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Salut, Motards !

Las de lire toujours les mêmes articles avec les mêmes illustrations sur la gestuelle rituelle, cherchons plutôt la signification cachée de ce vocabulaire abscons. Allez, copain motard, pose ton auguste train arrière sur ma selle à rallonge, viens sur mon dit VanVan… Dis moi comment tu salues et je te dirai qui tu es.

Prenons le signe de base, celui que tout le monde connaît, le geste de la main qu’on fait quand on croise un pote, ou un qui pourrait l’être vu qu’il est aussi sur une brêle. Je te remets en situation : tu es sur ta meule, tu roulcooles parce que ta copine est sur la selle du passager et te gratte le cou avec la pointe du gant entre le casque et le col de ta veste. Bref, ton niveau d’attention à la route n’est pas au plus haut … Ex abrupto et subito, un phare apparaît à l’horizon, pas de doute : c’est une moto. Normalement, tu te redresses immédiatement, tu avises le gars qui arrive et tu zoomes à fond pour voir 1 – si c’est une moto et pas un scoot, 2 – s’il est poli.


D’abord, il y a ceux qui ne saluent pas : le dédain du riche propriétaire d’une grosse GT des beaux quartiers, le mépris du fauteuil à roulettes américaines qui te fait « potato potato » à chaque tour de roue en perdant ses boulons, le stress du débutant qui s’accroche à son guidon, la distraction du pauvre gars qui part au boulot pas bien réveillé ou qui vient de se prendre le chou avec bobonne, l’autisme de celui qui écoute un vieux tube d’ACDC en mp3 dans son casque sonorisé ou qui répond au téléphone… Si tu manques carrément de bol, tu peux même tomber sur un gars en grosse GT de riche, débutant, pas réveillé, martyrisé par sa matrone et qui téléphone. Celui-là ne saluera sûrement pas, quoique … Il y a celui aussi qui croit qu’il n’est rien qu’une petite 125 et qu’il est bien trop indigne pour qu’une vraie grosse moto réponde à son salut. Alors pour ne pas se payer la honte, il passe le soir, dans le noir, sans me voir et dans l’espoir qu’un jour, lui aussi aura sa grosse et qu’il appartiendra enfin à la race des seigneurs… N’oublions pas celui qui roule en TT (non, pas Tourist Trophy, Tout Terrain !), genre trail, cross, supermotard, enfin une vraie moto pour poilu tatoué qu’en a dans le pantalon et qui, parfois, en est réduit à emprunter sur quelques centaines de mètres une regrettable portion de bitume où tu risques, malchanceux que tu es, de le croiser. Inutile de compter sur sa sympathie car tu n’es qu’un infâme collaborateur de la société impérialiste et réactionnaire qui s’arrête au feu rouge et paie ses impôts. Ne t’en fais pourtant pas, tous seront quand même très contents quand tu t’arrêteras pour les dépanner car tu n’as pas oublié ton set anti-crevaison, toi.


Mais en général, ils saluent. Oui, mais pas n’importe comment. Ca cause un salut, c’est du freudien à l’état pur, tu vas voir !

On les voit venir de loin, les sportifs en gros frelon jaune (ou vert, ou rouge, selon la religion de chacun) qui pue et qui fait du bruit, la musculation Kronembourg étalée sur la planche de réservoir, l’écran de casque rayé par le compte-tours et les bras tétanisés par l’éloignement des guidons bracelets. Alors évidemment, quand on a la grâce de piloter un gros frelon jaune (ou vers, ou rouge) – car un frelon jaune ne se conduit pas il se pilote, faut que tu saches ça – on ne salue pas n’importe qui. On salue les gros frelons jaunes, ensuite les petits frelons jaunes, éventuellement les verts et les rouges. Pour le reste, c’est selon l’humeur. De toutes façons, le salut sera en V vu qu’on est un grand sportif puisqu’on sait qui était Barry Sheene ; si on est un grand sportif débutant, ce sera un petit v timide à peine décollé de la poignée ; si on est un grand sportif et qu’on a campé une fois au Bol d’Or, ça sera un V avec écartement latéral du bras gauche d’environ 15 cm, vu que c’est pas facile de tenir un guidon bracelet d’une main surtout à 95 km/h chrono et que la combinaison Dainese est encore toute raide d’avoir séché sur le porte manteau tout l’hiver. Alors là, il y a une variante signifiante et tu vas savoir tout de suite comment tu es considéré :

- salut très décollé avec V et hausse du bras de 20 cm : « salut mon pote, on s’arsouille quand tu veux mais fais gaffe, t’es face à un pro et j’ai une pêche d’enfer vu que j’ai une nouvelle copine, faut dire que j’ai pas de mal vu que je suis un super beau mec viril et que j’en ai une grosse (moto) »,

- salut très décollé avec v et baisse du bras de 20 cm sous le bracelet : « ouais, salut mec mais tu vois, on viens de se faire une petite arsouille avec les potos, je les ai pourris à donf, alors avec ta brêle de PD t’es bien sympa mais tu tiens pas la route, pis j’ai plus besoin de draguer la greluche vu que je suis depuis 1 an avec une ancienne miss Picardie »,

- salut pas décollé du tout avec juste 2 doigts brièvement soulevés, y a intérêt à être attentif pour l’apercevoir derrière le carénage qui protège le pilote autant qu’un string protège les choses de la vie : « ouais, salut, s’cuse j’ai pas que ça à foutre, l’autre enflé avec son gros frelon jaune est en train de me pourrir et ma copine va me larguer »,

- salut frénétique avec redressement du dos et grands mouvements du casque : « salut, j’ai le permis A depuis 10 mn, je fais ma première sortie avec mon petit frelon rouge tout neuf, t’es le premier que je salue, vive la grande communauté des motards, je t’aime car tu es beau et qu’on voit que tu es un vrai vieux motard »,

- salut du pied gauche pas trop soulevé : « pardon mec, je suis dans une phase délicate d’accélération en virage à droite, je virgule et je m’accroche à la rampe", ou alors « salut mec, j’essaie la meule de mon pote et c’est tellement de la daube avec sa tenue de route de merde que faut la tenir à deux mains même à 50 km/h ».

Mais très souvent, le gros frelon jaune passe trop vite pour avoir le temps de t’apercevoir.

Autre cas de figure : le travailleur à moto. Il salue, toujours, d’abord parce que bien que motard par nécessité (ou quelquefois par goût, quand même) il est néanmoins convivial, souvent sympa et se trouve de temps en temps en panne, alors la solidarité motarde il la pratique au quotidien par inclination et nécessité. Comme c’est un urbain, et qu’il croise des centaines de motards tous les jours, n’attends quand même pas des débordements d’affection, il est blasé. Un petit signe de tête au feu rouge, un petit coup de la main gauche, il n’y pense plus, c’est du machinal tellement rôdé par des années de pratique qu’il est capable tout en même temps de faire signe de la main gauche, dire merci du pied droit au caisseux qui le laisse remonter la file sur le périf, enclencher les warnings, rétrograder et remettre la patate (observé en situation, impressionnant). On le reconnait à son top case, à sa brêle de travailleur avec tablier et manchon, à son jet, et au fait qu’il roule plus vite que toi. Il croit qu’il n’est pas motard (alors que si !).

Mais on croise quand même beaucoup de GT, ou de motos de route ni américaines ni sportives. Oserais-je dire que le salut est souvent un peu familial ? Il prend toutefois des formes imposées par la présence d’une bulle haute, d’un carénage intégral

- Calme, pogne largement ouverte, bras assez écarté pour être vu derrière les rétros de carénage, c’est le salut du vieux de la vieille qui ne compte plus ni les km ni les brêles, roule dans la sagesse de l’âge mais avec le souvenir ému de sa première 750 four. C’est un bon motard car c’est un vieux motard. Tu as souvent deux saluts pour le prix d’un car il roule beaucoup en duo avec son épouse légitime (ou avec sa régulière, c’est selon qu’on est en semaine ou le week end). Avec lui, tu as le droit de caler au feu vert, il est plein d’indulgence.

- Bras plié, main largement soulevée à la hauteur du casque, il te fait « hello ! » tout en laissant sa main dans l’aspiration du carénage. Celle-ci doit donc être guettée au-dessus du tête de fourche et non à côté. C’est un esprit pratique, bien élevé, cheveux courts, lunettes, et cadre moyen.

- Appliqué avec le V bien dessiné et sorti longtemps à l’avance, c’est un vieux jeune motard qui gère son retour à la moto après 20 ans d’interruption, une fois la maison payée, les mômes élevés et sa première femme larguée au profit d’une seconde moins stupidement hostile au deux roues. Il sort sa première brêle et tient à ne pas faire de faute de goût. Il a déjà plein d’histoires de moto à raconter et plein de nouveaux vieux copains motards.

- Une main couverte d’un gant à vaisselle vert qui émerge un jour de pluie d’une brêle chargée à bloc, c’est le roule toujours qui a connu les Eléphants avant le réchauffement climatique et qui revient présentement d’une petite virée par les cols des Alpes italiennes, suisses et françaises. Il connaît tous les bons trucs qui simplifient la vie à moto mais est un très mauvais client pour les marchands de fringues spécialisés et se fout du principe de précaution. Il est sympa, mais peu bavard, mais si ta tête lui revient et pour le prix d’une bière, il est capable de te raconter ses voyages jusqu’à une heure avancée de la nuit.


Deux cas de figure ne doivent pas être évacués :

- grand V démonstratif, gesticulatoire et à main nue, généralement accompagnée d’un short, d’un tee-shirt volant au vent, d’un jet, de tongues et de Ray Ban de sécurité solaire, c’est un jeune (au moins dans sa tête) qui promène son insouciance (ainsi que souvent une greluche elle-même faiblement couverte) sur un parcours fléché partant de chez papa-maman et aboutissant à l’hôpital après quelques arrêts au pub entre deux boites de nuit. Fréquentation à éviter.

- Main gantée s’agitant frénétiquement à la hauteur du casque : attention il ne salue pas, il ne se gratte pas non plus la tête à travers le casque, il tente toute simplement d’ouvrir ces p… d’ouies d’aération qui bougent tout le temps mais qui sont toujours bloquées quand on a besoin d’elles, surtout de la main gauche alors qu’il est droitier. La pire de toutes est celle qui est au-dessus du crâne pour faire sortir l’air entré par les ouïes latérales. L’opération peut prendre plusieurs minutes, pendant lesquelles la trajectoire tend vers l’aléatoire. Surtout ne le salue pas quand il fait ça, parce que comme il est poli il va se sentir obligé de répondre, et comme son processeur est déjà à saturation il va se mettre au tapis par ta faute.


Ose dire que tu ne t’es pas reconnu ?


Ave Motard, ceux qui vont te pourrir te saluent

Claudius


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Créé le 13-09-2007 à 18h21.
Modifié le 01-02-2008 à 10h05.

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