont venus en congr?s.. Tu t'arr?tes souvent pour regarder les jacar?s croquer des piranhas qui essaient de se sauver en sautant quelques instants ? la surface.. Oui, non seulement il y a des jacar?s en bas mais aussi des milliers de piranhas.. Interdit de tomber.. La vie animale au Pantanal c'est manger ou..?tre mang?..


Un peu avant midi, tu avises un chemin qui prend ? droite et qui conduit surement vers une fazenda isol?e :ce sera parfait pour poser la moto et manger ton sandwich au bord du marais.

Le sandwich est aval? devant un paysage de d?but du monde: un marais, encadr? de for?t dense, un calme absolu.. M?me pas de moustiques, seulement des mouches caract?rielles qui en veulent d'abord ? ton sandwich et apr?s ? ta personne..

Tu te l?ves et ? ce moment, tr?s loin l? bas un concert de hurlements s'?l?ve: ce sont des singes hurleurs.. Ils portent bien leur nom, leurs glapissements courrouc?s peuvent s'entendre ? 20 kilom?tres ? la ronde! Ils s'avertissent ainsi d'un danger proche, c'est pour toi un spectacle sonore hallucinant;jamais, depuis, tu n'as entendu dans la nature une pareille clameur.. Au bout d'une dizaine de minutes les hurlements s'espacent pour enfin se taire..

Tu n'as pas envie de partir, alors tu prends un b?ton et tu marches en silence le long du chemin. Le silence qui t'entoure. Tu es seul dans l'enclos. Cela se passe en quelques secondes, devant toi, ? quoi, 20 m?tres, surgit sur le chemin une panth?re noire, tu es p?trifi? de peur. Le f?lin s'arr?te dans le chemin, pose sur toi ses yeux verts. Tu es mort. Tu ne bouges plus, une sueur froide intense et glac?e mouille ton corps entier, elle non plus ne fait aucun mouvement, en trois ou quatre bonds elle peut ?tre sur toi. Surtout ne pas bouger, rester debout, ne pas fuir. tu sais que tu peux mourir l? dans quelques secondes.

La panth?re marque son ?nervement en bougeant tr?s lentement sa queue. Tu ne bouges pas. Seuls tes yeux clignent imperceptiblement et dans ta poitrine cela bat la chamade..

Une ?ternit?. Quelques secondes peut -?tre, tout oscille entre la vie et, quatre boules noires sortent du bois derri?re leur m?re, quatre petits qui jouent, se chamaillent et mordent les pattes de maman. Elles les rappellent ? l'ordre d'un grognement sourd. Trois se figent et regardent l? ou leur m?re regarde. C'est quoi ce truc dress? l? bas ? 20 m?tres ???

Le quatri?me n'a pas obtemp?r? ? l'ordre maternel, il continue ? mordre la queue de son fr?re, un grognement plus fort et c'est l'immobilit? pour tous, les b?tes et l'homme. L'homme qui se sent ?tre une proie et la proie c'est toi, tu ne peux t'enfuir, ta moto est trop loin. TU ES DANS L'ENCLOS, cette phrase te revient et tu en comprends maintenant tout le sens..

Un feulement, un ordre bref donn? aux quatre boules noires et tout le monde s'en va dans les herbes hautes non sans un dernier regard vers l'homme fig?: je t'ai donn? ta chance, ne l'oublies jamais.

Quelques instants, tu restes encore immobile, ta vie retrouv?e, tes jambes flageolent, tu voudrais courir, t'enfuir. Tu en es incapable. Alors, lentement d'abord puis plus vite ensuite tu rebrousses chemin en marchant ? reculons, l'?il aux aguets, ton corps entier vou? ? la survie. Tu atteins ta moto, tu n'as jamais ?t? aussi content de la voir, viiite, mettre en marche, faire du bruit, faire fuir, tu enfiles ton casque sans le boucler tu fourres tes gants dans ta poche et tu fais un demi tour f?brile, tu rejoins la piste et tu te sauves sans demander ton reste. Quel bel aventurier tu fais !

Tu vas rouler longtemps ainsi, ? l'instinct, sans t'arr?ter, le corps transi par la sueur froide de la peur, le tout par 35 degr?s au soleil. Ce n'est qu'au pont de ouf que tu stopperas, les nerfs en pelotes et les mains moites, tu n'as jamais eu aussi peur de ta vie, tu t'aper?ois que tu as m?me pass? plusieurs ponts sans t'en rendre compte..

Il faut que tu rejoignes "qqc" de s?r pour la nuit, ce soir tu n'es plus aventurier, tu veux du "civilis?"..

Juste avant de sortir du marais, ? droite il y a un h?tel de brousse sur pilotis, enfin tu vas pouvoir t'arr?ter en s?curit?.

Allez hop, on s'arr?te, bordel, ce soir tu veux du calme! C'est bizarre, y a personne et pourtant t'entends parler pas loin..

Ah, y sont tous l? autour dune personne allong?e et immobile. On te salue, on te souhaite la bienvenue et on t'explique ? voix basse que le vieux l?, il a un probl?me cardiaque, c'est un fazendeiro du coin, ses enfants l'ont amen? jusqu'ici et par la radio on a appel? l'h?lico m?dical..

Effectivement, le bourdonnement de l'appareil se fait entendre et on emm?ne le malade dans le champ ? sec qui jouxte l'h?tel, en quelques minutes le malade s'en va vers l'h?pital de Cuiaba.

Isol?s peut-?tre mais efficaces les gars du coin. Tout ?a te fait un peu oublier ta journ?e charg?e en ?motions. La famille reste ? diner pour pouvoir avoir des nouvelles du p?re par la radio. On sera donc presqu'une dizaine ? discuter ? la bougie, la nuit venue apr?s l'extinction du groupe.
Tu leur expliqueras ta sainte trouille de l'apr?s-midi et ils t'?couteront visiblement amus?s. Ils t'expliqueront ? leur tour que ce que tu as v?cu est assez commun dans la r?gion, les panth?res on?as pintadas e pretas y sont nombreuses et ils leur arrivent souvent d'en croiser mais ils sont le plus souvent ? cheval et arm?s dans tous les cas.

Pour eux, la panth?re ne t'aurait attaqu?e que si tu t'?tais enfui ou que tu l'attaquais. N'ayant fait ni l'un ni l'autre, tu t'en es bien tir?. Ce soir l?, inutile de te dire que la cacha?a, tu ne l'as pas refus?e, tu avais fort besoin d'un certain r?confort!

Difficile de trouver le sommeil apr?s une journ?e si agit?e. Au matin tu repartiras fatigu?. Mais tu sais que tu n'es pas loin de retrouver ton "sweet home". 400km, l'histoire d'une journ?e de route. Tu rejoins Pocon? d'une traite puis Cuiaba et direction plein sud vers le Matto GroSso do sul, l? ou tu r?sides depuis quelques temps pour ton travail. D?j? Rondonopolis "une ville qui a le m?me age que toi" puis encore 130 km, voil? la piste ? gauche, ?a sent l'?curie. Quelques longueurs encore, voici la gu?rite du gardien qui te sourit au passage, tu ?vites le village et tu continues la piste vers ta maison. Tu l'aper?ois maintenant derri?re son fouillis d'arbres et de plantes...

Tu poses la moto, c'est la bonne, la der. Tu n'enl?ves pas ton sac, pas encore. Tu ne veux pas croire que c'est fini..

Tu vas sur la terrasse, c'est la fin de l'apr?s-midi, les toucans et les ara bleus et jaunes s'appr?tent ? regagner la for?t toute proche. Les colibris se d?p?chent de sucer les derniers hibiscus avant la nuit. Tu t'assieds avec une bi?re fraiche, le mouvement perp?tuel s'arr?te, tu as du mal ? penser que demain tu ne voyageras pas.

Demain, soit. Mais "apr?s demain"???


Fin.
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Michel_95
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Message par Michel_95 »

Merci Jean-marie pour cette fabuleuse histoire qui a eu le m?rite de nous faire r?ver.
:super: :ola: :clap: :clap: :up:
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Message par Yepassajr »

:clap: Pour Michel 95, sacr? boulot :-)

Une autre ! Une autre !...
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Schreko13
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Re: Carnet de voyage.

Message par Schreko13 »

Un ecrivain
Un editeur

chapeau Messieurs


Tremblez Goncourt, Medicis, Renaudot, moto gt arrive !
Roland, 77 ans, xxxxx....Dov650 --CBF600 -- Dov700 --: CBF 1000 F -- puis???
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Jean-marie50
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Re: Carnet de voyage.

Message par Jean-marie50 »

Le webmaster et les modos sont-ils d'accord pour que les membres puissent ?crire leurs histoires sous la forme d'un feuilleton ?

- J' y vois plusieurs avantages :

-le narrateur n'a pas trop ? s'investir ? chauqe ?pisode.

-les lecteurs peuvent lire rapidement l'?pisode sans passer trop de temps pour cela.

-cela laisse le temps n?c?saire au narrateur pour pr?parer l'?pisode suivant

-les lecteurs peuvent r?agir et faire part au narrateur de leur r?actions

J'y vois un inconv?nient :les modos ,s'ils veulent tout remettre d'un bloc auront encore du boulot de nuit..

Personnellement,je suis tr?s en faveur du feuilleton..Alors,on peut,hein,on peut ??
Jean-marie, 72 ans, honda nt 1100 2022
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Roy
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Message par Roy »

Si on peut, je vous narrerai bien un petit voyage ? pied du Puy en Velay, jusqu'? St jacques de Compostelle. Sans pr?tention. J'attends l'accord.
Roland, 79 ans, On part, on verra, on avisera et on s'amusera.
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Jean-marie50
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Re: Carnet de voyage.

Message par Jean-marie50 »

Oui,mister Roy,moi y a en vouloir lire histoire ? vous ! Moi vouloir faire une 'tite partie de l'itin?raire,oui,toi y en a ?crire belle histoire,patron!
Jean-marie, 72 ans, honda nt 1100 2022
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Schreko13
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Re: Carnet de voyage.

Message par Schreko13 »

On a sorti les lunettes, on attend !!!!:oui: :oui: :oui:
Roland, 77 ans, xxxxx....Dov650 --CBF600 -- Dov700 --: CBF 1000 F -- puis???
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