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Sur la piste des éléphants, j'ai posé mon cul sur une Honda 1500 Goldwing

Eh oui, il fallait bien que ça arrive ; en même temps c’est logique : on essaie une 18, puis une Venture, Et après, je me dis : « Quelle différence entre une 15 et une 18 ? », et toutes ces sortes de questions métaphysiques.

Donc, je zieutais la 15 depuis un bon moment. Facile, ce ne sont pas les ressources qui manquent sur internet : commentaires de journalistes, avis d’utilisateurs, forums spécialisés, blogs de propriétaires, c’est foisonnant. A la limite, il y en a trop, on finit par s’y perdre et, à force d’entendre tout et son contraire, mieux vaut aller au charbon soi-même.



Or donc, nanti de mon courage et de mon téléphone, je prends rendez-vous pour en essayer une, de préférence une bien équipée, en bon état, avec pas trop de kilomètres et pas trop loin de chez moi, pas en milieu urbain si possible.

Comme la moto a eu un gros succès commercial, on en voit souvent rouler et on en trouve beaucoup à l’occasion. Celle que j’essaie a 48000 km, c’est un modèle de 2000, donc plutôt vers la fin de la série. Elle habite en milieu rural à une heure de route de la frontière belge. Son propriétaire l’a acquis après avoir eu de nombreuses motos plutôt sportives, voire très sportives, dans le but de s’assagir et de garder ses points de permis d’une part, de pratiquer la ballade en duo et les sorties collectives en club d’autre part.

Nous nous donnons rendez-vous en une fin d’après-midi de février, par un froid de canard mais sec, avec un vent glacial et de la neige dans les fossés. Comme c’est presque toujours le cas avec ce type de moto, elle dort au garage, c’est-à-dire qu’elle a repoussé la voiture dehors. Le propriétaire, un garçon énergique et sympathique, s’en sépare à regret pour raison de santé. Manifestement, il a pris grand soin de sa moto, ainsi que le premier possesseur. Elle est un peu poussiéreuse ce jour là (mais comment le lui reprocher en plein hiver et par un temps pareil ?), mais on note immédiatement qu’elle est dans un état impeccable. Il y a juste deux impacts sur une joue de carénage, souvenir d’une rencontre intempestive de la moto avec l’établi du garage. Pour le reste, elle est identique à sa sortie d’usine, sans une rayure. L’entretien mécanique a été suivi avec sérieux.



Seules concessions à la personnalisation :
-des cale-pieds autoroute (avec loupiotes à diodes pour faire joli la nuit) de Gold 18 installés sur les pare-cylindres pour le confort du pilote,
-Un porte-paquet de top-case,
-Un dossier de siège pilote rabattable,
-Un petit porte-drapeau,
-Deux antennes rabattables.

A part ça, c'est une vraie Gold, avec un équipement terrible et des boutons partout, radio, compresseur, CB, etc... On a juste oublié, et ça manque un peu, la machine à café, le frigo, la connection internet, le lecteur de DVD pour le passager, le carroussel pour distraire les petits enfants et l'option niche à chien dans le top-case.



Elle est équipée d’une bulle moyenne, c’est-à-dire malheureusement juste à la mauvaise taille pour moi : le sommet de la bulle arrive pile à la hauteur de mes yeux. J’ai donc le choix entre piloter le dos voûté pour voir à travers, ou me tirer le cou pour voir au-dessus, mais ça ira bien pour un essai.



Quoique ce soit un peu stupide de ma part de comparer la 15 à la 18 (alors qu’on devrait naturellement faire le contraire), la parenté entre les deux générations est évidente : même disposition des volumes, équivalence des fonctionnalités assez comparable. Dès que je m’assois dessus, l’impression se renforce : la position de pilotage est quasiment la même, le ressenti de la selle d’origine aussi, et l’équilibre des masses également. Pour reprendre ce qui a déjà été dit pour la 18 : le poids est conséquent et n’incite pas à jouer à l’arrêt, mieux vaut avoir un peu de muscles dans les jambes pour la tenir, le centre de gravité est bas, ok, mais quand même plus haut que sur la 18, alors il faut faire un peu plus gaffe mais ça permet quand même de relativiser le poids pour les manœuvres et le pilotage. La position est très ergonomique, le volant très large plus adapté aux grands trajets qu’au faufilage dans les bouchons.



Les conditions de l’essai sont très différentes de celles de la 18 ; ici, pas d’autoroute où monter à 130, pas d’agglomération avec des feux rouges, seulement de petites départementales en plus ou moins bon état, avec parfois de la terre laissée par les tracteurs, et la nuit commence à tomber. Pas question donc de prendre des risques inutiles, tant pis pour la pertinence des comparaisons. Si je n’ai donc pas pu voir ses capacités de grande routière, j’ai en revanche pu tester son aptitude à la balade le nez au vent.



Au démarrage du moteur, même grondement du 6 cylindres. Dès les premiers mètres, je retrouve des caractéristiques connues : selle large mais un peu ferme, moto relativement maniable compte tenu de son poids et de son volume. La maniabilité est toutefois moindre ; le centre de gravité est bas mais pas tant que ça ; résultat : la moto est plus raide, pas beaucoup mais un peu, elle se laisse un peu moins balancer dans les virages, il faut un peu plus de détermination pour l’y envoyer.


Le moteur réagit, lui, assez différemment. Il est pourtant presque identique, augmentation de cylindrée mise à part : un 6 cylindres à plat particulièrement coupleux. Le couple est bien là, la puissance aussi, et pourtant ce moteur là a moins, beaucoup moins de caractère que celui de la 18. Les ingénieurs de chez Honda en ont lissé les contours jusqu’à lui supprimer une partie de son hérédité motarde. Je comprends mieux pourquoi ses détracteurs la traitent de voiture à deux roues. Le moteur réagit comme celui d’une voiture à essence, extrêmement souple mais d’une linéarité totale et sans qu’on ne sente jamais le travail des pistons. J’ai l’impression d’être au guidon d’une Renault 5. C’est assez curieux. Dommage que je ne puisse pas vraiment donner les gaz. Pour le moment, c’est gros et c’est fade.

Dans les petites routes de campagne, parfois boueuses et enneigées, je ne peux pas rouler vite et j’ai du mal à voir les nids de poule à travers la bulle, pas envie de ramener une Gold en vrac à l’écurie, mon assureur (qui est une assureuse, belle brune bien balancée, 30 ans et des couettes, j’adore) m’en voudrait sûrement... Les conditions ne sont pas idéales, mais c’est un bon test de maniabilité. En fait, je suis surtout gêné par la bulle inadaptée à ma taille, plutôt que par le poids de la moto. Les freins bénéficient du couplage avant arrière, mais sont vraiment justes pour le poids de la bête. Il faut mettre de la poigne sur les leviers ! Je profite d’un arrêt pour essayer la marche arrière, qu’on obtient en basculant un levier près du genou gauche et en appuyant sur le démarreur. C’est efficace, mais un peu rapide à mon goût, une vitesse un peu plus lente aurait permis un meilleur contrôle des manoeuvres.



Bon, il faut rentrer. Il n’y a pas de poignée chauffante, et j’ai les doigts gelés dans les gants demi-saison en dépit du carénage. Du côté des jambes, ça va grâce aux buses de chauffage. Du côté des fesses, ça va grâce à la large selle, mais elle est ferme et sur un très long trajet mon popotin aimerait une selle confort. Je dois être déformé par la selle (d’origine) de ma Pacific Coast qui est une merveille.

Pas de doute, c’est une magnifique moto avec un équipement haut de gamme. Quel dommage qu’un tel moteur soit aussi aseptisé. Les atouts du 6 cylindres n’apparaissent plus, en tous cas à bas et moyen régime. Un gros 4 cylindres aurait tout aussi bien pu fournir la même prestation. Pourtant, je préfère nettement le look de la 15, tout en cube, à celui de la 18 toute en rondeurs. Il faudrait mettre le moteur de la 18 dans la 15, supprimer une chicane ou deux aux boîtes à fumée histoire d’avoir une meilleure sonorité, baisser le centre de gravité. Un réservoir un peu plus gros ne serait pas non plus du luxe car, placé sous la selle, il fait baisser le centre de gravité mais manque de place. L’autonomie s’en ressent, dommage pour une très grande routière.

Bon, finalement, je n’achèterai pas : 10000 roros pour un éléphant de 100000 km en moyenne, c’est vraiment surcoté. Autant attendre un peu que les 18 baissent leur prix à l’occasion.

Bon, maintenant, pour être vraiment objectif, faudrait que me fasse une idée de la 12.

Claudius antiquus

Février 2010


... d'ailleurs, j'ai la preuve que c'est un éléphant :


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Créé le 19-02-2010 à 16h27.
Modifié le 21-02-2010 à 22h41.

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