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Ma moto sur le ferry, entre France et Angleterre

Ma moto sur le ferry, entre France et Angleterre



Claudius antiquus. 2014



Pour préparer une récente virée chez les Grands Bretons (ce qui ne sous-entend pas que nos Bretons à nous soient plus petits) pendant le grand pont du 8 mai 2014 et par voie maritime parce que c’est plus fun et moins claustrophobique qu’un tunnel de 30 km de long, je cherche à savoir comment sera traité mon éléphant à deux roues : une vénérable Yamaha 1300 Venture Royale de 20 ans d’âge, 400 kg avec les pleins et les bagages.

Mais comment que c’est-y que ça se passe en moto sur un ferry ?


Surprise : internet et Gogol qui ont réponse à tout restent secs sur le sujet. Apparemment, personne, sur un blog ou une revue moto, ne s’est fendu d’un article là-dessus. Je dois être le seul crétin qui ne voyage jamais.


Je tape « moto » « ferry » et je trouve :
-des récits de voyage avec traversée maritime, surtout vers la Corse, mais pas de description des conditions d’embarquement
-les sites des compagnies de navigation qui me conseillent de ne pas oublier ma carte d’identité et de rouler à gauche, mais toujours rien sur ma moto quand elle sera sur le bateau.

J’en cause aux copains qui, eux, sont de grands voyageurs et qui me disent pour la plupart que le sanglage réalisé par le personnel embarqué est en général assez musclé, donc mauvais pour les amortisseurs et la selle.

Bon, avec tout ça je reste un peu sur ma faim et je pars vaguement inquiet.

La traversée a lieu entre Calais et Douvres. Des deux côtés de la Manche, l’approche est abondamment signalée par panneaux, impossible de se tromper si on est attentif. Côté français, on se retrouve sur le site d’embarquement sans avoir quitté les voies rapides et sans avoir pu s’arrêter.


Douane :



La première halte a lieu devant les postes de douane. Ça ressemble à un péage d’autoroute, avec des guérites alignées sous un portique, des douaniers dans les guérites, et des barrières automatiques. On passe chacun à son tour soit assis sur la moto soit à pied moto béquillée, pour présenter le papier d’identité et la carte grise du véhicule. Il s’agit, côté français, de douaniers anglais. Ils ne sont ni sympas ni pas sympas, seulement concentré sur leur taf qui consiste à taper sur leur clavier d’ordinateur pour vérifier que vous n’êtes pas interdit de séjour de l’autre côté. Ils parlent français. Comme tout est Ok, ils rendent les papiers, lèvent la barrière, et on passe. On béquille 10 m plus loin pour attendre les copains (on est 7 bécanes). A partir de là on se trouve en zone internationale, donc déjà en Angleterre.


Accueil de la compagnie de Ferry :



100 m plus loin, nouveau portique, nouvelles guérites et nouvel accueil, cette fois d’une jeune, jolie et souriante hôtesse de la compagnie à qui on tend notre certificat de réservation imprimé à la maison, qui pianote aussi sur son clavier et nous tend 2-3 prospectus et un numéro de couloir d’accès (en l’occurrence 214). Elle parle également français, normal c’est une compatriote. Notre compagnie est MyFerryLink qui exploite deux bateaux sur la ligne Calais-Douvres.


Embarquement :



L’embarquement sur les bateaux est régulé par un système de couloirs où sont mis les véhicules en attente, classés par type : motos, voitures et poids-lourds ne sont donc pas stockés ensemble et n’embarquent pas ensemble. Le réseau de voies d’accès est assez dense et il y a des panneaux partout. Il faut donc être bien attentif pour suivre le fléchage vers le numéro de couloir.

Une fois dans le couloir, on stoppe les bécanes, on béquille et on attend l’arrivée du bateau. Les installations portuaires sont tellement gigantesques que le bateau, pourtant énorme, disparaît presque derrière. Sa manœuvre d’arrivée est assez lente, mais dès que la porte avant est abaissée tout va très vite. Les poids-lourds descendent en premier, suivis des véhicules légers. L’embarquement commence immédiatement après sans temps mort. Les camions montent en premier, suivis des motos, puis des voitures. Le personnel en gilet fluo vient nous chercher et nous canalise vers la passerelle d’accès à la porte du bateau. Tant qu’on est sur le bitume, ça va. Après, attention ça glisse. Il flottouille ce jour là (les autres jours, il pleuviote), le sol du pont levant et de la cale est en fer bien détrempé par les passages de véhicules ; la peinture n’y change pas grand-chose : gare à la gamelle. On y va douuuucement avec les pieds au ras du sol.



Coucouche panier papatte en rond :



Heureusement, on n’a pas à aller loin : de part et d’autre de la porte d’embarquement, il y a des racks prévus pour l’accueil des motos. Ce sont des bancs en fer comportant 3 rails avec des points de fixation au sol. Il y a 9 places moto à chaque bout du bateau, dont 18 en tout. On s’y installe sur l’ordre du personnel jusqu’à mettre la roue avant en butée, sans descendre de la moto. Des agents fixent alors la moto avec deux sangles. Ils sont sympas ; on peut leur indiquer où sont les bonnes fixations sur la moto (dans mon cas les pare-chutes des valises latérales). Ils tendent modérément les sangles, l’amortisseur arrière étant déjà sous pression puisqu’on est encore assis dessus. Dès que c’est fixé, on est autorisé à se lever. Ils rajoutent une cale sous la roue arrière et c’est fini. La moto est parfaitement calée, rien ne peut bouger même s’il y a de la mer. Attention avec les motos basses (ou avec des valises latérales profondes) : il faut arriver avec les amortisseurs réglés en pression maximum pour surélever la moto de l’arrière, sinon les valises ou les pots d’échappement pourraient toucher le sol du rack. On peut ranger la combinaison de pluie, récupérer le porte-monnaie et fermer les valises. Pas la peine de mettre un cadenas : la moto ne se sauvera pas en pleine mer et l’accès à la cale est interdit dès que le bateau est en mer. On quitte ensuite la cale pour monter dans les étages où on trouve de quoi s’asseoir, des boutiques, un restau et un bar snack, un distributeur changeur de billets. La traversée dure une heure et demie, ça laisse le temps de boire un coup, manger un sandwich, se débarrasser des fringues moto et s’affaler dans un fauteuil en regardant la mer.



Débarquement :



Avant même la fin de la manœuvre d’accostage, on redescend en cale à l’invitation du haut parleur. Les camions sortent les premiers, ça laisse le temps de se rhabiller et redémarrer la moto. Dès qu’on est assis dessus, les agents viennent enlever les sangles. Dans le temps de la traversée, le sol a un peu séché mais ça glissouille encore pas mal et on y va donc toujours mollo-mollo, d’autant plus qu’il faut cette fois traverser tout le bateau puisqu’on sort à l’autre extrémité donc 150 m plus loin. Dès qu’on est à l’air libre et sur le bitume, on se retrouve à la sortie du pont d’embarquement guidés par le personnel au sol vers les couloirs d’évacuation. Cette fois on ne s’arrêtera pas puisque les formalités de douane sont déjà accomplis. Côté anglais, on passera juste à faible vitesse devant des policiers scrutant leur écran de télé, probablement un scanner à véhicule mais les motos ne les intéressent pas, on ne peut pas cacher de clandestin dans un top-case.

Attention, dès la sortie de la zone portuaire on se retrouve sur le réseau anglais, donc à gauche. C’est déstabilisant quand on n’en a pas l’habitude.


Moralité : la traversée se fait facilement, c’est bien organisé, les motos ne sont pas maltraitées et le personnel est sympa. Ceci dit, on est tôt dans la saison, le 8 mai n’est pas férié en Angleterre, le temps est moche et il n’y a pas grand monde sur le bateau. Donc c’est cool. En plein rush de départ en vacances d’été, ça doit être beaucoup plus rock and roll et les 18 places moto vite saturées. Je suppose qu’ils fixent alors les motos un peu n’importe où sur les nombreux points de fixation au sol.

J’ignore comme ça se passe sur les bateaux des autres compagnies. MyFerryLink est la compagnie française que l’Angleterre menace, pour de pures raisons de concurrence commerciale, de perdre sa licence d’accostage à Douvres. Il faut espérer que le bon sens prévaudra.


Et avec une remorque ? :



J’ai failli partir avec la remorque, et puis je me suis ravisé (pas vraiment besoin, pour 4 jours). Le prix de la traversée pour le véhicule est fonction de sa longueur, la moto attelée dépasse 2 m, donc c’est plus cher. Je suppose que le parking est identique : la moto fixée sur le rack avec les sangles, la remorque toujours attelée dépassant derrière, elle-même sanglée sur les points de fixation au sol.


Voyagez bien, et banzaï ! Sa Majesté est gracieuse, mais ses innombrables caméras de surveillance le sont beaucoup moins. Il y a autant de radars qu’en France, la moitié sont désactivés (bonne idée ça, faudrait en parler à notre ministre) mais on ne sait pas lesquels. Donc on roule cool et au Coyote. Dommage, la campagne est très belle.


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Créé le 04-06-2014 à 14h31.
Modifié le 04-06-2014 à 14h45.

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