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Convoyage d'une Pacific Coast de Paris à Rennes

La moto, c'est de l'aventure humaine, c'est bien connu, et la Pacific Coast, c'est de l'histoire de la moto, autant dire de la culture. Alors quand un copain de Rennes achète une Pacific Coast à Taverny dans le Val d'Oise, c'est-à-dire près de chez moi, impossible de rester passif : il faut aller voir la bête.

Même si les moteurs et les conceptions d'ensemble sont différents, il y a quand même dans la Deauville quelque chose de Pacific : le côté moto propre, largement habillée, avec une bagagerie intégrée, un moteur bicylindre en V très coupleux et un carénage, pour une moto mi urbaine mi autoroutière. Essai commercial raté avec la PC 800 pour cause de précocité, mais réussi avec la Deauville pourtant concurrencée par le développement des gros scooters. Bref, les PC 800 sont rares en France et souvent en mauvais état, alors une Pacific Coast de 50000 km ça se visite et ça s'essaie.

J'ai donc essayé la PC, un petit quart d'heure, chez le vendeur de JC, motard d'ailleurs très sympathique ravi de sa toute nouvelle acquisition : une BMW R1200RT flambant neuve, le veinard !

Elle était comme dans l'annonce : bleue, en bon état général, avec peu de signes d'usage en dépit de son âge. A l'essai, j'ai été séduit par l'ergonomie, la position de conduite, la protection du carénage et de la bulle, le couple très important, l'étonnante souplesse du moteur, sa facilité d'utilisation sur tous les parcours, son centre de gravité très bas, sa facilité de prise en main, son confort. L'originalité du coffre ne laisse pas non plus indifférent. Je l'aurais bien achetée pour moi, mais JC ne me l'aurait jamais pardonné.

Honda Pacific Coast Après, s'est posée la question du convoyage en Bretagne.
Evidemment, j'ai proposé mes services ! Impossible de rater une occasion de rouler 350 km sur une PC. Sauf qu'à la réflexion, l'idée ne m'a plus parue si bonne. En effet, les pneus étaient "border line", tellement usés que la moto ne voulait plus pencher dans les ronds points, et le frein avant dégoulinait d'huile, autant dire qu'il n'y avait pas de frein avant : deux raisons d'être raisonnable.

C'est donc sur remorque que la PC a fait le voyage. Pas n'importe quelle remorque. Celle-ci appartenait il y a 2 mois encore à Pito, qui l'a vendue par mon intermédiaire à un ancien adhérent du site, Fifiveuzou, qui se trouve être un copain avec qui je fais de la musique bretonne. Donc pour nous résumer, Fifiveuzou, grand cornemuseux devant l'Eternel et ancien NTViste, m'a prêté sa remorque achetée à Pito pour emmener une Pacific Coast en Bretagne. Tout ça n'est pas dénué de sens ...

Je suis allé la chercher le soir de la vente. Il faisait nuit, on était en hiver. Le vendeur m'a aidé à la monter sur la remorque, moteur allumé. C'est lui qui tenait le guidon et moi qui l'assurais à l'arrière. On l'a sanglée, on a replié la rampe, on a signé les papiers, on a bu un coup, on s'est serré la main, et je suis parti. Direction chez moi, ou plutôt chez mon voisin dont la cour est plus grande, et qui acceptait d'héberger l'engin pendant quelques jours. Il l'a accepté d'ailleurs d'autant plus volontiers qu'il est un ancien motard, et même un vénérable, de l'époque héroïque. Aujourd'hui à la retraite, il a gardé un souvenir ému de la dernière de ses motos, une Norton 750 Commando qu'il a dû abandonner pour se marier, sa femme ayant une sainte horreur des motos qu'il conduisait d'ailleurs, il l'avoue lui-même, beaucoup trop vite. Il a le sang bleu, l'ancien, il en parle encore de sa Norton toute chromée qu'il surveillait comme le lait sur le feu à chaque arrêt au troquet à cause de l'attroupement qu'elle engendrait. Inutile de dire qu'il était ravi d'héberger une grosse GT, surtout quand je lui ai expliqué que c'est désormais une moto de connaisseur, tout comme il avait accepté la veille avec empressement de m'aider à descendre ma propre moto de la même remorque. Il faudra que je lui propose une petite balade en duo pour le remercier, en cachette de sa digne épouse s'entend.

On a décroché la remorque, dont on a posé le timon sur cale, on a recouvert le tout d’une grande bâche pour protéger la moto de l’humidité, et on a laissé l’ancienne faire dodo.

Et puis le 18 décembre, grand départ. Dans la matinée, je sonne chez mon voisin, je rentre la voiture, on attelle, on enlève la bâche, et je pars, d’abord prudemment. Derrière ma lunette arrière, il y a une grosse bête bleue qui se dandine au rythme des irrégularités de chaussée de mon quartier de banlieue, et j’ai la trouille que ça se décroche, d’avoir mal serré les sangles, etc … Et puis, il y a un truc qui m’énerve, c’est qu’elle n’est pas bien droite. Elle penche un peu et ça chatouille ma maniaquerie obsessionnelle. 350 km comme ça, jamais ! Je m’arrête, vérifie les attaches, et retends les sangles pour ramener madame à la verticale. Ahhhhh…. Ça fait du bien… Bon cette fois on y va.

Direction : non, pas Rennes, pas tout de suite. Direction Le Mans. Pourquoi Le Mans ? Parce que Dardovil s’y trouve, tiens ! D’abord, j’ai envie de le revoir, ensuite ça l’énerverait que je passe près de lui avec une Pacific Coast en laisse sans la lui montrer, et il ne faut jamais énerver un modérateur. Donc j’enroule tranquillement l’A86, puis l’autoroute A11, à 120 km/h à peu près. 250 kg, remorque non comprise, ça se sent, même si la moto est carénée. La prise au vent est assez réduite, mais les sangles vibrent, le poids de la moto pèse beaucoup sur l’arrière de la voiture. L’ensemble bouge peu, mais comme ce n’est pas ma moto, je suis quand même un peu tendu.
Je vois d’ici la tête de JC si je lui ramenais une PC en miettes. Il y a un peu de vent, au ¾ avant, et il fait un froid de canard. Les bas-côtés sont gelés, j’ai bien fait de descendre en voiture, quoique avec un bon équipement … Le temps est magnifique, il y a un beau soleil d’hiver.

Vers 13h30, je retrouve Dardovil et sa Deauville à la sortie de l’autoroute, en compagnie de 2 jeunes auto-stoppeurs qu’il me colle dans les bras. « Je leur ai promis que tu pourrais les emmener jusqu’à leur prochaine étape … ». « Ben tiens, allez, montez (… me suis encore fait avoir, moi…)».

On a commencé par aller manger au resto du coin, histoire de se raconter des histoires de modérateurs, c’est-à-dire qu’on a rhabillé pour l’hiver la moitié des adhérents du forum, et puis après on est passé aux sujets importants : les motos, les bières, le foot et les gonz… Nan !!! je blaaaague : pas les bières… Repus, on récupère les petits jeunes, Dardovil s’installe à mon volant tandis que je grimpe sur sa selle : « allez, on va chez moi, tu pourra saluer Evelyne, tu as 30 km pour essayer ma Deauv ».

Ahhh !! Je vais enfin pouvoir en essayer une ! Je m’équipe, je démarre la Deauv et c’est parti pour 30 km de bonheur dont on trouvera le détail dans l’article suivant. Au rond point suivant, je suis gêné par un caisseux, alors pour ne pas risquer de rayer la belle peinture de la Deauv, je fais un tour de camembert gratuit, pendant que Dardovil disparaît à l’horizon. Zut ! Je mets les gaz pour le retrouver : nouveau rond point, que je prends un peu trop vite pour pouvoir virer quand j’aperçois les feux de ma voiture au loin. Nouveau tour de manège gratuit ! J’imagine le Dardovil plié de rire à mon volant. Grrrr !! En tous cas, elle pousse bien sa Deauv, j’ai tôt fait de le rattraper.

Quelques kilomètres plus loin, on largue les gamins, et on continue jusque chez Dardovil. Evelyne est là, on boit l’apéro, on parle des TDi’s days de 2006 auxquels elle a participé, et on fait un tour sérieux de la PC 800 toujours sur sa remorque. Evidemment, on ne rate pas l’occasion d’une petite photo, qui montre deux compères réjouis entre deux motos. « T’as vu ? Elle a le c.. large comme ça, la mienne à côté c’est rien ! T’en fais pas, Evelyne, on parle de la moto ! ». « Ouais, d’ailleurs je suis en pourparler avec JC pour la lui racheter, je m’attache, quand je la chatouille comme ça derrière la selle, elle ronronne … ». On fait aussi un peu les andouilles, à monter dessus comme sur un manège de chevaux de bois.



Bon, ce n’est pas tout, mais le camarade JC doit s’impatienter. Faut y aller. Dardovil remonte en selle pour m’amener à l’entrée de l’autoroute et c’est reparti vers l’ouest. Le problème est que l’après-midi est désormais bien avancée, il y a encore une grosse heure de route avant Rennes et j’y arrive à la nuit tombante. Impossible d’aller direct chez JC, il faut que j’aille récupérer les clefs de ma chambre d’hôte. C’est à ce moment que je découvre avec horreur que la chambre en question se trouve à 50 km de Rennes, j’ai dû être un peu distrait au moment de réserver. Ca fait 100 km aller-retour, toujours avec la remorque, et au moins une heure de plus. JC laisse un message sur mon portable, il commence à s’impatienter, il m’attend depuis 15 heures. Je le rappelle : « Pas de problème, JC, je suis en route.. », « Euh, tu t’es gouré de numéro, c’est Dardovil ! ». « Ah zut ! Pardon Pierre-Yves… ».

Je cherche la chambre d’hôtes, j’ai du mal à la trouver, je salue mes hôtes, repars en vitesse vers Rennes. En passant dans l’autre sens, j’ai repéré la bonne sortie sur le périphérique de Rennes, ça va aller. « T’en fais pas JC, je suis là dans 10 mn ». « Tu t’es encore gouré, c’est toujours Pierre-Yves ! ». Le Dardovil est de plus en plus plié de rire. Coté itinéraire, ça ne va pas non plus, pas moyen de trouver la sortie et mes cartes ne m’aident pas. Je tâtonne, je me trompe, je me perds … « Allo, JC, chuis perduuuu !!! ». A l’autre bout du fil, je sens JC qui monte en pression façon cocotte minute oubliée sur le gaz : deux semaines qu’il en rêve la nuit, de sa Pacific Coast qui n’en finit pas d’arriver. Il faut que je le trouve en vitesse, sinon il va y avoir un drame dans son quartier.

Enfin j’arrive ! Il est 20h00. Le JC ne traîne pas à sortir de chez lui. Retrouvailles rapides, vue l’urgence de regarder le truc bleu qui luit sur la remorque. Pas le temps d’épiloguer, il est déjà à califourchon dessus, l’air réjoui, pour ausculter la bête à la lueur de la lampe de poche.

« Bon, JC, faut être raisonnable, tu me files un coup de main pour la descendre ? ».

On décroche les sangles, on la descend doucement, les roues touchent le bitume. Il regrimpe dessus, donne un coup de pouce sur le bitonio qui va bien et elle démarre du premier coup. Un coup d’accélérateur et il disparaît dans la rue d’à-coté, retour immédiat direction son garage. Bon, ben alors je n’ai plus qu’à replier les sangles, moi ! Je remets de l’ordre dans l’attelage. Ca y est, la bête est livrée sans une rayure. Ouf !!! On va pouvoir souffler. Tiens, mais d’où vient cette énorme tache d’huile sur la remorque ? Il a vraiment un gros problème de frein, le PC800 !

Je vous salue Marie, qui tempère depuis plusieurs heures l’impatience de JC, et qui nous a préparé l’apéro et la raclette. On boit, on cause, on cause, on mange. On cause de moto et de TDi.

A minuit et demie, je les quitte à regret, après un dernier coup d’œil à bête bleue. « Adieu, je t’aimais bien … », "ce n'est qu'un au revoir, Mémère"... Vous connaissez la suite.

Merci à Pito, Marie-Stella, Fifiveuzou, Gérard, Dardovil, Evelyne, JC, Marie, pour cette chaîne de solidarité et de convivialité donc je n’ai été que le passeur.


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Un peu musicien à mes heures.

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Créé le 22-01-2008 à 01h28.
Modifié le 31-01-2008 à 18h40.

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